Élisabeth Moreno : Leadership et Impact au Féminin

Interview d’Elisabeth Moreno pour Sowl Initiative by MWF Institute.

Propos recueillis par Pascale Caron

Est-il besoin de présenter Élisabeth Moreno : ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances de 2020 à 2022. Elle a passé la majeure partie de sa carrière dans le monde de l’entreprise, de cheffe d’entreprise aux multinationales technologiques, sur quatre continents (États-Unis, Asie, Europe, Moyen-Orient et Afrique).
En 2018, elle devient vice-présidente du groupe Hewlett Packard en charge du continent africain. Autant de raisons pour moi de la contacter sur LinkedIn et c’est avec une joie non dissimulée que je vous livre notre discussion passionnée.

Au sein de notre équipe chez Monaco Women In Finance, vous êtes un vrai rôle modèle et je mesure ma chance de pouvoir échanger avec vous.

Je vous remercie Pascale, c’est également un plaisir pour moi d’échanger avec vous depuis Monaco ! J’aime beaucoup encourager les femmes qui me disent : « Je ne suis pas assez importante ou connue pour faire ça. » Je leur réponds toujours : « Arrêtez de penser que votre manque de notoriété vous empêche d’accomplir de grandes choses. Si vous pensez être trop petite pour changer le monde, essayez de dormir avec un moustique dans une chambre et vous verrez l’impact qu’il peut avoir. »

Je tiens à vous féliciter pour la création de Monaco Women in Finance, car nous avons plus que jamais besoin d’unir nos forces, nos compétences et nos expertises pour faire avancer les droits des femmes. Le combat est loin d’être gagné.

D’abord parce que les mouvements masculinistes ne nous laissent aucun répit. Il semblerait que nous perturbions les hommes, en les confrontant aux injustices que nous subissons depuis des siècles. Certains en prennent conscience et agissent pour changer les choses, tandis que d’autres opposent une résistance marquée.

Ensuite parce qu’affirmer aux femmes qu’elles détiennent le pouvoir de transformer leur vie peut représenter une charge considérable. Cela peut être un fardeau lourd à porter, et il est parfois plus aisé de penser que l’on n’a pas de prise sur les événements.

Mon expérience en tant qu’aînée d’une grande famille, m’a convaincue que le succès se multiplie lorsqu’il est partagé. Étant encore trop peu nombreuses à occuper des postes à responsabilités, il est essentiel de nous soutenir mutuellement. Je crois fermement qu’une fois cette solidarité féminine bien ancrée, de nombreux changements s’opéreront.

 

Abordons votre parcours. On connaît votre travail en tant que ministre, mais j’aimerais écouter ce qui vous a amenée à la direction de HP Afrique. Un thème qui nous tient à cœur chez MWF Institute, c’est inspirer les jeunes filles à se tourner vers les métiers de la Tech et vous êtes sans conteste une icône.

C’est essentiel de montrer que la Tech est un domaine accessible à toutes et à tous. Aujourd’hui encore plus que lorsque j’ai démarré il y a 20 ans.

J’ai débuté ma carrière en créant une entreprise dans le secteur du bâtiment à l’âge de 20 ans. Après une décennie, j’ai saisi l’impact transformateur du numérique et décidé de m’y investir pleinement. J’ai donc rejoint France Télécom, sans aucune expertise dans les télécoms, mais convaincue que la technologie et en l’occurrence internet, allaient redéfinir notre manière de travailler, d’étudier, de communiquer et de s’informer. Le poste de manager que j’ai accepté alors était une opportunité d’apprendre et d’explorer un secteur qui m’était étranger.

J’ai ensuite été recrutée par Dell, plus pour mon leadership et ma capacité à construire des équipes performantes que pour mes compétences techniques.

Un moment clé dans mon développement fut lorsque, après avoir âprement défendu mes équipes pour des augmentations salariales, un supérieur m’a dit que je ne réussirais jamais dans ce domaine parce que j’étais « trop humaine ».

Ce commentaire a renforcé ma conviction du management : le respect et la considération pour nos équipes sont essentiels à la réussite. Ce sont eux qui font la réussite d’une organisation. J’ai toujours dirigé en restant fidèle à mes valeurs, et je suis heureuse que l’avenir m’ait donné raison. Le succès vient avant tout des personnes avec qui nous travaillons, nous avons donc tout intérêt à les traiter correctement.

Après 12 ans chez Dell, Lenovo m’a sollicitée, m’offrant l’opportunité de découvrir une entreprise asiatique en pleine expansion. J’ai saisi cette chance, tout en menant un combat pour la parité et la diversité au sein des équipes. J’ai fixé un objectif ambitieux de 50 % de femmes en trois ans, et malgré le scepticisme initial, nous avons attiré des talents en créant un environnement ouvertement inclusif et inspirant.

Quelques années plus tard, HP m’a proposé de diriger leurs activités en Afrique, réalisant ainsi mon rêve de contribuer au développement technologique du continent. La pandémie m’a rapprochée des communautés expatriées, et c’est ainsi qu’à travers un concours de circonstances, mon engagement et mes valeurs m’ont menée à une carrière politique, un chemin que je n’avais jamais envisagé.

 

Pour ma part vous avez m’avez vraiment réconciliée avec la politique, car vous aviez un franc-parler. 

Merci, j’en suis sincèrement honorée, car il faut que nous toutes et tous nous intéressions à la politique si nous voulons que les choses changent.

Vous avez raison de souligner que la sincérité, la spontanéité et la franchise ne correspondent pas aux codes traditionnels de la politique. Mais cela ne m’importait guère, car je n’avais aucune intention de bâtir une carrière politique. Si tel avait été mon objectif, j’aurais certainement dû adapter mon comportement, parce que pour réussir dans un environnement, il est nécessaire d’en accepter les règles. J’aime comparer cela au football : si vous voulez changer les règles du jeu, il faut être sur le terrain, pas rester dans les gradins en spectateur. Il est essentiel de faire ses preuves avant de prétendre pouvoir influencer les choses. En ce qui me concerne, je suis entrée en politique par conviction, et non par ambition. Je m’étais promis de rester fidèle à mes valeurs, sans me conformer pour plaire ou durer. Avec le recul, je me félicite de ce choix : beaucoup de celles et ceux qui me respectent aujourd’hui le font en partie parce que je suis restée fidèle à moi-même tout au long de mon parcours politique.

 

Quelles sont les actions dont vous êtes le plus fière, durant ces deux années au gouvernement ? 

Je suis particulièrement fière d’avoir apporté une approche entrepreneuriale dans un ministère traditionnellement axé sur le militantisme et l’activisme. Forte de mon expérience d’entrepreneure, j’ai voulu introduire une dimension pragmatique. On me disait souvent : « Votre ministère, c’est celui de la parole. » À cela, je répondais : « Je vais en faire un ministère de l’action. » Je n’étais pas là pour simplement parler, bien que la parole soit cruciale, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre des inégalités profondément ancrées. Certes, il fallait exposer et dénoncer, mais je tenais surtout à voir des résultats concrets.

C’est dans cet esprit que j’ai contribué à la loi portée par Marie-Pierre Rixain, visant à instaurer des quotas pour briser les plafonds de verre, dans l’accès aux postes de direction. Grâce à la loi Copé-Zimmermann, des progrès avaient déjà été réalisés au sein des conseils d’administration. Le moment était venu d’étendre ces avancées aux COMEX et CODIR. J’ai donc investi toute mon énergie dans ce projet de loi, et bien qu’il ait fallu partir de très loin, celle-ci a finalement été adoptée.

J’ai également beaucoup travaillé sur les questions de violences sexistes et sexuelles, notamment pour la protection des victimes de violences conjugales, ainsi que leurs enfants. N’oublions pas que tous les 3 jours une femme meurt en France sous les coups de son conjoint ou de son ex. Nous avons mis en place des bracelets antirapprochement, nous avons doublé le nombre de places d’hébergement pour accueillir les victimes… c’est un travail de longue haleine.

Nous avons aussi porté la réforme des pensions alimentaires, un sujet crucial pour les familles monoparentales, dont 85 % sont soutenues par des femmes. Désormais, même en cas de non-paiement par le père, la CAF garantit le versement de la pension et se charge de récupérer les sommes dues. Un autre projet qui me tenait à cœur était l’ouverture de la PMA à toutes. Alors que depuis une décennie, les femmes mariées avaient accès à la procréation médicalement assistée, les femmes célibataires ou lesbiennes en étaient toujours exclues. Je ne comprenais pas comment une telle injustice pouvait persister. Nous avons donc œuvré pour cette loi, et je suis fière du résultat. J’ai également contribué à la gratuité de la pilule contraceptive pour les jeunes femmes jusqu’à 25 ans. Nous avons aussi légiféré contre les thérapies de conversion, pratiques inhumaines qui visaient à « guérir » des jeunes de leur orientation sexuelle, considérée à tort comme une maladie. Parmi les autres mesures concrètes en faveur de l’égalité des chances, j’ai lancé une plateforme de lutte contre les discriminations, en partenariat avec la défenseure des droits, Claire Hedon. Le but était que les personnes maltraitées ne soient pas abandonnées à leur sort.

Ces initiatives ont eu un impact concret dans la vie des gens, ce qui était ma priorité. Bien que mon temps en politique ait été bref, j’ai mené des combats significatifs, qui ont donné du sens à mes engagements de toujours.

Je n’aurais jamais pu obtenir ces résultats sans la coopération des entreprises et associations très engagées. En politique, on ne réussit jamais seul, surtout sur des sujets aussi complexes et vitaux. C’est grâce à ces partenariats que j’ai pu faire progresser tous ces projets qui me tenaient à cœur.

Cette expérience m’a profondément éclairée sur plusieurs sujets ; D’abord les dynamiques du pouvoir au plus haut niveau, et la complexité de la gestion d’un pays comme le nôtre. La France est un grand pays que l’on ne valorise pas toujours à sa juste mesure.

 

Parlez-nous donc de vos challenges actuels.

Je suis arrivée à un moment de ma vie où je veux recentrer mon énergie sur les sujets qui me passionnent le plus. L’un d’eux est l’impact de l’économie sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre époque. C’est pourquoi j’ai rejoint Ring Capital, un fonds d’investissement qui soutient des hommes et des femmes en Europe et en Afrique. Nous sommes tous engagés dans la résolution de problématiques sociales telles que la santé, l’éducation, l’inclusion financière, ainsi que des enjeux cruciaux liés à la transition énergétique et environnementale.

Ces secteurs, bien que fondamentaux, ont souvent du mal à attirer des financements, car les investisseurs traditionnels les perçoivent comme relevant de l’économie sociale et solidaire, donc peu rentables. Pourtant, j’y crois fermement, et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de m’investir pleinement dans ces causes.

En parallèle, j’accompagne également de grandes entreprises sur les enjeux ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Depuis plus d’une décennie, ces sujets gagnent en importance et la réglementation devient de plus en plus complexe. Certaines entreprises sont prêtes à agir, mais ne savent pas toujours comment le faire efficacement. J’interviens donc auprès des CEO, COMEX et CODIR pour les aider à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies ESG concrètes et impactantes. Cela constitue un volet central de mon activité professionnelle.

Je poursuis aussi mes engagements philanthropiques en tant que présidente de la Fondation Femme@numérique et j’ai co-fondé il y a deux ans l’association La Puissance du Lien.

Durant mon expérience politique, j’ai pris conscience de la fragmentation croissante de notre société, exacerbée par de multiples crises. Je suis convaincue que la seule façon de relever nos défis est de travailler ensemble, en intelligence collective. Il est impératif de mobiliser des talents divers et de renforcer la solidarité à tous les niveaux : entre femmes et hommes, entre territoires, et entre générations. C’est précisément ce que nous faisons avec La Puissance du Lien. Nous créons des passerelles et renforçons la cohésion pour affronter les grands défis de notre temps. Nous organisons des conférences ouvertes à tous, nous mettons le mentorat, l’entraide et la solidarité au cœur de nos actions. Nous préparons aussi un événement majeur autour du 8 mars, centré sur la place des femmes, auquel les hommes sont bien entendu invités. Il est crucial qu’ils comprennent le rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans la lutte pour l’égalité.

 

Quelles sont les personnes qui vous ont le plus inspirée dans votre carrière ?

Elles sont nombreuses, mais deux figures se distinguent particulièrement : Simone Veil et Nelson Mandela. Ce qui les rend si importants à mes yeux, c’est leur résilience et leur humanité. Tous deux ont traversé des épreuves d’une gravité exceptionnelle, des souffrances à la fois personnelles et historiques, et malgré cela, ils ont su préserver leur humanité et l’utiliser au service du bien commun. Je trouve cela profondément admirable, car peu d’individus possèdent cette capacité. Leur force et leur engagement montrent qu’il est possible de surmonter des obstacles immenses tout en restant fidèle à ses principes.

Simone Veil, avec une carrière remarquable, et Nelson Mandela, qui après 27 ans de prison est devenu le président d’un pays marqué par l’apartheid, incarnent des exemples exceptionnels. Leur parcours prouve qu’en dépit des circonstances les plus adverses, il est possible non seulement de survivre, mais aussi d’apporter un changement profond dans le monde.

Ce qui m’inspire chez eux, c’est autant leur dévouement envers les autres que leur capacité à réaliser des accomplissements extraordinaires. Ils ont démontré que pour atteindre de grands objectifs, il faut à la fois une ténacité inébranlable et un profond respect de l’humanité.

 

Auriez-vous un livre à nous conseiller ?

Je vous recommande « Sapiens » de Yuval Noah Harari. Cet ouvrage captivant explore l’évolution de l’humanité, de nos origines à l’ère moderne. Ce qui le rend particulièrement intéressant, c’est sa capacité à nous éclairer sur les grandes étapes qui ont façonné notre société, tout en nous offrant des clés de lecture à une époque où nous perdons parfois nos repères. Harari nous pousse à réfléchir sur notre passé pour mieux comprendre les défis de notre avenir.

Et je viens de commencer le livre d’Anne Dufourmantelle, « L’Éloge du risque », qui mène une réflexion profonde sur l’importance du risque dans nos vies. La tendance contemporaine est de rechercher la sécurité et d’éviter les dangers à tout prix. À contrario, elle démontre que les différentes formes de prise de risques — dans l’amour, la création, la pensée, sont précisément ce qui nous connecte à notre liberté et nous permettent de vivre pleinement.

 

Quelle est votre devise ou votre mantra ?

J’en ai plusieurs 😊

J’aime beaucoup la citation « Visez toujours la lune, vous atteindrez peut-être les étoiles ». Elle me rappelle que chacun peut aspirer à de grandes choses, et même si nous n’atteignons pas exactement nos objectifs, l’essentiel est de viser constamment plus haut que notre point de départ.

Une autre : « La vie te présentera déjà suffisamment de défis, ne t’en impose pas plus que nécessaire. » Nous avons parfois tendance à être très durs envers nous-mêmes. Il faut être bienveillants à notre égard pour pouvoir surmonter certaines épreuves.

Je crois aussi en cette idée issue de l’écrivaine Toni Morison : « Si tu veux lire un livre qui n’a pas encore été écrit, écris-le toi-même. » Si cela est possible, ne pas attendre que d’autres créent ou réalisent nos souhaits, en d’autres termes, être maîtresses et maîtres de notre destin.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Femmes] Scientifique

Les Femmes au service de la recherche scientifique

Dans le monde, moins de 30% des chercheurs, sont des femmes, selon l’UNESCO, nombreuses d’entre elles sont exclut des postes à plus hauts niveaux. En Suède, les femmes constituent la majorité en licence (60%), puis ne représentent plus que 49% en doctorat et 36% de chercheurs. En France elles sont 26% à occuper des postes à hauts niveaux.

A Monaco, le Centre Scientifique de Monaco est un réel exemple international, les trois responsables d’équipe dans le département de biologie marine sont des femmes Dr Christine Ferrier-Pagès Directeur de Recherche de la section Ecophysiologie et Ecologie, Dr Sylvie Tambutté Directeur de la section Physiologie et Biochimie et Dr Nathalie Hilmi Responsable de la thématique Economie Environnementale.

Pourquoi il est urgent de lutter contre le changement climatique? Dr.Nathalie Hilmi spécialisée en macroéconomie et finance internationale, tranche « un retard d’actions, engendrera des coûts plus élevés ». Dr Nathalie Hilmi s’est spécialisée sur l’économie du développement. Auparavant elle a enseigné l’économie et la finance avant d’être stratégiste dans le «Hedge Fund Research Institute».

En 2009, elle rejoint le Centre Scientifique de Monaco en tant que responsable de la section «Economie environnementale» et a collaboré avec les Laboratoires de l’environnement de l’AIEA pour lancer des études de corrélation entre les sciences de l’environnement et l’économie afin de mieux évaluer l’étendue socioéconomique des impacts et des coûts de l’action par rapport à l’inaction face aux émissions de carbone.

Cette spécialiste a vue un réel changement de perception en 10 ans « donner une valeur économique au capital naturel et la biodiversité permet de reconnaître l’importance du service rendu par les écosystèmes. C’est un moyen d’inciter les acteurs économiques et financiers à protéger et restaurer les espèces »

Elle est aussi chargée de la coordination, de la préparation et de l’organisation de la série d’ateliers «Combler le fossé entre les conséquences de l’acidification des océans et l’évaluation économique», organisés à Monaco. En 2011, elle a obtenu son diplôme d’habilitation à diriger des recherches (HDR) en soutenant un sujet sur «une approche multidisciplinaire du développement durable ».

Elle est auteure principale du Rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique (SROCC) et du prochain rapport principal du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le rapport AR6 qui sortira en 2021. Ce groupe créé en 1988 à la suite d’une initiative politique de nature internationale, dépend de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l’environnement.

Dr Hilmi publie régulièrement sur la thématique de l’économie environnementale au travers de 3 axes : les impacts socio-économiques du changement climatique et de l’acidification des océans, l’évaluation et valorisation des récifs coralliens, et les politiques économiques et développement durable.


[femme] la covid

La solution pour la covid serait-elle féminine ?

Par Maria Nadolu

Selon l’Académie Française, la Covid est de gendre féminin, car c’est l’acronyme de la maladie corona virus, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. Eh ben, par la suite, dans une logique de projection du donné grammatical vers le potentiel existentiel, la solution pour cette pandémie et ses effets, qui continuent à nous bouleverser, devrait être, elle-aussi, féminine ?

Parmi les dirigeants qui ont réagi le plus efficacement à la pandémie sont des femmes, notamment la danoise Mette Frederiksen, la finlandaise Sanna Marin, l’allemande Angela Merkel, la néo-zélandaise Jacinda Ardern, la norvégienne Erna Solberg et le taïwanais Tsai Ing-wen.

Une pluralité de voix, autant diverses et répandues pour inclure des contributeurs de Forbes magazine, et shamans des Andes et de l’Afrique, indiquent que c’est le moment de considérer une autre manière de s’(auto) gérer – au niveau personnel, communautaire, étatique, planétaire.

Au-delà de toute exercice de style intellectualisant, on détecte une authentique disponibilité de revoir la manière d’être et d’agir. Des groupes de réflexion, des forums spécialisés et la presse internationale ont publié un certain nombre d’articles sur ce sujet. Forbes, 19 avril 2020 : « Pourquoi
les femmes font-elles de si bons leaders pendant COVIDE-19 ?» New York Times, 15 mai : « Pourquoi les nations dirigées par des femmes s’en sortent-elles mieux avec Covide-19 ? » Stanford Medicine (Scope), 12 mai 2020: « Les femmes leaders brillent pendant la pandémie de COVIDE-19 », Economic Times of India, June 4 « Femmes leaders, et influenceurs. Sur les compétences et les mentalités dans un monde post-Covid».

Le post d’Euronews du 12 mai 2020, « le coronavirus montre une fois de plus pourquoi le monde a besoin de femmes décideurs plus fortes » établit des parallèles perspicaces à travers l’arène politique et le monde des affaires, faisant valoir que cinq caractéristiques fondamentales soulignent le fonctionnement des femmes leaders dans les deux domaines. Premièrement, la clarté ; deuxièmement, la détermination ; troisièmement, faire preuve de compassion; quatrième, une communication forte et sans ambiguïté; et enfin, la capacité de faire preuve d’empathie et de solidarité.

Symptomatique dans ce sens, l’article du Grant Freeland senior consultant de Boston Consultant Group, qui reflète une attitude transversale et transcontinentale du moment. «Comme si on ne le savait pas : covid 19 confirme que les femmes font des excellents leaders ». Il note « la vérité est que la pandémie de Covid-19 démontre en temps réel qu’il y a parmi nous des millions de dirigeants hautement accomplis, mais non publicisés, qui ne sont ni des hommes blancs, ni des diplômés de l’école B de l’Ivy League. Alors que les entreprises tentent de se remettre de la catastrophe et recommencent à penser à l’avenir, leurs dirigeants doivent reconnaître qu’il n’est pas nécessaire d’être un « homme d’entreprise», ni même un homme, pour posséder le savoir-faire, les compétences, le tempérament, le courage, l’adaptabilité et l’ingéniosité pour réussir dans ce monde, même dans les circonstances les plus éprouvantes. C’est le cas réel de la diversité et de l’inclusion. »

Quels fils conducteurs dans cette diversité ?
Au niveau macro : pour les environnementalistes, et pour ceux qui ont une vision intégrée de l’univers qu’on cohabite, la covid est interprétée comme un appel de la Mère Terre à fin qu’on revoit le modus operandi, le rythme et l’intensité de nos vies ; aussi bien de comprendre qu’on est tous connectés et que donc le bien être est interdépendant. Que le virus soit une réponse de la biosphère au changement climatique que l’humain a influencé en se précipitant en plein «mode consumation», ou bien le résultat d’une conspiration «made en labo»…il nous est clair que c’est un dérangement dans le système duquel on fait partie … Ce qui permet de faire une pause, et se recadrer, éventuellement… A quelle fin avoir tous les bénéfices d’une forte industrie, si nos enfants n’auront pas suffisamment oxygène à respirer? A quoi il sert glamouriser sur un super yacht, si autour flottent des plastiques et, pas de poissons ? Le thème de réflexion c’est le rapport entre la gestion de nos besoins et richesses, et ceux de notre planète. La question, comment créer un sage équilibre?

Par la suite, au niveau communautaire et / ou étatique, on peut aller un pas plus loin, et questionner même la logique qui a soutenu la dynamo de notre civilisation pendant les dernières centaines d’années … Avec Darwin, on impose une vision du monde ou le plus fort est gagnant, ou les ressources sont finîtes, et on doit imposer nos forces, et fonctionner en pleine compétitivité pour y parvenir …Mais si on changeait la logique du matrix, et on projetait une vision de l’abondance de connexions, de ressources renouvelables qui peuvent être chéries d’une manière équitable? A quel point notre perspective sera transformée ? Aurions-nous une perspective et une action plus inclusives, ou le focus sur le relationnel, la communication, l’intégration deviendront plus importantes ?

Dans un monde ou le plus fort gagne, on doit (se) forcer, même quand on fait semblant. Et de temps en temps on doit faire la guerre…
Focus sur le micro, aussi pointu comme un virus, en parlant de guerre : cette éblouissante expression est apparue dans la crise récente «on fait la guerre au virus» ou bien « le virus est l’ennemi numéro 1». Des formulations similaires se retrouve même dans les déclarations de presse de Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur General de l’Organisation Mondiale de la Sante. Derrière le chef d’organisation mondiale, on pourra soupçonner le petit garçon qui rêve encore faire la guerre avec ses jouets, séduit par les histories impérialistes, mais pas forcément le scientifique ou politique qui, grâce aux études minutieux, a eu la révélation de l’interconnectivité du système immunitaire, de sa capacité évolutive en conséquence des rencontres avec des molécules étrangères spécifiques, de l’importance de son bien être intégré…

Dans le long fleuve de l’histoire les démarches belliqueuses se sont prouvées plutôt perdantes, y compris pour les gagnants. Est-il le temps de changer la logique et au lieu de faire la guerre, construire sur un concept de bien être intégré, suffisamment fort et flexible afin d’intégrer les défis ?

Si considérant l’idée d’interdépendance, on se concentrera sur l’idée d’un système immunitaire optimal, du corps, de la maison, de l’entreprise, de la ville, du pays, de la planète, au point ou tout nouveau venu, peu importe ses intentions de base, sera converti par le billet de ce bien être ? Si au lieu de tendre nos muscles intellectuelles ou physiques, on serait plus à l’écoute et prêt à
communiquer afin que les meilleures solutions se relèvent ?

Les scientifiques ne connaissent pas très bien les caractéristiques de la réponse immunitaire «optimale», mais ils y cherchent… Toutefois, ils savent que le système immunitaire serait en lien, par un système de communication complexe, avec pratiquement toutes les régions du corps. L’attention à la connexion, aux relations d’interdépendance, est en quelque sort, la proposition du leadership féminin. Ce concept, même si codé par rapport aux repères de féminité et masculinité, qui risquent à prendre des nuances spécifiques, selon les cultures dans lesquelles ils se matérialisent, met en avant des idées qui peuvent être utiles, spécialement au temps de bouleversements et crises : axées sur les relations, les intégrations en systèmes, flexibles et humaines, basées sur la communication, la sensibilité, l’intuition font de plus en plus d’adeptes, y compris chez certains de nos homologues masculins.

 

*Maria Nadolu

Chroniqueuse dans Financial Afrik, Maria Nadolu.

Consultant senior en gestion de projet expérimenté avec une expérience démontrée de travail dans l’industrie des relations publiques, des communications et du bien-être.

Professionnelle solide en gestion de programmes et de projets voyageant à travers le monde, passionnée par le yoga, elle apporte à la table son expertise en dialogue interculturel, négociation, gestion d’événements, étude de marché, gestion et leadership. Maria a vécu et travaillé en Europe, dans la région MENA, en Asie du Sud-Est et dans les Amériques. Elle pense que les connexions sont plus importantes que les différences; et construire des ponts avec soi-même, avec la nature et les communautés est le seul moyen de co-créer un meilleur aujourd’hui et de projeter un avenir plus durable.


[Femmes] Effet mère

L’effet Mère, un bonheur qui persiste.

« Le maternel, ce n’est pas qu’une mère et un enfant, c’est toute une histoire » l’écrit si bien Dominique Guyomard. Oui, une douce histoire ! Qui n’a ni début, ni milieu, ni fin. Comme dans une mélodie où les temps se chevauchent. L’effet mère n’est pas léger, il dure toute une vie, il voyage au travers de tendres souvenirs, capable de conserver indéfiniment les sensations. Devenons-nous mère le jour de la naissance de notre enfant ? Apprenons-nous à le devenir ? Ou ne l’avons-nous pas toujours été ?

Le 7 Mars 2019 à 4h57, je suis devenue Mère, Maman, pour la première fois. Et pourtant, aujourd’hui, j’ai le profond sentiment de l’avoir toujours été. Pas vous ? Est-ce cela l’effet mère ? 

Je n’oublierai jamais le plaisir instantané que procure cette rencontre que l’on a tant de fois imaginée, pendant laquelle le temps est suspendu. Le temps naturel libre n’existe plus. L’éphémère ne fait alors plus sens pour nos consciences de Mère. Le premier cri, la magie du peau à peau, les regards, on se découvre, on s’apprivoise, on s’attache. Le moment présent se construit alors autour d’une succession d’instants éphémères et s’entremêle avec les souvenirs du passé, notre enfance, formidable source d’énergie. Ce retour des sensations de l’enfance nous appel à relire notre propre histoire, « se nourrir de son vécu sans avoir peur de s’en servir » comme l’explique la cinéaste Carine Tardieu en parlant de son premier long métrage, La Tête de maman. Un dialogue fluide avec nos souvenirs, rythmé par nos émotions, nos réactions, qui nous invite à imaginer un avenir, sans limites. Tout ce que nous avons pu penser, sentir, partager ou surmonter depuis le premier éveil de notre conscience est toujours là ! 

Où se trouve alors la source de ce bonheur ? Son origine ? Où commence-t-il ? S’arrêtera-t-il ? J’aime croire, que cette étincelle d’Amour, existant dans le cœur de toute Mère, ne cesse de grandir, à chaque respiration, et n’aura que pour seul fin, l’éternité. Car oui, l’effet Mère se transmet de génération en génération pour ne jamais disparaître.

 

Johanna Flores Damar

7 Juin 2020