Rendez-vous avec Wassia
De SOVIMO à Cannes TV : naissance d’une passeuse de trajectoires
À la tête de l’agence SOVIMO à Mandelieu-la-Napoule, Wassia Alade transforme l’immobilier en espace de transmission et la télévision en levier de visibilité pour celles et ceux qui entreprennent. Héritière d’une culture entrepreneuriale forgée en Afrique de l’Ouest, elle construit un leadership où l’ancrage territorial, la pédagogie et la mise en lumière des trajectoires économiques se répondent. Son parcours révèle une mutation silencieuse : celle de dirigeantes qui ne se contentent plus de développer une activité, mais structurent des écosystèmes de savoir, de confiance et d’inspiration.
Propos recueillis par Pascale Caron
À Mandelieu-la-Napoule, face aux bateaux et aux façades claires des résidences secondaires, l’agence SOVIMO pourrait n’être qu’un acteur bien installé d’un marché azuréen dynamique. Elle est devenue, sous l’impulsion de Wassia Alade, un espace où l’économie se mêle aux récits de vie et où la transaction se transforme en relation. La visibilité médiatique y prolonge désormais le métier d’agent immobilier en un véritable travail de transmission. « Tu te rends compte que tu ne vends pas un bien. Tu entres dans l’histoire des gens », dit-elle après un rendez-vous avec un couple âgé venu lui confier la vente d’un appartement. Deux heures d’échange, une mémoire qui remonte à la surface, une agression survenue cinquante ans plus tôt, des larmes encore présentes. « Toute la nuit, j’ai pensé à lui. » Cette manière de relier patrimoine immobilier et patrimoine intime éclaire une trajectoire où l’ancrage territorial, le leadership féminin et la production de contenus s’entrelacent.
L’enfance comme matrice du leadership
Son histoire commence au Burkina Faso dans une famille où entreprendre est une condition d’existence. Le père, d’origine nigériane, et issu d’une lignée royale qu’il a refusée pour tracer sa propre voie, ne sait ni lire ni écrire, mais porte une vision économique puissante. Il choisit d’épouser une femme instruite capable de formaliser ses idées. Ensemble, ils développent plusieurs activités industrielles liées à l’artisanat africain et voyagent pour structurer leur commerce. Sa disparition précoce bouleverse l’équilibre familial. La mère reprend seule la direction des entreprises et élève neuf enfants.
L’image fondatrice est celle d’une petite fille, Wassia, assise sur un tapis dans un bureau, regardant sa mère travailler, élégante, concentrée, déterminée. « Quand je serais grande, je ferais comme elle. Je voyagerais comme elle, je travaillerais comme elle, je mettrais des tailleurs et des talons comme elle. » Le leadership ne passe pas par un discours, mais par une présence. La ténacité devient un langage quotidien. « Mes frères et sœurs disent que j’ai les yeux de mon père et son obsession du travail. »
Du mouvement à la décision de l’ancrage
La jeunesse est marquée par la mobilité internationale. Japon, Qatar, Madagascar, au rythme de la carrière de son compagnon, entraîneur de football de haut niveau. Puis la naissance de sa fille introduit une rupture. « Je ne voulais plus vivre à gauche, à droite. Je voulais qu’elle ait les mêmes copains, les mêmes repères. » Pour celle qui a grandi dans le mouvement, choisir la stabilité devient un acte fondateur.
C’est dans ce moment de recentrage que l’immobilier apparaît, presque par hasard, lors de la recherche d’un appartement familial. Une agente immobilière arrive en mobylette, profondément humaine dans sa manière d’accompagner. « Je me suis dit : c’est ce que je veux faire. » Mais elle refuse d’entrer dans le métier sans formation. Elle reprend une année d’études diplômantes. « Arriver sur le terrain sans connaître son métier, je ne pouvais pas. » La compétence devient le socle de la légitimité.
Racheter SOVIMO : le passage intérieur
L’entrée dans l’agence en 2014 se fait dans une équipe déjà constituée. Trois ans plus tard, la proposition de rachat ouvre une période de doute intense. « Gérer deux semaines sur deux, ce n’est pas pareil que d’être seule face à la réalité. Si un jour ça ne va pas, est-ce que j’aurai les épaules ? » Elle évoque les nuits sans sommeil, ce dialogue intérieur que connaissent beaucoup de dirigeantes au moment d’assumer pleinement la décision. La réponse vient d’elle-même. « Une fois que j’étais sûre dans ma tête, j’ai dit : j’y vais. » Depuis, chaque bien confié à l’agence devient une histoire. « Ce n’est jamais la même. » La fidélité de la clientèle repose sur cette écoute et sur une conception du métier où la confiance précède la transaction.
De la pédagogie client à la naissance d’un média
L’entrée dans l’univers audiovisuel naît d’une réflexion sur la formation des clients. L’idée initiale est simple : organiser des rencontres mensuelles, des « after-works » à l’agence avec des experts pour répondre aux questions des clients avant qu’elles ne se posent. Le Covid interrompt le projet et ouvre une autre voie.
La rencontre avec Laurent Brochet, à Cannes, transforme l’intuition en dispositif concret. À la question de savoir s’il existe des émissions immobilières de conseil sur les chaînes locales, la réponse est non. Cette absence devient un espace éditorial. Cannes TV propose un test : quatre émissions, un format court, entre dix et quinze minutes, exclusivement dédié au conseil.
Ainsi naissent Les Clés de l’immobilier. Le programme repose sur un principe clair : apporter de l’information utile sans dimension promotionnelle. Chaque épisode décrypte une problématique précise avec un expert. Wassia y occupe une position de médiatrice, généraliste capable de relier les savoirs.
Le succès est immédiat. Le rythme passe à deux émissions par mois, puis vingt-quatre numéros. La diffusion via les bouquets régionaux élargit l’audience. « Des gens me disent qu’ils me regardent depuis Lille dans leur salon. » La télévision installe une présence régulière dans l’intimité des foyers et transforme une dirigeante locale en visage identifiable par 20 millions de spectateurs.
Du conseil au récit : Les Rendez-vous de Wassia
Après Portrait Immo et Débat Immo, le basculement intervient avec l’envie d’interviewer des chefs d’entreprise de tous les secteurs. « Il y a tellement de personnes qui font rayonner notre territoire. » Les Rendez-vous de Wassia naissent de cette intuition.
Le format change de nature. Il devient plus long, plus incarné, centré sur les trajectoires. Les invités racontent leurs moments de rupture, leurs échecs, leurs relances. « Ce sont des histoires de vie. Ce qui ressort de toutes, c’est la ténacité. » Wassia n’est plus seulement celle qui informe, elle est celle qui met en lumière.
Cette position implique une responsabilité nouvelle : choisir les parcours, définir une ligne éditoriale, expliquer les refus. « Tous les parcours sont beaux, mais ils ne correspondent pas tous à ce que je veux raconter. »
Une visibilité qui transforme la relation économique
Le retour financier direct reste difficile à quantifier, mais les effets sont perceptibles. « Des gens arrivent et me disent : on m’a parlé de vous. » La réputation devient un capital. Les clients historiques suivent les émissions. Les nouveaux viennent par recommandation. La télévision agit comme un espace de confiance différée : la rencontre a lieu bien avant le premier rendez-vous.
Réseaux féminins et apprentissage collectif
L’entrée dans les réseaux se fait après le Covid. « Au début j’ai pris tous les réseaux. Puis j’ai gardé ceux où il y avait mes valeurs. » Les FCE — Femmes Cheffes d’Entreprise — deviennent un espace central. « On est femmes, mamans, cheffes d’entreprise. On apprend les unes des autres. » La sororité n’est pas un mot d’ordre symbolique, mais un dispositif d’apprentissage et de circulation des expériences.
Changement d’échelle et ouverture internationale
La prochaine étape rtd d’élargir le dispositif. Interviews de femmes entrepreneures africaines en plateau virtuel, débats avec les entreprises de l’aéroport de Cannes-Mandelieu pour montrer un écosystème invisible. « Continuer de mettre en lumière celles qu’on ne voit pas. »
L’ancrage local rejoint l’international, comme un retour aux origines par la médiation du média.
La transmission comme ligne de force
Au cœur de cette trajectoire demeure une boussole simple. « Je veux que ma fille soit fière de moi comme je suis fière de ma mère. » Et cette phrase qu’elle a tirée au hasard lors d’un salon et qu’elle considère aujourd’hui comme une synthèse : « Avec du cœur, tout est possible. »
Dans un secteur souvent analysé à travers ses performances financières, le parcours de Wassia Alade montre que l’immobilier peut devenir un espace de narration sociale et que la visibilité peut être mise au service des autres. Le leadership féminin s’y construit dans la continuité d’un geste observé dans l’enfance.
[Histoire] au Mur
Interview d’Allegra de Maigret, co-fondatrice d’UNE HISTOIRE AU MUR, une nouvelle maison d’édition d’art print pour enfants qui propose des histoires et des contes courts, illustrés par des artistes.
By Pascale Caron
UNE HISTOIRE AU MUR est née de la conviction que la transmission des valeurs aux enfants se fait à travers l’art et la narration. De nombreux parents s’interrogent sur la manière de communiquer au mieux ces valeurs, pour les préparer à l’avenir. Elles-mêmes mères de jeunes enfants, Allegra de Maigret et son associée Caroline Laigneau ont recherché et rassemblé des fables, de légendes et des poèmes de pays et cultures du monde entier ; tous porteurs d’universalité et de messages inspirants.
Dans la continuité des affiches de contes illustrées, de calligrammes et d’estampes de grands maîtres tels que Matisse, Fernand Léger, Miró ou Picasso, elles proposent à une sélection d’artistes contemporains de mettre en images ces histoires. L’idée c’est qu’elles deviennent la madeleine de Proust d’enfants. Elles seront un point d’ancrage dans leur passage à l’âge adulte, voire leur parcours de vie. Les premières parutions seront vendues au premier semestre 2023.
Peux-tu nous parler de ton parcours, comment es-tu devenue chef d’entreprise ?
Une année sabbatique post-bac littéraire, pleine de rires, d’amitiés et de liberté, m’a permis de pratiquer mon anglais, entre Cambridge, New York et Londres. J’ai ensuite choisi une école de commerce dans l’idée de m’ouvrir le plus de portes et surtout d’être plus vite indépendante. C’est un DESS déclic à la Sorbonne en commerce international qui me dévoile un nouveau monde : je me passionne pour le mandarin. Je décide alors de partir pour la Chine où je passerai un peu plus de 5 années.
J’aie eu une vie d’expatriée à Shanghai et à Hong Kong, jalonnée d’expériences professionnelles et de voyages merveilleux hors des sentiers battus, où je me suis construite. J’ai grandi au fil de postes à responsabilités, dans les secteurs de la finance (Calyon) et du développement de marques à dimension internationale (Alain Mikli International).
De retour en Europe, je me suis plongée dans le domaine de la culture où j’ai enfin une (re) connexion avec mes premières amours. J’y ai développé des réseaux de distribution et des partenariats pour des licences d’artistes et de musées de 2013 à 2017, chez Arteum.
Après 15 ans de postes à responsabilité dans le développement de projets commerciaux, pour répondre à ma soif de liberté et être plus disponible pour ma famille, je décide de me mettre à mon compte en 2018. J’accompagne mes clients (dont Arteum, YMER&MALTA, Collectible, Illustre, l’association pour un design soutenable…) dans leurs projets de développement, notamment sur des sujets de licence de marque, wholesale, partenariats et web3.
Et quelques années plus tard, je crée UNE HISTOIRE AU MUR avec mon amie Caroline Laigneau. Cette nouvelle aventure est au carrefour de mes expériences, de mes savoir-faire et de mes envies. C’est en particulier l’envie de transmettre la passion de l’art au monde de l’enfance en puisant dans des références issues de tous les horizons.
Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?
J’aurais rêvé d’avoir un mentor ou un modèle inspirant. J’aime les écrivains voyageurs comme Kessel et je pense également à l’artiste Fabienne Verbier qui m’a inspirée, avec son livre « Passagère du Silence ». Elle quitte tout du jour au lendemain pour aller chercher, seule, au fin fond de la Chine communiste, les secrets oubliés de l’art antique chinois. Elle m’a inspirée par la singularité de sa démarche, sa persévérance et sa détermination.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Proche du monde de l’enfance, dans laquelle je me suis replongée avec UNE HISTOIRE AU MUR, j’avoue être séduite par les « Caroline » que je prends plaisir à lire à mes filles. Il s’agit de 44 albums pour enfants, écrits et illustrés par Pierre Probst et publiés de 1953 à 2007. L’héroïne est une petite fille âgée de sept à dix ans, pleine d’énergie, indépendante, qui vit comme une grande personne. Elle est entourée de huit jeunes animaux espiègles et gaffeurs qui parlent et se comportent de la même manière que des humains. C’est une série très créative. Caroline est ouverte à tous, avec beaucoup de légèreté et de générosité ! Je suis aussi très touchée par les histoires écrites et illustrées par Arnold Lobel, notamment celle de la tendre amitié entre la grenouille et le crapaud. L’humour et le message positif que l’on retrouve dans les trois brigands de Tomi Ungerer me touche également.
Aurais-tu une devise ou un mantra ?
J’ai longtemps eu « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ». Je suis passée ensuite à « Oser réaliser ses rêves » et aujourd’hui je me rapproche de plus en plus de Confucius : « Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir ».
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du bureau MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.



