Du Théatre au Cinéma
Interview de Valérie Piola Caselli, fondatrice de Com’Media Conseil, Form’actrice chez Violette et Garance, Consultante en scénarios, scénariste et réalisatrice.
By Pascale Caron
Il est difficile de mettre Valérie dans une case. J’ai eu l’opportunité de la croiser dans plusieurs événements dans son rôle de Violette, vêtue de sa robe à pois. Son assurance et son énergie débordante m’ont beaucoup inspirée. C’est naturellement que j’ai voulu en savoir plus et je n’ai pas été déçue !
Peux-tu nous expliquer ta trajectoire et ce qui t’a amenée à créer ton entreprise ?
C’est un parcours de slasheuse. Atypique, multiple, avec comme dénominateur commun la compréhension de l’humain dans sa diversité et sa singularité et le plaisir d’écrire et de créer.
Je me suis toujours intéressée à la Psychologie. Mais à 18 ans, j’avais l’impression fausse qu’étudier cette discipline me conduirait forcément vers des face-à-face avec des patients aux histoires douloureuses. Trop difficile pour une hypersensible comme moi. J’ai donc choisi de faire une maîtrise en gestion d’entreprise et ensuite un DESS de marketing pour creuser véritablement l’aspect plus psychologique du consommateur. Il y avait 24 places pour 500 postulants. Pour me démarquer, j’ai décidé de faire un stage. Le hasard de la vie (si tant est qu’il existe !) m’a amenée au Figaro Méditerranée. C’est là que j’ai découvert le journalisme et à travers lui, le bonheur de rencontrer des gens intéressants et inspirants sans leur demander de chèque à la fin de l’entretien !
Je suis tombée sur une rédactrice en chef incroyable, Marie-Clémente Barbé-Conti, ma marraine de plume. C’était magique parce que mes petits articles devenaient de plus en plus grands. J’interviewais des gens connus, ou pas. Cette expérience m’a permis de relativiser la notion de célébrité, de m’enlever toute inhibition pour échanger avec quiconque sans gêne et avec authenticité.
Au bout de trois mois de stage, Marie-Clémence m’a même proposé de créer une rubrique, Campus, dans laquelle j’avais toute liberté. Je me suis essayée à tous les sports extrêmes. J’ai sauté en parachute, fait de la voltige aérienne… Et surtout, j’étais déjà très attirée par la culture et le théâtre et ne manquais jamais une occasion de relayer ce type d’infos ou de faire des portraits d’artistes. Au bout d’un an, j’ai eu mon DESS de marketing et ma carte de presse 15 jours après.
Je me suis rendu-compte que mon projet était de découvrir et d’apprendre des choses et que le journalisme allait me le permettre davantage. Après 5 ans au Figaro, j’ai rejoint Europe 2, ou je faisais des billets d’humeur et des chroniques. J’ai travaillé ensuite 9 ans à Télé Monte-Carlo pour le magazine Sud en réalisant des sujets de 9-10 minutes (dont certains étaient revendus à Arte). Là aussi, j’ai eu la chance d’avoir un rédacteur en chef, inspirant et bienveillant, Jean-Robert Cherfils.
Mes plus beaux souvenirs ? Un reportage au milieu des baleines sur un petit bateau du Musée océanographique au large de la Corse. Je pense aussi à 3 rencontres émotionnellement fortes avec Henri Salvador, des portraits d’artistes comme le sculpteur Nicolas Lavarenne, ces gens qui œuvrent à rendre le monde plus beau. Je pense à Michèle Ramin fondatrice de l’arboretum de Roure ou encore ce moment particulier où des SDF m’ont proposé de m’assoir avec eux par terre et d’observer le non-regard des passants…
Côtoyer toutes ces personnes a été un vrai enrichissement et aussi une source de questionnement. En situation d’interview, je croisais des gens merveilleux qui parfois ne savaient pas parler d’eux et d’autres, peut-être plus aguerris aux techniques de com’ qui communiquaient très bien, mais avaient-ils quelque chose à dire ? Une sorte de grande injustice relationnelle. Cela m’a interrogée et j’ai voulu creuser le sujet. J’ai repris six ans d’études à l’Université pour devenir Psychologue. Tout en continuant à être journaliste, j’ai travaillé sur l’impact de la caméra sur le comportement humain, les bouleversements pulsionnels quand on passe dans la lumière. J’ai étudié surtout ce que le stress peut amener de négatif dans la communication et comment le contrer.
Télé-Monte-Carlo a été mon laboratoire, parce que j’y menais mes « expériences » avec l’aval de mon rédacteur en chef qui me disait « La Piole, c’est quoi encore vos conneries ? Bon OK, allez-y. » C’était vraiment un très joli moment de vie.
Et puis toute histoire a une fin. Télé-Monte-Carlo a été racheté par TFI et AB production. Il n’était plus possible d’y faire du magazine. J’avais 15 ans de journalisme, un titre de Psy, 2 enfants, un mari, de fortes racines azuréennes… et avec tout ça, qu’est-ce qu’on fait ?
Aucune envie d’intégrer une entreprise et d’avoir un manager. Je tiens farouchement à ma liberté ! J’ai alors décidé de créer ma boite et fondé « Com’Media Conseil » autour du coaching, de la formation professionnelle (prise de parole en public et média training) et de cours à l’Université Côte d’Azur. J’ai affiné ma pratique en devenant Synergologue (experte en communication non verbale). Depuis 18 ans, j’accompagne des CODIR, des managers, des femmes et hommes politiques, des artistes aussi… Si les objectifs sont différents, la quête est toujours la même : aider la personne à être la meilleure version d’elle-même. C’est même la clé du charisme d’ailleurs.
Comment es-tu devenue Violette ?
L’aventure « Violette et Garance » est née il y a 10 ans d’une rencontre avec Muriel Cauvin, qui est également coach, intervenante, à l’EDHEC Business School. Elle est comédienne comme moi (je fais du théâtre depuis l’âge de 12 ans).
Nous sommes parties du constat que la formation ne suffisait pas à ancrer véritablement de nouveaux comportements. Il nous paraissait fondamental de créer des mises en situation, de les jouer, les faire ressentir en travaillant sur l’intelligence émotionnelle. On a un background similaire, et surtout les mêmes valeurs humaines, l’envie de faire bouger les lignes. Au départ on se nommait « AlterAction ». Notre but, c’était d’éviter les altercations. On s’est aperçu rapidement que nos personnages étaient devenus plus forts que nous et que tout le monde nous appelait « Violette et Garance ».
En temps normal, le Théâtre Forum est plutôt sociétal. Il vient du Brésil et a été créé par Augusto Boal sous le nom de Théâtre de l’Opprimé. Nous l’avons aménagé pour les entreprises, et déposé cette variante à l’INPI. Nos champs d’action sont entre autres le harcèlement, le sexisme, la diversité, le vivre ensemble, le handicap. Nous couvrons des thèmes très vastes comme le management, le recrutement, l’insertion professionnelle. Nous travaillons également dans le domaine médical sur l’empathie et l’annonce des mauvaises nouvelles aux patients. Nos clients, vont de la PME à la grosse entreprise, secteur public comme privé (Thales, la SNCF, le CNRS pour en citer quelques-unes) partout en France et même parfois au-delà (Belgique, Portugal).
Nous écrivons des saynètes sur mesure qui collent au quotidien des participants pour que les gens qui sont en face aient vraiment l’impression que l’on fait partie de leur univers. On joue une mauvaise pratique et ensuite nous invitons des personnes du public à prendre la place de la form’actrice en difficulté. Le but est de montrer qu’en changeant sa posture, on peut modifier sa relation à l’autre.
Nous sommes toujours habillées en noir à pois blanc, c’est notre dress code pour dire qu’on est des personnages. Même si nous réalisons un théâtre de la réalité.
Avec le Covid, l’histoire aurait pu s’arrêter là, mais cette contrainte nous a au contraire permis de nous démultiplier. Nous avons appris par la force des choses à faire du théâtre forum en visio. Aujourd’hui, nos clients nous demandent du présentiel et du distanciel. Nous faisons également du théâtre forum en vidéo.
Bref, je suis une « slasheuse », et heureuse de l’être ! Loin de m’éparpiller, je cumule les activités que j’aime et dans lesquelles j’ai une plus-value à apporter. L’objectif reste le même. En psycho existentielle, on demande aux gens leur « verbe de vie ». J’en ai deux. Le premier, c’est « contribuer » et le deuxième c’est « créer ». Avec le coaching, je « contribue » en accompagnant les personnes dans leur développement (développement du charisme, de l’affirmation de soi…). Idem avec le Théâtre Forum où nous déclenchons aussi parfois des déclics salutaires.
Et en innovant sans cesse sans jamais faire 2 fois la même chose, je crée.
Quels sont tes prochains challenges ?
Justement, me rapprocher plus encore du verbe « créer ». J’ai repris la plume par passion. Depuis deux ans, j’écris des scénarios de documentaires et des courts métrages. Seule, en groupe et de temps en temps en famille. Nous avons monté avec mes deux enfants « Bleu Cactus », un groupement d’indépendants qui réalise des vidéos de fiction, mais également qui offre ses services de média training, scénarios, de réalisation et de montage aux entreprises, formateurs, influenceurs. J’ai la chance d’avoir une fille Nina Calori, réalisatrice, scénariste et monteuse et un fils Noé Caselli, comédien et monteur.
Cerise sur le gâteau, notre dernière production « Roman », un court métrage contre les violences sexuelles totalise déjà 5 sélections en festival en France, Italie et Espagne. Il a même été dans le trio gagnant du prix « droits humains » et remporté le prix du public devant 1800 films au Femifilms de Stiges (festival espagnol sur le droit des femmes). Moi qui ai eu la chance de ne jamais avoir vécu ce type de drame, je me suis mise à la place des femmes victimes. Le but est de déclencher des prises de conscience sur le déni et sur la honte (qui devrait concerner uniquement celui qui perpétue l’acte). Toujours cette double envie de contribuer et de créer.
Ce petit film qui était là comme un don à ceux qui en avaient besoin me prodigue beaucoup de bonheur en retour. Ça a été un vrai kif pour moi d’interpréter la mère de « Roman ». De partager cette expérience en famille et surtout de recevoir autant d’avis positifs.
La machine est lancée. À tous les sens du terme. Bien sûr j’utilise un ordinateur, mais j’ai une vieille Remington qui me surveille à côté de mon bureau !
Enfin, je me suis lancée dans un tout nouveau défi. Forte de mes compétences de psychologie, de synergologie et d’écriture de scénarios, je propose dorénavant aux boites de production mes services de consulting. L’idée est de les aider sur leurs projets à développer les caractéristiques psychologiques des personnages, à mieux qualifier leur gestuelle et leur vocabulaire pour trouver une congruence, les rendre plus authentiques et toucher le public. On ne pose pas ses lunettes de la même manière si on a une tendance maniaque ou histrionique !
Mon idéal serait de travailler à 50 % comme scénariste ou consultante en scénario, et le reste sur Violette et Garance et le coaching.
Au total, déclencher l’intelligence émotionnelle du public ou des interlocuteurs qu’il s’agisse de fiction ou de réalité, c’est la même « histoire ».
Est-ce que tu aurais un livre, ou un podcast à nous suggérer ?
Je conseillerai « Novecento » d’Alessandro Baricco. C’est le récit d’un pianiste qui est né dans un bateau sur la mer. J’adore l’écriture de Baricco. Pour moi, elle se rapproche de la musique. Et surtout, le personnage rassemble tout ce que j’aime : l’authenticité, la poésie et un regard décalé sur la vie.
Aurais-tu une citation ou un mantra ?
« Un oiseau sur un arbre n’a pas peur que la branche casse, parce qu’il n’a pas mis sa confiance dans la branche, mais dans ses propres ailes ».
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
[Auteur], Conférencière
Interview de Caroline Torbey, Auteur, conférencière libanaise, propos recueillis par Patricia Cressot
Caroline Torbey fait partie de ces femmes d’orient inspirante. Discrète, sensible, elle écrit et se bat contre les tabous, défend ses valeurs, celle du cœur et contre l’injustice.
Présentée par Géraldine Dhagostine, une autre femme active, l’association dont elle est présidente, fait le pont culturel entre le Liban et la Côte d’Azur en toute discrétion et engagement. La Culture est un des pivots de la connexion intellectuelle qui anime nos deux pays.
Auteur, Conférencière, vous avez un parcours atypique, pourriez-vous nous en parler ?
De mère française d’origine vietnamo-allemande et de père libanais, je suis une auteure francophone résidant à Beyrouth. Je possède une licence en Sciences politiques ainsi qu’un master en Information et Communication de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
J’ai commencé par un emploi dans le monde du luxe à Dubaï pendant 4 ans, de 2012 à 2016, tout d’abord au département des Relations publiques chez CHANEL. J’ai été ensuite embauchée par une société de communication dans laquelle j’étais responsable de 9 marques (dont Chloé, Piaget, Baume & Mercier, Zénith). Ma mission tournait autour des relations presse, évènementiel, couverture médiatique, etc. toujours portée vers l’écriture, un rêve d’enfant. C’est durant cette période de ma vie que j’ai rédigé mon premier recueil de nouvelles « Quelle heure est-il chez vous ? » publié en 2017. Depuis, j’ai continué dans cette voie qui s’est avérée être une vocation. Je suis aujourd’hui auteure et conférencière à temps plein. Lauréate du « Trophée des Français de l’Étranger » en 2018 pour ma trilogie intitulée « Dessine-moi un proverbe », j’ai aussi remporté le « Concours de la Nouvelle George Sand » en 2020 grâce à ma nouvelle « Refuge ». Je publie « Éclat d’une vie » en 2021, un témoignage de vie romancé sur l’explosion du port de Beyrouth dont je suis une des nombreuses victimes. « Si j’avais un Cèdre », mon utopie sélectionnée par la célèbre « Fondation Jan Michalski » voit le jour en 2022. J’ai co-écrit plusieurs ouvrages et publie régulièrement dans la presse francophone de mon pays.
Quels sont les sujets qui vous animent ?
Je réside dans un pays magnifique dans lequel il y a malheureusement beaucoup d’inégalités et d’injustice. Le Liban baigne dans un contexte perpétuellement tendu, mais qui pourtant, me fait sentir « bien chez-moi ». Cette façon particulière de vivre toujours sur le qui-vive, constamment en alerte, toujours dans la débrouille et l’entraide, anime et motive ma plume. Il me parait important de raconter ce que nous — et en particulier la jeunesse libanaise — vivons au Liban, et comment nous arrivons à évoluer et à envisager un avenir dans un tel chaos. En ce qui concerne les conférences que je donne, c’est une cohésion logique de mon travail. Je trouve un sens à exposer de vive voix les sujets que je traite dans mes ouvrages ou dans mes écrits. Je peux d’une part m’appuyer sur des supports concrets — les miens — et d’autre part je les maitrise sur le bout des doigts puisque pour la plupart je les vis au quotidien. Je peux donc transmettre le message désiré avec sincérité, honnêteté, aisance et efficacité. Parmi ceux que j’affectionne particulièrement se trouve celui de la Femme qui tient une place prépondérante dans mon œuvre. Je suis également sensible à tout ce qui touche l’enfance en général, mais plus particulièrement l’acceptance, la liberté de choix de vie et la tolérance. Cette région du monde dans laquelle je réside est encore chargée de tabous et d’interdits… La résilience fait aussi partie des thèmes que je traite.
Comment voyez-vous la place de la femme dans la société libanaise sujet de votre dernière conférence ?
En juin dernier, j’ai été invitée à donner une conférence à Nice, portant le thème suivant : « La place de la Femme dans la société civile au Liban ». Cette conférence a été mise en place par l’association Mont Liban D’azur (MLA) présidée par Géraldine Ghostine en collaboration avec le département des Alpes Maritimes et la ville de Nice présidé par C.A Ginesy.
La Femme au Liban est forte, épanouie, semble libre et l’égale de l’homme. Mais si on creuse un peu et qu’on se penche sur les lois et la constitution, ce n’est clairement pas la vérité, ni dans les lois ni dans la perception. Elle ne bénéficie pas des mêmes droits et avantages que les hommes. D’ailleurs, lors de ma dernière conférence, je citais quelques paradoxes qui s’avèrent être complètement révoltants, mais qui sont pourtant bien d’actualité. À titre d’exemple, la femme libanaise n’a pas le droit d’ouvrir de compte bancaire à ses enfants sans l’autorisation de son mari. De plus elle ne peut pas transmettre la nationalité ni à son conjoint ni à ses enfants. Il faut cependant savoir que la Femme libanaise a joué et continue de jouer des rôles importants dans et pour la société civile, mais qu’elle l’a très souvent fait dans l’ombre. Depuis quelques années, et encore plus depuis la « Thaoura », la « Rêvolution » (comme j’aime l’écrire) de 2019 la femme s’est imposée comme le véritable pilier du mouvement de contestation. Cette dernière prend de plus en plus de poids au Liban. Le patriarcat est au centre des discours féministes qui se renforcent. Beaucoup de lois ont été modifiées en faveur de la gent féminine qui reste pourtant lésée par rapport aux hommes que ce soit au niveau légal, mais surtout au niveau de la perception. Malheureusement la femme est encore considérée comme secondaire et pas aussi compétente que l’homme au Pays du Cèdre. Je trouve pour ma part que le statut de la Femme progresse, bien que le chemin vers l’égalité soit encore long et sinueux…
Comment alliez-vous vie personnelle et professionnelle ?
La quête d’un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie privée est plus que jamais un enjeu aujourd’hui. Je suis de plus maman d’une petite fille de 20 mois, Clara-Carolina, et jongler entre le travail et ma vie privée pour gérer le quotidien n’est pas facile. J’ai l’impression de manquer de temps en permanence et c’est frustrant, car je fonctionne à plein régime. J’ai toujours beaucoup d’idées que je veux concrétiser, plusieurs projets en cours qu’il faut que je termine dans les temps, etc. Sachant qu’une journée ne fait que 24 heures, consacrer plus de temps au travail signifie nécessairement en passer moins avec ma fille, ma famille, mes amis et surtout… avec moi-même ! Heureusement, j’ai la chance d’habiter dans un pays où je bénéficie d’une aide à la maison et des parents. Aussi, la première chose pour laquelle j’ai opté sans me sentir coupable, c’est le fait de DELEGUER. Je délègue souvent ce que je n’ai pas le temps de faire après avoir hiérarchisé mes priorités, bien entendu. J’ai compris que si je n’organisais mes taches, mon travail pouvait vite cannibaliser mon énergie et mon équilibre s’en trouverait déréglé, créant du stress et de la fatigue. Et puis, tout compte fait, je pense qu’accepter d’être fatigué, de se tromper, d’être imparfait est un droit. Pour apprécier les petits moments en famille et les journées au travail, il est obligatoire de prendre son temps. Prendre du temps pour soi, pour se reposer, pour agir, pour être plus disponible pour les autres. C’est ce que j’essaye de faire au quotidien et surtout lors de mes déplacements professionnels au cours lesquels j’essaye toujours d’allier plaisir et travail, pour renouer avec moi-même.
Quels sont les livres, films et auteurs qui vous inspirent ?
Vivre dans un pays en constante ébullition est, contrairement à toute attente, quelque chose que je trouve inspirant. Il y a toujours quelque chose à dire sur notre quotidien, toujours quelque chose à faire pour aider les autres, et du coup, la vie prend un sens. Je m’inspire beaucoup des souvenirs personnels, des conversations que j’ai avec les gens qui m’entourent, des personnalités que je rencontre et qui me marquent, des voyages que je fais. En fait, il n’y a pas une ou deux, mais une multitudes de sources d’inspiration pour quelqu’un qui fait mon métier. Je m’inspire également des histoires que j’entends, que mes amis ou connaissances me racontent, de scènes dont je suis témoin. Si je devais parler des films ou livres qui m’inspirent, les histoires vraies. Je ne suis pas trop fiction, bien que j’adore les histoires farfelues pour la jeunesse. Étant quelqu’un de très terre à terre, et je suis motivée lorsque je lis ou je regarde des histoires vraies d’expérience de vie. Cela me rassure en un sens sur la condition humaine et sa capacité à encaisser les épreuves de la vie. Le dernier film que j’ai adoré et que j’ai pourtant regardé bien après sa sortie est « Call me by your name » de Luca Guadagnino.
Que faudrait-il pour améliorer la situation des femmes aujourd’hui ?
J’insiste beaucoup sur le problème de la perception, en plus de l’égalité devant la loi. Le regard discriminatoire que les hommes portent sur les femmes est à mon sens vraiment difficile à gérer au quotidien et problématique. Aussi, il faudrait tout un remaniement des lois libanaises pour ne plus avoir de système qui se plie aux différentes confessions religieuses. Il faudrait bien un seul et même code civil pour gérer tous les problèmes civils, comme le mariage, le divorce, la garde des enfants, l’héritage, entre autres.

Retraites de Yoga

Interview de Lea Sapin, fondatrice de « The French smile ».
Il est difficile de mettre Lea dans une case, tour à tour diététicienne nutritionniste, Professeure de Yoga et de méditation, praticienne de massage bien être et cheffe de cuisine végétale.
Léa organise à travers le monde des retraites de Yoga au cours desquelles elle convoque ses fées dans une parenthèse enchantée. C’est aussi une globe-trotteuse, apnéiste, parachutiste. À seulement 31 ans, elle a déjà eu plusieurs vies et j’ai tout naturellement voulu en savoir plus…
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amenée à vivre plusieurs vies en une ?
J’ai toujours eu une passion pour l’être humain. J’ai une grande sensibilité au corps et ce que l’on peut mettre dedans. Mon père est élagueur arboriste et il passe sa vie au-dessus de la canopée. Ma mère, plus ancrée dans la terre est juriste. Ils nous ont constamment encouragés, mon frère et moi, à vivre nos rêves. J’avais pour idée de base d’être prof des écoles, mais quand mon grand-père est tombé malade j’ai finalement choisi la nutrition.
Toute jeune à 21 ans j’ai commencé ma carrière en nutrition pédiatrique auprès d’enfants malades dans un centre hospitalier. J’ai pu réaliser alors ma chance d’être en pleine santé. C’était dur, mais j’avais le sentiment d’être au bon endroit. La mort fait partie de la vie.
Je suis finalement retournée chez l’adulte pour me rapprocher de mon domicile dans la clinique où mon grand-père avait été soigné pour son cancer. Il y avait beaucoup d’intoxiqués et de drogués entre 40 et 60 ans en fin de vie. J’y ai passé un an, mais cette période a été un accélérateur de prise de conscience : pourquoi se fait-on tant de mal ? Un patient un soir m’a demandé « Lea c’est quoi votre rêve ? ». J’ai subitement réalisé que mes rêves étaient de connaitre de nouvelles civilisations, de voyager. Il m’a dit « faites-le avant de crever ! ».
C’était un vendredi soir et le lundi il était transféré en soins palliatifs. Cette phrase a agi comme un électrochoc. J’avais de l’argent de côté, j’ai donc décidé un 21 février de partir faire un tour du monde, seule.
J’ai commencé par la Thaïlande, où se trouvait mon frère. Ça devait durer un an, mais finalement ce périple ne s’est plus arrêté pendant 4 ans.
C’est à Bali que j’ai découvert le Yoga. Je rencontrais des personnes qui clamaient « Le yoga a changé ma vie ! ». Pour moi le démarrage n’a pas été une mince affaire. C’était dur. Je me suis même dit « Ces gens sont fous ! ».
Au bout de quelque temps d’apprentissage, une amie d’enfance m’a rejointe et je me suis rendu compte que je n’étais plus la même. J’étais plus dans l’acceptation, j’avais gagné en maturité émotionnelle. J’avais le recul pour réaliser que la vie avait déjà des plans pour moi. J’ai décidé à ce moment-là de me laisser porter par le flow. J’étais en lune de miel avec moi-même, et en même temps j’avais un filet de sécurité, car j’avais de l’argent de côté. Je ne prenais que des « one-way tickets », sans retour. J’avais envie de savoir qui j’étais et quelle était ma place dans ce monde. J’ai donc continué ma route.
À 21 ans j’avais changé d’alimentation : j’étais passé à une cuisine totalement végétale qui a complètement évacué mes problèmes de migraine ophtalmique. Je me suis formée au grès de mes voyages. J’avais conscience que mon chemin était juste.
De passage à la réunion, je décide de réserver mon billet d’avion pour l’Inde pour partir aux sources du yoga. C’était en 2016 et je suis partie dans un Ashram en Inde pendant 1 mois ; c’était un reset complet de tout ce que j’avais fait jusqu’à présent. On était dans la dissolution de l’ego. Alors que j’étais issue d’une famille d’athées, j’ai prié Dieu et remercié la vie. J’avais l’honneur de pouvoir transmettre quelque chose… L’Hindouisme a pris pour moi tout son sens. Il y a d’ailleurs beaucoup d’incarnations féminines. Ma personne a changé et j’ai pu faire beaucoup plus confiance en la vie. En étant bien dans ma tête, j’ai pu aussi accepter mon corps. Plus tard en 2018, j’ai passé 2 mois à Dharamsala et j’ai pu rencontrer le Dalaï-Lama !
Mais mon voyage ne s’est pas arrêté là. Je suis ensuite partie au Népal à pied sur 300 km pendant 15 jours. Je me suis lancée dans l’apprentissage du Yoga thérapeutique. Mon expérience de l’hôpital a pris alors tout son sens. J’ai finalement réalisé une fusion de mes compétences : corps, mental, médical et spirituel.
Je me suis arrêtée ensuite à l’ile Maurice, où j’ai connu l’amour. J’y ai travaillé au sein d’une famille. Je formais les personnels de maison à la cuisine. Cette expérience m’a donné beaucoup d’assurance. Et puis au bout d’un an et demi, je me suis posé la question : soit je me mariais et fondais une famille, soit je repartais sur la route. Ce n’était tout simplement pas le bon moment. J’appelle alors mon père qui m’a dit « vas-y ma fille, la vie est longue… ».
J’ai eu mal, mais j’ai quand même décidé d’aller au Maroc pour me former à la cuisine végétale auprès d’un chef berbère. Au sein d’un studio de yoga de Casablanca, je supervisais 10 Sénégalais qui cuisinaient et en parallèle je gérais les séances de yoga. J’avais seulement 26 ans.
De retour en France, j’ai commencé les retraites de Yoga dans la vallée de la Chevreuse : j’ai trouvé la formule parfaite qui conjuguait toutes mes passions : Yoga, méditation, et nutrition. C’est devenu mon propre laboratoire où j’ai pu laisser libre cours à ma créativité. En parallèle j’ai continué à voyager, notamment au Costa Rica, pour me former auprès d’un chef végan.
Et puis je me suis retrouvée confinée à Tulum pendant la Covid. C’est là que je me suis perfectionnée en apnée. À partir de ce moment, apnée et yoga ont dicté mes voyages. J’ai pu plus profondément explorer mon mode intérieur sous l’eau. À l’été 2020, j’étais prête à rentrer en France et j’ai créé alors ma société « The French smile ». J’ai organisé depuis lors 70 retraites. Le yoga est devenu pour moi une manière consciente de vivre.
Tu t’es également mise récemment au parachutisme ?
J’avais déjà sauté en parachute pour mes 14 ans. Mon père m’avait dit « pour ton anniversaire tu vas t’envoyer en l’air ». À 30 ans l’an dernier, j’ai fait le bilan de mes rêves. Cette discipline en faisait partie. Si à 14 ans j’étais inconsciente du danger, quelques années plus tard, ce n’était plus le cas. C’était justement parce que j’avais peur qu’il fallait le faire. J’ai donc fait 15 jours de stage pour sauter au-dessus de la mer en solo. Ce nouveau défi m’a donné de l’élan et de l’excitation. Quand tu approches la mort en te mettant en danger, la vie reprend le dessus !
Quels sont tes prochains challenges ?
En 2024 ça fera 7 ans que je fais de l’apnée. J’ai décidé de devenir professeur. Je voudrais mixer retraite de Yoga et apnée soit en France ou en Égypte.
Pour couronner le tout, je viens de m’inscrire à mon premier Triathlon en juin 2024 !
Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée ?
Tout d’abord par mon papa, puis ce malade à l’hôpital. Mon frère qui a 5 ans et demi de plus que moi m’a ouvert la voie en partant à l’étranger pour l’Australie et la Thaïlande, où il travaille à distance pour des sociétés françaises.
Ma mère juriste m’a toujours poussée à suivre mes rêves tout en me rappelant la chance que j’avais d’être une femme née en France.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Oui celui de Bronnie Ware, une infirmière australienne en soins palliatifs. Elle a partagé les derniers mots des personnes en fin de vie dans : « The Top Five Regrets of the Dying » (traduit par « Les Cinq Plus Grands Regrets des personnes en fin de vie »).
La plupart des gens, à la porte de la mort, n’avaient même pas réalisé la moitié de leurs rêves. Cela était dû pour la plupart à leurs choix conscients ou inconscients. L’un des principaux regrets exprimés en fin de vie est celui de ne pas s’être permis d’être heureux. Ce livre résonne en moi…
Je crois savoir quel est ton Mantra, peux-tu nous le partager ?
« Vivez vos rêves ».
À méditer.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Chef d'exception à domicile
Interview de Ama Lhajri, chef à domicile de « Chez Elle » à Bordeaux. Cheffe chez « chefs 4 the Planet ».
« Chez Elle » est un restaurant à domicile : les convives y viennent pour déjeuner ou dîner. Amal sert de deux à six couverts de manière privative. Les groupes de clients ne sont pas mélangés et il n’y a qu’un seul service. Le principe c’est la découverte.
En excluant ce que les gens n’aiment pas, Amal donne libre cours à son imagination pour leur offrir un voyage culinaire, entrée, plat-dessert. Chaque ligne évoque un pays différent. Amal est une personnalité solaire qui m’a séduite dès notre 1re rencontre au Mas de Pierre à Saint-Paul de Vence, lors d’une journée sur la RSE, organisée par CQS.
J’ai senti une force et un feu intérieur et j’ai eu naturellement envie d’en savoir plus.
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amené à te lancer dans la cuisine ?
Mon arrivée dans la cuisine date d’il y a 20 ans. C’est un mal pour un bien qui m’y a poussée. « A blessing in disguise » comme disent les Anglais et à première vue l’issue était dramatique pour moi.
Je souffrais d’une maladie orpheline, une parodontite agressive qui provoque une fonte des os de la mâchoire et donc un déchaussement des dents et qui a également atteint mes sinus. À l’époque je travaillais chez Xerox et j’avais des paralysies qui m’empêchaient de me lever de mon lit.
Les médecins m’ont donné 1 mois à vivre. J’ai résolu que ce ne serait pas un être humain qui déciderait de mon heure de fin et je me suis battue. Cette maladie a entraîné des conséquences dramatiques sur ma santé, avec des infections pouvant se transmettre au cerveau, des risques de crise cardiaque, des problèmes oculaires, mais j’ai tenu bon. Il y a 5 ans j’ai été greffée de la mâchoire inférieure et supérieure et je revis.
Quand la maladie s’est déclarée, j’ai dû m’adapter à elle. Après des études de psycho à Amiens, j’ai décidé en 2008 de rejoindre ma sœur à Bordeaux avec ma fille. Je suis marocaine et on nous apprend à cuisiner avant de savoir marcher ! Je suis gourmande. J’aime le contact avec les autres. Ces deux données additionnées, j’ai conçu mon projet. J’avais pris conseil auprès de mon ami Bruno Oliver chef de « la fabrique by Oliver ».
Je suis autodidacte, mais j’ai beaucoup voyagé, gouté la cuisine de chefs, tel un parcours initiatique. Je me « nourris » de rencontres dans les deux sens du terme.
En 2010 je me suis lancée en démarrant par un repas de presse. Pendant la Covid, j’ai eu la chance d’avoir un reportage de CNEWS, ce qui m’a propulsée sur le plan médiatique. Depuis je vis comme si demain n’existait pas. J’essaye de transmettre cette deuxième vie dans ma cuisine.
Comment a réagi ta fille, fasse à ta maladie ?
Elle avait 4 ans quand elle s’est déclarée. Je ne lui ai jamais rien caché. Je n’avais pas le droit de baisser les bras. Elle a vécu ma résilience, et elle me voit heureuse et épanouie maintenant. Je suis fière d’elle : elle a fait un parcours scolaire exemplaire.
Comment as-tu rejoint « chefs 4 the Planet » ?
La cuisine marocaine est de base très écoresponsable. C’est comme cela que j’ai eu l’occasion d’apprendre à Stéphane Carrade, chef 2 étoiles à préparer un yaourt naturel à base de foin d’artichaut. Il a été séduit et en a parlé à Sébastien Ripari, co-fondateur de « chefs 4 the Planet ». Grâce à cet effet domino, j’ai intégré cette association mondiale.
« chefs 4 the Planet » est un réseau de chefs qui sont soucieux de la planète, de notre santé, et des générations futures. Face à la triple urgence sanitaire, climatique et sociale, l’association rassemble les chefs qui agissent, au quotidien. Leur but est de promouvoir une cuisine saine et responsable, locale, bio et accessible au plus grand nombre — de la fourche à la fourchette pour une gastronomie durable.
C’est grâce à eux que participé au festival de la gastronomie d’Agen, où nous avons cuisiné un repas à 6 mains. Sebastien Ripari est « l’homme qui murmure à l’oreille des chefs ». Il les accompagne notamment dans la quête de l’étoile. J’adhère totalement à cet engagement et j’en parle aux chefs que je rencontre. Je suis une ambassadrice non officielle. Lors de notre réunion au Mas de Pierre, ils ont décidé de nous rejoindre.
Quels sont tes prochains challenges ?
Après mon expérience à Bordeaux où j’ai cuisiné pour des personnalités comme Mr Juppé, à Saint-Barth pour le groupe Bagatelle, j’aimerais m’ouvrir à cette clientèle ultra exigeante de la Riviera. J’en dirais plus à la rentrée.
Quelles sont les personnes qui-t-on inspirée dans ta carrière ?
Tout d’abord ma maman qui a toujours cuisiné bio et naturel. Quand j’ai démarré mon restaurant, je me suis beaucoup inspirée de Cyril Lignac : un homme jovial et chaleureux qui fait une cuisine gouteuse et simple.
Je suis fan de pâtisserie et de Christophe Michalack. J’ai eu la chance de faire un événement avec lui, porte de Versailles.
Cedric Grolet est un chef d’une modestie et d’une bienveillance incroyable. J’ai eu l’opportunité de le rencontrer au Meurice. Et je citerai également Philippe Conticcini : c’est un amour de personne qui partage régulièrement ses recettes sur internet.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
« Les Fleurs du mal » de Charles Baudelaire. « L’amour est une rose, chaque pétale, une illusion, chaque épine, une réalité. ». J’ai réussi à enlever toutes les épines et j’avance !
Sinon je recommanderais un film « Happiness Therapy » réalisé par David O.Russell avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. Il nous montre que la vie réserve parfois quelques surprises et que l’on peut transformer le négatif en rayon de soleil. Rien n’est grave, même pas la mort.
Quel est ta devise ou ton mantra ?
« Vivre comme si demain n’existait pas ».
À méditer.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.





