Rendez-vous avec Wassia

De SOVIMO à Cannes TV : naissance d’une passeuse de trajectoires

À la tête de l’agence SOVIMO à Mandelieu-la-Napoule, Wassia Alade transforme l’immobilier en espace de transmission et la télévision en levier de visibilité pour celles et ceux qui entreprennent. Héritière d’une culture entrepreneuriale forgée en Afrique de l’Ouest, elle construit un leadership où l’ancrage territorial, la pédagogie et la mise en lumière des trajectoires économiques se répondent. Son parcours révèle une mutation silencieuse : celle de dirigeantes qui ne se contentent plus de développer une activité, mais structurent des écosystèmes de savoir, de confiance et d’inspiration.

Propos recueillis par Pascale Caron

À Mandelieu-la-Napoule, face aux bateaux et aux façades claires des résidences secondaires, l’agence SOVIMO pourrait n’être qu’un acteur bien installé d’un marché azuréen dynamique. Elle est devenue, sous l’impulsion de Wassia Alade, un espace où l’économie se mêle aux récits de vie et où la transaction se transforme en relation. La visibilité médiatique y prolonge désormais le métier d’agent immobilier en un véritable travail de transmission. « Tu te rends compte que tu ne vends pas un bien. Tu entres dans l’histoire des gens », dit-elle après un rendez-vous avec un couple âgé venu lui confier la vente d’un appartement. Deux heures d’échange, une mémoire qui remonte à la surface, une agression survenue cinquante ans plus tôt, des larmes encore présentes. « Toute la nuit, j’ai pensé à lui. » Cette manière de relier patrimoine immobilier et patrimoine intime éclaire une trajectoire où l’ancrage territorial, le leadership féminin et la production de contenus s’entrelacent.

L’enfance comme matrice du leadership

Son histoire commence au Burkina Faso dans une famille où entreprendre est une condition d’existence. Le père, d’origine nigériane, et issu d’une lignée royale qu’il a refusée pour tracer sa propre voie, ne sait ni lire ni écrire, mais porte une vision économique puissante. Il choisit d’épouser une femme instruite capable de formaliser ses idées. Ensemble, ils développent plusieurs activités industrielles liées à l’artisanat africain et voyagent pour structurer leur commerce. Sa disparition précoce bouleverse l’équilibre familial. La mère reprend seule la direction des entreprises et élève neuf enfants.

L’image fondatrice est celle d’une petite fille, Wassia, assise sur un tapis dans un bureau, regardant sa mère travailler, élégante, concentrée, déterminée. « Quand je serais grande, je ferais comme elle. Je voyagerais comme elle, je travaillerais comme elle, je mettrais des tailleurs et des talons comme elle. » Le leadership ne passe pas par un discours, mais par une présence. La ténacité devient un langage quotidien. « Mes frères et sœurs disent que j’ai les yeux de mon père et son obsession du travail. »

Du mouvement à la décision de l’ancrage

La jeunesse est marquée par la mobilité internationale. Japon, Qatar, Madagascar, au rythme de la carrière de son compagnon, entraîneur de football de haut niveau. Puis la naissance de sa fille introduit une rupture. « Je ne voulais plus vivre à gauche, à droite. Je voulais qu’elle ait les mêmes copains, les mêmes repères. » Pour celle qui a grandi dans le mouvement, choisir la stabilité devient un acte fondateur.

C’est dans ce moment de recentrage que l’immobilier apparaît, presque par hasard, lors de la recherche d’un appartement familial. Une agente immobilière arrive en mobylette, profondément humaine dans sa manière d’accompagner. « Je me suis dit : c’est ce que je veux faire. » Mais elle refuse d’entrer dans le métier sans formation. Elle reprend une année d’études diplômantes. « Arriver sur le terrain sans connaître son métier, je ne pouvais pas. » La compétence devient le socle de la légitimité.

Racheter SOVIMO : le passage intérieur

L’entrée dans l’agence en 2014 se fait dans une équipe déjà constituée. Trois ans plus tard, la proposition de rachat ouvre une période de doute intense. « Gérer deux semaines sur deux, ce n’est pas pareil que d’être seule face à la réalité. Si un jour ça ne va pas, est-ce que j’aurai les épaules ? » Elle évoque les nuits sans sommeil, ce dialogue intérieur que connaissent beaucoup de dirigeantes au moment d’assumer pleinement la décision. La réponse vient d’elle-même. « Une fois que j’étais sûre dans ma tête, j’ai dit : j’y vais. » Depuis, chaque bien confié à l’agence devient une histoire. « Ce n’est jamais la même. » La fidélité de la clientèle repose sur cette écoute et sur une conception du métier où la confiance précède la transaction.

De la pédagogie client à la naissance d’un média

L’entrée dans l’univers audiovisuel naît d’une réflexion sur la formation des clients. L’idée initiale est simple : organiser des rencontres mensuelles, des « after-works » à l’agence avec des experts pour répondre aux questions des clients avant qu’elles ne se posent. Le Covid interrompt le projet et ouvre une autre voie.

La rencontre avec Laurent Brochet, à Cannes, transforme l’intuition en dispositif concret. À la question de savoir s’il existe des émissions immobilières de conseil sur les chaînes locales, la réponse est non. Cette absence devient un espace éditorial. Cannes TV propose un test : quatre émissions, un format court, entre dix et quinze minutes, exclusivement dédié au conseil.

Ainsi naissent Les Clés de l’immobilier. Le programme repose sur un principe clair : apporter de l’information utile sans dimension promotionnelle. Chaque épisode décrypte une problématique précise avec un expert. Wassia y occupe une position de médiatrice, généraliste capable de relier les savoirs.

Le succès est immédiat. Le rythme passe à deux émissions par mois, puis vingt-quatre numéros. La diffusion via les bouquets régionaux élargit l’audience. « Des gens me disent qu’ils me regardent depuis Lille dans leur salon. » La télévision installe une présence régulière dans l’intimité des foyers et transforme une dirigeante locale en visage identifiable par 20 millions de spectateurs.

Du conseil au récit : Les Rendez-vous de Wassia

Après Portrait Immo et Débat Immo, le basculement intervient avec l’envie d’interviewer des chefs d’entreprise de tous les secteurs. « Il y a tellement de personnes qui font rayonner notre territoire. » Les Rendez-vous de Wassia naissent de cette intuition.

Le format change de nature. Il devient plus long, plus incarné, centré sur les trajectoires. Les invités racontent leurs moments de rupture, leurs échecs, leurs relances. « Ce sont des histoires de vie. Ce qui ressort de toutes, c’est la ténacité. » Wassia n’est plus seulement celle qui informe, elle est celle qui met en lumière.

Cette position implique une responsabilité nouvelle : choisir les parcours, définir une ligne éditoriale, expliquer les refus. « Tous les parcours sont beaux, mais ils ne correspondent pas tous à ce que je veux raconter. »

Une visibilité qui transforme la relation économique

Le retour financier direct reste difficile à quantifier, mais les effets sont perceptibles. « Des gens arrivent et me disent : on m’a parlé de vous. » La réputation devient un capital. Les clients historiques suivent les émissions. Les nouveaux viennent par recommandation. La télévision agit comme un espace de confiance différée : la rencontre a lieu bien avant le premier rendez-vous.

Réseaux féminins et apprentissage collectif

L’entrée dans les réseaux se fait après le Covid. « Au début j’ai pris tous les réseaux. Puis j’ai gardé ceux où il y avait mes valeurs. » Les FCE — Femmes Cheffes d’Entreprise — deviennent un espace central. « On est femmes, mamans, cheffes d’entreprise. On apprend les unes des autres. » La sororité n’est pas un mot d’ordre symbolique, mais un dispositif d’apprentissage et de circulation des expériences.

Changement d’échelle et ouverture internationale

La prochaine étape rtd d’élargir le dispositif. Interviews de femmes entrepreneures africaines en plateau virtuel, débats avec les entreprises de l’aéroport de Cannes-Mandelieu pour montrer un écosystème invisible. « Continuer de mettre en lumière celles qu’on ne voit pas. »

L’ancrage local rejoint l’international, comme un retour aux origines par la médiation du média.

La transmission comme ligne de force

Au cœur de cette trajectoire demeure une boussole simple. « Je veux que ma fille soit fière de moi comme je suis fière de ma mère. » Et cette phrase qu’elle a tirée au hasard lors d’un salon et qu’elle considère aujourd’hui comme une synthèse : « Avec du cœur, tout est possible. »

Dans un secteur souvent analysé à travers ses performances financières, le parcours de Wassia Alade montre que l’immobilier peut devenir un espace de narration sociale et que la visibilité peut être mise au service des autres. Le leadership féminin s’y construit dans la continuité d’un geste observé dans l’enfance.

 


Femmes et sport

Une lecture économique du sport au prisme du genre

Dans l’écosystème monégasque, où la finance, l’innovation et la gouvernance structurent les conversations, le sport pourrait apparaître comme un objet périphérique. Il n’en est rien. En choisissant d’y consacrer une conférence, le Monaco Women in Finance Institute pose une question de fond : que produit réellement le sport en termes de valeur économique, sociale et symbolique ? Et surtout, quelle place les femmes y occupent-elles lorsqu’elles ne sont plus seulement des athlètes, mais des entrepreneures, des dirigeantes, des stratèges de leur propre trajectoire ?

Sur scène, trois femmes, interrogées par Patricia Cressot. Trois générations d’un même mouvement. Trois façons d’habiter un secteur encore traversé par des asymétries profondes.

Laetitia Attani parle avec la précision de celles qui ont construit pierre après pierre. Son histoire commence loin des dojos, dans l’univers du journalisme et de la production éditoriale. Elle fonde Star & Sun Magazine, interviewe plus de 300 personnalités, parcourt les grands événements culturels de la Côte d’Azur. Puis vient le retour au taekwondo, commencé à douze ans. Le basculement n’est pas une rupture, mais une continuité : créer, transmettre, structurer.

Lorsqu’elle décide de lancer son propre club, le modèle économique est fragile. Pas de salle, pas d’élèves. « Si tu n’as pas de salle, tu ne peux pas donner de cours », rappelle-t-elle avec simplicité. Dix ans d’expérience auprès d’un champion du monde deviennent alors un capital immatériel. La confiance se construit lentement, salle après salle, enfant après enfant. Aujourd’hui, cent jeunes pratiquants et un problème inattendu : le manque d’espace pour accueillir la demande. Derrière cette croissance, une vision. « Le sport permet de transmettre le respect, la maîtrise de soi, la confiance. Voir un enfant timide devenir un adolescent sûr de lui, c’est ça ma réussite. » L’économie du sport, ici, se mesure en transformation humaine autant qu’en chiffre d’affaires.

Face à elle, Valentine Blanche incarne une autre mutation : la plateformisation des carrières sportives. À 13 ans, elle ouvre une chaîne YouTube. Elle y apprend seule la vidéo, le montage, la narration. Plus tard, à l’International University of Monaco, elle fait un choix atypique : ne pas partir à l’autre bout du monde, mais s’immerger dans un territoire où le sport est une industrie. Elle fréquente les événements, construit son réseau, observe les logiques de visibilité.

Son agence naît d’une intuition simple : un athlète est un média. « Au début, je voulais aider les sportifs à devenir influenceurs. Puis j’ai compris que je pouvais aussi développer leur modèle économique. » Le vocabulaire est celui de l’entreprise : stratégie, acquisition de sponsors, implantation de marques. La jeunesse devient un défi de légitimité. « On me voyait comme la créative, pas comme celle qui négocie les contrats. » Elle répond par la preuve : des résultats mesurables, des budgets sécurisés, des communautés engagées. La reconnaissance suit.

Avec Lisa Caussin Battaglia, le récit change d’échelle et de rythme. Sport mécanique, championnat du monde, logistique internationale. Une trajectoire faite de bifurcations. Théâtre, violon, philosophie à la Sorbonne, puis le jet-ski découvert presque par hasard grâce au passeport culture monégasque. Elle parle de la décision de ne pas devenir enseignante pour ne pas abandonner la compétition comme d’un moment fondateur. « J’entrais en championnat du monde. C’était hors de question d’arrêter. »

Sa vie est une entreprise. Recherche de sponsors, gestion du matériel, préparation physique, communication digitale. « Un jet-ski disparaît dix mois dans l’année pour être envoyé sur les compétitions. Il faut en avoir un autre pour s’entraîner. » L’image glamour des podiums se fissure. La performance est une économie à flux tendu.

Les financements révèlent les lignes de fracture. Elle raconte, sans pathos, une scène qui glace la salle : un sponsor prêt à signer, un dîner, une chambre d’hôtel proposée comme condition. « Je ne sais pas si un homme vit ça. » Le silence qui suit vaut analyse.

Pourtant, les trois femmes refusent la posture victimaire. Elles parlent de stratégie, d’alignement, de passion comme moteur. Laetitia évoque la détermination forgée par le combat. Valentine insiste sur la discipline entrepreneuriale. Lisa résume en une formule : « Je fais ce qui me fait vibrer. Si la flamme s’éteint, j’arrête. »

Le digital traverse leurs trois trajectoires comme une infrastructure invisible. Pour la sportive de haut niveau, il devient une obligation contractuelle avant d’être un levier d’opportunités. « Tous mes partenaires viennent des réseaux sociaux. » Pour l’entrepreneure en marketing, il est le cœur du modèle. Pour la dirigeante de club, il constitue un outil d’ancrage local. Toutes convergent vers un constat : l’invisibilité numérique équivaut aujourd’hui à une inexistence économique.

Mais cette visibilité a un coût. Lisa évoque le cyberharcèlement, la dépression, les traitements médicamenteux. « Quand on vous répète tous les jours que vous êtes nulle, ça détruit. » Elle met des mots sur une réalité encore peu documentée : la santé mentale des sportifs à l’ère des réseaux sociaux.

La question de la légitimité traverse chaque récit. Il faut prouver en permanence. Performer. Recommencer. Une blessure, une saison blanche, et tout peut s’effondrer. « On m’a retiré mon statut de sportive de haut niveau après une année sans résultat. J’avais 28 ans. On m’a dit que j’étais trop vieille. » Le contraste avec les carrières masculines médiatisées est implicite, mais évident.

Et pourtant, quelque chose a changé. Une génération arrive qui ne sépare plus sport, business, identité. Elle crée des modèles hybrides, adaptatifs. Elle pense en écosystème.

Lorsque la question est posée — que diriez-vous à une jeune fille de neuf ans ? — les réponses dessinent une philosophie de l’action. « Crois en tes rêves », dit Laetitia. « Ose, prends des murs », continue Valentine. « Tu vas t’en prendre plein la figure, mais fais-le pour toi », conclut Lisa.

Ce triptyque résume l’économie contemporaine du sport féminin : une économie de la résilience, de la narration et de la conquête.

En filigrane, une interrogation demeure. La visibilité croissante des femmes dans le sport se traduira-t-elle par un pouvoir économique réel ? La création de valeur qu’elles portent sera-t-elle reconnue dans les lieux de décision ?

La conférence n’apporte pas de réponse définitive. Elle fait mieux. Elle donne à voir des trajectoires en train de transformer les règles du jeu.

Et elle rappelle, dans une formule qui résonne comme une thèse : la performance ne commence pas sur le podium. Elle commence par une décision intérieure.

Propos recueillis par Pascale Caron


Queens of Tech

Jasmine Moradi : ne plus perdre ses couleurs dans un système qui ne les voit pas

Jasmine Moradi ne raconte pas sa trajectoire en commençant par la Tech, mais par une fuite. À quatre ans, sa mère traverse les montagnes d’Iran avec ses deux filles pour rejoindre la Suède. Réfugiée. Enfant déplacée. Minorité visible et invisible à la fois. Elle grandit ensuite dans un pays réputé pour son égalité et son rationalisme, mais son expérience intime est plus ambivalente. Elle parle d’un choc culturel profond entre une culture persane chaleureuse, expansive, expressive, et une société nordique plus codifiée, plus retenue, plus silencieuse dans ses mécanismes d’exclusion.

Elle utilise une métaphore qui résume son identité : « I was a Persian rainbow cat who came to Sweden and lost her colors. » En Suède, dit-elle, tout est blanc, gris, noir. L’inclusion ne passe pas par le rejet frontal. Elle passe par la non-invitation. L’enfant qui arrive à neuf heures du matin chez une camarade n’est pas invitée à déjeuner ; on lui demande d’attendre dans la chambre. Rien d’agressif. Mais rien d’accueillant. Ce sont ces micro-expériences qui façonnent un rapport aux systèmes.

Ses parents sont hautement éduqués, mais ne trouvent pas d’emplois à la hauteur de leurs compétences. Elle observe l’injustice. Elle la transforme en moteur. Son motto,  « If you tell me no, I will find another way. » Elle décide d’aller dans les meilleures écoles du pays. Communication, design (Berghs School of Communication), puis la Stockholm School of Economics. Elle veut que plus personne ne puisse lui opposer un refus fondé sur le doute. L’excellence devient une armure.

Pourtant, même diplômée des institutions les plus prestigieuses, elle ressent toujours ce décalage. Dans les entreprises suédoises où elle travaille, elle est souvent la seule non-Suédoise parmi des dizaines de collaborateurs. Lorsqu’on lui dit « you are one of us », elle ne l’entend pas comme une victoire. Elle entend : tu es acceptée parce que tu es devenue comme nous, or elle ne veut pas devenir grise.

Créer des espaces quand on n’est pas invitée

Elle bifurque vers l’événementiel pendant quinze ans. Elle organise, connecte, rassemble. Elle parle de cette période comme d’une thérapie. Si la société suédoise n’invite pas spontanément, elle créera des lieux d’invitation. Elle développe des événements à grande échelle, négocie des partenariats, construit des marques. Cette phase entrepreneuriale lui donne une compréhension concrète des dynamiques de pouvoir, des réseaux et de la reconnaissance sociale.

Le pivot décisif survient lorsqu’elle rédige un mémoire sur le pouvoir de la musique en point de vente. Spotify Business/Soundtrack Your Brand la recrute pour diriger la recherche mondiale sur l’impact émotionnel de la musique en magasin. Elle entre alors pleinement dans la MusicTech et la science comportementale appliquée. Elle mène des études relayées internationalement, travaille sur la relation entre stimuli sensoriels et comportement d’achat, et découvre une convergence qui lui ressemble : science, technologie, musique et stratégie. Elle pense avoir trouvé son équilibre.

Quand le discours inclusif ne résiste pas à la slide stratégique

Dans un programme d’accélération suédois, elle découvre un autre mécanisme : les équipes fondatrices se constituent majoritairement entre hommes, le capital circule par affinité, et la conformité stratégique est implicitement exigée. Puis elle rejoint une startup MusicTech en hypercroissance, promettant équité pour les artistes et diversité dans la Tech. Le rêve est séduisant et les moyens sont considérables. L’entreprise passe de 50 à 800 employés en un an.

Deux semaines après son arrivée, une présentation stratégique expose l’équipe dirigeante future : une femme parmi 30 hommes. Elle lève la main et rappelle les engagements DEIB (Diversité, Équité, Inclusion, Sentiment d’appartenance) affichés lors du recrutement. Elle ouvre ce qu’elle appelle une « Pandora’s box ». Quatre mois plus tard, elle reçoit un message : elle ne fait plus partie de l’équipe. Le signal interne est clair. Parler a un coût.

Elle décrit cette période comme sa « révolution iranienne ». Isolement, anxiété, insomnies. Le modèle suédois qu’elle croyait transparent révèle une tension entre discours et pouvoir réel. Les comités DEIB existent tant qu’ils ne remettent pas en cause la gouvernance.

Queens of Tech : faire de l’expérience individuelle une démonstration collective

Un dirigeant lui avait dit un jour, pour justifier l’absence de femmes : « I haven’t found them yet. » Sa réponse ne sera pas une tribune, mais une démonstration empirique. Elle décide d’interviewer 100 femmes dans la Tech, à travers le monde. Même structure d’entretien, mêmes questions, même méthode. Elle cherche les constantes comportementales, pas seulement les anecdotes.

Elle découvre que les différences culturelles existent — notamment sur la maternité aux États-Unis ou au Royaume-Uni — mais que sur le financement et l’accès au pouvoir, les invariants dominent. Les réseaux masculins fonctionnent par cooptation. Les hommes choisissent des hommes. Les entrepreneures doivent démontrer davantage, avec moins de capital initial.

Le témoignage de Carolina Farberger, ancien CEO ayant transitionné, agit comme une preuve vivante. Avant sa transition, il pouvait improviser. Après, elle doit calibrer chaque mot. Même expérience, même compétence, perception radicalement différente.

Jasmine en tire une métaphore simple et redoutable : le système ressemble à un meuble IKEA. Les hommes reçoivent les instructions et les pièces. Les femmes reçoivent les instructions, mais pas les pièces. On leur demande de continuer à apprendre, à attendre, à se préparer. Pendant ce temps, d’autres construisent.

Réseaux masculins, solitude féminine

Son analyse va plus loin. Elle observe la puissance des réseaux masculins, leur solidarité instinctive. Elle évoque une scène de Top Gun où les hommes se mobilisent immédiatement pour sauver l’un des leurs. Elle y voit une métaphore comportementale : une logique de corps, de loyauté, de « boys club » qui structure inconsciemment les décisions de pouvoir et de financement.

Le paradoxe est brutal. Contester le système expose à l’exclusion. Se taire le perpétue. Beaucoup des femmes qu’elle a interviewées continuent pourtant à avancer, à lever des fonds, à créer. Le « wow » n’est pas un événement spectaculaire, dit-elle. C’est leur persistance dans un système qui n’a pas été construit pour elles.

Mais cette persistance a un coût. Trois ans de podcast mené seule. Recherche des intervenantes, interviews, montage, diffusion, analyse. Puis installation en France, nouveau poste dans une société de la Travel Tech, parcours de FIV, soutien entrepreneurial à son conjoint. L’énergie n’est plus infinie.

Transformer ou s’épuiser ?

Aujourd’hui, Jasmine Moradi est à un carrefour. Transformer son corpus en livre ? En recherche académique ? Concevoir un outil d’IA facilitant l’accès au financement pour les femmes ? Ou concentrer son énergie sur son nouveau rôle dans la Travel Tech en France ?

Son fil rouge reste intact : comprendre les systèmes pour ne pas s’y dissoudre. Elle ne cherche pas à devenir « one of them ». Elle cherche à questionner les règles implicites. Son parcours dépasse la question du genre. Il interroge la conception même de nos écosystèmes technologiques européens. Qui décide ? Qui finance ? Qui est perçu comme légitime ? Quels biais comportementaux structurent encore nos choix stratégiques ?

Quand on lui demande ses sources d’inspiration, elle ne cite pas de modèle unique mais un mouvement collectif : toutes les femmes qui tentent d’exister dans un système qui ne les a pas intégrées à son architecture initiale ; son imaginaire d’enfance reste pourtant marqué par Pippi Longstocking, personnage créé par Astrid Lindgren, symbole scandinave d’indépendance et de non-conformité, qui revendique le droit d’être soi sans se plier aux normes dominantes. Son podcast favori est Diary of a CEO.

La petite fille arc-en-ciel n’a pas disparu. Elle a appris à analyser les structures qui neutralisent les couleurs. La question demeure ouverte : les systèmes qu’elle observe sont-ils prêts à évoluer, ou continueront-ils à inviter à condition de se fondre dans le gris ?


2024–2025 : une année de réflexion engagée et d’actions concrètes au sein du MWF Institute

Par Pascale Caron — Directrice de publication, Sowl Initiative

Alors que les lignes de fracture économiques, sociales et technologiques ne cessent de se redessiner, le MWF Institute a poursuivi avec conviction sa mission d’éclairage, de dialogue et d’influence au féminin. L’année 2024–2025 a été marquée par un recentrage stratégique sur des thématiques essentielles : inclusion, durabilité, intelligence artificielle, santé mentale, droit des femmes et leadership. À travers des conférences, des partenariats institutionnels, des prises de parole et des engagements éditoriaux ciblés, notre think tank a affirmé plus que jamais son. Celui de décloisonner les savoirs, renforcer la mixité et promouvoir une vision résolument humaniste de l’innovation.

Une vision : transversale, exigeante, humaine

Dès sa création en 2021, Monaco Women in Finance Institute s’est construit autour d’un idéal : replacer les femmes au cœur des décisions économiques, financières et sociétales. L’exercice écoulé n’a pas dérogé à cette ambition. Au contraire, il l’a renforcée. Le MWF Institute a cultivé une approche transversale de ses thématiques, en veillant à croiser les regards entre chercheuses, dirigeantes, entrepreneures, étudiantes, artistes, juristes et expertes issues de la tech ou de la finance. À travers ce maillage de compétences et de sensibilités, nous avons pu faire émerger des problématiques contemporaines fortes. Nous sommes portées par une ligne éditoriale claire : celle d’un féminisme d’action, ancré dans la réalité économique et ouvert aux mutations du XXIe siècle.

Des conférences qui font sens

Au fil des mois, le MWF Institute a donné corps à sa mission, à travers un cycle de conférences à forte résonance. Plusieurs moments forts ont ponctué cette programmation :

  • En mars 2024, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons apporté notre soutien au Comité des droits des femmes. En siégeant au jury du concours d’éloquence, valorisant la prise de parole engagée des jeunes générations.
  • En février 2024, nous avons proposé une conférence sur « Un nouveau souffle de durabilité », croisant enjeux écologiques et modèles d’entreprise à repenser. La mode responsable, la finance à impact et l’économie circulaire ont été au cœur de nos réflexions en mai, lors d’une rencontre dédiée aux solutions durables, dans l’industrie de la mode.
  • En avril 2024, la Journée de la Femme Digitale a mis en lumière les trajectoires féminines dans la tech. Avec une attention particulière portée à l’intelligence artificielle, au design éthique et à la question du rôle des algorithmes dans la perception genrée du monde.
  • En juin 2024, Michel Santi, économiste iconoclaste, a été l’invité spécial d’un débat stimulant sur les déséquilibres structurels des marchés financiers, interrogeant leurs impacts humains.
  • En novembre 2025, nous avons co-organisé avec la productrice Alexandra Fechner la projection de la pièce Vivantes au cinéma de Monaco. Un événement poignant sur les violences faites aux femmes, en écho à nos engagements de fond.
  • Enfin, en décembre, notre dîner de Noël a posé une question existentielle en résonance avec les transitions actuelles : comment donner un sens à sa vie à l’ère de l’incertitude permanente ?

Une dynamique renouvelée en 2025

L’année 2025 a prolongé cette dynamique par des actions ciblées et une ouverture accrue aux enjeux technologiques. Plusieurs événements phares ont permis de faire dialoguer innovation, émotion et responsabilité :

  • En février, notre conférence sur « L’IA, la nutrition et l’art : quel impact sur le cerveau ? » a offert une approche interdisciplinaire rare. Avec des invitées tels que Laurence Jenkell, artiste engagée, la rencontre a exploré la convergence entre biologie, esthétique et technologie.
  • En mars, le dîner co-organisé avec le Lions Club de Monaco a accueilli Nadalette La Fonta, voix forte du leadership vulnérable, pour une discussion intime sur la résilience et l’identité professionnelle.
  • En avril, nous avons reçu Marco Landi, ex-COO d’Apple, dans le cadre d’une nouvelle édition de la Journée de la Femme Digitale, axée cette fois sur la place des femmes dans la gouvernance technologique.
  • En juin, Leïla Ghandi, autrice et entrepreneure, a apporté son regard singulier sur le leadership féminin au sein de notre cocktail estival.
  • En septembre, notre table ronde « Intelligence émotionnelle et performance » a exploré les liens entre soft skills, IA émotionnelle et nouveaux modèles de management.
  • D’autres conférences ont traité du sexisme en entreprise, de la planification patrimoniale, de l’économie du vin ou encore des investissements alternatifs, ouvrant de nouvelles pistes pour penser l’avenir au prisme de la complexité.

Des engagements concrets : droits des femmes et solidarité

Au-delà des conférences, MWF Institute s’est engagé concrètement sur le terrain des droits humains et de la solidarité. Le 25 novembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, nous avons participé à une conférence organisée par le Comité des droits des femmes. L’événement s’est tenu en présence d’Isabelle Rome, ambassadrice pour les droits de l’Homme. La rencontre a permis d’aborder les violences conjugales sous un angle juridique, institutionnel et social. Notre partenariat avec le Lions Club International de Monaco a par ailleurs permis de soutenir des actions en faveur de la Fondation Lenval, engagée pour l’enfance. Une coopération qui traduit notre volonté d’articuler réflexion intellectuelle et impact social tangible.

Un écosystème de partenaires solides

Tout au long de l’année, notre rayonnement s’est appuyé sur des partenariats structurants :

  • MonacoTech, notre allié historique dans l’innovation responsable,
  • Monaco Economic Board,
  • Monte Carlo Fashion Week,
  • Sohn Monaco Investment Conference,
  • One Business Office,
    ainsi que plusieurs institutions publiques et privées. Ces collaborations élargissent notre spectre d’action et renforcent la légitimité du MWF Institute dans l’écosystème local et international.

Une présence accrue sur les réseaux

Notre visibilité s’est également amplifiée via les réseaux sociaux, en particulier sur LinkedIn, qui reste un levier stratégique de diffusion de nos travaux, événements et prises de parole. Les ambassadrices et ambassadeurs du MWF Institute jouent ici un rôle crucial, en incarnant nos valeurs auprès de leurs communautés professionnelles. Grâce à cette dynamique, notre communauté ne cesse de croître, et avec elle, l’écho de nos idées dans les cercles décisionnels.

Un Webzine engagé : Sowl Initiative

Le Webzine Sowl Initiative, dont j’ai l’honneur d’assurer la direction éditoriale, a poursuivi sa mission : documenter les mutations de notre époque à travers des portraits, interviews et dossiers de fond. Parmi les contenus publiés cette année :

  • Un échange avec Daehn Beaumont sur l’éthique du luxe et les diamants de laboratoire,
  • Une tribune d’Isabelle Rome sur les défis contemporains de l’égalité femmes-hommes,
  • Une interview de Leïla Ghandi sur le leadership au féminin,
  • Une chronique visuelle sur l’artiste qui fait fondre le monde, Laurence Jenkell
  • Des dossiers croisant art, IA, blockchain, finance responsable, diplomatie et santé mentale.

Ce Webzine est bien plus qu’un espace d’expression : c’est une plateforme de savoirs et de récits incarnés, au service d’un changement culturel.

Une gouvernance renouvelée et engagée

L’année s’est clôturée par un renouvellement partiel du Conseil d’administration, avec l’élection d’une nouvelle équipe mobilisée pour porter les ambitions du MWF Institute dans un contexte exigeant. J’ai été nommée vice-présidente, et Jean-Claude Mourad a pris le rôle de secrétaire général. Cette nouvelle gouvernance s’inscrit dans la continuité, tout en ouvrant la voie à de nouveaux projets, notamment avec l’ajout du terme « and Tech » à la dénomination de l’Institut.

Vers 2026–2027 : inclusion, technologie, sport

Le prochain exercice s’annonce tout aussi dense. Plusieurs conférences sont d’ores et déjà programmées :

  • L’économie du sport, en février,
  • Réseaux sociaux : moteurs d’innovation ou enjeux de société ?, en mars,
  • La Journée de la Femme Digitale en avril, en collaboration avec MonacoTech,
  • Un dîner-conférence sur l’IA en entreprise, en collaboration avec le Lions Club, à l’hôtel Hermitage.

Un fil conducteur guidera cette nouvelle année : comment attirer davantage de jeunes femmes vers les métiers de la tech ? Un défi crucial pour l’avenir de l’innovation inclusive.

Conclusion

2024–2025 fut une année de densité et de maturité pour le MWF Institute. Elle a confirmé la pertinence de notre approche : allier pensée critique, ouverture interdisciplinaire, engagements concrets et valorisation des talents féminins. Dans un monde en recomposition permanente, notre force collective réside dans notre capacité à bâtir des ponts : entre générations, entre disciplines, entre les sphères économiques et culturelles.

Ce rapport d’activité n’est pas un simple bilan : il est l’expression d’une dynamique collective portée par des femmes et des hommes convaincus que l’avenir se construit dans la nuance, la coopération et l’audace.

 

 

 


Rencontre avec Isabelle Rome : une parole libre face aux défis de l’égalité femmes-hommes

Novotel Monaco & Lycée Rainier III — 20 novembre

La rencontre organisée par le Comité des droits des femmes de Monaco et modérée par Céline Cottalorda, a proposé un moment d’échanges dense et incarné avec Isabelle Rome: Magistrate, ancienne ministre de l’égalité femmes-hommes, et aujourd’hui ambassadrice pour les droits de l’homme. Son intervention avec les associations le matin, suivie d’une conférence le soir au Lycée Rainier III, a offert un panorama lucide des politiques publiques françaises, mais aussi une plongée sensible dans quarante ans d’engagement au service des plus vulnérables.

Une trajectoire marquée par le terrain

Isabelle Rome ouvre son propos en rappelant l’importance d’un travail collectif entre institutions, associations et acteurs du territoire. Cette approche, dit-elle, est née de son premier poste à 23 ans. Nommée juge d’application des peines dans les prisons lyonnaises, elle découvre la réalité brute des existences cabossées : misère sociale, violences, addictions, troubles psychiatriques, échecs de réinsertion.

Ce choc fondateur installe chez elle une conviction durable : la justice ne peut agir efficacement que si elle coopère avec les acteurs sociaux, médicaux, associatifs et territoriaux.

Elle raconte également sa longue proximité avec les publics en marge : toxicomanes, réfugiés, personnes hospitalisées en psychiatrie. Une question émerge : comment garantir les droits fondamentaux des personnes vulnérables lorsqu’elles n’ont plus les moyens de les revendiquer ?
Cette interrogation guidera l’ensemble de sa carrière.

L’irruption tardive, mais déterminante de la question des violences faites aux femmes

C’est à l’âge de 40 ans qu’Isabelle Rome prend la mesure du fléau des violences faites aux femmes. Présidente de cour d’assises, elle juge des féminicides, des viols, des agressions sexuelles.
Le constat est implacable : la violence envers les femmes est massive, systémique et structurelle.

Elle cite les données françaises : 80 % des victimes de viols sont des femmes ; 80 % des homicides conjugaux visent des femmes. Selon elle, toute politique égalitaire passe par une réduction drastique des violences. Peut-on réellement parler d’égalité lorsque les rapports sociaux restent imprégnés d’une violence séculaire envers les femmes ?

Une lecture structurelle : l’apport de la Convention d’Istanbul

Pour appuyer son propos, Isabelle Rome renvoie au texte fondateur : la Convention d’Istanbul. Son préambule reconnaît explicitement que la violence contre les femmes est un phénomène structurel, ancré dans l’organisation des sociétés. Cette reconnaissance change tout : elle oblige les États à mettre en place des politiques cohérentes, articulant prévention, protection et répression.

Cela pose une question essentielle : comment faire évoluer les mentalités si la société reproduit des modèles violents depuis des siècles ?

Le rôle du droit : quotas, parité et modernisation des pratiques

Isabelle Rome revient longuement sur les avancées législatives françaises. L’introduction des lois sur la parité dans les années 2000 constitue un tournant historique.
Avant ces lois, l’Assemblée nationale ne comptait que 11 % de femmes députées.
Aujourd’hui, elles sont 37 %. Elle rappelle également la loi imposant 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées, positionnant la France parmi les pays les plus avancés. L’arrivée des femmes dans ces sphères n’a pas affaibli les compétences : elle a brisé des cercles d’entre-soi.

Une question souterraine émerge : pourquoi la compétence féminine doit-elle encore être justifiée, quand celle des hommes ne l’est jamais ?

L’égalité professionnelle dans les administrations

La loi de transformation publique de 2019 oblige chaque ministère à élaborer un plan d’égalité femmes-hommes et à mettre en place des cellules d’écoute pour les victimes de discriminations.

Isabelle Rome insiste :
« ce type de politique améliore le fonctionnement global des organisations, au-delà de l’objectif égalitaire. »
Travailler sur l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle bénéficie à tous. Les politiques d’égalité deviennent ainsi des leviers de modernisation.

Cette approche invite à interroger nos modèles managériaux : comment intégrer durablement l’égalité comme critère de qualité organisationnelle ?

Mesurer pour transformer : l’exemple de l’index égalité

L’Index Égalité, obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, impose un score minimal de 75/100 sous peine de sanctions. Là encore, Isabelle Rome insiste sur la logique statistique :
« Ce qui ne se compte pas ne compte pas. »

Elle décrit le plafond de verre observé dans la magistrature : profession féminisée à 70 % mais seulement 30 % de femmes aux plus hauts postes. Le décrochage survient autour de 43 ans et ne se rattrape jamais.

Cette mécanique interroge : comment maintenir les trajectoires professionnelles des femmes lorsqu’elles entrent dans la période où charges familiales et responsabilités professionnelles se cumulent ?

Le plan « Toutes et tous égaux »

Lancé en 2023, ce plan comporte 160 mesures et s’articule autour de quatre axes :

  1. Égalité professionnelle et économique.
  2. Lutte contre les violences.
  3. Santé des femmes.
  4. Éducation à l’égalité.

Cette architecture reflète une vision globale : l’égalité se construit dans le droit, dans les pratiques, dans les corps et dans les représentations.

Les violences : un chantier majeur

Isabelle Rome revient sur un moment clé : le Grenelle des violences conjugales en 2019.
Cette mobilisation a permis : des lois structurantes ; une amélioration massive des formations pour policiers, gendarmes, magistrats et médecins ; une compréhension nouvelle du phénomène d’emprise.

Elle explique que la psychologie a nourri le droit. La compréhension de l’emprise a transformé la manière d’interpréter les retraits de plaintes et les comportements ambivalents des victimes.

Elle pose une question essentielle : comment protéger une personne qui n’a plus conscience du danger qu’elle encourt ?

L’évolution des lois sur l’emprise et la protection des victimes

Plusieurs avancées majeures ont été obtenues : possibilité pour les médecins de révéler des violences en cas de danger vital ; réduction des délais d’ordonnances de protection (de 40 jours à 6 jours, voire 48 heures) ; mise en place du bracelet antirapprochement ; renforcement des téléphones « grave danger ».

Ces dispositifs incarnent une justice plus réactive et plus connectée aux réalités sociales.

La prise en compte des enfants : un changement de paradigme

Longtemps, les enfants témoins étaient considérés comme extérieurs au conflit conjugal.
Or la recherche montre qu’un enfant exposé à des violences conjugales subit un traumatisme comparable à celui vécu en zone de guerre.

Depuis 2021, ces enfants sont juridiquement reconnus comme victimes. Cette évolution impose de revisiter l’exercice de l’autorité parentale dans ces situations.

Interdiction des médiations en cas de violences

Isabelle Rome rappelle un point clé : la médiation est incompatible avec une relation de domination.
Le déséquilibre psychologique et matériel rend impossible la négociation.
La médiation pénale et la médiation familiale sont désormais interdites dans ces cas.

Le besoin de formations continues

Selon Isabelle Rome, certains juges pensent encore « ne pas avoir besoin de formation après trente ans d’expérience ».
Pourtant, comprendre l’emprise, la domination, les effets sur les enfants, la psychologie du pouvoir violent nécessite une mise à jour régulière.
La spécialisation des cours dédiées aux violences intrafamiliales répond à cette exigence.

Santé des femmes : une dimension trop longtemps négligée

Dans son plan, Isabelle

Rome a défendu un chapitre dédié à la santé des femmes.
Elle évoque plusieurs sujets :
– la précarité menstruelle, encore peu reconnue ;
– le coût des protections ;
– les expérimentations de distribution gratuite dans les universités ;
– le débat sur les congés menstruels en cas de règles incapacitantes ;
– l’endométriose, longtemps invisibilisée, diagnostiquée en moyenne après 7 ans.

Elle insiste sur l’importance d’intégrer les inégalités territoriales, par exemple en facilitant l’accès aux consultations gynécologiques via des structures mobiles en zones rurales.

Cette ouverture invite une question : comment rendre la santé des femmes accessible, continue et non conditionnée à des contraintes territoriales ou sociales ?

Femmes dans la tech : un champ de bataille emblématique

Au fil de son intervention, Isabelle Rome élargit la réflexion à un terrain qui concentre à la fois les espoirs et les résistances : la place des femmes dans la tech. Pour elle, le numérique et les technologies ne sont pas un secteur comme les autres. Ils structurent désormais l’économie, l’emploi, l’information, la démocratie. Laisser ce champ se développer sans les femmes, c’est accepter de construire le monde de demain avec la moitié seulement des talents disponibles.

Elle insiste sur un point clé : les mécanismes à l’œuvre dans les violences, les discriminations ou les plafonds de verre se retrouvent aussi dans les entreprises technologiques, les grandes écoles d’ingénieurs, les start-ups et les géants du numérique. Les biais ne sont pas seulement individuels, ils sont organisationnels, culturels et symboliques. Comment s’étonner alors que les algorithmes reproduisent des stéréotypes, si les équipes qui les conçoivent ne  sont ni mixtes ni diversifiées ?

Isabelle Rome rappelle que la question n’est pas seulement celle de l’accès aux métiers tech, mais aussi de la capacité à exercer le pouvoir dans ces secteurs. Si les femmes restent minoritaires dans les comités exécutifs, les boards et les directions produits, leur influence sur les grandes orientations technologiques demeurera limitée. Là encore, les outils juridiques de parité, de transparence et de gouvernance inclusive peuvent jouer un rôle. Mais suffisent-ils à transformer des cultures d’ingénierie encore marquées par l’entre-soi masculin ?

La diplomatie féministe qu’elle défend rejoint ici les préoccupations des femmes engagées dans l’écosystème numérique. Elle souligne l’importance : des modèles féminins visibles dans les métiers de la data, du cloud, de la cybersécurité, de l’IA ; des politiques de recrutement et de promotion qui ne se contentent pas d’afficher des intentions, mais fixent des objectifs mesurables ; de la formation initiale, dès le collège et le lycée, pour lutter contre l’autocensure et les stéréotypes qui éloignent les jeunes filles des filières scientifiques et informatiques.

Pour moi qui évolue dans la tech, ce passage résonne comme un appel. La question n’est plus seulement : comment « ouvrir » les portes des métiers technologiques ? Elle devient : qui programme le monde dans lequel nous allons vivre et selon quelles valeurs ?

Cette réflexion rejoint un combat plus large, porté par de nombreuses professionnelles de la tech : faire de la mixité un principe de conception des technologies, et non un ajustement a posteriori. Comment garantir que les futurs systèmes d’IA, les plateformes numériques, les outils de décision automatisés intègrent dès leur conception les enjeux de mixité, de non-discrimination et de respect des droits fondamentaux ?

En reliant les politiques publiques d’égalité, la lutte contre les violences faites aux femmes et la question de la place des femmes dans la tech, Isabelle Rome trace une ligne de force. Sans femmes aux postes où se décident les architectures numériques, les lois d’aujourd’hui risquent de se heurter aux logiciels de demain.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative. en photo avec de droite à gauche: Patricia Cressot Présidente et Johanna Damar Vice Présidente


Leïla Ghandi : oser, affirmer, incarner – Le leadership au féminin

Propos recueillis par Pascale Caron 

Connue au Maroc comme « la Ibn Batouta au féminin », et à Monaco comme la « Wonder Woman multiculturelle », Leïla Ghandi incarne une figure singulière du paysage médiatique francophone. Photographe, journaliste, réalisatrice de films documentaires et conférencière, elle s’impose par son engagement en faveur du dialogue interculturel et de l’émancipation des femmes. Formée à Sciences Po Paris, elle conjugue une trajectoire atypique marquée par l’audace, l’exigence et la fidélité à ses convictions profondes. Invitée par Patricia Cressot, Présidente du MWF Institute, dans le cadre d’un événement de notre association, Leïla Ghandi a livré un témoignage vibrant sur sa vision du leadership féminin. Une parole libre, émaillée d’expériences personnelles qui, toutes, convergent vers un même credo : le courage de sortir du rang.

Une rencontre en toute simplicité

C’est sans micro, et avec une énergie communicative que Leïla Ghandi s’adresse au public. Elle remercie d’abord les femmes présentes, qu’elle reconnaît comme « modernes », résilientes et actrices de leurs trajectoires. D’emblée, elle désamorce les tensions potentielles sur la question du genre. Elle rappelle qu’aucune opposition n’est fondée entre les femmes et les hommes dans le leadership : « Ce n’est pas en opposition qu’on œuvre, mais en partenariat. » Ce positionnement inclusif trace les contours d’un leadership féminisé, non excluant, à rebours des stéréotypes et des polarités stériles.

Pour Leïla Ghandi, être leader, c’est avant tout savoir sortir du cadre. Aller à contre-courant. Dès ses premières années, elle expérimente cette posture subversive — non par esprit de contradiction, mais par fidélité à une intuition intérieure. « J’ai souvent été à contre-courant de mon école, de mes amis et c’est là qu’il s’est passé de belles choses. » Le récit de ses premiers pas sur scène, lors d’un concert de Dee Dee Bridgewater à 19 ans, donne le ton : dansant dans la fosse elle se retrouve propulsée sur scène, un moment d’audace qui deviendra fondateur.

L’audace comme ligne de conduite

Refusant la voie tracée, Leïla Ghandi raconte comment elle a refusé des stages classiques à Sciences Po pour tenter — et réussir — l’aventure internationale : Chili, Chine, Pérou, Russie, Argentine. À chaque fois, elle choisit l’inconfort, l’ailleurs, l’imprévu. Et à chaque fois, cette audace ouvre un nouveau champ d’expérience : un livre primé, des expositions photographiques, des collaborations avec des médias. Ce qui lui vaut les critiques des uns devient ensuite, pour ces mêmes personnes, une « chance ». À cela, elle rétorque avec humour : « La chance, ça se provoque. »

Résister aux injonctions : un acte politique

Être femme, musulmane, arabe et voyager seule ? Inconcevable pour certains. Mais Leïla Ghandi s’en empare comme d’un levier pour déconstruire les assignations. Elle partage l’exemple marquant de sa séquence filmée à Jénine, en Cisjordanie, où, encerclée par des hommes agressifs lui reprochant de ne pas porter le voile, elle tient tête calmement, affirme son choix et provoque un débat national. Cette séquence, initialement controversée, devient virale et l’impose comme une voix nécessaire. « À partir du moment où j’y crois, j’y vais. »

Écouter son cœur, et agir

L’un des fils conducteurs du témoignage de Leïla Ghandi est sa capacité à écouter son cœur et à passer à l’action sans attendre que toutes les conditions soient réunies. « Le moment parfait n’existe pas. » Elle insiste sur la force du premier pas : ouvrir un document Word, écrire une ligne, partager une idée. À ses yeux, tout commence là. Et c’est souvent ce geste simple, mais radical, qui distingue celles et ceux qui concrétisent leurs rêves de ceux qui se contentent de les imaginer.

La notoriété de Leïla Ghandi naît d’un refus d’obéissance aux formats imposés. Repérée par le PDG de la plus grande chaine télévisée du Maghreb, 2MTV, elle est sollicitée pour créer sa propre émission de télévision, produit ses reportages, réalise ses documentaires. Seule, ou presque. Avec un caméraman, elle sillonne le monde, interroge des chefs d’État, filme dans des zones de conflit. Mais plus encore, elle donne la parole à celles et ceux qu’on entend peu. « Je voulais travailler aux Nations Unies pour changer le monde, mais j’ai découvert que les médias étaient un levier de transformation aussi, voire plus puissant. »

Avec plus de 5 millions de téléspectateurs, ses émissions deviennent des vecteurs d’influence sociétale. Leïla Ghandi y traite des tabous : harcèlement sexuel en Égypte, excision en Tanzanie, place des femmes dans les sociétés musulmanes. Chaque film suscite des réactions, parfois violentes, souvent transformatrices. Elle assume la polémique comme un indicateur de pertinence : « Si personne ne s’indigne, c’est que ça n’a pas touché un nerf. »

Le leadership, c’est aussi désobéir

Dans son parcours, le refus d’obéir aux normes prend de multiples formes. Accepter de présenter un événement mal organisé ? Elle le fait, par conviction, et en tire de nouvelles opportunités. Réaliser une interview en arabe classique avec un Chef d’Etat ? Elle relève le défi malgré ses appréhensions. Gravir le Kilimandjaro sans préparation intensive ? Elle s’y risque et en extrait une séquence inspirante. À chaque fois, elle choisit l’expérience plutôt que la sécurité. Et en fait un manifeste de leadership incarné.

Se réinventer sans cesse

Le parcours de Leïla illustre une agilité entrepreneuriale rare. À Paris, elle crée sa société en d’autoentrepreneur. Au Maroc, elle fonde une société de production. À Monaco, elle développe son activité de conférencière. Chaque lieu, chaque période, chaque conjoncture lui inspire une adaptation. « La vie est une partie d’échecs : il faut sans cesse repositionner ses pions. » Elle refuse l’idée fixe, préfère le mouvement, la transformation continue.

Elle ne gomme pas les difficultés : critiques, menaces, isolement, échecs. Mais elle les replace dans une perspective de croissance. À l’image de la culture anglo-saxonne, elle valorise l’échec comme preuve d’apprentissage. « Ce n’est pas un échec si tu en tires quelque chose. » Ce regard, elle le transmet aussi à ses enfants : apprendre à ne pas avoir peur, apprendre à tenter, apprendre à oser malgré tout.

Inspirer une nouvelle génération

Ce rôle d’inspiratrice, Leïla Ghandi le revendique avec fierté. Lorsqu’on lui dit « je vous regardais enfant, vous m’avez donné envie d’entreprendre, de voyager, vous avez changé ma vie », elle mesure l’impact silencieux, mais puissant de ses choix. Elle multiplie aujourd’hui les conférences dans les écoles, les universités. Elle développe un « one-woman show » pour transmettre autrement. Une forme hybride, sensible et inspirante, entre récit de vie et manifeste de confiance.

Le leadership, dans la bouche de Leïla Ghandi, n’a rien d’un exercice de pouvoir. Il s’ancre dans un alignement intérieur, une cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ce qu’elle appelle « écouter son cœur » est en réalité un processus exigeant de lucidité, d’engagement et d’action. « Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. »

Sortir du rang pour ouvrir des possibles

En filigrane, ce témoignage est un appel à celles et ceux qui doutent, hésitent, attendent. Un plaidoyer pour l’action dans l’incertitude, pour la parole quand elle dérange, pour le pas de côté, comme condition de l’invention de soi. « On ne peut pas faire des choses extraordinaires en faisant des choses ordinaires. » Cette phrase, prononcée presque en confidence, résume l’éthique de Leïla Ghandi : un leadership par l’exemple, nourri par le réel, orienté vers l’impact.

En clôture de son intervention, Leïla Ghandi cite Saint Augustin : « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. » Une phrase qui synthétise sa trajectoire. Elle n’a pas suivi un plan tout tracé. Elle a construit sa voie en marchant, souvent seule, toujours debout. Et c’est précisément cette marche, incertaine et volontaire, qui constitue sa plus grande leçon de leadership.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.


« Parlons d’IA » : à Monaco, l’intelligence artificielle se conjugue au féminin et au futur

Propos recueillis pas Pascale Caron

Le 17 avril 2025, le MWF Institute a donné rendez-vous aux acteurs de la tech à Monacotech pour une matinée exceptionnelle consacrée à l’intelligence artificielle. Intitulée « Journée de la femme digitale — Parlons d’IA », la rencontre a réuni, entrepreneures, ingénieures et leaders visionnaires autour d’une ambition commune : penser une IA éthique, inclusive, et porteuse de sens.

Pascale Caron, Secrétaire Générale du MWF Institute, a ouvert la conférence « Nous remercions chaleureusement Monacotech pour son accueil et CMB Monaco pour son précieux soutien à cette initiative. ». Patricia Cressot, Présidente de MWF Institute dans son introduction à rappelé les engagements de l’association et think tank, en faveur de la place des femmes dans les métiers de demain.

 

Un premier panel mettant à l’honneur les métiers de la tech

Pascale Caron, également co-auteure du livre L’EntrepreneurIA, a ensuite pris la parole en tant que modératrice. L’ouvrage qu’elle a co-écrit avec le Dr Yves-Marie Le Bay rassemble 100 témoignages d’entrepreneurs qui transforment leur secteur par l’intelligence artificielle. Cinq d’entre eux étaient présents ce jour-là à Monaco pour illustrer la diversité des usages, des parcours et des visions de l’IA : trois femmes et deux hommes engagés dans des initiatives résolument innovantes.

Laura Degioanni, responsable IA et Innovation chez Saas Office, a ouvert la discussion. Venue de la finance, elle s’est formée à la data science avant de rejoindre Accenture Labs, où elle a travaillé sur la confidentialité des données et la durabilité de l’IA. Aujourd’hui, elle pilote l’intégration de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux besoins concrets des entreprises, tout en mettant l’accent sur la responsabilité environnementale.

Hala Najmeddine, Directrice de la Recherche chez Active Asset Allocation, incarne la transversalité entre les mondes de l’énergie, de la finance et de l’IA. Après un parcours scientifique dans des institutions telles que le CEA et EDF, elle s’est tournée vers la gestion d’actifs, apportant avec elle une expertise pointue en modélisation des signaux. Sa voix est également forte, dans la défense d’une plus grande représentativité des femmes dans les disciplines scientifiques.

Aïda Meghraoui, fondatrice d’AMKbiotech, incarne quant à elle une vision humaniste et scientifique de l’innovation. Pharmacien et Immunologiste, elle a lancé son entreprise pour accélérer la recherche sur des pathologies lourdes comme le cancer du foie. En combinant imagerie hyperparamétrique et analyse IA, elle ouvre la voie à une médecine personnalisée, plus rapide et plus précise.

Du côté des entrepreneurs de Monacotech, Louis, cofondateur d’Altores, développe des chatbots souverains pour les entreprises, misant sur la protection des données et l’automatisation intelligente. Andréa, cofondateur de Maliz.ai, s’appuie sur des modèles open source pour concevoir des IA personnalisables et souveraines. Leur credo : une IA locale, éthique, décentralisée, au service des utilisateurs.

 

Une conversation croisée structurée autour de deux grands thèmes

Les intervenants ont été invités à une discussion structurée autour de trois grandes thématiques.

L’IA au service de l’humain et de l’éthique

Tous ont insisté sur la nécessité de concevoir des solutions technologiques en adéquation avec les besoins sociétaux. « l’IA n’a de valeur que si elle répond à un usage utile et respectueux ». Ils ont souligné les enjeux de transparence dans la conception des algorithmes médicaux.

La place des femmes dans l’IA et la tech

L’ensemble du panel a appelé à une politique volontariste pour diversifier les talents dans la tech, dès le plus jeune âge.

 

Marco Landi : une vision européenne et humaniste de l’IA

Le second temps fort de la matinée a été l’intervention de Marco Landi, ancien COO d’Apple Monde et fondateur de l’Institut EuropIA. Dans un entretien captivant, il a partagé son parcours hors norme, depuis ses débuts chez Texas Instruments jusqu’à son rôle clé au retour de Steve Jobs chez Apple dans les années 1990.

Mais c’est surtout son engagement actuel qui a marqué l’auditoire : « L’Europe a une responsabilité historique : proposer une IA centrée sur l’humain, respectueuse de nos valeurs démocratiques. » À travers le WAICF (World AI Cannes Festival) et le WAiFF (World AI Film Festival), il entend créer des ponts entre technologie, culture et société. Pour lui, « l’IA doit rester un outil au service de la créativité humaine, jamais une fin en soi ».

 

Une matinée riche en contenus, porteuse d’avenir

Les questions du public, ont confirmé l’intérêt croissant de la communauté MWF Institute pour l’intelligence artificielle.

En conclusion, Pascale Caron a annoncé la prochaine parution du livre l’EntrepreneurIA, Conseils d’entrepreneurs aux éditions Ovadia, une synthèse passionnante des témoignages recueillis sur le terrain.

Cette « Journée de la femme digitale » a démontré qu’il existe une autre manière de penser l’IA : inclusive, éthique, locale, et portée par des talents divers. Dans un contexte de mutation rapide, où l’IA façonne déjà les usages et les imaginaires, ces voix incarnent une vision résolument européenne, lucide et tournée vers l’humain.

 


CWB, une soirée d’exception au Shangri-La: à l’honneur deux femmes du Luxe et de la Finance

Depuis sa création, le Cercle Wine Business, fondé et animé par Alain Marty, s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de vin et les acteurs du monde des affaires. Ce réseau exclusif, qui rassemble dirigeants, entrepreneurs et experts du secteur, offre une plateforme d’échanges privilégiée autour de la passion du vin et des dynamiques économiques qui l’entourent.

Le mardi 11 mars 2025, le Shangri-La Paris a accueilli une soirée d’exception où notamment deux femmes influentes du luxe, de la finance et de la gastronomie ont été mises à l’honneur. Animée par Alain Marty, cette rencontre a permis de découvrir le parcours et la vision de dirigeantes d’exception, parmi lesquelles Ariane de Rothschild, CEO du groupe Edmond de Rothschild, et Karin Nebot, Directrice générale de la Maison Kaviari.

Un Programme d’Excellence pour une soirée inoubliable

Les invités ont été conviés à une dégustation exclusive, mettant en avant des maisons emblématiques du savoir-faire français. Nous avons pu déguster les champagnes Barons de Rothschild, Maison Villevert, spécialiste des spiritueux d’exception, Maison Poilâne, icône de la boulangerie artisanale, Vignoble La Dourbie, domaine viticole engagé dans une viticulture durable.

Cette édition du Wine Business Club a accueilli des personnalités de premier plan, issues de différents horizons. Jean-Claude Lavorel, Président du Groupe Lavorel, Karin Nebot, Directrice générale de la Maison Kaviari, Florian Grill, Président de la Fédération Française de Rugby et enfin Ariane de Rothschild, CEO d’Edmond de Rothschild ont apporté leurs témoignages.

À travers des interviews captivantes, ces figures emblématiques ont partagé leur approche du leadership, leur vision stratégique et leur engagement pour l’innovation dans leurs secteurs respectifs.

Pour conclure cette soirée en beauté, un dîner gastronomique d’exception a été orchestré par :

Tony Xu, Chef 1 étoile au Guide Michelin e Quentin Testart, Chef Exécutif des cuisines du Shangri-La

Les plats ont été sublimés par une sélection de vins, du Domaine de La Dourbie, présentée par Laurent Graell, Directeur Général Adjoint du domaine.

Cette soirée du Wine Business Club a célébré le talent et l’audace de dirigeants visionnaires et de femmes d’influence, tout en offrant aux invités une expérience œnologique et gastronomique d’exception. J’ai été particulièrement intéressée par les interventions des Entrepreneures de renom, voic donc un compte rendu des interventions de ces deux femmes inspirantes.

Karin Nebot : À la tête de Kaviari, l’Excellence du Caviar Français

Karin Nebot, Directrice générale de la Maison Kaviari, a partagé sa vision du marché du caviar et son engagement pour préserver l’héritage et l’excellence de cette maison historique. Son intervention a mis en lumière les défis du secteur, l’évolution des modes de consommation et l’importance du savoir-faire artisanal dans un marché en pleine mutation.

Avant de rejoindre la Maison Kaviari, Karin Nebot a évolué dans l’univers du luxe et de la mode, chez Ralph Lauren et Cartier, où elle a occupé plusieurs postes stratégiques en marketing et communication. Cela lui a permis de développer une approche orientée marque et expérience client, qui se reflète aujourd’hui dans le positionnement de Kaviari sur le marché du caviar.

Elle a également travaillé en boutique et en filiale, notamment aux États-Unis et à Miami, ce qui lui a offert une vision internationale des attentes des clients du luxe. En rejoignant Kaviari en 2009, elle a relevé le défi de moderniser l’image de la marque tout en préservant l’authenticité et le prestige d’un produit d’exception.

Fondée dans les années 1970, la Maison Kaviari est aujourd’hui une référence incontournable dans le monde du caviar d’élevage. Avec l’interdiction du caviar sauvage en 2009, l’entreprise a su s’adapter aux nouvelles réglementations tout en conservant une qualité artisanale unique. Kaviari travaille avec les meilleurs élevages à travers le monde, notamment en France, en Italie et en Chine, les trois plus grands producteurs mondiaux de caviar d’élevage. L’objectif est de garantir une sélection rigoureuse et une traçabilité parfaite des produits.

Aujourd’hui, Kaviari propose une gamme variée de caviars, adaptés aux attentes des gastronomes et des chefs étoilés :

  • Caviar Baeri : d’une grande finesse, appréciée pour sa texture délicate.
  • Caviar Osciètre : plus iodé et complexe en bouche.
  • Caviar Beluga : le plus prestigieux, à la texture fondante et aux notes subtiles.
  • Caviar Kristal : variété très prisée, aux grains dorés et à l’intensité aromatique unique.

Chaque caviar est issu d’un processus de maturation spécifique, permettant de développer ses arômes et sa texture avant d’être mis en vente.

Kaviari adopte une stratégie de distribution exclusive, en privilégiant :

  • 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise provient de la haute gastronomie, avec des collaborations avec les plus grands chefs étoilés du monde.
  • Kaviari est présent dans des établissements emblématiques du luxe alimentaire.
  • Les boutiques Kaviari situées principalement à Paris, offrent une expérience immersive aux clients en quête de découverte et d’exception.

Karin Nebot a insisté sur l’importance de l’expérience client dans l’univers du caviar. Contrairement à d’autres produits gastronomiques, il reste un mets de luxe souvent méconnu, et l’un des objectifs de Kaviari est d’éduquer le consommateur sur sa dégustation et son histoire.

Sous la direction de Karin Nebot, Kaviari a développé un concept unique de boutiques dédiées au caviar, où les clients peuvent découvrir les différentes variétés de caviar grâce à des dégustations guidées. Ils peuvent apprendre les meilleures associations culinaires pour sublimer le produit et participer à des ateliers immersifs avec des chefs spécialisés.

Ces boutiques offrent une expérience multisensorielle, qui va au-delà d’un simple achat. L’objectif est de démocratiser l’accès au caviar tout en maintenant son image d’exception et d’exclusivité.

Karin Nebot a souligné les défis auxquels fait face l’industrie du caviar. Notamment en raison ses réglementations strictes sur la pêche et l’élevage : depuis l’interdiction du caviar sauvage en 2009, les producteurs doivent respecter des normes drastiques pour garantir la traçabilité et la durabilité du produit.

La Chine étant aujourd’hui le premier producteur mondial, les guerres commerciales entre l’Europe et la Chine peuvent avoir un impact sur l’approvisionnement et les prix. Pour faire face à ces défis, Kaviari privilégie des contrats à long terme avec ses fournisseurs afin de garantir une stabilité des prix et une qualité constante.

Le marché du caviar connaît une évolution notable avec de nouveaux profils de consommateurs :

  • Une clientèle plus jeune et curieuse, attirée par des expériences gastronomiques uniques.
  • Un intérêt croissant pour des produits d’exception accessibles, notamment à travers des formats plus petits et des présentations innovantes.
  • Une recherche de transparence et de traçabilité, avec une attention particulière portée aux méthodes d’élevage durables.

Face à ces nouvelles attentes, Kaviari innove avec des présentations plus adaptées, des recettes créatives et une communication axée sur le savoir-faire artisanal et l’authenticité.

En tant que Directrice générale, Karin Nebot joue un rôle clé dans l’évolution de Kaviari. Son expérience dans le luxe lui permet d’apporter une approche moderne et élégante à une maison historique.

 

Ariane de Rothschild : une visionnaire à la tête de l’empire Edmond de Rothschild

Ariane de Rothschild, Présidente du groupe Edmond de Rothschild, a ensuite partagé son parcours, sa vision du luxe et de l’innovation, ainsi que les défis liés à la gestion d’un empire familial. Entre finance, viticulture, hôtellerie et engagement humanitaire, elle incarne une approche moderne du leadership, fondée sur l’excellence et l’anticipation des grandes mutations économiques.

Née à San Salvador, d’une mère française et d’un père allemand, Ariane de Rothschild a grandi dans un environnement international qui a forgé sa vision globale du monde des affaires. Après des études en finance et commerce international, elle entame sa carrière aux États-Unis, travaillant notamment pour la Banque américaine Chase Manhattan et d’autres institutions financières.

Son approche pragmatique de la finance et sa capacité à anticiper les tendances économiques la distinguent rapidement. En 1999, elle rejoint Edmond de Rothschild Group, un acteur majeur de la gestion d’actifs et de la banque privée. Le groupe gère aujourd’hui plus de 180 000 clients à travers plusieurs filiales en Europe et au Moyen-Orient (France, Suisse, Luxembourg, Espagne, Italie, Israël, Émirats arabes unis…).

Devenue CEO en 2015, elle apporte une nouvelle dynamique au groupe, misant sur l’innovation financière, la diversification des investissements et le renforcement du positionnement sur les secteurs de l’hôtellerie et du luxe.

Le groupe Edmond de Rothschild, fondé en 1953, repose sur une double expertise : la gestion de fortune et les investissements à long terme. L’objectif est d’accompagner les grandes fortunes et les entreprises dans la structuration et la transmission de leur patrimoine.

Ariane de Rothschild insiste sur l’importance d’une approche sur mesure, adaptée aux besoins des entrepreneurs et des familles fortunées. Le groupe ne se contente pas de gérer des actifs, il structure les stratégies de croissance, conseille sur la gouvernance et l’optimisation fiscale, et facilite les transmissions d’entreprises familiales.

Un des enjeux majeurs qu’elle souligne est la nécessité d’adapter ces services à une clientèle de plus en plus jeune et tournée vers l’entrepreneuriat. La nouvelle génération de clients ne se contente plus d’un simple conseil financier : elle recherche une approche éthique, engagée et connectée aux tendances de durabilité et de responsabilité sociale.

Le nom Rothschild est indissociable de la grande tradition viticole. Dès les années 1970, la famille investit dans plusieurs domaines viticoles prestigieux, développant une stratégie axée sur la diversification et la qualité. Sous l’impulsion d’Ariane de Rothschild, le groupe possède aujourd’hui des vignobles en France (Bordeaux), en Argentine, en Afrique du Sud, en Nouvelle-Zélande et en Espagne. L’objectif n’est pas seulement de produire du vin, mais de réinventer l’approche viticole, en intégrant des techniques durables et en recherchant des terroirs d’exception. Cette diversification permet à la maison Edmond de Rothschild d’occuper une place unique sur le marché du vin de luxe, tout en capitalisant sur une image d’excellence et d’innovation.

Autre secteur clé du groupe : l’hôtellerie de prestige. Héritière d’une tradition initiée dès 1904 par la famille, Ariane de Rothschild a renforcé l’implantation du groupe dans l’hôtellerie haut de gamme, notamment à travers des partenariats stratégiques avec Four Seasons. Ces investissements dans l’hôtellerie de luxe s’inscrivent dans une vision long terme, où l’expérience client et l’art de vivre sont placés au cœur de la stratégie. Chaque établissement reflète l’ADN Rothschild, mêlant élégance, discrétion et raffinement, tout en intégrant des éléments contemporains pour séduire une clientèle exigeante.

Si le groupe Edmond de Rothschild est un acteur majeur de la finance et du luxe, il joue également un rôle clé dans le secteur philanthropique. Ariane de Rothschild poursuit une tradition familiale d’engagement, notamment à travers la Fondation Edmond de Rothschild, qui soutient des initiatives dans l’éducation, la recherche médicale et la culture.

Parmi les projets les plus emblématiques :

  • La Fondation Ophtalmologique Rothschild, située à Paris, qui est un centre de référence dans le traitement des pathologies oculaires complexes, notamment celles liées au cerveau.
  • Les Maisons d’Enfants Rothschild, qui accueillent et accompagnent des enfants en difficulté, perpétuant un engagement initié après la Seconde Guerre mondiale.
  • Des projets éducatifs et culturels, visant à promouvoir l’égalité des chances et l’innovation sociale.

L’innovation médicale est un axe particulièrement stratégique pour Ariane de Rothschild. Elle souligne que les avancées en intelligence artificielle et en neurosciences révolutionnent les soins de santé, et la fondation s’efforce de financer des projets à fort impact dans ce domaine.

Ariane de Rothschild ne se contente pas de gérer un héritage familial. Elle impose sa propre vision, combinant rigueur financière, passion pour le luxe et engagement sociétal.

Sa capacité à allier tradition et innovation en fait une figure clé du capitalisme familial moderne. Elle se distingue par une approche pragmatique du business, en mettant en avant l’adaptabilité et la responsabilité sociale, deux piliers qui définissent aujourd’hui les grands leaders d’entreprise.

Son prochain grand projet : le lancement du Gitana 18, un trimaran volant ultra-innovant, qui incarne à la fois l’excellence technique et l’héritage sportif des Rothschild dans le monde de la voile. Ce projet illustre la recherche permanente d’innovation et de dépassement, qui caractérise le leadership d’Ariane de Rothschild.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


Assemblée Générale 2024 du Monaco Women in Finance Institute : retour sur une année de transformation

Le 16 décembre 2024, le Monaco Women in Finance Institute (MWFI) a tenu son assemblée générale annuelle, marquant une étape clé dans son développement. Ce rendez-vous a mis en lumière les réalisations de l’année écoulée et les ambitions renouvelées de l’institut pour l’année à venir. Avec un nouveau comité exécutif et des ambassadeurs engagés, MWFI poursuit sa mission de promouvoir une économie inclusive et durable.

Une année exceptionnelle pour MWF Institute et Sowl Initiative !

En 2023-2024, MWF Institute a organisé une série d’événements et d’interviews inspirants, abordant des thématiques majeures comme l’économie, la durabilité, la santé mentale et les innovations technologiques. Nos conférences ont réuni experts et visionnaires autour de sujets clés : protection des actifs digitaux, rôle des femmes dans l’économie, IA générative, durabilité et impact social.

Cette année a également été l’opportunité de développer des partenariats stratégiques : avec la Jeune Chambre Économique lors du Monaco Inspire, la Sohn Monaco Investment Conference, la projection de la pièce « Vivantes » et le Monaco Wealth Summit, renforçant encore notre présence et notre impact. Nous avons renforcé également nos actions avec notre partenaire historique Monacotech.

Parallèlement, 22 interviews réalisées dans notre Webzine Sowl Initiative, ont mis en lumière des personnalités inspirantes : Élisabeth Moreno, ancienne ministre engagée pour l’égalité des chances, Catherine Barba, entrepreneure et pionnière du numérique, Laurence Jenkell, artiste de renommée internationale, ou encore Nelly Chatou Diop, spécialiste en blockchain et finance digitale.

Ces entretiens ont exploré des sujets variés allant de la politique et la technologie, à l’art, au leadership féminin et à la blockchain.

Ces événements et ces rencontres ont témoigné de l’engagement de MWF Institute et de Sowl Initiative à aborder des thématiques ambitieuses et à ouvrir le dialogue sur des problématiques majeures. Nous remercions chaleureusement tous les participants, partenaires et intervenants qui ont contribué à la réussite de cette année.

Ensemble, nous avons renforcé notre vision commune : un monde plus inclusif, durable et orienté vers l’avenir.

 

Un nouveau Comité Exécutif

L’assemblée générale a officialisé la mise en place d’un nouveau comité exécutif, composé de professionnels passionnés et engagés :

  • Patricia Cressot, Présidente : Cofondatrice de MWFI, elle reste le pilier stratégique de l’institut, guidant ses actions avec conviction et vision.
  • Johanna Damar-Flores, Vice-Présidente : Leader reconnue, elle continue d’insuffler une dynamique d’innovation et d’inclusion.
  • Giorgeth Le Guillouzic, Trésorière : Nouvelle arrivée, elle apporte une expertise précieuse dans la gestion et le développement des projets financiers.
  • Sophie Schaad, Nouvelle responsable Administrative : Avec son approche rigoureuse, elle assure une organisation fluide et efficace des initiatives.
  • Pascale Caron, Secrétaire Générale : La directrice de rédaction de Sowl Initiative, veille à la mise en œuvre des projets et à leur cohérence avec les valeurs de MWFI. Elle continuera à enrichir les partenariats.
  • Jean-Claude Mourad, Relations Extérieures : Responsable du rayonnement de l’institut, il joue un rôle essentiel dans l’établissement de nouveaux partenariats.

Cette nouvelle équipe marque une étape de renouveau, combinant expérience et perspectives modernes.

Nelly Montanera, Aude Lefrevre Krumenacker et Julie Faure compléterons nos actions dans un comité Consultatif.

 

Les Ambassadeurs : figures de l’engagement

Les ambassadeurs de MWFI incarnent les valeurs de l’institut et participent activement à son rayonnement. Parmi eux : Michel Santi, Économiste, offre des analyses précieuses sur les défis macroéconomiques mondiaux, Jean-Pierre Petit, Président des Cahiers Verts de l’Économie, enrichit les débats avec son expérience dans les marchés financiers, Dr. Nathalie Hilmi, Chercheuse en économie durable, contribue à l’exploration des solutions aux enjeux climatiques et sociaux, Joana Foglia et Laurence Vanin, figures influentes dans leurs domaines respectifs, participent activement à l’élaboration de solutions innovantes. Maitre Stéphane Brabant et Andréa Calabro nous accompagnent également.

Ces ambassadeurs, par leur diversité et leurs expertises, renforcent l’impact des actions de MWFI à l’échelle locale et internationale.

 

Des partenariats stratégiques et une vision inclusive

MWFI a poursuivi son engagement auprès de nos partenaires stratégiques :

  • Le Comité des Droits des Femmes, pour promouvoir des initiatives en faveur de l’égalité de genre.
  • Monacotech, acteur clé de l’innovation.
  • AMFID et MEB (Monaco Economic Board), élargissant les opportunités d’échanges économiques et institutionnels.
  • Le Lions club de Monaco avec qui nous nous engageons dans des action caritatives.

 

Ces partenariats ont permis à MWFI de renforcer sa visibilité et son influence dans des secteurs variés.

Avec un nouveau comité exécutif, des ambassadeurs influents et des projets ambitieux, MWFI a franchi une étape importante en 2024. L’institut s’impose comme un acteur incontournable des réflexions économiques et sociétales, en rassemblant des leaders autour d’une vision commune : construire un avenir plus équitable et durable. Rendez-vous en 2025 pour poursuivre cette dynamique !

 


Élisabeth Moreno : Leadership et Impact au Féminin

Interview d’Elisabeth Moreno pour Sowl Initiative by MWF Institute.

Propos recueillis par Pascale Caron

Est-il besoin de présenter Élisabeth Moreno : ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances de 2020 à 2022. Elle a passé la majeure partie de sa carrière dans le monde de l’entreprise, de cheffe d’entreprise aux multinationales technologiques, sur quatre continents (États-Unis, Asie, Europe, Moyen-Orient et Afrique).
En 2018, elle devient vice-présidente du groupe Hewlett Packard en charge du continent africain. Autant de raisons pour moi de la contacter sur LinkedIn et c’est avec une joie non dissimulée que je vous livre notre discussion passionnée.

Au sein de notre équipe chez Monaco Women In Finance, vous êtes un vrai rôle modèle et je mesure ma chance de pouvoir échanger avec vous.

Je vous remercie Pascale, c’est également un plaisir pour moi d’échanger avec vous depuis Monaco ! J’aime beaucoup encourager les femmes qui me disent : « Je ne suis pas assez importante ou connue pour faire ça. » Je leur réponds toujours : « Arrêtez de penser que votre manque de notoriété vous empêche d’accomplir de grandes choses. Si vous pensez être trop petite pour changer le monde, essayez de dormir avec un moustique dans une chambre et vous verrez l’impact qu’il peut avoir. »

Je tiens à vous féliciter pour la création de Monaco Women in Finance, car nous avons plus que jamais besoin d’unir nos forces, nos compétences et nos expertises pour faire avancer les droits des femmes. Le combat est loin d’être gagné.

D’abord parce que les mouvements masculinistes ne nous laissent aucun répit. Il semblerait que nous perturbions les hommes, en les confrontant aux injustices que nous subissons depuis des siècles. Certains en prennent conscience et agissent pour changer les choses, tandis que d’autres opposent une résistance marquée.

Ensuite parce qu’affirmer aux femmes qu’elles détiennent le pouvoir de transformer leur vie peut représenter une charge considérable. Cela peut être un fardeau lourd à porter, et il est parfois plus aisé de penser que l’on n’a pas de prise sur les événements.

Mon expérience en tant qu’aînée d’une grande famille, m’a convaincue que le succès se multiplie lorsqu’il est partagé. Étant encore trop peu nombreuses à occuper des postes à responsabilités, il est essentiel de nous soutenir mutuellement. Je crois fermement qu’une fois cette solidarité féminine bien ancrée, de nombreux changements s’opéreront.

 

Abordons votre parcours. On connaît votre travail en tant que ministre, mais j’aimerais écouter ce qui vous a amenée à la direction de HP Afrique. Un thème qui nous tient à cœur chez MWF Institute, c’est inspirer les jeunes filles à se tourner vers les métiers de la Tech et vous êtes sans conteste une icône.

C’est essentiel de montrer que la Tech est un domaine accessible à toutes et à tous. Aujourd’hui encore plus que lorsque j’ai démarré il y a 20 ans.

J’ai débuté ma carrière en créant une entreprise dans le secteur du bâtiment à l’âge de 20 ans. Après une décennie, j’ai saisi l’impact transformateur du numérique et décidé de m’y investir pleinement. J’ai donc rejoint France Télécom, sans aucune expertise dans les télécoms, mais convaincue que la technologie et en l’occurrence internet, allaient redéfinir notre manière de travailler, d’étudier, de communiquer et de s’informer. Le poste de manager que j’ai accepté alors était une opportunité d’apprendre et d’explorer un secteur qui m’était étranger.

J’ai ensuite été recrutée par Dell, plus pour mon leadership et ma capacité à construire des équipes performantes que pour mes compétences techniques.

Un moment clé dans mon développement fut lorsque, après avoir âprement défendu mes équipes pour des augmentations salariales, un supérieur m’a dit que je ne réussirais jamais dans ce domaine parce que j’étais « trop humaine ».

Ce commentaire a renforcé ma conviction du management : le respect et la considération pour nos équipes sont essentiels à la réussite. Ce sont eux qui font la réussite d’une organisation. J’ai toujours dirigé en restant fidèle à mes valeurs, et je suis heureuse que l’avenir m’ait donné raison. Le succès vient avant tout des personnes avec qui nous travaillons, nous avons donc tout intérêt à les traiter correctement.

Après 12 ans chez Dell, Lenovo m’a sollicitée, m’offrant l’opportunité de découvrir une entreprise asiatique en pleine expansion. J’ai saisi cette chance, tout en menant un combat pour la parité et la diversité au sein des équipes. J’ai fixé un objectif ambitieux de 50 % de femmes en trois ans, et malgré le scepticisme initial, nous avons attiré des talents en créant un environnement ouvertement inclusif et inspirant.

Quelques années plus tard, HP m’a proposé de diriger leurs activités en Afrique, réalisant ainsi mon rêve de contribuer au développement technologique du continent. La pandémie m’a rapprochée des communautés expatriées, et c’est ainsi qu’à travers un concours de circonstances, mon engagement et mes valeurs m’ont menée à une carrière politique, un chemin que je n’avais jamais envisagé.

 

Pour ma part vous avez m’avez vraiment réconciliée avec la politique, car vous aviez un franc-parler. 

Merci, j’en suis sincèrement honorée, car il faut que nous toutes et tous nous intéressions à la politique si nous voulons que les choses changent.

Vous avez raison de souligner que la sincérité, la spontanéité et la franchise ne correspondent pas aux codes traditionnels de la politique. Mais cela ne m’importait guère, car je n’avais aucune intention de bâtir une carrière politique. Si tel avait été mon objectif, j’aurais certainement dû adapter mon comportement, parce que pour réussir dans un environnement, il est nécessaire d’en accepter les règles. J’aime comparer cela au football : si vous voulez changer les règles du jeu, il faut être sur le terrain, pas rester dans les gradins en spectateur. Il est essentiel de faire ses preuves avant de prétendre pouvoir influencer les choses. En ce qui me concerne, je suis entrée en politique par conviction, et non par ambition. Je m’étais promis de rester fidèle à mes valeurs, sans me conformer pour plaire ou durer. Avec le recul, je me félicite de ce choix : beaucoup de celles et ceux qui me respectent aujourd’hui le font en partie parce que je suis restée fidèle à moi-même tout au long de mon parcours politique.

 

Quelles sont les actions dont vous êtes le plus fière, durant ces deux années au gouvernement ? 

Je suis particulièrement fière d’avoir apporté une approche entrepreneuriale dans un ministère traditionnellement axé sur le militantisme et l’activisme. Forte de mon expérience d’entrepreneure, j’ai voulu introduire une dimension pragmatique. On me disait souvent : « Votre ministère, c’est celui de la parole. » À cela, je répondais : « Je vais en faire un ministère de l’action. » Je n’étais pas là pour simplement parler, bien que la parole soit cruciale, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre des inégalités profondément ancrées. Certes, il fallait exposer et dénoncer, mais je tenais surtout à voir des résultats concrets.

C’est dans cet esprit que j’ai contribué à la loi portée par Marie-Pierre Rixain, visant à instaurer des quotas pour briser les plafonds de verre, dans l’accès aux postes de direction. Grâce à la loi Copé-Zimmermann, des progrès avaient déjà été réalisés au sein des conseils d’administration. Le moment était venu d’étendre ces avancées aux COMEX et CODIR. J’ai donc investi toute mon énergie dans ce projet de loi, et bien qu’il ait fallu partir de très loin, celle-ci a finalement été adoptée.

J’ai également beaucoup travaillé sur les questions de violences sexistes et sexuelles, notamment pour la protection des victimes de violences conjugales, ainsi que leurs enfants. N’oublions pas que tous les 3 jours une femme meurt en France sous les coups de son conjoint ou de son ex. Nous avons mis en place des bracelets antirapprochement, nous avons doublé le nombre de places d’hébergement pour accueillir les victimes… c’est un travail de longue haleine.

Nous avons aussi porté la réforme des pensions alimentaires, un sujet crucial pour les familles monoparentales, dont 85 % sont soutenues par des femmes. Désormais, même en cas de non-paiement par le père, la CAF garantit le versement de la pension et se charge de récupérer les sommes dues. Un autre projet qui me tenait à cœur était l’ouverture de la PMA à toutes. Alors que depuis une décennie, les femmes mariées avaient accès à la procréation médicalement assistée, les femmes célibataires ou lesbiennes en étaient toujours exclues. Je ne comprenais pas comment une telle injustice pouvait persister. Nous avons donc œuvré pour cette loi, et je suis fière du résultat. J’ai également contribué à la gratuité de la pilule contraceptive pour les jeunes femmes jusqu’à 25 ans. Nous avons aussi légiféré contre les thérapies de conversion, pratiques inhumaines qui visaient à « guérir » des jeunes de leur orientation sexuelle, considérée à tort comme une maladie. Parmi les autres mesures concrètes en faveur de l’égalité des chances, j’ai lancé une plateforme de lutte contre les discriminations, en partenariat avec la défenseure des droits, Claire Hedon. Le but était que les personnes maltraitées ne soient pas abandonnées à leur sort.

Ces initiatives ont eu un impact concret dans la vie des gens, ce qui était ma priorité. Bien que mon temps en politique ait été bref, j’ai mené des combats significatifs, qui ont donné du sens à mes engagements de toujours.

Je n’aurais jamais pu obtenir ces résultats sans la coopération des entreprises et associations très engagées. En politique, on ne réussit jamais seul, surtout sur des sujets aussi complexes et vitaux. C’est grâce à ces partenariats que j’ai pu faire progresser tous ces projets qui me tenaient à cœur.

Cette expérience m’a profondément éclairée sur plusieurs sujets ; D’abord les dynamiques du pouvoir au plus haut niveau, et la complexité de la gestion d’un pays comme le nôtre. La France est un grand pays que l’on ne valorise pas toujours à sa juste mesure.

 

Parlez-nous donc de vos challenges actuels.

Je suis arrivée à un moment de ma vie où je veux recentrer mon énergie sur les sujets qui me passionnent le plus. L’un d’eux est l’impact de l’économie sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre époque. C’est pourquoi j’ai rejoint Ring Capital, un fonds d’investissement qui soutient des hommes et des femmes en Europe et en Afrique. Nous sommes tous engagés dans la résolution de problématiques sociales telles que la santé, l’éducation, l’inclusion financière, ainsi que des enjeux cruciaux liés à la transition énergétique et environnementale.

Ces secteurs, bien que fondamentaux, ont souvent du mal à attirer des financements, car les investisseurs traditionnels les perçoivent comme relevant de l’économie sociale et solidaire, donc peu rentables. Pourtant, j’y crois fermement, et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de m’investir pleinement dans ces causes.

En parallèle, j’accompagne également de grandes entreprises sur les enjeux ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Depuis plus d’une décennie, ces sujets gagnent en importance et la réglementation devient de plus en plus complexe. Certaines entreprises sont prêtes à agir, mais ne savent pas toujours comment le faire efficacement. J’interviens donc auprès des CEO, COMEX et CODIR pour les aider à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies ESG concrètes et impactantes. Cela constitue un volet central de mon activité professionnelle.

Je poursuis aussi mes engagements philanthropiques en tant que présidente de la Fondation Femme@numérique et j’ai co-fondé il y a deux ans l’association La Puissance du Lien.

Durant mon expérience politique, j’ai pris conscience de la fragmentation croissante de notre société, exacerbée par de multiples crises. Je suis convaincue que la seule façon de relever nos défis est de travailler ensemble, en intelligence collective. Il est impératif de mobiliser des talents divers et de renforcer la solidarité à tous les niveaux : entre femmes et hommes, entre territoires, et entre générations. C’est précisément ce que nous faisons avec La Puissance du Lien. Nous créons des passerelles et renforçons la cohésion pour affronter les grands défis de notre temps. Nous organisons des conférences ouvertes à tous, nous mettons le mentorat, l’entraide et la solidarité au cœur de nos actions. Nous préparons aussi un événement majeur autour du 8 mars, centré sur la place des femmes, auquel les hommes sont bien entendu invités. Il est crucial qu’ils comprennent le rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans la lutte pour l’égalité.

 

Quelles sont les personnes qui vous ont le plus inspirée dans votre carrière ?

Elles sont nombreuses, mais deux figures se distinguent particulièrement : Simone Veil et Nelson Mandela. Ce qui les rend si importants à mes yeux, c’est leur résilience et leur humanité. Tous deux ont traversé des épreuves d’une gravité exceptionnelle, des souffrances à la fois personnelles et historiques, et malgré cela, ils ont su préserver leur humanité et l’utiliser au service du bien commun. Je trouve cela profondément admirable, car peu d’individus possèdent cette capacité. Leur force et leur engagement montrent qu’il est possible de surmonter des obstacles immenses tout en restant fidèle à ses principes.

Simone Veil, avec une carrière remarquable, et Nelson Mandela, qui après 27 ans de prison est devenu le président d’un pays marqué par l’apartheid, incarnent des exemples exceptionnels. Leur parcours prouve qu’en dépit des circonstances les plus adverses, il est possible non seulement de survivre, mais aussi d’apporter un changement profond dans le monde.

Ce qui m’inspire chez eux, c’est autant leur dévouement envers les autres que leur capacité à réaliser des accomplissements extraordinaires. Ils ont démontré que pour atteindre de grands objectifs, il faut à la fois une ténacité inébranlable et un profond respect de l’humanité.

 

Auriez-vous un livre à nous conseiller ?

Je vous recommande « Sapiens » de Yuval Noah Harari. Cet ouvrage captivant explore l’évolution de l’humanité, de nos origines à l’ère moderne. Ce qui le rend particulièrement intéressant, c’est sa capacité à nous éclairer sur les grandes étapes qui ont façonné notre société, tout en nous offrant des clés de lecture à une époque où nous perdons parfois nos repères. Harari nous pousse à réfléchir sur notre passé pour mieux comprendre les défis de notre avenir.

Et je viens de commencer le livre d’Anne Dufourmantelle, « L’Éloge du risque », qui mène une réflexion profonde sur l’importance du risque dans nos vies. La tendance contemporaine est de rechercher la sécurité et d’éviter les dangers à tout prix. À contrario, elle démontre que les différentes formes de prise de risques — dans l’amour, la création, la pensée, sont précisément ce qui nous connecte à notre liberté et nous permettent de vivre pleinement.

 

Quelle est votre devise ou votre mantra ?

J’en ai plusieurs 😊

J’aime beaucoup la citation « Visez toujours la lune, vous atteindrez peut-être les étoiles ». Elle me rappelle que chacun peut aspirer à de grandes choses, et même si nous n’atteignons pas exactement nos objectifs, l’essentiel est de viser constamment plus haut que notre point de départ.

Une autre : « La vie te présentera déjà suffisamment de défis, ne t’en impose pas plus que nécessaire. » Nous avons parfois tendance à être très durs envers nous-mêmes. Il faut être bienveillants à notre égard pour pouvoir surmonter certaines épreuves.

Je crois aussi en cette idée issue de l’écrivaine Toni Morison : « Si tu veux lire un livre qui n’a pas encore été écrit, écris-le toi-même. » Si cela est possible, ne pas attendre que d’autres créent ou réalisent nos souhaits, en d’autres termes, être maîtresses et maîtres de notre destin.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.