MWFI: Intelligence émotionnelle et intelligence artificielle

Le 11 septembre 2025, le MWF Institute a organisé une conférence au One Business Office de Monaco autour d’un thème essentiel : « Quand l’émotion devient votre performance ». Deux regards ont structuré la discussion : celui de Marc Monteil, spécialiste de l’intelligence émotionnelle, auteur de « Beyond the hidden door » et celui de Pascale Caron, experte en IA et co-auteure de « L’EntrepreneurIA : conseils d’entrepreneurs ».

Les émotions comme moteur de l’action

Marc Monteil a rappelé que nous vivons entre 200 et 400 émotions par jour. Elles ne sont pas positives ou négatives, mais agréables ou désagréables, et elles contiennent toutes une information utile. Leur rôle : déclencher ou inhiber l’action.

« La présence vaut mieux que la perfection », a-t-il souligné. Entre un déclencheur et la réponse qu’on lui apporte, il existe un espace. L’intelligence émotionnelle se joue dans cet intervalle.

S’appuyant sur les travaux de Daniel Goleman et sur les recherches de Paul Ekman et Antonio Damasio, Marc Monteil a montré que la performance durable s’appuie sur cinq piliers. Conscience de soi, maîtrise de soi, motivation, empathie et compétences sociales.

L’IA comme amplificateur d’action

En deuxième partie, Pascale Caron a repositionné l’IA dans l’entreprise : « L’IA outille l’action. L’IE donne le cap. »

Elle a montré comment l’IA peut objectiver les signaux faibles et assister les équipes. Exemple avec Edenred : analyse prosodique en temps réel dans les centres d’appel pour détecter frustration et irritation. L’agent humain reçoit les informations et ajuste son discours.

Autre cas : Saas Office, qui combine IoT et IA pour réorganiser les espaces de travail en fonction des usages réels. Ici encore, la donnée éclaire, mais c’est l’humain qui décide.

Sortir du « tunnel algorithmique »

Face à la tentation de tout déléguer à l’IA, Pascale Caron a mis en garde : « Le risque n’est pas seulement pédagogique, il est stratégique. Quand on ne sait plus expliquer, on ne sait plus décider. »

Elle a évoqué la philosophe Laurence Vanin, qui alerte sur l’« entonnoir algorithmique » : suivre aveuglément les suggestions de l’IA réduit l’imaginaire critique.

Une étude du MIT (2025) confirme ce danger : l’usage exclusif d’outils comme ChatGPT crée une dette cognitive qui affaiblit mémoire et raisonnement.

Complémentarité IE–IA : conditions de réussite

Pour les deux intervenants, la performance durable passe par la combinaison des deux intelligences.

Côté IE : instaurer des rituels simples (respiration, cohérence cardiaque, carnet d’émotions).

Côté IA : définir des cas d’usages précis, disposer de données propres, former ses équipes, définir les KPIs, tester en conditions réelles et maintenir un contrôle humain.

« Sans mesure, l’IA reste un gadget. Avec elle, elle devient un levier de marge », a insisté Pascale Caron.

Un message partagé

Les participants ont retenu un enseignement central : l’IA peut accélérer et mesurer, mais elle ne doit pas remplacer la souveraineté de la décision humaine.

Comme le résumait une entrepreneuse à l’issue de la conférence : « Nous repartons avec des clés pour mieux comprendre nos émotions et pour mieux utiliser l’IA. L’un sans l’autre ne suffira pas. »

Références

Goleman, D. (1995). Emotional Intelligence. Bantam Books.

Ekman, P. (2003). Emotions Revealed. Times Books.

Damasio, A. (1994). Descartes’s Error. Putnam.

MIT (2025). Your Brain on ChatGPT. MIT Press.

Capgemini Research Institute (2019). Emotional Intelligence—The Essential Skillset for the Age of AI.