Femmes dans la [TECH]

Tech4Elles (WHAT06) : structurer le mentorat pour ouvrir les métiers du numérique aux jeunes filles

Propos recueillis par Pascale Caron

À l’occasion de la Journée de la Femme Digitale, organisée le 17 avril à MonacoTech, l’association WHAT06 (Women Hackers Action Tank 06) mettra en lumière l’un de ses projets structurants : Tech4Elles.
Une initiative pensée non comme une opération de communication, mais comme un dispositif opérationnel de mentorat visant à réduire l’autocensure, favoriser l’orientation des jeunes filles vers les métiers technologiques et créer des passerelles humaines entre générations.

Tech4Elles ne cherche pas à « vendre » la Tech. Le projet vise d’abord à rendre ces métiers visibles, compréhensibles et incarnés. Il s’agit de permettre à une jeune fille de dialoguer avec une femme qui exerce réellement un métier du numérique. Cette rencontre constitue souvent le premier déclencheur.

Un problème structurel de projection, avant un problème de compétences

Malgré l’abondance de discours sur la mixité, les filières numériques restent très majoritairement masculines. Les statistiques montrent une réalité persistante : les femmes demeurent minoritaires dans les métiers de l’ingénierie, de la donnée, de la cybersécurité ou de l’intelligence artificielle. Cette situation ne reflète pas un déficit de capacité, mais un déficit de projection.

Très tôt, de nombreuses jeunes filles cessent d’envisager ces carrières, non parce qu’elles s’en estiment incapables, mais parce qu’elles n’identifient aucun modèle auquel se raccrocher. Les métiers restent flous, abstraits, parfois associés à des stéréotypes de solitude, de technicité extrême ou de déconnexion sociale.

C’est précisément ce point d’entrée que WHAT06 a choisi d’adresser. Le Women Hackers Action Tank 06, s’est construit autour d’une logique simple : l’inclusion ne progresse pas par injonction, mais par mécanismes concrets. Le collectif fédère des professionnelles du numérique qui partagent la conviction que l’accès aux métiers technologiques commence par l’accès à l’information, aux échanges et aux rôles modèles. Au fil des années, l’association a développé des actions de sensibilisation, des ateliers, des rencontres, mais aussi des projets numériques. Tech4Elles s’inscrit comme l’aboutissement logique de cette démarche.

Tech4Elles : une plateforme de mentorat pensée comme infrastructure sociale

Tech4Elles est une application mobile dont la fonction première est la mise en relation entre des lycéennes et des marraines issues des métiers de la Tech. Ces marraines exercent dans des domaines variés : développement logiciel, data, intelligence artificielle, cybersécurité, cloud, systèmes d’information, design numérique ou produit.

La logique est volontairement simple. Une jeune fille crée un profil, renseigne ses centres d’intérêt, ses questions, ses hésitations. Une marraine décrit son parcours, son métier, ses domaines de compétence. Un système de matching permet ensuite de proposer des binômes pertinents.

L’application n’a pas vocation à structurer la relation dans le temps. Elle sert de point de départ. Le cœur du projet reste la relation humaine.

Pour une lycéenne, la difficulté n’est pas seulement de choisir une filière. La difficulté est de comprendre ce que recouvre réellement un métier. Derrière un intitulé tel que « data scientist » ou « ingénieure logiciel » se cachent des réalités très différentes.

Le mentorat permet d’apporter des réponses concrètes. Il permet de comprendre à quoi ressemble une journée de travail. Il permet d’identifier les parcours d’études possibles. Il permet de discuter des difficultés rencontrées, des erreurs commises, des bifurcations. Tech4Elles introduit ainsi une orientation par le dialogue plutôt que par la prescription.

Une communauté de marraines, pas une somme de binômes isolés

Une partie des filleules étant mineures, WHAT06 a choisi de mettre en place un processus strict de sélection des marraines. Les profils sont examinés manuellement. Les identités et coordonnées sont vérifiées. Des échanges préalables sont organisés avant validation. Ce cadre vise à garantir un environnement sécurisé, mais aussi une qualité d’accompagnement homogène.

Le projet ne repose pas uniquement sur des relations individuelles. WHAT06 anime une communauté de marraines. Des temps d’échange réguliers permettent de partager des informations sur les formations, les écoles, les évolutions de Parcoursup ou les nouvelles filières. Cette organisation permet de mutualiser les connaissances et d’éviter que chaque marraine reste isolée face à des questions parfois complexes.

Le rôle de Laure Gajetti dans Tech4Elles

Parmi les bénévoles impliquées dans le projet figure Laure Gajetti, spécialiste de la donnée. Son parcours illustre précisément la diversité des chemins possibles vers les métiers technologiques.

Formée aux mathématiques appliquées et aux sciences physiques, elle s’est progressivement orientée vers la data science, puis vers la gouvernance de la donnée et l’architecture de flux. Elle a travaillé dans des contextes d’édition logicielle, d’industries technologiques et de PME, avec un fil conducteur constant : structurer les données pour leur donner du sens.

Dans les organisations qu’elle a accompagnées, son rôle a consisté à concevoir des entrepôts de données, mettre en place des pipelines, organiser la qualité des informations. Et surtout expliquer aux équipes pourquoi ces données existent et comment elles doivent être utilisées.

Cette approche est centrale dans sa vision : la donnée n’est pas un actif technique isolé. Elle constitue une colonne vertébrale organisationnelle.

Au sein de WHAT06, Laure intervient notamment sur les sujets de protection des données et participe à la structuration produit de Tech4Elles. Sa présence apporte au projet une lecture à la fois technique et systémique.

Mais son apport dépasse son expertise. Son parcours démontre qu’il n’existe pas un profil type pour entrer dans la Tech. Il existe des trajectoires, des essais, des détours, des reconstructions. C’est exactement ce message que Tech4Elles cherche à transmettre.

Un projet orienté impact

Tech4Elles vise des effets concrets. L’ambition est d’augmenter progressivement le nombre de jeunes filles s’orientant vers des filières numériques. Il faut réduire les abandons liés à des choix mal informés et renforcer la confiance dans la capacité à réussir dans ces domaines. À terme, la plateforme pourra également devenir un outil d’observation, des tendances d’orientation, en identifiant les domaines qui suscitent le plus de questions ou d’intérêt.

Le choix d’un outil numérique répond à plusieurs impératifs. Il permet de rendre le dispositif accessible sans contrainte géographique. Il facilite la montée en charge progressive du nombre de binômes. Il offre une traçabilité minimale des usages, utile pour améliorer le service. Mais l’outil reste secondaire. La finalité demeure la relation.

Un projet encore en construction

Tech4Elles dispose aujourd’hui d’un prototype fonctionnel et d’une première communauté de marraines. Les besoins actuels concernent l’amélioration de l’ergonomie, le renforcement du matching, l’ajout de mécanismes de suivi et l’élévation du niveau de sécurité.

Ces évolutions nécessitent des financements modestes à l’échelle industrielle, mais significatifs pour une association fonctionnant majoritairement sur fonds propres et bénévolat.

Une réponse locale à un enjeu global

L’ancrage territorial constitue l’un des points forts du projet. Les marraines sont proches géographiquement. Les établissements scolaires peuvent être directement impliqués. Les entreprises locales peuvent devenir partenaires. Cette proximité crée un écosystème de confiance, difficile à reproduire dans des dispositifs purement nationaux.

Tech4Elles opère un déplacement subtil, mais décisif. Il ne s’agit plus d’expliquer aux jeunes filles ce qu’elles devraient faire. Il s’agit de leur permettre de rencontrer celles qui font déjà. Ce passage du discours à la relation constitue sans doute l’apport le plus structurant du projet. Tech4Elles n’est ni un programme symbolique ni une simple application. C’est une infrastructure sociale légère, conçue pour provoquer des rencontres déterminantes.

À travers ce projet, WHAT06 agit directement sur l’un des leviers les plus profonds de la mixité dans la Tech : l’accès précoce aux rôles modèles, à l’information concrète et à la confiance.


Marie Dollé, et si l’IA nous rendait plus humains ?

Elle ne parle pas d’intelligence artificielle comme d’un simple outil mais comme d’un révélateur.

Propos recueillis par Pascale Caron

Marie Dollé évolue depuis plus de quinze ans dans les écosystèmes numériques. Elle navigue entre stratégie marketing, plateformes digitales, innovation et accompagnement des entrepreneurs. Aujourd’hui Head of Marketing & Communications pour EuroQuity chez Bpifrance, elle observe quotidiennement les mutations du monde économique sous l’angle de l’innovation. Mais son regard va bien au-delà de la performance. Ce qui l’intéresse, ce sont les déplacements silencieux, les glissements identitaires, les ruptures intimes dans notre rapport au travail, à la société, à nous-mêmes. Avec SELFPRESSIONNISME – Et si l’IA nous rendait plus humains ? paru le 22 janvier, elle propose un essai singulier, profond et sensible. Elle y défend une hypothèse radicale : la révolution IA n’est pas d’abord technique, elle est existentielle.

Autodidacte, Marie Dollé obtient son bac à 16 ans, passe son enfance à l’étranger — son père était diplomate — et entre tôt dans la vie active. Au début de sa carrière dans le monde du sport, en sponsoring rugby, puis dans les études médias chez Kantar Media. Elle y apprend la data, le marketing automation, les panels consommateurs, les investissements publicitaires. Elle grimpe, sans diplôme, mais avec une vision. Elle rejoint ensuite Bpifrance, où elle opère depuis huit ans sur la plateforme EuroQuity, mettant en relation investisseurs et startups à forte intensité technologique. Elle a coaché près de 900 jeunes pousses. « J’ai toujours été fascinée par ce qui fait qu’une entreprise réussit. Mais derrière cela, c’est la psychologie humaine qui m’attire. »

Durant le confinement, elle relance l’écriture, conçoit la newsletter In Bed With Tech (et sa version anglaise In Bed With Social) pour structurer sa pensée. Elle y mêle textes et visuels, certains issus de ses propres aquarelles, d’autres générés à partir d’elles via IA. « J’ai peint beaucoup, mais je manquais de temps. J’ai commencé à nourrir des générateurs d’images avec mes œuvres. Le grain du papier, les pigments, tout est là. Parfois, on ne sait plus ce qui est fait main et ce qui est généré. » Déjà, elle explore cette hybridation entre création humaine et puissance algorithmique.

Ce qui la fascine dans l’IA générative, ce n’est pas l’automatisation, c’est le glissement du déterminisme vers le probabilisme. « Avec les transformers, on a quitté la logique des systèmes fermés. On touche à quelque chose qui ressemble au fonctionnement du cerveau humain. » Elle renverse les récits dominants. « Le vrai risque, ce n’est pas que la machine devienne humaine. C’est que l’humain devienne machinique. » Notifications, Slack, LinkedIn, productivité à outrance : « On est devenus des primates voûtés sur nos écrans. On développe des douleurs physiques, on ne regarde plus l’horizon. » Elle cite Jane Jacobs : « Les villes étaient sécurisées par les regards croisés. Aujourd’hui, plus personne ne regarde. » Et rappelle que dans les villes, l’horizon est coupé. « Or l’horizon est la condition de l’existence. »

Dans cette anthropologie de la posture, elle lit un effacement de la relation au monde. Mais aussi une occasion à saisir : « Les IA génératives sont entraînées sur une immense part des archives de l’humanité, y compris les plus sensibles : poésie, récits, art. Avant, on n’analysait que des chiffres. Aujourd’hui, on peut accéder à la sensibilité collective. » Pour elle, tout dépend de l’usage. « Si on délègue notre pensée, on s’abrutit. Mais si on s’en sert pour se questionner, on peut redevenir plus humains. »

Elle refuse la lecture erronée de l’étude du MIT sur la « dette cognitive ». « Elle ne dit pas que les gens deviennent plus bêtes, mais que quand on délègue une tâche, on réfléchit moins. Ce qui est évident. » Elle insiste sur les risques liés au développement cognitif des enfants. « C’est la friction adaptée, pas la facilité, qui fait progresser le cerveau. »

Elle raconte une scène marquante : sa fille de 13 ans, bloquée sur des verbes irréguliers en espagnol. Elle lui propose d’utiliser ChatGPT, mais sans demander de réponse : seulement des explications. « Je l’ai vue dialoguer, comprendre, puis demander à la machine de créer un quiz à partir de sa leçon. Elle a eu 17. » Pour elle, l’IA ne devrait pas nous faire aller plus vite, mais nous aider à ralentir. À comprendre. À approfondir. À recommencer.

Elle insiste : « Avec la machine, tu peux poser cinquante fois la même question. Demander : explique-moi comme si j’avais cinq ans. Et recommencer autant que nécessaire. Face à un professeur, tu n’oses pas. Face à la machine, tu persévères. »  Cette plasticité cognitive est pour elle l’une des plus belles promesses de l’IA. À condition de ne pas s’y soumettre.

Elle évoque une idée forte : les modèles de langage sont des moteurs de goût. « Tout le monde peut générer. Mais tout le monde ne sait pas choisir. » Elle décrit trois niveaux : copier-coller ; choisir une option ; analyser, transformer, s’approprier. « Pourquoi apprend-on les règles ? Pour mieux s’en affranchir. »

Elle refuse le vocabulaire d’« humain augmenté » — trop technocentré. Elle lui préfère le terme « expansé » : « Augmenter suppose un manque. Expandre, c’est partir de l’intérieur. Vers l’extérieur. Vers l’Autre. » C’est dans cette logique qu’elle élabore le concept de selfpressionnisme, en référence aux grands courants artistiques. « Quand la photographie est apparue, elle a bouleversé la peinture. Les impressionnistes ont répondu non pas en imitant le réel, mais en capturant l’émotion, la lumière, l’instant. Cela a été possible parce que de nouveaux outils ont émergé : les tubes de peinture et le chevalet mobile. L’artiste pouvait sortir peindre sur le motif, capter des impressions fugitives. » Puis vint l’expressionnisme, dans un contexte de guerre et d’essor de la psychanalyse. « Là, c’est l’intériorité qui explose sur la toile. »

Aujourd’hui, elle propose un nouveau courant : le selfpressionnisme. « Self au sens du soi, mais pas le selfie, qui est une mise en scène narcissique. Je parle du self tourné vers l’autre. Une subjectivité en relation. » Elle ajoute : « On s’est longtemps concentrés sur le développement personnel. On va devoir désormais travailler le développement relationnel. Avec les humains, mais aussi avec les autres formes d’intelligence : artificielle, végétale, animale. Le vivant. »

Elle revient sur les compétences. Elle rejette l’idée que les hard skills seraient obsolètes. « Comment peux-tu choisir entre cinquante propositions si tu n’as pas les bases ? Sans expertise, tu ne peux pas questionner ni challenger la machine. » Elle s’oppose frontalement à la thèse selon laquelle les soft skills suffiraient à elles seules à préparer l’avenir. « On nous dit que seules les compétences relationnelles comptent désormais, mais comment exercer son esprit critique sans structure cognitive ? Les soft skills ne peuvent s’enraciner que sur une charpente solide de savoirs. » Pour elle, la pensée exige des fondations techniques, une rigueur intellectuelle, un ancrage. C’est la combinaison entre expertise et capacité de lien qui fera là.

Elle cite deux figures qui l’inspirent profondément. D’abord, le professeur Marc Cavazza, chercheur en IA, rigoureux, méthodique, scientifique. « Mon cerveau ne fonctionne pas comme le sien. Mais chaque fois que je le lis, une idée naît. Il déclenche en moi une créativité incroyable. » Ensuite, Léonard de Vinci. « Le modèle du polymathe. Un artiste qui maîtrisait peinture, sculpture, mathématiques, musique. C’est cette capacité à faire des ponts entre les disciplines qui me fascine. Et qui sera, je pense, la compétence du XXIe siècle. »

Au fond, ce qu’elle défend, c’est une posture. Une manière d’habiter son époque sans la subir. De dialoguer avec les machines sans s’y soumettre. De préserver ce qui fait l’humain. Elle cite Roland Barthes et son concept de punctum : ce détail d’une image qui déclenche une résonance intime. Et conclu : « Un bon livre, ce n’est plus un livre qui m’apprend quelque chose. C’est un livre qui me déplace. »

Son mantra, enfin, pourrait être une boussole : « Regarder ce qui ne se voit pas tout de suite. Aller dans les interstices. »

 

à propos de l'auteure: Pascale Caron est vice présidente de MWFI and Tech, Directrice de publication de Sowl Initiative. Elle est cheffe d'entreprise sur Monaco et dirige la société Yunova http://yunovaconsulting.com.

 


Conférence MWFI avec Lionel Beffre : une vision stratégique pour Monaco.

Conférence organisée par MWF Institute (MWFI) et animée par Patricia Cressot, présidente.

 Propos recueillis par Pascale Caron

 

Lionel Beffre, ministre de l’Intérieur de Monaco depuis le 5 août 2024, est un haut fonctionnaire français. Lauréat de l’« Institut d’Études Politiques » de Paris, licencié en droit, ancien élève de l’ENA, il a occupé plusieurs postes de préfet en France, notamment en Lot-et-Garonne, Eure-et-Loir, Pyrénées-Atlantiques, Isère et Seine-et-Marne. Il a également exercé comme Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, une mission qui lui a permis d’aborder des problématiques de gestion territoriale et de sécurité à grande échelle.

Sa nomination à Monaco, illustre l’importance stratégique de son rôle. Contrairement à la France où le ministère de l’Intérieur est centré sur la sécurité et l’administration territoriale, Lionel Beffre administre un spectre bien plus large de responsabilités, incluant l’éducation, la jeunesse et les sports, la culture et les relations institutionnelles avec les Cultes et la Mairie de Monaco.

Lors de la conférence organisée par le Monaco Women in Finance Institute (MWFI), Lionel Beffre a partagé sa vision des défis et des opportunités pour Monaco, notamment en matière de sécurité, d’attractivité, d’éducation et d’événementiel. Ce rendez-vous a permis aux entrepreneurs et aux citoyens d’échanger sur les enjeux actuels et futurs de la Principauté.

 

Un ministère aux attributions étendues

Le périmètre d’action, du ministre de l’Intérieur de Monaco dépasse largement celui de son homologue français. En plus de la sécurité publique, il supervise :

  • L’éducation, la jeunesse et le sport, garantissant un enseignement de qualité et un accès aux infrastructures sportives.
  • La culture, en soutenant les événements artistiques et la diversité culturelle.
  • Les relations avec les cultes, en assurant un cadre de coexistence harmonieuse entre les différentes confessions.
  • Les relations avec la mairie de Monaco, favorisant une gestion cohérente entre les institutions publiques.

 

Cette polyvalence impose une approche transversale et une collaboration étroite avec les autres ministères monégasques et les partenaires internationaux.

 

Sécurité : un modèle à pérenniser et à renforcer

Monaco est réputée pour être l’un des États les plus sûrs au monde, grâce à une forte présence policière et un système de vidéosurveillance avancé avec plus de 1 200 caméras couvrant l’ensemble du territoire. Le taux de criminalité y est extrêmement bas : en moyenne, un fait de délinquance par jour sur la voie publique, soit un niveau de sécurité incomparable avec d’autres grandes villes ou d’autres États.

Malgré cet environnement ultra-sécurisé, deux incidents récents ont rappelé la nécessité d’une vigilance constante. Une série de cambriolages, orchestrée par une même équipe de malfaiteurs, interpellée en août 2024. Depuis leur arrestation, les cambriolages ont fortement diminué. Deux braquages de bijouteries, dont l’un en décembre 2024. Le premier braqueur n’a pas encore été interpellé, mais le second a été appréhendé en moins de deux heures à Beausoleil grâce à la coopération policière franco-monégasque.

 

Face à ces défis, Lionel Beffre a détaillé plusieurs mesures pour renforcer la sécurité :

  • Augmentation des effectifs policierssur le terrain en les déchargeant de certaines tâches administratives.
  • Amélioration des dispositifs de vidéosurveillance, avec des outils d’intelligence artificielle, en respectant les libertés individuelles, pour mieux détecter les anomalies, en particulier en gare de Monaco, en collaboration étroite avec la SNCF.
  • Renforcement des contrôles routiers, notamment en matière d’alcoolémie, avec une réforme législative en préparation.

L’objectif est de préserver le haut niveau de sécurité de Monaco tout en s’adaptant aux nouvelles menaces.

 

Éducation et attractivité des écoles monégasques

Le système éducatif monégasque est reconnu pour son haut niveau de qualité. Avec un taux de réussite exceptionnel au baccalauréat, les écoles de la Principauté offrent des infrastructures modernes, des classes spacieuses et un encadrement pédagogique performant.

Monaco attire également de nombreux élèves français, notamment des villes voisines comme Beausoleil, Cap d’Ail ou Roquebrune-Cap-Martin. Les demandes de dérogation pour intégrer les écoles monégasques sont nombreuses, mais le nombre de places demeure limité.

Les atouts majeurs du système monégasque sont un enseignement numérique avancé (initié il y a plus de 10 ans), la priorité accordée aux langues étrangères, en particulier l’anglais. Les infrastructures sportives de haut niveau permettent des heures supplémentaires de pratique. Enfin une forte présence de la culture et de la musique est intégrée aux cursus scolaires.

 

L’Événementiel : un atout économique et un défi logistique

Les événements majeurs organisés à Monaco, un exemple étant le Grand Prix de Formule 1, génèrent jusqu’à 200 millions d’euros de retombées économiques et renforcent la visibilité internationale de la Principauté. D’autres événements, tels que le Monaco Yacht Show, ou le Jumping international de Monte-Carlo ou le Rolex Masters de Tennis, participent également à cette dynamique. Cependant, la gestion du calendrier événementiel pose certains défis comme la congestion urbaine, notamment lors du montage et du démontage des infrastructures, l’impact sur la mobilité des résidents et une coordination complexe entre les différents événements. Le départ de la Vuelta en 2026, qui marquera une première pour Monaco, vient s’ajouter à ce défi de planification.

 

Attractivité et Résidence : simplifier les démarches administratives

Monaco continue d’attirer des résidents fortunés du monde entier, notamment des Britanniques et des Russes. Cependant, les délais pour l’obtention des titres de résidence restent dans certains cas un peu longs, malgré la dématérialisation des documents, ce qui nuit à l’attractivité économique.

Lionel Beffre a reconnu la nécessité de rendre les démarches plus fluides, en intégrant davantage d’outils numériques et d’automatisation. Une des pistes envisagées est la fusion des démarches administratives pour les résidents et les entrepreneurs, permettant un traitement plus rapide et plus efficace des dossiers.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.

Sur la photo, Pascale Caron, Lionel Beffre, Patricia Cressot présidente de MWF Institute et Ines Bensalah nouvelle ambassadrice MWF Institute.