Diamants de laboratoire : comment DAEHN BEAUMONT redéfinit l’éthique du luxe

À Monaco, la première rencontre du Club Femmes de SG s’est tenue au CREM, entre midi et deux. L’événement était organisé par SGPB Monaco, dans le cadre du lancement local d’un réseau déjà implanté dans neuf villes françaises. Cette communauté, destinée aux femmes dirigeantes, investisseuses et entrepreneures, entend créer un espace de réflexion et d’influence autour des transformations sociales, technologiques et économiques.

Le cycle se poursuivra début mars avec un thème majeur : comment l’intelligence artificielle transforme la lutte contre le cancer. Pour cette rencontre inaugurale, un sujet inattendu, mais stratégique a été choisi : le diamant de laboratoire. Un thème qui interroge la valeur du luxe, les modèles économiques hérités et les impératifs écologiques contemporains.

Les intervenantes, Charlotte et Véronique, cofondatrices du bureau diamantaire DAEHN BEAUMONT, ont livré une présentation dense et éclairante. Leur démarche repose sur une conviction forte : le diamant de laboratoire constitue aujourd’hui une alternative crédible, responsable et scientifiquement irréprochable au diamant naturel. Leur positionnement s’exprime à travers un concept structurant : le Future-Proof Diamond, un diamant « à l’épreuve du futur ».

Une rencontre entre expertise joaillière et rupture technologique

DAEHN BEAUMONT , fondé en 2023, fonctionne comme un bureau diamantaire traditionnel : stock physique à Paris, exigence gemmologique, approche B2B. La rupture tient ailleurs : les fondatrices ne travaillent que des diamants de laboratoire, convaincues de leur pertinence éthique et écologique.

Charlotte, ancienne rédactrice en chef du magazine Dreams, a passé dix ans à analyser les stratégies des maisons de haute joaillerie. En enquêtant en 2008 sur l’origine du diamant, elle découvre qu’un laboratoire américain parvient à faire pousser de véritables diamants, structurellement identiques aux diamants naturels. L’idée modifie son rapport au métier : elle entrevoit la possibilité d’un matériau noble, reproductible, traçable, et surtout capable d’ouvrir une nouvelle page créative.

Véronique, gemmologue expert, possède un parcours de haute précision. Elle a acheté des diamants pour Cartier et Van Cleef & Arpels, dirigé le service pierres de Dior Joaillerie, puis travaillé rue de la Paix auprès d’un stock majeur de pierres de couleur. En 2020, elle rejoint une start-up issue du CNRS, dédiée à la croissance cristalline du diamant, et observe quotidiennement la naissance de diamants dans les réacteurs. Cette immersion scientifique change sa perception : le diamant de laboratoire n’est pas une imitation, mais une autre origine du même matériau.

Fin 2022, les deux femmes perçoivent un basculement du marché. Les maisons observent, testent, investissent discrètement. Les clientes interrogent leurs choix. Le sujet devient stratégique. Elles créent alors DAEHN BEAUMONT pour structurer une filière exigeante et intelligible.

Le diamant : une matière, pas un mythe

Véronique ouvre leur intervention par un rappel scientifique essentiel.

Un diamant, naturel ou de laboratoire, est uniquement composé d’atomes de carbone. Cette maille cristalline compacte explique :

  • sa dureté exceptionnelle,
  • son éclat,
  • sa stabilité dans le temps.

Sur l’échelle de Mohs, le diamant se situe au niveau 10. Mais la différence avec les autres pierres est spectaculaire : le diamant est environ 140 fois plus dur qu’un saphir, pourtant classé 9. Cette dureté explique pourquoi les diamants se transmettent sans que leurs arêtes ne s’émoussent, contrairement aux émeraudes, rubis et saphirs qui demandent souvent une retaillle après quelques décennies.

Dans la nature, la forme idéale du diamant — l’octaèdre parfait — demeure rare. La majorité des diamants bruts sont opaques ou inclus, et 85 % de la production mondiale est destinée à l’industrie lourde, non à la joaillerie.

Le voyage géologique du diamant naturel

Le diamant naturel se forme à environ 150 kilomètres de profondeur, sous des températures et pressions extrêmes. Porté par des éruptions volcaniques anciennes, il remonte dans une roche particulière : la kimberlite.

Les gisements primaires, exploités à ciel ouvert, prennent la forme de cratères gigantesques, notamment en Russie, au Canada ou au Botswana. L’érosion peut ensuite entraîner certains diamants vers les rivières, créant des gisements secondaires et tertiaires, parfois jusqu’aux littoraux. En Namibie, certains diamants reposent même au fond de l’océan, dans des zones désormais exploitées par des navires spécialisés.

L’impact écologique : une disproportion difficile à ignorer

Charlotte aborde ensuite la dimension environnementale, souvent ignorée du grand public.

Avant même d’extraire la première pierre, il faut :

  • construire des routes dans des zones désertiques,
  • créer des logements pour les équipes,
  • installer des générateurs fonctionnant au diesel,
  • mobiliser des engins géants consommant 5000 litres de carburant par jour.

L’industrie minière dans son ensemble est aujourd’hui la première source de pollution mondiale.

Le broyage des roches diamantifères nécessite des volumes d’eau colossaux. Une mine du Botswana, seule à avoir ouvert ses portes à la presse, revendique l’usage de 50 millions de litres par jour. Une partie seulement est recyclée. Le reste est stocké dans des bassins retenus par des digues fragiles, dont les ruptures provoquent régulièrement des catastrophes.

L’extraction sous-marine, au large de la Namibie, est encore plus destructrice. Des navires raclent le fond océanique « à l’aveugle », remontent les sédiments, filtrent les diamants, puis rejettent la boue dans l’eau, annihilant les écosystèmes.

La disproportion est frappante :

Pour obtenir un diamant de 1 carat, il faut extraire jusqu’à 250 tonnes de minerai.

Le diamant de laboratoire : science, maîtrise et reproductibilité

Les applications technologiques (spatial, armement, électronique, quantique) nécessitent des diamants parfaits. La nature ne peut pas fournir ce volume. Deux procédés scientifiques sont aujourd’hui utilisés :

HPHT – Haute Pression Haute Température

Il reproduit les conditions du manteau terrestre. On place un germe de diamant dans une capsule contenant du graphite. Sous pression extrême, les atomes migrent et cristallisent. Produire un diamant brut d’un carat exige environ un mois.

CVD – Chemical Vapor Deposition

C’est la méthode privilégiée par DAEHN BEAUMONT pour ses Future-Proof Diamonds.

On injecte hydrogène et méthane dans une chambre à vide. Le plasma libère les atomes de carbone, qui se déposent en couches successives sur un germe. La croissance est régulière, traçable, calibrée.

Contrairement à une idée reçue, produire un diamant n’est pas un processus automatique : défauts, inclusions et croissances ratées existent, comme dans la nature.

Une fois taillées, les pierres passent dans les mêmes circuits que les diamants naturels. 95 % sont taillées en Inde, les plus grosses passant par Anvers, Tel Aviv ou New York.

Distinguer l’origine, pas la matière

À l’œil nu, un diamant naturel et un diamant de laboratoire sont indiscernables. Les laboratoires de gemmologie utilisent la photoluminescence, qui révèle la morphologie de croissance : 8 directions pour le diamant naturel, 14 pour le diamant HPHT, 1 seule pour le diamant CVD.

Les certificats GIA, IGI ou HRD indiquent clairement l’origine. Les pierres sont ensuite gravées au laser sur leur ceinture, garantissant traçabilité et sécurité.

Le mythe de l’investissement

On présente souvent le diamant naturel comme un investissement. Charlotte nuance. Seules les pierres très exceptionnelles (plus de 5 carats, pureté et couleur élevées) se valorisent réellement. Pour un diamant de taille courante, la valeur réside dans : la maison, le design, la signature, la rareté du modèle, non dans la pierre elle-même.

En 2018, les États-Unis ont modifié la définition du diamant : « A diamond is a diamond », quelle que soit son origine. Une évolution majeure pour la reconnaissance du diamant de laboratoire.

SCS-007 : mesurer l’empreinte carbone

DAEHN BEAUMONT sélectionne des producteurs audités selon le label SCS-007, l’un des rares à évaluer l’impact écologique du diamant.

Les chiffres parlent : Diamant de laboratoire SCS-007 : 20 kg de CO₂/carat alors que le Diamant naturel : minimum 160 kg de CO₂/carat

Aucune entreprise minière n’a accepté d’être auditée selon ce standard. Six producteurs de diamants en laboratoire ont obtenu la certification.

Future-Proof Diamond: une vision pour demain

Le concept de Future-Proof Diamond résume l’ambition de DAEHN BEAUMONT : créer des diamants adaptés aux enjeux futurs du luxe et de la planète.

Ce concept repose sur :  une traçabilité complete, un impact écologique mesurable, une qualité gemmologique constante, une accessibilité creative et une responsabilité locale dans la fabrication des bijoux

Pour Charlotte et Véronique, le diamant du futur n’est pas une concession. C’est une évolution logique du luxe vers la cohérence entre beauté, technologie et responsabilité.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.