Marie Dollé, et si l’IA nous rendait plus humains ?

Elle ne parle pas d’intelligence artificielle comme d’un simple outil mais comme d’un révélateur.

Propos recueillis par Pascale Caron

Marie Dollé évolue depuis plus de quinze ans dans les écosystèmes numériques. Elle navigue entre stratégie marketing, plateformes digitales, innovation et accompagnement des entrepreneurs. Aujourd’hui Head of Marketing & Communications pour EuroQuity chez Bpifrance, elle observe quotidiennement les mutations du monde économique sous l’angle de l’innovation. Mais son regard va bien au-delà de la performance. Ce qui l’intéresse, ce sont les déplacements silencieux, les glissements identitaires, les ruptures intimes dans notre rapport au travail, à la société, à nous-mêmes. Avec SELFPRESSIONNISME – Et si l’IA nous rendait plus humains ? paru le 22 janvier, elle propose un essai singulier, profond et sensible. Elle y défend une hypothèse radicale : la révolution IA n’est pas d’abord technique, elle est existentielle.

Autodidacte, Marie Dollé obtient son bac à 16 ans, passe son enfance à l’étranger — son père était diplomate — et entre tôt dans la vie active. Au début de sa carrière dans le monde du sport, en sponsoring rugby, puis dans les études médias chez Kantar Media. Elle y apprend la data, le marketing automation, les panels consommateurs, les investissements publicitaires. Elle grimpe, sans diplôme, mais avec une vision. Elle rejoint ensuite Bpifrance, où elle opère depuis huit ans sur la plateforme EuroQuity, mettant en relation investisseurs et startups à forte intensité technologique. Elle a coaché près de 900 jeunes pousses. « J’ai toujours été fascinée par ce qui fait qu’une entreprise réussit. Mais derrière cela, c’est la psychologie humaine qui m’attire. »

Durant le confinement, elle relance l’écriture, conçoit la newsletter In Bed With Tech (et sa version anglaise In Bed With Social) pour structurer sa pensée. Elle y mêle textes et visuels, certains issus de ses propres aquarelles, d’autres générés à partir d’elles via IA. « J’ai peint beaucoup, mais je manquais de temps. J’ai commencé à nourrir des générateurs d’images avec mes œuvres. Le grain du papier, les pigments, tout est là. Parfois, on ne sait plus ce qui est fait main et ce qui est généré. » Déjà, elle explore cette hybridation entre création humaine et puissance algorithmique.

Ce qui la fascine dans l’IA générative, ce n’est pas l’automatisation, c’est le glissement du déterminisme vers le probabilisme. « Avec les transformers, on a quitté la logique des systèmes fermés. On touche à quelque chose qui ressemble au fonctionnement du cerveau humain. » Elle renverse les récits dominants. « Le vrai risque, ce n’est pas que la machine devienne humaine. C’est que l’humain devienne machinique. » Notifications, Slack, LinkedIn, productivité à outrance : « On est devenus des primates voûtés sur nos écrans. On développe des douleurs physiques, on ne regarde plus l’horizon. » Elle cite Jane Jacobs : « Les villes étaient sécurisées par les regards croisés. Aujourd’hui, plus personne ne regarde. » Et rappelle que dans les villes, l’horizon est coupé. « Or l’horizon est la condition de l’existence. »

Dans cette anthropologie de la posture, elle lit un effacement de la relation au monde. Mais aussi une occasion à saisir : « Les IA génératives sont entraînées sur une immense part des archives de l’humanité, y compris les plus sensibles : poésie, récits, art. Avant, on n’analysait que des chiffres. Aujourd’hui, on peut accéder à la sensibilité collective. » Pour elle, tout dépend de l’usage. « Si on délègue notre pensée, on s’abrutit. Mais si on s’en sert pour se questionner, on peut redevenir plus humains. »

Elle refuse la lecture erronée de l’étude du MIT sur la « dette cognitive ». « Elle ne dit pas que les gens deviennent plus bêtes, mais que quand on délègue une tâche, on réfléchit moins. Ce qui est évident. » Elle insiste sur les risques liés au développement cognitif des enfants. « C’est la friction adaptée, pas la facilité, qui fait progresser le cerveau. »

Elle raconte une scène marquante : sa fille de 13 ans, bloquée sur des verbes irréguliers en espagnol. Elle lui propose d’utiliser ChatGPT, mais sans demander de réponse : seulement des explications. « Je l’ai vue dialoguer, comprendre, puis demander à la machine de créer un quiz à partir de sa leçon. Elle a eu 17. » Pour elle, l’IA ne devrait pas nous faire aller plus vite, mais nous aider à ralentir. À comprendre. À approfondir. À recommencer.

Elle insiste : « Avec la machine, tu peux poser cinquante fois la même question. Demander : explique-moi comme si j’avais cinq ans. Et recommencer autant que nécessaire. Face à un professeur, tu n’oses pas. Face à la machine, tu persévères. »  Cette plasticité cognitive est pour elle l’une des plus belles promesses de l’IA. À condition de ne pas s’y soumettre.

Elle évoque une idée forte : les modèles de langage sont des moteurs de goût. « Tout le monde peut générer. Mais tout le monde ne sait pas choisir. » Elle décrit trois niveaux : copier-coller ; choisir une option ; analyser, transformer, s’approprier. « Pourquoi apprend-on les règles ? Pour mieux s’en affranchir. »

Elle refuse le vocabulaire d’« humain augmenté » — trop technocentré. Elle lui préfère le terme « expansé » : « Augmenter suppose un manque. Expandre, c’est partir de l’intérieur. Vers l’extérieur. Vers l’Autre. » C’est dans cette logique qu’elle élabore le concept de selfpressionnisme, en référence aux grands courants artistiques. « Quand la photographie est apparue, elle a bouleversé la peinture. Les impressionnistes ont répondu non pas en imitant le réel, mais en capturant l’émotion, la lumière, l’instant. Cela a été possible parce que de nouveaux outils ont émergé : les tubes de peinture et le chevalet mobile. L’artiste pouvait sortir peindre sur le motif, capter des impressions fugitives. » Puis vint l’expressionnisme, dans un contexte de guerre et d’essor de la psychanalyse. « Là, c’est l’intériorité qui explose sur la toile. »

Aujourd’hui, elle propose un nouveau courant : le selfpressionnisme. « Self au sens du soi, mais pas le selfie, qui est une mise en scène narcissique. Je parle du self tourné vers l’autre. Une subjectivité en relation. » Elle ajoute : « On s’est longtemps concentrés sur le développement personnel. On va devoir désormais travailler le développement relationnel. Avec les humains, mais aussi avec les autres formes d’intelligence : artificielle, végétale, animale. Le vivant. »

Elle revient sur les compétences. Elle rejette l’idée que les hard skills seraient obsolètes. « Comment peux-tu choisir entre cinquante propositions si tu n’as pas les bases ? Sans expertise, tu ne peux pas questionner ni challenger la machine. » Elle s’oppose frontalement à la thèse selon laquelle les soft skills suffiraient à elles seules à préparer l’avenir. « On nous dit que seules les compétences relationnelles comptent désormais, mais comment exercer son esprit critique sans structure cognitive ? Les soft skills ne peuvent s’enraciner que sur une charpente solide de savoirs. » Pour elle, la pensée exige des fondations techniques, une rigueur intellectuelle, un ancrage. C’est la combinaison entre expertise et capacité de lien qui fera là.

Elle cite deux figures qui l’inspirent profondément. D’abord, le professeur Marc Cavazza, chercheur en IA, rigoureux, méthodique, scientifique. « Mon cerveau ne fonctionne pas comme le sien. Mais chaque fois que je le lis, une idée naît. Il déclenche en moi une créativité incroyable. » Ensuite, Léonard de Vinci. « Le modèle du polymathe. Un artiste qui maîtrisait peinture, sculpture, mathématiques, musique. C’est cette capacité à faire des ponts entre les disciplines qui me fascine. Et qui sera, je pense, la compétence du XXIe siècle. »

Au fond, ce qu’elle défend, c’est une posture. Une manière d’habiter son époque sans la subir. De dialoguer avec les machines sans s’y soumettre. De préserver ce qui fait l’humain. Elle cite Roland Barthes et son concept de punctum : ce détail d’une image qui déclenche une résonance intime. Et conclu : « Un bon livre, ce n’est plus un livre qui m’apprend quelque chose. C’est un livre qui me déplace. »

Son mantra, enfin, pourrait être une boussole : « Regarder ce qui ne se voit pas tout de suite. Aller dans les interstices. »

 

à propos de l'auteure: Pascale Caron est vice présidente de MWFI and Tech, Directrice de publication de Sowl Initiative. Elle est cheffe d'entreprise sur Monaco et dirige la société Yunova http://yunovaconsulting.com.

 


L’influence de la nutrition, de l’IA et de l’art sur le cerveau : une exploration interdisciplinaire

Le 27 février 2025, le Monaco Women in Finance Institute a accueilli une conférence sur l’impact de la nutrition, de l’intelligence artificielle (IA) et de l’art sur le cerveau humain. Animée par Pascale Caron, fondatrice de Yunova Pharma, et Laurence Jenkell, artiste renommée, cette rencontre a offert une plongée approfondie dans les liens qui unissent la biologie, la technologie et la créativité au service du bien-être mental et cognitif.
Nutrition et santé mentale : une approche scientifique et une prise en charge globale
La santé mentale est un enjeu majeur de notre époque, influencée par de nombreux facteurs dont la nutrition et les avancées technologiques comme l’intelligence artificielle (IA). Cet article explore comment ces deux domaines peuvent transformer notre approche de la santé mentale et la prise en charge des douleurs chroniques.

Le lien entre nutrition et santé mentale

La psychiatrie nutritionnelle est un domaine émergent qui étudie l’impact de notre alimentation sur notre humeur et notre bien-être mental. Bien que les « comfort foods » puissent procurer un sentiment de bien-être immédiat en libérant de la dopamine, elles peuvent avoir un effet négatif à long terme sur notre humeur. La recherche montre que la nutrition joue un rôle crucial non seulement dans la régulation de notre humeur, mais aussi dans la gestion des douleurs chroniques.
L’axe intestin-cerveau
L’axe intestin-cerveau est une connexion bidirectionnelle entre notre système digestif et notre cerveau. Des déséquilibres dans notre flore intestinale, appelés dysbioses, sont souvent associés à des troubles de l’humeur. En rétablissant l’équilibre de notre microbiote, nous pouvons soutenir notre santé mentale de manière naturelle.
Les psychobiotiques sont des souches spécifiques de probiotiques capables d’influencer positivement notre santé mentale. En produisant des neurotransmetteurs comme le GABA ou la sérotonine, ils aident à réguler l’humeur et à réduire le stress, agissant comme des anxiolytiques naturels. Leur utilisation offre une approche novatrice pour la prise en charge des troubles mentaux, sans nécessairement recourir aux médicaments traditionnels.
Le cortisol, souvent appelé « hormone du stress », peut avoir des effets néfastes sur le corps et le cerveau lorsque son taux reste élevé sur de longues périodes. Les plantes adaptogènes comme la Rhodiola, le safran ou le ginseng peuvent aider à réguler ce taux en aidant notre corps à s’adapter au stress et en normalisant la production de cortisol.

Alimentation et prévention des troubles de l’humeur

Une alimentation équilibrée peut jouer un rôle préventif contre les troubles de l’humeur. Voici quelques aliments bénéfiques pour la santé mentale :
• Légumes-feuilles : riches en nutriments essentiels pour notre microbiote
• Fruits et légumes colorés : bons pour la mémoire et l’humeur
• Huiles végétales : facilitent l’absorption des nutriments
• Produits de la mer : riches en oméga-3 et vitamine D, bénéfiques pour le cerveau
• Noix, haricots et graines : sources de protéines végétales, fibres, vitamines et minéraux essentiels
• Épices et herbes : aident à réduire l’inflammation et soutiennent la mémoire
• Aliments fermentés : améliorent la diversité du microbiote et réduisent l’inflammation
• Chocolat noir (minimum 70 % de cacao) : associé à un risque réduit de dépression

Gestion des douleurs chroniques
La gestion des douleurs chroniques nécessite une approche multidisciplinaire. La neuro-nutrition offre des solutions prometteuses, notamment :
• Le PEA (Palmitoyléthanolamide) : une molécule naturellement présente dans notre corps
• La Myrrhe : un anti-inflammatoire naturel
Ces substances agissent sur les récepteurs de la douleur qui transmettent l’information au cerveau. En combinant ces approches avec d’autres stratégies comme l’acupuncture, la méditation ou la sophrologie, il est possible de moduler la perception de la douleur, de détendre le corps et l’esprit, et d’améliorer la qualité de vie. Il est important de se fixer des objectifs réalistes, en visant une amélioration de la qualité de vie tout en acceptant de vivre avec une sensation résiduelle.

Prévention du déclin cognitif
Le déclin cognitif peut être accéléré par divers facteurs comme le stress, une mauvaise alimentation ou un manque d’activité physique. Cependant, il est possible de ralentir ce processus en adoptant une alimentation riche en oméga-3 et en antioxydants, et en pratiquant une activité physique régulière. Des substances comme l’homotaurine et l’Huperzine peuvent agir sur les agrégats de protéines qui altèrent la neurotransmission. La phosphatidylsérine, un élément essentiel des membranes cellulaires des neurones, peut améliorer la communication entre ces cellules, favorisant ainsi la mémoire et la concentration.

 

L’influence de l’IA dans la santé mentale

L’intelligence artificielle (IA) révolutionne notre approche de la santé mentale. Elle permet d’analyser de grandes quantités de données et d’identifier des tendances, ce qui la rend de plus en plus utile pour détecter les troubles mentaux, personnaliser les traitements et surveiller les patients en continu.

Diagnostic précoce des troubles mentaux
L’IA peut analyser des données complexes pour détecter précocement les troubles mentaux :
• Interactions vocales : L’IA peut analyser le ton, la vitesse et le rythme de la voix pour détecter des signes de dépression ou d’anxiété.
• Expressions faciales : En observant des micro-expressions, l’IA peut identifier des émotions non exprimées verbalement.
• Comportement numérique : Les habitudes numériques peuvent révéler des anomalies dans le comportement qui traduisent des troubles mentaux.
Par exemple, Ellipsis Health utilise l’IA et l’analyse vocale pour évaluer et gérer les symptômes de dépression et d’anxiété, facilitant ainsi le diagnostic et le suivi des patients dans les applications de santé et les consultations à distance.

Personnalisation des traitements
L’IA permet d’adapter précisément les soins aux besoins individuels en prenant en compte l’historique médical, les préférences et la réponse aux traitements précédents. Elle peut ajuster les thérapies en temps réel, offrant ainsi une approche plus dynamique et personnalisée du traitement.

L’IA et l’autogestion de la santé mentale
De nombreuses applications utilisent l’IA pour offrir un soutien en santé mentale accessible et autonome :
• Woebot : un chatbot utilisant des techniques de thérapie cognitive comportementale pour aider à gérer le stress et l’anxiété.
• Wysa : un chatbot thérapeutique mettant l’accent sur la psychologie positive.
• Headspace: analyse en temps réel les données comportementales pour fournir un soutien mental personnalisé.
• Kaia Health : utilise l’IA et la thérapie physique pour proposer des programmes de réhabilitation personnalisés contre les douleurs chroniques.

Risques et limites de l’IA en santé mentale
Malgré ses nombreux avantages, l’utilisation de l’IA en santé mentale soulève également des préoccupations :
• Problèmes de confidentialité : les outils d’IA collectent des données sensibles qui peuvent être vulnérables aux violations de confidentialité.
• Biais algorithmiques : peuvent affecter la qualité des diagnostics et des traitements, particulièrement pour les minorités et les groupes sous-représentés.
• Dépendance technologique : l’automatisation des services de santé mentale peut réduire les interactions humaines, essentielles pour une prise en charge globale des patients.
Il est donc crucial de maintenir une supervision humaine dans l’utilisation de ces technologies.

 

L’influence de l’Art sur le cerveau : une exploration émotionnelle et cognitive

L’artiste Laurence Jenkell a pris le relais en expliquant comment l’art agit directement sur notre cerveau. Elle a rappelé que l’art active plusieurs zones cérébrales, notamment :
• L’amygdale, qui traite les émotions.
• Le cortex préfrontal, impliqué dans l’analyse et la prise de décision.
• Le système de récompense, qui libère de la dopamine, générant du plaisir et réduisant le stress.

Laurence Jenkell a ensuite retracé l’évolution de l’art en lien avec l’histoire de la pensée humaine. Depuis les peintures rupestres, où l’art était un outil de narration et de transmission, jusqu’à l’art contemporain, qui joue sur les perceptions et les émotions, chaque mouvement artistique reflète une part de notre psyché collective.
Elle a particulièrement insisté sur les artistes ayant marqué la psychologie de l’art :
• Van Gogh, dont les œuvres traduisent une forte intensité émotionnelle.
• Yves Klein, qui a exploré l’impact des couleurs sur le ressenti humain.
• Picasso, qui considérait l’art comme un moyen de purification psychique.

Les sculptures bonbon : un art chargé d’émotions
Enfin, elle a présenté son propre travail artistique autour des sculptures bonbon. Selon elle, ces œuvres éveillent un sentiment de nostalgie rassurante, en activant la mémoire autobiographique des spectateurs.
Elle a expliqué comment la torsion, élément clé de ses sculptures, représente la résilience et la transformation, deux notions fondamentales dans le parcours émotionnel de chacun.
Elle a conclu en affirmant que l’art ne se limite pas à l’esthétique : il joue un rôle thérapeutique avéré. Il est utilisé dans l’art-thérapie pour aider les patients atteints de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression. En stimulant la créativité, l’art permet de libérer des émotions, favorisant ainsi le bien-être mental.

Une convergence entre science, technologie et créativité

Cette conférence a mis en lumière les interactions profondes entre la nutrition, l’intelligence artificielle et l’art sur le cerveau humain. Si la neuro-nutrition et l’IA offrent des outils concrets pour améliorer la santé mentale, l’art demeure un vecteur fondamental d’émotions et d’équilibre psychologique. À travers ces trois disciplines, il devient clair que prendre soin de son cerveau nécessite une approche globale, mêlant science, technologie et expression artistique. Un véritable appel à repenser notre rapport à la santé mentale dans une société en perpétuelle évolution.

 


Du Théatre au Cinéma

Interview de Valérie Piola Caselli, fondatrice de Com’Media Conseil, Form’actrice chez Violette et Garance, Consultante en scénarios, scénariste et réalisatrice.

By Pascale Caron

Il est difficile de mettre Valérie dans une case. J’ai eu l’opportunité de la croiser dans plusieurs événements dans son rôle de Violette, vêtue de sa robe à pois. Son assurance et son énergie débordante m’ont beaucoup inspirée. C’est naturellement que j’ai voulu en savoir plus et je n’ai pas été déçue !

Peux-tu nous expliquer ta trajectoire et ce qui t’a amenée à créer ton entreprise ?

C’est un parcours de slasheuse. Atypique, multiple, avec comme dénominateur commun la compréhension de l’humain dans sa diversité et sa singularité et le plaisir d’écrire et de créer.

Je me suis toujours intéressée à la Psychologie. Mais à 18 ans, j’avais l’impression fausse qu’étudier cette discipline me conduirait forcément vers des face-à-face avec des patients aux histoires douloureuses. Trop difficile pour une hypersensible comme moi. J’ai donc choisi de faire une maîtrise en gestion d’entreprise et ensuite un DESS de marketing pour creuser véritablement l’aspect plus psychologique du consommateur. Il y avait 24 places pour 500 postulants. Pour me démarquer, j’ai décidé de faire un stage. Le hasard de la vie (si tant est qu’il existe !) m’a amenée au Figaro Méditerranée. C’est là que j’ai découvert le journalisme et à travers lui, le bonheur de rencontrer des gens intéressants et inspirants sans leur demander de chèque à la fin de l’entretien !

Je suis tombée sur une rédactrice en chef incroyable, Marie-Clémente Barbé-Conti, ma marraine de plume. C’était magique parce que mes petits articles devenaient de plus en plus grands. J’interviewais des gens connus, ou pas. Cette expérience m’a permis de relativiser la notion de célébrité, de m’enlever toute inhibition pour échanger avec quiconque sans gêne et avec authenticité.

Au bout de trois mois de stage, Marie-Clémence m’a même proposé de créer une rubrique, Campus, dans laquelle j’avais toute liberté. Je me suis essayée à tous les sports extrêmes. J’ai sauté en parachute, fait de la voltige aérienne… Et surtout, j’étais déjà très attirée par la culture et le théâtre et ne manquais jamais une occasion de relayer ce type d’infos ou de faire des portraits d’artistes. Au bout d’un an, j’ai eu mon DESS de marketing et ma carte de presse 15 jours après.

Je me suis rendu-compte que mon projet était de découvrir et d’apprendre des choses et que le journalisme allait me le permettre davantage. Après 5 ans au Figaro, j’ai rejoint Europe 2, ou je faisais des billets d’humeur et des chroniques. J’ai travaillé ensuite 9 ans à Télé Monte-Carlo pour le magazine Sud en réalisant des sujets de 9-10 minutes (dont certains étaient revendus à Arte). Là aussi, j’ai eu la chance d’avoir un rédacteur en chef, inspirant et bienveillant, Jean-Robert Cherfils.

Mes plus beaux souvenirs ? Un reportage au milieu des baleines sur un petit bateau du Musée océanographique au large de la Corse. Je pense aussi à 3 rencontres émotionnellement fortes avec Henri Salvador, des portraits d’artistes comme le sculpteur Nicolas Lavarenne, ces gens qui œuvrent à rendre le monde plus beau. Je pense à Michèle Ramin fondatrice de l’arboretum de Roure ou encore ce moment particulier où des SDF m’ont proposé de m’assoir avec eux par terre et d’observer le non-regard des passants…

Côtoyer toutes ces personnes a été un vrai enrichissement et aussi une source de questionnement. En situation d’interview, je croisais des gens merveilleux qui parfois ne savaient pas parler d’eux et d’autres, peut-être plus aguerris aux techniques de com’ qui communiquaient très bien, mais avaient-ils quelque chose à dire ? Une sorte de grande injustice relationnelle. Cela m’a interrogée et j’ai voulu creuser le sujet. J’ai repris six ans d’études à l’Université pour devenir Psychologue. Tout en continuant à être journaliste, j’ai travaillé sur l’impact de la caméra sur le comportement humain, les bouleversements pulsionnels quand on passe dans la lumière. J’ai étudié surtout ce que le stress peut amener de négatif dans la communication et comment le contrer.

Télé-Monte-Carlo a été mon laboratoire, parce que j’y menais mes « expériences » avec l’aval de mon rédacteur en chef qui me disait « La Piole, c’est quoi encore vos conneries ? Bon OK, allez-y. » C’était vraiment un très joli moment de vie.

Et puis toute histoire a une fin. Télé-Monte-Carlo a été racheté par TFI et AB production. Il n’était plus possible d’y faire du magazine. J’avais 15 ans de journalisme, un titre de Psy, 2 enfants, un mari, de fortes racines azuréennes… et avec tout ça, qu’est-ce qu’on fait ?

Aucune envie d’intégrer une entreprise et d’avoir un manager. Je tiens farouchement à ma liberté ! J’ai alors décidé de créer ma boite et fondé « Com’Media Conseil » autour du coaching, de la formation professionnelle (prise de parole en public et média training) et de cours à l’Université Côte d’Azur. J’ai affiné ma pratique en devenant Synergologue (experte en communication non verbale). Depuis 18 ans, j’accompagne des CODIR, des managers, des femmes et hommes politiques, des artistes aussi… Si les objectifs sont différents, la quête est toujours la même : aider la personne à être la meilleure version d’elle-même. C’est même la clé du charisme d’ailleurs.

Comment es-tu devenue Violette ?

L’aventure « Violette et Garance » est née il y a 10 ans d’une rencontre avec Muriel Cauvin, qui est également coach, intervenante, à l’EDHEC Business School. Elle est comédienne comme moi (je fais du théâtre depuis l’âge de 12 ans).

Nous sommes parties du constat que la formation ne suffisait pas à ancrer véritablement de nouveaux comportements. Il nous paraissait fondamental de créer des mises en situation, de les jouer, les faire ressentir en travaillant sur l’intelligence émotionnelle. On a un background similaire, et surtout les mêmes valeurs humaines, l’envie de faire bouger les lignes. Au départ on se nommait « AlterAction ». Notre but, c’était d’éviter les altercations. On s’est aperçu rapidement que nos personnages étaient devenus plus forts que nous et que tout le monde nous appelait « Violette et Garance ».

En temps normal, le Théâtre Forum est plutôt sociétal. Il vient du Brésil et a été créé par Augusto Boal sous le nom de Théâtre de l’Opprimé. Nous l’avons aménagé pour les entreprises, et déposé cette variante à l’INPI. Nos champs d’action sont entre autres le harcèlement, le sexisme, la diversité, le vivre ensemble, le handicap. Nous couvrons des thèmes très vastes comme le management, le recrutement, l’insertion professionnelle. Nous travaillons également dans le domaine médical sur l’empathie et l’annonce des mauvaises nouvelles aux patients. Nos clients, vont de la PME à la grosse entreprise, secteur public comme privé (Thales, la SNCF, le CNRS pour en citer quelques-unes) partout en France et même parfois au-delà (Belgique, Portugal).

Nous écrivons des saynètes sur mesure qui collent au quotidien des participants pour que les gens qui sont en face aient vraiment l’impression que l’on fait partie de leur univers. On joue une mauvaise pratique et ensuite nous invitons des personnes du public à prendre la place de la form’actrice en difficulté. Le but est de montrer qu’en changeant sa posture, on peut modifier sa relation à l’autre.

Nous sommes toujours habillées en noir à pois blanc, c’est notre dress code pour dire qu’on est des personnages. Même si nous réalisons un théâtre de la réalité.

Avec le Covid, l’histoire aurait pu s’arrêter là, mais cette contrainte nous a au contraire permis de nous démultiplier. Nous avons appris par la force des choses à faire du théâtre forum en visio. Aujourd’hui, nos clients nous demandent du présentiel et du distanciel. Nous faisons également du théâtre forum en vidéo.

Bref, je suis une « slasheuse », et heureuse de l’être ! Loin de m’éparpiller, je cumule les activités que j’aime et dans lesquelles j’ai une plus-value à apporter. L’objectif reste le même. En psycho existentielle, on demande aux gens leur « verbe de vie ». J’en ai deux. Le premier, c’est « contribuer » et le deuxième c’est « créer ». Avec le coaching, je « contribue » en accompagnant les personnes dans leur développement (développement du charisme, de l’affirmation de soi…). Idem avec le Théâtre Forum où nous déclenchons aussi parfois des déclics salutaires.

Et en innovant sans cesse sans jamais faire 2 fois la même chose, je crée.

Quels sont tes prochains challenges ?

Justement, me rapprocher plus encore du verbe « créer ». J’ai repris la plume par passion. Depuis deux ans, j’écris des scénarios de documentaires et des courts métrages. Seule, en groupe et de temps en temps en famille. Nous avons monté avec mes deux enfants « Bleu Cactus », un groupement d’indépendants qui réalise des vidéos de fiction, mais également qui offre ses services de média training, scénarios, de réalisation et de montage aux entreprises, formateurs, influenceurs. J’ai la chance d’avoir une fille Nina Calori, réalisatrice, scénariste et monteuse et un fils Noé Caselli, comédien et monteur.

Cerise sur le gâteau, notre dernière production « Roman », un court métrage contre les violences sexuelles totalise déjà 5 sélections en festival en France, Italie et Espagne. Il a même été dans le trio gagnant du prix « droits humains » et remporté le prix du public devant 1800 films au Femifilms de Stiges (festival espagnol sur le droit des femmes). Moi qui ai eu la chance de ne jamais avoir vécu ce type de drame, je me suis mise à la place des femmes victimes. Le but est de déclencher des prises de conscience sur le déni et sur la honte (qui devrait concerner uniquement celui qui perpétue l’acte). Toujours cette double envie de contribuer et de créer.

Ce petit film qui était là comme un don à ceux qui en avaient besoin me prodigue beaucoup de bonheur en retour. Ça a été un vrai kif pour moi d’interpréter la mère de « Roman ». De partager cette expérience en famille et surtout de recevoir autant d’avis positifs.

La machine est lancée. À tous les sens du terme. Bien sûr j’utilise un ordinateur, mais j’ai une vieille Remington qui me surveille à côté de mon bureau !

Enfin, je me suis lancée dans un tout nouveau défi. Forte de mes compétences de psychologie, de synergologie et d’écriture de scénarios, je propose dorénavant aux boites de production mes services de consulting. L’idée est de les aider sur leurs projets à développer les caractéristiques psychologiques des personnages, à mieux qualifier leur gestuelle et leur vocabulaire pour trouver une congruence, les rendre plus authentiques et toucher le public. On ne pose pas ses lunettes de la même manière si on a une tendance maniaque ou histrionique !

Mon idéal serait de travailler à 50 % comme scénariste ou consultante en scénario, et le reste sur Violette et Garance et le coaching.

Au total, déclencher l’intelligence émotionnelle du public ou des interlocuteurs qu’il s’agisse de fiction ou de réalité, c’est la même « histoire ».

 

Est-ce que tu aurais un livre, ou un podcast à nous suggérer ?

Je conseillerai « Novecento » d’Alessandro Baricco. C’est le récit d’un pianiste qui est né dans un bateau sur la mer. J’adore l’écriture de Baricco. Pour moi, elle se rapproche de la musique. Et surtout, le personnage rassemble tout ce que j’aime : l’authenticité, la poésie et un regard décalé sur la vie.

 

Aurais-tu une citation ou un mantra ?

« Un oiseau sur un arbre n’a pas peur que la branche casse, parce qu’il n’a pas mis sa confiance dans la branche, mais dans ses propres ailes ».

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.