[ART] Galerie

Interview de Claire Le Gouill, fondatrice de l’Art de Claire Galerie.

By Pascale Caron.

 

« Art de Claire Galerie » est une galerie d’art moderne située au sein du Village des Talents Créatifs, à Puget sur Argens.

Claire est également membre du jury du « festival de la photographie surréaliste » de Fréjus, et commissaire d’exposition du Festival Base’art. Elle est très engagée au niveau associatif et a participé à la création de la délégation FCE, Var Esterel dont elle a pris la présidence en 2023.

 

 

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à devenir cheffe d’entreprise?

J’ai toujours été passionnée par l’art et la culture. J’y ai baigné depuis toute petite, car ma grand-mère était chanteuse d’opéra.

Au départ ma passion était la danse, mais mon corps n’a pas suivi et j’ai dû renoncer à mes rêves pour des problèmes de genoux. Je suis originaire de Nice et je me suis ensuite passionnée en autodidacte pour les artistes de l’école de Nice. J’ai construit mon gout pour l’art à travers les œuvres d’Arman et de César en parcourant les musées de ma ville natale. A 19 ans, j’ai travaillé pour l’emblématique Jean Ferrero et sa femme Michelle au sein de sa caverne d’Ali Baba rue du congrès à Nice. Nous avions un rapport affectif, tant et si bien qu’ils ont nommé leur 2e fille Claire… C’était une première plongée dans le monde de l’art auprès d’un homme qui avait côtoyé mes idoles et avait rassemblé une collection d’exception.

Après un DUT en communication et une licence des arts du spectacle option danse, j’ai débuté ma carrière au sein de la compagnie de danse Bruno Jacquin en tant que chargée de la diffusion et de la communication. Puis J’ai été responsable communication et relations presse pour le théâtre de Draguignan. Quand je suis tombée enceinte, j’avais 25 ans puis j’ai réfléchi à une reconversion. Mon ex-mari était dans l’immobilier, et j’ai créé pour son entreprise une nouvelle activité de location saisonnière et d’administration de biens pendant 15 ans.

En 2018, à la suite de mon divorce, j’ai revu Jean Ferrero qui est toujours resté mon mentor. Je n’avais pas encore une idée précise sur ce que je voulais faire et c’est lui qui m’a suggéré d’ouvrir ma propre galerie. J’ai donc suivi son conseil en appliquant ma vision du monde de l’art : le lier au monde de l’entreprise. Mes valeurs sont l’honnêteté, le partage et la transmission du savoir-faire. L’art doit être accessible au plus grand nombre.

Les galeries sont des sortes de musées gratuits. Elles permettent d’éveiller à l’art, ceux qui ne fréquentent pas forcément les grands lieux. Je mets un point d’honneur à partager, à aller à la rencontre d’autres publics et j’organise ainsi des expositions hors les murs. Je propose notamment des ateliers de « team building » pour les entreprises, de l’art événementiel mêlant l’art et la musique. Nous offrons également des œuvres d’art, avec les artistes de la galerie, lors d’événements caritatifs comme pour l’association « Pallia aides », à l’opéra de Nice, ici l’artiste Alexandre LLSSG.  Les artistes que je représente sont dans la grande majorité des artistes émergeants de la région. Et des artistes reconnus comme Patrick Moya et Jean-Marc Calvet. Je fonctionne au coup de cœur, humain et artistique.

 

Quels sont tes futurs challenges?

Mon challenge principal est d’aller à la rencontre de mes collectionneurs, des amateurs d’art en organisant des vernissages, en exposant hors des murs, en créant des rendez-vous. Pour cela je mets en place des collaborations, comme avec le Théâtre Le Forum à Fréjus, avec des domaines viticoles ou en faisant des salons d’art contemporain comme Nice Art expo qui va se tenir prochainement en avril. Je voudrais faire rayonner l’art sur notre territoire.

 

Peux-tu nous parler de ton engagement auprès des Femmes Chefs d’Entreprises?

Nous avons créé avec des femmes dirigeantes du territoire une antenne FCE Var Esterel. On s’est lancé ce challenge et nous sommes actuellement 17 membres. J’ai élue présidente pour 2023/2024. Il y a tout à construire, mais tout le monde est motivé et de bonne volonté. Nous partageons toutes les mêmes valeurs de solidarité et d’entraide. Je suis également au conseil d’administration de l’Union patronale du Var.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière?

Je citerais Jean Ferrero. C’est un personnage singulier qui m’a poussée à ouvrir ma galerie. Quand j’ai commencé stagiaire chez lui à 19 ans, je classais, j’astiquais les bronzes de l’école de Nice qui constituait sa collection tout en écoutant ses histoires avec les artistes…

Il y a aussi Suzanne Tarasieve, une grande figure du monde de l’art qui nous a quittées l’an dernier. Elle a propulsé notamment Éva Jospin une artiste qui travaille dans le recyclage. Elle s’est démenée pour mettre en avant des artistes français.

Comme elle je sélectionne également des artistes dans le recyclage et je participe à certaines œuvres en cocréation : cela me permet de donner libre cours à mon imagination.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller?

 « Femmes d’art », c’est un média, un podcast, un livre et un Club dédiés aux femmes qui font le monde de l’art aujourd’hui.  Il a été lancé en 2019 par Marie-Stéphanie Servos, d’abord sous forme de podcast. « Femmes d’art » a vocation à mettre en lumière toutes les femmes qui créent ou agissent dans ce secteur, qu’elles soient artistes, galeristes, historiennes ou directrices d’institutions. C’est aussi un, Club qui rassemble des amatrices d’art, des collectionneuses et des expertes autour d’événements inédits, dans des lieux artistiques et culturels d’exception.

 

Quel est ta devise ou ton mantra?

J’en ai 2, une de Wonder Woman « Risquer c’est l’assurance de vivre sans regret », et une autre de Nietzche « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 

 


[Innovation] et Art

Interview d’Emmanuelle Rochard dirigeante de RHD-Conseil.

By Pascale Caron

Emmanuelle apporte créativité, et leadership aux entreprises qu’elle accompagne en optimisant leur communication, affinant leur image de marque et en construisant des stratégies marketing innovantes et responsables.

Mais si on creuse plus avant, Emmanuelle est une personnalité complexe qui cumule les dons artistiques et les dons d’elle-même. Elle est tour à tour imagière pour le Carnaval de Nice, mais aussi sapeur-pompier, professeure à UCA, intervenante dans les lycées auprès de 100 000 entrepreneurs.

Nous nous sommes rencontrées lors d’un déjeuner qui rassemblait les marraines INEDIS, dont je fais partie, et j’ai été fascinée par son enthousiasme et son hyper activité qui est digne d’une Wonder Woman… Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Est-ce que tu te souviens de tes rêves quand tu étais jeune ? Moi en primaire, j’étais fan de Lara Croft. Je voulais être astronaute ou archéologue, et cela m’a poussée au collège à faire latin pendant trois ans tant j’étais persuadée de mon rêve !

Puis il a fallu se résoudre à trouver de vraies idées de métier. J’ai donc fait le bilan de ce que j’aimais et à l’époque j’ai choisi le cinéma et les animaux. J’en ai conclu que je serais dresseur animalier dans l’audiovisuel. En parallèle de mon bac littéraire arts plastiques, j’ai par conséquent fait des études de comportementalisme animalier. Finalement la seule chose que j’ai tirée de cette expérience c’est d’avoir un chien particulièrement bien éduqué, car il est très difficile de faire son trou dans ce domaine.

Après mon bac en réfléchissant à ce que j’aimais j’en ai conclu : les voyages et les dessins artistiques. J’ai donc décidé de devenir directeur artistique dans la publicité, pas du tout dans le luxe ou la beauté, mais dans la sensibilisation pour changer la mentalité des gens. WWF, Unicef, médecins sans frontière, voilà les causes qui m’animaient. Mais quand j’ai commencé mes études à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon à 17 ans on m’a vite fait comprendre que le milieu de la publicité était un sacrilège. J’étais partie à 700 km de chez moi pour m’entendre dire que la voie que j’avais choisie n’était pas la bonne ! J’ai quand même fait 5 ans d’études en mettant de côté mes rêves.

C’est une des raisons qui m’a poussée à élargir mon programme Erasmus pendant un an et demi à 21 ans, en faisant un tour du monde. J’ai commencé par l’Australie où j’ai élevé des chevaux, puis Dubaï, Québec. J’ai étudié le Carnaval de Rio au Brésil. J’ai fait un stage avec un photographe aux Canaries. Je suis allée à Londres, à Prague.

Cette expérience m’a permis de découvrir qui j’étais, et comprendre l’importance d’écouter son instinct. Pendant ma période de collège, j’avais été harcelée pendant 3 ans. À cette époque je me sentais en décalage et j’en avais conclu que c’était ma faute, que je le méritais, car je ne correspondais pas au modèle de toutes les autres filles. En me retrouvant face à moi-même à l’étranger dans des moments vraiment difficiles où ma vie a été quelquefois en danger, j’ai appris à me faire confiance en comprenant mes qualités et mes défauts.

Quand je suis rentrée en France, j’ai fait une grosse déprime doublée d’une crise identitaire. Je suis retournée aux Beaux-Arts, mais sans savoir quel métier va pouvoir satisfaire à la fois mon envie de création et de voyages.

J’obtiens mon master et puis j’ai eu envie d’autre chose. J’ai voulu développer le côté leadership, travailler en équipe et je suis rentrée à Polytech en master de management de projets innovants. J’ai fait un énorme grand écart en me retrouvant dans un environnement très carré et orienté processus. J’ai pu comprendre que la capacité d’avoir des idées créatives était un atout en entreprise.

Je me suis ensuite intéressée au monde de l’informatique et c’est comme cela que j’ai rejoint une grosse société, Sopra Steria. J’avais atteint une sorte de Graal, avec le statut de manager ingénieur et un bon salaire. Je supervisais 90 sous-traitants, sur des budgets globaux de plusieurs millions d’euros. Je voulais améliorer le quotidien des équipes et faciliter leur résultat. Mais au bout d’un an mon corps a dit stop et j’ai fait un burnout, car je n’étais pas en adéquation avec qui j’étais vraiment. Je m’ennuyais terriblement, et je me suis rapidement rendu compte que l’administratif prenait le pas sur la créativité. Je n’étais pas en phase avec les valeurs de ma hiérarchie et je les ai alertés sur certains risques psychosociaux. Finalement je les ai vécus personnellement. J’ai donc fait une rupture conventionnelle à 26 ans et je me suis reposé la question « qu’est-ce que tu veux vraiment ? Est-ce que l’argent fait tout dans la vie ? ».

C’est-ce qui t’a poussée à créer ton entreprise ?

Ce qui m’animait c’était la créativité, l’innovation et le leadership. J’ai repris ma liberté et les statuts de la société que j’avais co-fondée avec ma mère en 2013.

Mon tout premier client était la famille Povigna, 5e génération de carnavaliers de Nice, quelques semaines avant le confinement. Ils voulaient utiliser mes compétences de communication, marketing et management pour les accompagner au développement de leurs activités et également contribuer à la partie artistique en dessinant les chars et les costumes. Il faut préciser que mon sujet de master aux Beaux-Arts était « les carnavals du monde », ce qui m’a poussé à me rapprocher d’eux à mon retour en France en 2018.

La Covid m’a obligée à trouver de nouveaux contrats sur la gestion de projet, le conseil, la formation, le management.

En 2018, je suis devenue professeur vacataire à l’université de Nice. Depuis 2 ans j’anime un cours de management de projets innovants et créatifs, en Master 1 avec une méthodologie basée à 70 % sur la pratique et à 30 % sur la théorie. Cette expérience m’a fait découvrir ma mission et mon pourquoi. L’enseignement me permet de changer les choses en formant les managers de demain à la source et en les aidant à évoluer vers le leadership responsable.

Mais il arrive qu’ils soient déjà formatés : c’est pour cela que j’interviens aussi dans les lycées et collèges pour 100 000 entrepreneurs, où j’ai formé plus 500 adolescents en un an. Je contribue également à des associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travers de formation de sensibilisation pour les jeunes. J’ai ensuite imaginé avec un organisme partenaire, un programme de coaching pour les adolescents pour les aider à dépasser leurs obstacles personnels et professionnels.

Après la covid, j’ai pu reprendre mes activités d’origines avec les carnavaliers et je suis devenue Imagière du Carnaval de Nice. Cette année, j’ai aussi dessiné plus de 12 costumes pour les troupes d’animation et participé à la fabrication des chars et costumes. Ma collaboration avec eux est vraiment passionnelle, à tel point qu’ils m’ont pratiquement adopté au sein de leur famille.

 

Et comment es-tu devenue sapeur-pompier ?

Avec les carnavaliers, nous avons créé la mascotte DéfibrillaThor du Service Départemental d’Incendies et de Secours du 06 pour sensibiliser aux arrêts cardiaques. Je les ai accompagnés au niveau de la communication digitale sur le lancement de cette mascotte. En même temps, la caserne de pompiers de mon village recherchait des volontaires. Malgré beaucoup d’aprioris et une vieille phobie du sang, j’ai écouté les signes et je me suis engagée. Aider les gens fait partie de mon leitmotiv quotidien. Et vous n’allez pas me croire, mais du jour au lendemain, lorsque je l’ai décidé mon appréhension a disparu. Au final, nous posons nous-mêmes nos barrières.

J’ai passé un entretien, des épreuves physiques, suivi la formation et c’est comme cela que je suis devenue Sapeur-Pompier ! Dans la foulée, je suis également devenue photographe reporter et formatrice sur les arrêts cardiaques. La boucle est bouclée.

 

Comment mènes-tu tout de front ?

Je double mes activités. Quand je suis de garde, j’en profite pour m’atteler en parallèle à une autre tâche. Le fait que je m’ennuie rapidement a longtemps été une contrainte, mais cette hyper activité me permet de faire ce qui m’anime. Je bosse 80 h par semaine sans avoir l’impression de travailler. Je me sens tel un Quetzal, cet oiseau du Guatemala qui meurt en cage, j’ai besoin de liberté. J’ai mille et une vies, comme le disent mes amis et je les vis pleinement.

Quels sont tes prochains challenges ?

Ils sont à la fois financiers et artistiques.

En faisant le bilan, je me suis rendu compte que parmi toutes mes activités, celles qui m’animaient le plus c’étaient celles auprès des jeunes, car elles m’apportent plus de sens et d’épanouissement. Malheureusement, ma passion n’est pas rentable. Il me faut développer des revenus qui fonctionneront sans moi. C’est pour cela que je m’intéresse aux investissements immobiliers afin de pouvoir vivre de cette activité.

Je voudrais poursuivre une vraie carrière artistique en surfant sur la visibilité que j’ai pu acquérir avec le carnaval de Nice. Il est temps d’accueillir enfin mon talent en créant une boutique en ligne dans la photo et le dessin.

 

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

J’ai deux mentors, le premier c’est l’ancien directeur du Carnaval de Nice, Christian Alziary qui a cru en moi et m’a accompagnée avec une extrême générosité. Il m’a fait prendre conscience de la manière dont j’avais envie d’être traitée.

La deuxième est Carly Abrahamovic est un modèle pour moi. Elle est mère seule avec deux enfants et a monté une entreprise dans le conseil — CA Consulting Group, à plusieurs millions d’euros et une cinquantaine de consultants. Elle a fait partie de mes premiers clients. C’est une Américaine qui a débarqué en France il y a de nombreuses années.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Je me le répète souvent en ce moment « Si tu n’aimes pas ce que tu récoltes aujourd’hui, pose-toi la question de ce que tu as semé hier ». J’ai semé pendant deux ans pendant la Covid et je suis heureuse de ma récolte.

 

 


[Galerie] d'art

Interview d’Hélianthe Bourdeaux-Maurin, Directrice et Fondatrice de « H Gallery » à Paris.

By Pascale Caron

Historienne d’art, elle est diplômée de l’École du Louvre, titulaire d’un Master 2 à la Sorbonne et d’un Doctorat d’histoire de l’art. Après huit ans à New York et 6 ans à la Pinacothèque de Paris (Paris et Singapour), elle ouvre « H Gallery » à Paris en 2016, avec deux associés.

Depuis 2001, elle a monté ou participé à plus de 150 expositions, conseillé des institutions et des collectionneurs tant particuliers que publics. Elle a travaillé avec plus de 400 artistes vivants, musiciens, danseurs et commissaires d’expositions internationales. Elle a collaboré avec des centaines de musées, aux États-Unis, au Canada, en Europe, en Inde ou en Afrique. « H Gallery » fait partie de Paris Gallery Map depuis 2019 et du Comité Professionnel des Galeries d’Art depuis 2017.

 

 

 

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a amenée à fonder H Gallery ?

C’est une histoire étonnante, faite de rencontres extraordinaires. Depuis mes 15 ans, je rêve d’organiser des expositions et de découvrir des talents. Je viens d’un milieu artistique avec une mère Professeure de Lettres et surtout un père acteur, écrivain et metteur en scène. Ma sœur et moi avons su très tôt, bien avant #metoo, que le monde du cinéma n’était pas recommandable pour les filles, et nous ne nous sommes pas engagées dans cette voie. Ma sœur était une vraie artiste, moi j’avais juste la volonté de les comprendre et de les faire émerger.

Pour cela, je pensais qu’il fallait être conservatrice de musée, mais je voulais tester si cette profession était réellement faite pour moi. À cet âge rien ne nous arrête, on imagine que tout est possible. J’ai téléphoné avec audace au Petit Palais pour avoir un entretien avec son directeur, Gilles Chazal. Le plus incroyable c’est qu’il a accepté. Il m’a ouvert les yeux avec justesse et honnêteté pendant deux heures sur le métier, les recherches de financement et le côté politique. Il m’a guidée vers des études à l’École du Louvre. À la fin de l’entretien, il m’a demandé ce que j’en pensais. Je lui ai répondu que c’était exactement le métier que je voulais exercer. Il m’a dit : « Alors peut-être qu’un jour vous me succéderez ?! » et avec la fougue de la jeunesse, je lui ai rétorqué : « Non, moi je veux le Grand Palais ! ». Il a éclaté de rire. Nous sommes restés en contact depuis 25 ans. Il a toujours suivi mon parcours, a été le premier visiteur de ma galerie avec son épouse, et aussi mon premier acheteur !

10 ans plus tard, je faisais ma thèse sur Alain Kirili, un sculpteur franco-américain sous la direction de Serge Lemoine, directeur, successivement, du Musée de Grenoble et du Musée d’Orsay. Grâce à lui j’ai pu participer à des expositions importantes et écrire très jeune dans des catalogues : « Soulages », « L’Art Concret », « Les Abstractions américaines ». J’ai aussi eu la chance de rencontrer à l’époque le galeriste Éric Dupont dont l’éthique fut un modèle pour moi. J’ai aidé Alain Kirili pour son projet de sculpture contemporaine aux Tuileries, mais aussi participé aux montages de ses expositions.

En 2001, Alain décida de collaborer avec des danseurs et des musiciens américains, mais aussi africains : une troupe de danseurs contemporains de la tribu des Dogons. Je m’implique au point qu’il me propose d’aller à Bamako pour organiser des spectacles et des expositions avec lui. J’ai eu l’immense privilège de côtoyer le peuple des Dogons au quotidien et de vivre dans leur village sur les Falaises de Bandiagara. J’avais établi une telle proximité qu’à la fin de mon séjour le Conseil des Sages s’était réuni et m’avait attribué une place dans leur tribu. Ils m’ont fait un grand honneur en me donnant le nom de Ya-Kena, « celle qui sait voir et celle qui sait mettre la joie et l’harmonie autour d’elle ».

Lors de ce périple, sur une pirogue à côté de moi, il y avait un milliardaire américain qui était invité au voyage. Un homme brillant qui avait notamment créé une fondation, « ART OMI », pour soutenir des artistes, des écrivains et des architectes. Il organisait des résidences d’artistes au nord de New York et me proposa, pendant un été, de m’engager comme directrice adjointe.

J’ai vécu une expérience extraordinaire : j’arrivais à 24 ans aux États-Unis dans un univers complètement différent. Je suis d’origine scandinave et dans le microcosme parisien ma chevelure blond platine et mon côté « bimbo » me desservaient : trop jeune, trop jolie. Aux États-Unis, rien de tout cela, ils voyaient au-delà des apparences et saisissaient seulement mon potentiel. Dans cette fondation, notre rôle était de mettre en relation les artistes en résidence avec les journalistes, les critiques d’art, les galeristes. Cette expérience m’a permis de m’immerger dans le monde de l’art new-yorkais. Comme toute aventure d’été a une fin, je retournais en France pour toucher du doigt mon but, le concours de conservateur de musée !

Nous étions 1200 étudiants à nous présenter et uniquement 49 admissibles, dont j’ai fait partie. Mais au bout du compte, seulement 3 postes avaient été ouverts et je n’avais pas été choisie. Ce but m’avait porté toute mon adolescence et, soudainement, tout s’écroulait.

Rentrée chez-moi, en larmes, je reçus un appel de Francis Greenburger, le milliardaire américain qui venait aux nouvelles. Je lui expliquais ma déconvenue, il me répondit « Escape the system! ». C’est la dernière parole dont je me souviens avant de me retrouver aux USA. Je savais, bien sûr, que son rôle s’arrêterait là et que je devrais me débrouiller toute seule, mais son impulsion fut primordiale.

Mes parents n’étaient pas fortunés, mais ils m’ont fait confiance et m’ont laissée partir avec mon visa de touriste et mes valises remplies de soupes lyophilisées à la recherche d’un job. J’étais stagiaire dans la journée pour des projets formidables, comme, par exemple « The Revival of the Hudson River Valley through Art ». J’ai participé à la réalisation de « Robert Smithson’s Floating Island » autour de Manhattan avec Diane Shamash et son organisme, Minetta Brook. J’ai travaillé également à Art in General avec Holly Block.

Le soir, j’écumais les vernissages pour rencontrer des gens, des amis et me créer un réseau… J’en faisais 40 par semaine en distribuant des cartes de visite bleu turquoise (mes goûts se sont affinés depuis !), imprimées sur Vistaprint. J’espérais travailler dans les musées, mais les salaires pratiqués de m’auraient pas permis de vivre à New York.

J’ai atterri dans le monde des galeries après avoir rencontré Michael Steinberg à l’Armory Show. Il prit ma carte en me disant « je vais t’aider ». Venant de France, je n’arrivais pas à y croire, mais il m’avait regardé droit dans les yeux, comme s’il devinait ce que je pouvais devenir.

Il m’invita 15 jours plus tard chez lui, à une fête où je découvris le gotha de l’art avec un grand A, celui que j’ai fréquenté ensuite pendant presque 10 ans. C’est là que j’ai fait la connaissance d’un ancien producteur d’Hollywood, le meilleur ami d’Emma Thompson qui venait d’ouvrir une galerie sublime à Chelsea. Quand il m’a proposé le job de directrice de Spike Gallery, le lendemain, je me suis rendu compte que j’avais passé mon entretien d’embauche lors de la soirée, sans le savoir.

Ma carrière de galeriste était lancée. J’y ai fait mes classes et ai organisé des expositions qui ont rencontré immédiatement du succès auprès de la presse new-yorkaise. Ce fut une période amusante, Steve Martin ou Sean Connery faisaient partie de nos collectionneurs et nous avons montré des œuvres de Shirin Neshat, mais également de Martin Mull ou d’Annie Lennox !

Pendant plus de huit ans à New York, j’ai été à la tête de plusieurs galeries d’art moderne et contemporain. J’ai travaillé pour Spike Gallery, Peter Freeman, Inc. qui était spécialisé à l’époque dans l’Art minimal et le Pop Art. Nous participions notamment à Art Basel et vendions fréquemment des œuvres aux grands musées américains. Puis j’ai rejoint Parker’s Box à partir de 2005. J’ai parallèlement contribué régulièrement à « Whitewall Magazine » que des amis venaient juste de créer et pour lequel j’ai pu interviewer Paloma Picasso, Joachim Pissarro, Fabrice Hergott ou François Pinault.

 

J’ai été également commissaire d’exposition indépendante. Mes activités ont été commentées tant par le « New York Times » que par « Art in America » ou « New York Magazine ». J’ai représenté des artistes aussi variés que Joyce Pensato, Édith Dekyndt, Bruno Peinado, Virginie Barré, Simon Faithfull, Mel Bochner, Alex Hay ou Helen Mirra. J’ai vendu des œuvres d’Édith Dekyndt au MoMA à New York et à l’Albright Knox Gallery. Cette dernière fut présentée en 2017 à la Biennale de Venise. J’ai également longtemps représenté Joyce Pensato qui fut ensuite reprise par Friedrich Petzel à New York et la Lisson Gallery à Londres.

 

C’est chez Parker’s Box, créée par l’artiste et curator Alun Williams à Brooklyn, que j’ai vraiment pu défendre avec plus d’ampleur des artistes contemporains internationaux. J’ai pu le réaliser à travers des foires internationales et notamment deux participations à la FIAC où nous avions vendu des œuvres à LVMH ou au fondateur de Zadig et Voltaire. C’est dans cette galerie que j’ai découvert le goût d’avoir mon propre endroit.

Lorsque notre « silent partner » nous avait lâchés, nous avions décidé de tenter l’aventure sans financement extérieur et nous avions réussi !

 

Cette confiance accumulée m’a finalement donné l’envie de fonder ma galerie des années plus tard.

 

Finalement tu rentres en France ?

 

En 2009, mon père mourut et je rentrai en France définitivement en 2010. Quand on est dans un moment de faiblesse, on peut tomber sur des prédateurs et c’est ainsi que, sans le savoir, je décide d’en épouser un…

 

En France je redécouvre un milieu de l’art beaucoup moins ouvert et généreux qu’à New York, où il est très difficile de se faire une place. De guerre lasse je lance un jour à mon meilleur ami : « Trouve-moi un job ! ». Lui qui n’était pas du tout de ce monde se rappelle soudain qu’il était l’expert-comptable de l’architecte de la Pinacothèque de Paris !

 

Il me met en contact avec Marc Restellini, historien d’art et businessman qui cherchait justement une nouvelle directrice des expositions. La Pinacothèque c’était 5000 m2 à Paris et la même chose à Singapour. J’ai été chargée des expositions dans ces lieux merveilleux pendant 6 ans. J’ai obtenu des prêts de la part des plus grands musées internationaux : le MoMA à New York, l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, les Beaux-Arts de Budapest, le Musée Archéologique de Mexico… J’y ai organisé avec Marc Restellini 36 événements d’envergure. Tant sur l’art ancien (Les Romanov et les Esterhazy, Van Gogh, Hiroshige, Léonard de Vinci), que sur de l’archéologie (les Masques de Jade Mayas, l’art indien).

 

J’ai orchestré la dernière rétrospective de Chu Teh-Chun. Je l’ai rencontré ainsi que sa famille et ai visité son fabuleux atelier à Vitry-sur-Seine. L’exposition fut un tel succès que nous l’avons prolongée et je lui ai rendu ses œuvres la veille de sa mort. C’était très émouvant. J’y ai organisé également des expositions sur l’art moderne et contemporain : « Expressionnismus : Brücke vs. der Blaue Reiter », « Giacometti et les Étrusques », et sur le Graffiti Art : « Pressionnisme ». Pendant l’exposition sur Van Gogh, nous avions atteint le milliard en valeur d’assurance. J’étais entourée de sécurité privée, de policiers armés jusqu’aux dents pour protéger des semi-remorques qui contenaient seulement cinq œuvres chacun, une expérience mémorable !

 

En parallèle de tous ces succès, j’ai vécu cinq ans d’enfer personnel. Croyant épouser le Prince charmant, je m’étais mariée à un homme violent en privé, au point que j’ai fait trois fausses couches à 4 mois de grossesse. Le jour où j’ai perdu mon troisième bébé, il m’a frappé devant ma mère et l’a attaquée aussi. J’ai compris qu’il n’y avait plus de limites et que ma vie était en danger. Je l’ai quitté définitivement. C’est autant ma famille, mes amis à qui j’osais enfin dire la vérité que mon métier, qui m’ont permis de me reconstruire. À cette époque, porter plainte ne servait à rien : la police me renvoyait à chaque fois chez moi en prétextant que j’allais détruire la réputation de mon mari. Heureusement, de nos jours les choses semblent évoluer dans le bon sens et la parole des femmes est peut-être mieux entendue.

 

Comment as-tu pu tenir si longtemps ?

 

D’un côté, je réalisais mon rêve en organisant des expositions de la taille du Grand Palais et rentrée chez moi je survivais au monstrueux, jour après jour. Il m’a fallu deux ans pour obtenir le divorce. À présent, la page est tournée et j’ai rencontré un homme adorable avec qui j’ai eu des jumeaux, un garçon et une fille, grâce à un don d’ovocytes et à la formidable clinique Eugin de Barcelone.

 

La Pinacothèque était un lieu privé, nous avions, 1,2 million de visiteurs par an. À chaque événement, nous étions sur le fil du rasoir. Les assurances étaient exorbitantes et nous avions 70 employés. Chaque exposition nous mettait pratiquement sur la paille, mais l’affluence nous renflouait à chaque fois : nous avions en moyenne 500 personnes par jour et même jusqu’à 4000 par jour pour Klimt. Puis survinrent les attaques terroristes du Bataclan, qui vidèrent Paris. La fréquentation avait chuté à 50 personnes par jour. En février, croulant sous les dettes, mon patron décida de fermer les Pinacothèques de Paris et de Singapour.

 

J’ai dû, de nouveau, me réinventer. À l’époque je gravitais dans deux cercles. L’un issu de grandes familles aisées, d’une moyenne d’âge de 70 ans et l’autre, composé de jeunes de 25-30 ans, entrepreneurs à succès, qui ne cessaient de créer de nouvelles entreprises. Je venais d’avoir 40 ans et j’avais toujours soif de paris fous et de risques insensés. Je me suis donc associée en 2016 avec Benjamin Hélion et Benjamin Lanot. Ils avaient déjà un espace dans le 11e et moi, malgré six ans d’art ancien, plus que jamais le démon de l’art contemporain.

 

Je vivais une renaissance de Phoenix, ayant échappé à la violence et à la mort. Créer mon lieu m’a donné une liberté incroyable, même si, tous les chefs d’entreprise le savent, on dort beaucoup moins bien la nuit ! Cette aventure dure maintenant depuis cinq ans et demi.

 

 

Quelle vie incroyable, j’en ait des frissons. Parlons maintenant de H Gallery : Quelle est ta ligne artistique ?

Je suis passionnée par la découverte et la mise en valeur de talents qui n’ont jamais, ou rarement, été montrés en France. Au départ, je représentais surtout les artistes que je connaissais le mieux, c’est-à-dire, ceux d’Amérique du Nord et d’Amérique latine, mais après cinq ans en France, ils sont de plus en plus européens.

Chez H Gallery les carrières d’artistes établis y côtoient celles d’artistes émergents. Matt Blackwell a reçu le Guggenheim Fellowship. Noa Charuvi, a obtenu la Pollock Krasner Foundation Grant, Caroline Le Méhauté, le Prix Art Collector 2020 et Bilal Hamdad a été lauréat 2020 de la Fondation Colas et lauréat 2021 du Prix de la Société Générale.

Les artistes de H Gallery utilisent des médiums aussi variés que peintures, dessins, photographies, sculptures, installations, vidéos ou performances. Mais il est vrai que la figuration, que je défends depuis mes années new-yorkaises donc depuis plus de 20 ans, prend de plus en plus de place dans ma programmation à travers la peinture et le dessin.

Nous participons à des foires prestigieuses telles que « Paris Photo », « Art Paris Art Fair », « Photo London », « Urban Art Fair ». À « DDessin », nous avons gagné le Premier Prix du salon en 2017 et 2018. Nos activités ont été commentées par « Le Monde », « Le Journal des Arts » ou par « Le Quotidien de l’Art », « Connaissance des Arts », « Beaux-Arts Magazine » ou « The Washington Post ».

Pourtant, je dois avouer que le métier de galeriste est un business compliqué. C’est le dernier Far West, ce qui nous laisse une grande liberté et en même temps nous fragilise. Il faut apprendre à nager avec les requins sans en devenir un soi-même et sans se faire croquer !

En tant que galerie-défricheuse, quand on parie sur un artiste, il n’y a pas de principe de Mercato comme dans certains sports. Une fois que mon travail de mise en valeur et de reconnaissance portera ses fruits, l’artiste intégrera une galerie plus prestigieuse qui, elle, récoltera les gains financiers. Je garderai une part des lauriers, mais n’aurai pas nécessairement de retour sur investissement.

Malgré tout, je me donne corps et âme pour mes artistes, je prends tous les risques et me lance constamment de nouveaux défis. Je maintiens ma ligne de conduite et mon intégrité parce que je pense que c’est ainsi que l’on construit sur le long terme.

À chaque grande foire, je fragilise ma société en avançant des sommes démesurées. C’est un métier de fous, de passionnés et ma récompense est de faire éclore de futures stars, en espérant croître ensemble.

Mes amis galeristes qui ont ouvert il y a plus de trente ans me racontent qu’avec leurs artistes, ils formaient des familles qui évoluaient main dans la main. Mais le temps n’est plus vraiment à la loyauté ou à la gratitude.

 

Peux-tu nous parler de ton engagement pour les artistes femmes ?

Quand je me lance avec un artiste, je cherche le coup de foudre pour son œuvre. Qu’elle vienne d’une femme ou d’un homme m’importe peu au départ, mais il se trouve que j’ai souvent plus d’affinité avec les réalisations des femmes. Dans les écoles d’art, elles représentent 60 % des promotions alors qu’elles ne sont plus que 10 % dans les galeries. En tant que femme, il est de notre responsabilité d’être un peu militantes, avec subtilité et en tous cas, d’être solidaires. C’est pour cela que je suis résolument engagée dans leur défense et leur mise en lumière. Chez H Gallery nous en avons plus de 60 % dans notre panel d’artistes. J’ai collaboré également avec Clara Feder et Liu Bolin sur des projets autour de la notion de sororité dans le monde de l’art. Dans ce métier, les hommes sont très soudés, nous nous devons de l’être aussi et de nous entraider, mais, en pariant toujours sur la qualité et l’exceptionnel bien sûr, pas sur les quotas. J’aime les hommes et loin d’une guerre des sexes qui inverserait dominant et dominé, je recherche surtout l’harmonie entre les êtres afin que chacun ait une place juste.

 

Quels sont tes futurs challenges ?

Mon premier défi serait d’agrandir ma galerie. Je suis à la recherche d’un partenaire financier qui nous soutiendrait dans le but d’avoir un espace un peu plus conséquent.

L’enjeu permanent est de continuer de grandir : entre les gilets jaunes, les confinements, les quartiers désertés à cause du télétravail et la guerre, la tâche est plutôt ardue. Je désire garder cette liberté merveilleuse de pouvoir faire vivre la galerie et mes artistes.

Les signaux sont là, nous sommes sur la bonne voie : nous participons à de magnifiques foires, nous gagnons des prix, la presse écrit de beaux articles, les cotes de mes artistes montent. Je débute des collaborations avec des musées, les artistes que je représente commencent à être achetés par des institutions et certaines grandes galeries puisent dans mes artistes pour augmenter leur panel. Le défi est d’avoir une visibilité et des réseaux suffisamment importants pour que les artistes émergents qui deviennent, auprès de nous des artistes établis, aient envie de continuer leur carrière avec H Gallery.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?

J’en ai cité beaucoup déjà, mais je rajouterais Laurent Le Bon, désormais Président du Centre Pompidou avec qui je suis amie depuis les années 90 ; Eric Dupont dont la dévotion à ses artistes a été un modèle pour moi ; Guillaume Piens et la famille Lecêtre qui, respectivement, dirigent et possèdent « Art Paris » ; Eve de Medeiros, fondatrice du salon « DDessin » ; Guy Boyer, rédacteur en chef de « Connaissance des Arts » ; Philippe Dagen, le grand critique d’art du « Monde », tous ces gens qui croient en moi, m’encouragent, me soutiennent et m’inspirent en retour, parfois depuis des années. Je ne tarirai pas d’éloges sur ma famille, mais j’ai aussi la chance d’avoir des artistes et des collectionneurs (François, Philippe…) qui me donnent le sentiment de faire partie de ma tribu.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je pense à l’œuvre de Stefan Zweig, « Le Joueur d’échecs », « Lettre à une inconnue » ou à Rainer Maria Rilke « Lettres à un jeune poète ». Ce sont des auteurs que j’ai dévorés depuis mon adolescence et dont les visions du monde m’ont beaucoup marquée.

Je citerais également l’œuvre de Julio Cortázar et le réalisme magique latino-américain. Balzac et Proust font partie des grands qui m’habitent et m’aident à écrire sur l’art. Mon artiste, Maryline Terrier est l’une des rares que je connaisse qui, comme moi, a lu « La Recherche du temps perdu » en entier. C’est précieux de pouvoir échanger avec quelqu’un d’aussi cultivé qu’elle. Nos conversations passionnées ont une place particulière dans ma vie.

 

Quelle est ta devise ou ton mantra ?

Quand on est autoentrepreneur, on doit se donner de la force au quotidien, c’est pour cela que j’ai plusieurs mantras. Il faut beaucoup de foi et un peu d’autodérision. J’ai tout d’abord « soyons réalistes désirons l’impossible », un slogan de mai 68. J’aime également citer de façon un peu provocatrice, cette phrase de Mao : « D’échec en échec jusqu’à la victoire finale ».

Un autre m’a beaucoup aidé dans les périodes plus difficiles de ma vie : « When you are going through hell, keep going » (Churchill).

Le dernier c’est « Il ne faut pas attendre que l’orage passe, il faut apprendre à danser sous la pluie ».

Ce que je voudrais transmettre à mes enfants, c’est l’amour de l’art et de la beauté. Je pense que c’est une façon de rendre le monde meilleur, petit à petit, mais également, que l’on doit aimer le chemin. « Il faut suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant » (André Gide).

 

Il n’y a pas de but ultime. Chaque jour, chaque moment, bon ou mauvais, heureux ou douloureux, les succès et aussi les obstacles doivent être pris à pleine main et embrassés. On peut apprendre, grandir et tirer des enseignements primordiaux de tout ce qui nous arrive pour aller toujours plus haut. Il n’y a pas de chef-d’œuvre final, il n’y a que des événements qui constituent notre chemin. Chaque instant est précieux et devrait être aimé comme le dernier ou une autre possibilité d’être meilleur ou différent, de se dépasser et de s’améliorer. Ce qui est difficile vaut la peine : il faut autant apprendre à danser sous le soleil que sous la pluie…

 

Merci Hélianthe pour ce moment d’émotion, tout en sensibilité, dans ton univers....


[Mécénat et philanthropie] dans l'Art

Interview de Virginie Burnet présidente et fondatrice de l’art en plus, une agence de conseil en communication et en production de contenus culturels.

By Pascale Caron

Virginie Burnet a fondé l’art en plus en 2009 pour allier son engagement de longue date pour le mécénat et la philanthropie avec sa passion pour l’art et la culture.
Dans son agence de conseil en communication et en production de contenus culturels, elle accompagne les acteurs privés, mécènes et philanthropes, engagés dans la société et la création. L’agence développe leur visibilité, leur influence, conçois et pilote des projets artistiques, mobilise des talents et des ressources créatives.

 

 

Comment es-tu devenue entrepreneure et d’où vient l’idée de l’art en plus ?

 J’ai fait des études de Droit, d’Histoire de l’art et ensuite Sciences Po Paris. À 23 ans j’ai rejoint l’hôtel Drouot, carrefour alors incontournable du marché de l’art. J’y ai dirigé pendant 17 ans le département communication et relations médias. J’étais responsable à la fois de la communication institutionnelle des commissaires-priseurs parisiens et des campagnes de presse internationale des grandes ventes aux enchères. J’ai initié les premières expositions curatées par des personnalités du monde de l’art — de la Chinoise Pearl Lam au français Guillaume Houzé — et j’ai organisé de nombreux événements de relations publiques et caritatives.

Ce monde des ventes aux enchères et des collectionneurs me procurait beaucoup d’adrénaline, mais après toutes ses années, j’ai eu envie d’autre chose. L’univers du mécénat et de la philanthropie privée m’enthousiasmait. En 2008, soutenue par mon mari et avec 2 enfants en bas âge, je décide de quitter le marché de l’art et je fonde ma société en 2009. Je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs. Un des déclencheurs a été surement l’expérience de ma mère qui à 40 ans a résolu de changer de vie pour se consacrer à sa passion : elle s’était remise aux études de l’histoire de l’art.

En 2013, je suis rejointe par une associée, Olivia de Smedt. Notre complémentarité et nos échanges apportent beaucoup à l’agence.

 

Peux-tu nous parler de tes activités ?

Nous sommes une agence de prod et de contenus culturels. Nous accompagnons plusieurs projets privés de référence du mécénat d’entreprise et de philanthropie. C’est un domaine qui me tient particulièrement à cœur et dont je promeus l’engagement. En tant que professionnelle de la communication et des médias, je dispose d’une expertise et d’un réseau solide que je mets au service de nos clients.

Nous travaillons pour des projets exigeants et incarnés. Nous privilégions des rapports personnalisés, directs et impliqués avec nos clients afin de leur apporter expertise et sincérité. Nous concevons avec eux des stratégies créatives en adéquation avec leur vision, leurs objectifs et leurs valeurs. Grâce à notre expérience du monde de l’entreprise, des marques et de l’écosystème culturel et au soutien d’un réseau actif et prescripteur, nous développons et faisons rayonner leurs projets.

Nous imaginons et pilotons des projets artistiques dans leur globalité. Cela passe par la conception, le sourcing, la direction artistique, les partenariats et la communication. Nous orchestrons la synergie de ressources créatives : commissaires d’exposition, directeurs artistiques, scénographes, artistes, designers, éditeurs, producteurs audiovisuels. Nous organisons des remises de prix, des vernissages et visites privées d’expositions, ou des lancements, soirées, dîners, conversations et conférences pour nos clients. Pour cela nous identifions et coordonnons des prestataires, concevons des contenus, les expériences et performances artistiques. Nous venons justement d’élaborer un événement pour célébrer les 60 ans de la maison de bougies diptyque.

 

Peux-tu nous donner des exemples qui t’ont marqué ?

Je parlerais de Bernar Venet qui est proche de votre région. Il a fait appel à nous dès l’ouverture de sa fondation pour faire connaître ce lieu hors du commun, et promouvoir les œuvres produites in situ chaque année, les agrandissements du parc de sculptures et les expositions estivales. Cette fondation est l’aboutissement de plus de 50 ans de création artistique et de ses rencontres avec des artistes majeurs, devenus ses amis. Il a transformé en 25 ans sa propriété du Muy dans le Var en une « œuvre d’art totale », un endroit extraordinaire.

En invitant les médias français et internationaux à vivre une expérience inoubliable, nous avons contribué également à faire découvrir une autre facette de lui : celle d’un des plus grands collectionneurs d’art minimal et conceptuel américain. La « Venet Foundation » a d’ailleurs reçu le Prix Montblanc pour la culture. Nous avons également accompagné Bernar Venet pour la communication des deux rétrospectives qui lui étaient dédiées en 2018 au MAC Lyon et au MAMAC de Nice, ainsi que celle de son exposition au Louvre Lens en 2021. Il nous réserve encore beaucoup de surprises avec des projets de grande ampleur dans les prochains mois.

Je citerai aussi la Fondation Bettencourt Schueller et la Fondation d’entreprise Martell avec qui nous nous sommes immergées depuis plusieurs années dans le monde de l’artisanat d’art. Ce sont des métiers merveilleux qui ont beaucoup de points communs avec les artistes.

 

Quels sont tes futurs challenges ?

Nous devons tout d’abord passer le cap de cette période difficile qui n’en finit pas. La culture n’est pas toujours considérée comme prioritaire dans ces moments de crise alors qu’elle l’est en réalité… Nous nous tournons de plus en plus vers des projets pluridisciplinaires, mêlant musiciens, chorégraphes, artistes contemporains, artisans d’art ou même botanistes. C’est une autre façon de voir le monde à travers ce prisme très éclectique. Je mesure la chance que j’ai de travailler sur des sujets aussi variés et de ne jamais me retrouver dans une routine.

 

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Dans la vie en général je citerai Simone Veil et Élisabeth Badinter. Elles nous ont toutes les deux montré le chemin, en réussissant en tant que femmes dans une société d’hommes. C’est à Simone Veil notamment que l’on doit la loi sur l’IVG, un avancement incroyable qui lui a valu de nombreuses menaces et intimidations. Dans « Vivre avec nos morts », que je viens tout juste de lire, Delphine Horvilleur a consacré un chapitre à Simone Veil et à son amitié avec Marceline Loridan qui m’a beaucoup touchée.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

« La panthère des neiges » est un ouvrage merveilleux de Sylvain Tesson. Invité par le photographe Vincent Munier, il parcourt le Tibet oriental à la recherche de cet animal. Il apprend l’art de l’affût dans l’hiver et le silence. La tension est présente, car il y a la possibilité que la bête ne se montre pas. Dans notre monde de l’immédiateté, c’est tout l’inverse, l’éloge de l’espoir et de la patience. Nous pouvons passer des heures à attendre quelque chose qui ne viendra peut-être pas. C’est une magnifique référence à la relativité du temps.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Je citerai « Soit toi-même, tous les autres sont déjà pris », d’Oscar Wilde. Nous devons nous libérer de toutes ces cases où l’on veut nous mettre. Arrêter d’attendre d’être parfaitement préparées ou de se penser parfaitement légitimes pour entreprendre quelque chose : quand on est passionnée, il faut se lancer sans retenue, une pincée de risque et de culot ne fait pas de mal.

 

Crédit photo Sylvia Galmot photographe


[Art] Advisory

Interview de Gaïa Donzet, Présidente de GD Stratégies. Référence reconnue dans l’achat d’Art Moderne et Contemporain, Gaïa conseille et accompagne les collectionneurs dans l’acquisition d’œuvres.

J’ai rencontré Gaïa lorsqu’elle présidait le conseil d’administration de la Villa Arson à Nice. J’y siégeais également en tant que personnalité qualifiée. Gaïa est une femme passionnée, véritablement solaire, inspirante et j’ai voulu vous la faire connaître dans cet entretien tout en sensibilité.

Mais tout d’abord, commençons par son portrait : après une maîtrise d’Histoire de l’Art à La Sorbonne avec pour sujet de mémoire, les fondations et collections d’entreprises, Gaïa Donzet part à Londres pour collaborer à la revue Contemporary Magazine. Elle rejoint ensuite la maison de ventes aux enchères internationale Bonhams 1793 Ltd et crée en France leur succursale qu’elle va diriger durant 5 ans.

En 2009, elle est chargée par la prestigieuse galerie italienne Tornabuoni Art, spécialisée en Art Moderne et Contemporain, de créer sa filiale à Paris. Pour les propriétaires, la famille Casamonti, elle élabore la stratégie sur 5 ans du développement de la galerie en instaurant une politique volontaire d’acquisition et de vente d’œuvres modernes et contemporaines centrées sur des expositions quasi muséales. Grâce à ses qualités relationnelles et sa persévérance, elle introduit Tornabuoni Art au salon Tefaf de Maastricht puis à Art Basel.

C’est alors qu’Édouard Carmignac, l’une des 50 plus grandes fortunes de France la choisit comme conseil pour sa fondation. Gaïa se consacre pendant 5 ans à l’orchestration de ce nouveau projet et se charge de la curation de la collection. D’autre part, elle édite également des livres, et surtout, supervise la construction du musée sur l’île protégée de Porquerolles. Pour cette mission d’envergure, elle pilote les volets architecturaux, paysagers et artistiques.

Chaque année depuis l’ouverture, je visite ce lieu magique, avec ma famille. Quelle expérience incroyable de ressentir les créations, pieds nus, de déambuler dans les jardins magnifiques, et de diner au crépuscule sous les arbres. Derrière chaque détail on imagine la touche de Gaïa et la somme de travail fourni.

Depuis 2017, elle a fondé sa propre société : G D Stratégies, conseillant des personnes privées et des entreprises ou même des collectivités locales dans leurs acquisitions d’œuvres.

 

Qu’est-ce qui t’a amené à faire carrière dans l’Art ? 

J’ai été plongée dès le berceau dans le monde de l’Art avec un père architecte et une mère éditrice. J’ai visité très tôt des expositions le dimanche, et pas toujours de bon cœur au début, mais je n’ai jamais regretté. Quand on est enfant, le temps n’est pas le même : on peut s’arrêter devant un tableau, une photo, une sculpture qui va parler plus directement à son inconscient. Cette période de ma vie a développé ma sensibilité.

Plus tard, j’ai eu plusieurs opportunités de me rapprocher du monde de l’Art. J’ai tout d’abord rédigé mon premier texte de critique d’art pour un de mes meilleurs amis artistes, à 17 ans. Étudiante, j’ai fait des petits boulots pour des galeries pendant la FIAC et je me documentais sur les œuvres que je présentais. J’ai apprécié le fait d’être immergée dans la création. Transmettre des émotions à travers une image ou une sculpture m’a passionnée. J’ai constaté la puissance d’offrir une expérience aux gens en leur communiquant l’amour pour un tableau. Lorsqu’on arrive à trouver l’œuvre qui correspond au gout de quelqu’un et qu’il découvre quelque chose en lui-même, grâce à elle, on contribue au lien entre l’artiste et le futur collectionneur. Le but de l’artiste c’est de créer une émotion en nous. Quand cela se déroule devant moi c’est très grisant.

En parallèle, ma relation avec les jeunes artistes et l’appui que je peux apporter pour booster leur carrière est très gratifiante.

 

Comment as-tu passé le pas de l’entrepreneuriat ?

C’est difficile de se lancer, tant au niveau professionnel que personnel. Être salarié te procure la sécurité même si c’est un peu infantilisant. Créer son activité nécessite une anticipation, comme mettre de l’argent de côté pour tenir les premières années, ce que je n’ai pas du tout fait. J’avais un enfant, j’étais enceinte du deuxième, et je venais de me séparer de mon conjoint. J’étais au top de ma carrière avant mes 40 ans. J’avais conçu mon propre musée, géré un projet global sur l’île de Porquerolles, choisi les artistes, les architectes, les designers, jusqu’aux produits dérivés. Je me suis occupée aussi du vignoble attenant.

La question s’est posée alors : est-ce que je recommence la même chose pour quelqu’un d’autre en étant salarié ? Est-ce que je vais retrouver la liberté de créer et la collaboration exceptionnelle que j’avais avec mon employeur ? Quand on a goûté à cette liberté dans le travail, de dire ce que l’on pense et de faire ce qu’on aime, il est très difficile de revenir en arrière.

J’ai commencé par explorer le meilleur pour moi, tout en apprenant à mieux me connaître. Je me suis tout d’abord rapprochée de potentiels associés. À cette occasion, j’ai pu me comparer et me valoriser en me séparant du fameux complexe de l’imposteur. Après une expérience sur une foire d’art Asia Now en collaboration, j’ai décidé finalement de me mettre à mon compte seule.

J’ai démarré en conseillant d’abord des amis… Se faire rétribuer pour quelque chose qui est de l’ordre du plaisir est plutôt délicat. Au début, on n’est pas sûr de soi et on se solde souvent par avance. Mais au fur et à mesure, j’ai été rassurée et j’ai pu construire une relation de confiance avec les collectionneurs. Ce qui fait ma plus-value c’est ma passion de l’humain : je ne forcerai jamais un client à faire l’acquisition d’une œuvre qu’il ne ressent pas, simplement pour de la spéculation.

 

Quelle est la représentativité féminine parmi ta clientèle ?

De plus en plus de femmes font appel à mes services, c’est assez récent. Elles ont pendant longtemps délégué l’acquisition d’une œuvre quand le prix était au-dessus d’un certain montant, comme si l’achat n’était qu’un pur placement. Les mentalités ont changé. J’adore travailler avec elles, car le rapport entre la sensibilité, l’investissement, le choix est tout à fait différent. Elles sont souvent très sûres de leurs gouts !

 

Quel a été l’impact de la pandémie sur tes activités ? 

Le confinement a été à la fois un coup d’arrêt et finalement une opportunité : j’ai dû me réinventer. Les gens ont passé beaucoup de temps chez eux. Ils ont voulu embellir leur intérieur en acquérant une œuvre d’art. Toutes les galeries étaient bien sûr fermées, mais j’y avais accès, en tant que professionnelle. J’ai pu établir une relation plus intime et plus forte avec les collectionneurs : j’étais la seule personne qui avait pu voir l’œuvre et ils m’ont fait confiance en se décidant sur photos. Le paradoxe du confinement était que nous consommions tous de l’art, musique, livres, cinéma, retransmissions de pièces ou d’opéra, mais que le monde de la culture n’était pas aidé.

Les galeries étant lourdement impactées, j’ai eu l’idée d’exposer en plein air. Je me suis rapprochée des municipalités et j’ai organisé une première exposition d’astrophotographie à Megève. C’est un concept que j’ai imaginé en partenariat avec un collectionneur. La finalité était d’apporter de la beauté, de la poésie, de la découverte, de l’évasion et de démontrer que l’art est accessible à tous. J’y ai rajouté des citations sorties du contexte, d’Oscar Wilde à Bernard Tapie, pour interpeller ! J’ai été ravie d’apprendre que la ville prolonge l’exposition pour la saison d’hiver.

 

Quels sont tes futurs challenges ?

Je cherche tout d’abord à recréer cette expérience d’exposition en extérieur dans d’autres localités… Je souhaiterais également me rapprocher des entreprises et les aider à investir dans l’art tout en défiscalisant. Peu d’entre elles sont au fait des dispositifs existants et il est de mon devoir de les informer afin de soutenir les jeunes artistes. Je me suis rendu compte que tout part de la passion d’un CEO pour l’art. Chez Édouard Carmignac, on pouvait trouver un Roy Lichtenstein au-dessus de la photocopieuse, ou d’autres moins connus dans les bureaux et les couloirs. Peu d’entre eux savent que l’on peut passer par une société de leasing, louer les œuvres et bénéficier, in fine, d’une option d’achat. Ils peuvent ensuite proposer aux employés de l’acquérir à 10 % de sa valeur !

Mais mon plus gros défi est de dénicher les grands artistes de demain, et les défendre auprès des collectionneurs. Ma plus belle satisfaction est de découvrir un artiste que je retrouverai 3 ou 5 ans plus tard dans des galeries internationales. Mon vrai challenge est de créer l’envie en permanence. J’ai la chance d’avoir des clients qui font des acquisitions autant par plaisir que pour des motifs rationnels. En ce moment par exemple, j’ai un tableau de Pierre Soulages à vendre. Inutile de le présenter, mais c’est le seul à avoir été exposé de son vivant au Louvre. Si l’acheteur n’a pas le coup de cœur pour cette œuvre, je n’insiste pas. Mes clients apprennent avec moi à se faire confiance, je les rends indépendants, jusqu’au jour où ils n’auront plus besoin de moi.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspiré dans ta carrière ?

Le premier qui me viendrait à l’esprit est un professeur de français très exigeant et qui allait puiser en nous l’interprétation. Nous avions travaillé sur le livre « Le chef-d’œuvre inconnu » de Balzac. Dans cette histoire, l’œuvre de l’artiste disparaît, à mesure qu’il peint, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que le pied. Il nous avait posé la question « Pourquoi le pied ? ». C’est à cette occasion que j’ai appris qu’il n’y avait pas de bonne ou mauvaise réponse, chacun interprète avec son propre ressenti. Je me sers encore aujourd’hui de ses enseignements quand je conseille mes clients.

Je citerais bien sûr Édouard Carmignac, une personnalité tout à la fois tranchante et sûre d’elle-même avec, en même temps, une réelle qualité d’émerveillement. Il suit son intuition et à ce niveau d’excellence dans les affaires, il est très décomplexant. « En art comme en amour, l’instinct suffit. », nous disait Anatole France.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je commencerais par « Neige » de Maxence Fermine. Il est écrit comme une calligraphie chinoise dans un paysage de neige.

Mon deuxième est « Novecento », d’Alessandro Baricco, pour la beauté et le surréalisme de l’histoire étrange et merveilleuse.

Mon dernier conseil, ce sont les livres de Christian Bonin. Écrits comme des romans, il ne faut pas les lire d’une traite, mais apprécier chaque paragraphe comme une poésie à part entière. Chacune décrit la beauté d’un instant. Chaque phrase est un tableau et le dernier parle de Pierre Soulages.

 

Quelle est ta devise ou ton mantra ?

À l’époque où je travaillais pour la fondation Carmignac, ma devise était : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » de Mark Twain.

Aujourd’hui je me répète souvent, « Ne réagis pas, agis ! ».

 

À méditer.

 


[Art] Talk

Discussion sur l’Artiste et la Femme, une prédisposition?

Par Karin Fellinger

Avec Patricia Cressot, je m’interroge sur la participation singulière des femmes
dans une démarche artistique.

Je ne crois pas forcement que les femmes possèdent une sensibilité artistique
différentes de celles des hommes.
Tout est une affaire de travail, de recherche, de tâtonnement, de patience, de
discipline et de technique.
L’Art pariétal de la grotte de Lascaux est une œuvre magistrale, possiblement issue
d’un esprit féminin, guidé par une main féminine.
Tout comme l’artiste anonyme de la grotte, mon travail est le résultat d’une
combinaison hasardeuse.
Les petits et les grands plaisirs de l’existence, dans le Sud, sont les fruits ensoleillés
d’une vie paisible et d’une douceur de l’être.
En tant que femme, suis-je « moléculairement » prédisposée à la sensibilité, à la
beauté, à l’harmonie et la célébration du sublime ?
Je ne le crois pas.

Opposition
C’est principalement une question de liberté et d’indépendance.
Le processus créatif n’est pas sexué.
Liberté acquise et indépendance conquise m’ont permis de peindre.
Je suis un esprit indépendant dans un corps de femme libre.
Je suis une artiste peintre.

Karine Fellinger, le vendredi 2 août 2019

INSTAGRAM /FACEBOOK fellingerkarinstudio

*BIO Karine Fellinger

 » Autrichienne par mon horizon généalogique et française par le biais du mariage, les premières années furent marquées par l’enchantement de la culture pastorale associé au parisianisme culturel euphorique. Les années juvéniles s’évanouissent au fur et à mesure des naissances qui se succèderont trois fois.
L’installation dans le sud de la France constitue une nouvelle rupture existentielle. La lumière cristalline des horizons pastels, les contrastes chromatiques de la nature et les fragrances saisonnières produiront des effets sensibles dans mon rapport au monde. C’est l’origine du  kaléidoscope pictural de mon travail.

Mon travail s’attache à saisir l’évocation d’un paysage, d’un portrait ou d’un objet commun. Cette évocation est une distance conceptuelle avec le sujet. Je ne me considère pas comme étant une naturaliste ou un peintre spécialisé dans la description idéalisée de l’environnement. Ma sensibilité envers la nature est constitutive dans mes œuvres. Le choix des éléments biologiques utilisés pour la création, rassemble des matériaux issus de l’environnement parmi lesquels on retrouve de la cire d’abeille, de.la toile brute biodégradable .des pigments naturels ou du sable ocre issus des carrières du Luberon.

L’utilisation des matières naturelles, compactes, dissociées ou assemblées, rend possible une scénographie gestuelle spontanée et instinctive. Le mouvement du corps et ses circonvolutions est également impliqué dans l’élaboration créative.
Jetés sur la toile, les éléments naturels sont magnifiés par les flous des tracés et des formes. La combinaison compulsive des forces créent les formes. Elles se juxtaposent jusqu’à l’achèvement. 
Peindre c’est essentiellement gratter, ajouter, effacer, cacher, salir, blanchir, brosser, retrancher, refaire… 
Mais, peindre c’est aussi pleurer, s’émouvoir, rater, recommencer, s’énerver, s’impatienter, durer, se tromper dans un rythme cadencé par un quotidien carencé et toujours insuffisant. 
Peindre c’est créer de l’abstraction.
Je reconstitue le sujet avec les mêmes composants qui façonnent la nature comme la terre qui est chauffée à vif par les morsures du soleil. Je préfère conserver à l’esprit les sensations éruptives qui génèrent une peinture. 
Une toile peut être réalisée en une heure comme en une journée, voire parfois en un mois. Combien de temps faut-il à une fleur pour exister dans la nature ?

L’aspect sculptural de mes tableaux est largement influencé par les peintres abstraits, en particulier par ceux de l’immédiat après guerre comme Dubuffet et Tapies. C’est mon deuxième arbre généalogique. »