Leïla Ghandi : oser, affirmer, incarner – Le leadership au féminin
Propos recueillis par Pascale Caron
Connue au Maroc comme « la Ibn Batouta au féminin », et à Monaco comme la « Wonder Woman multiculturelle », Leïla Ghandi incarne une figure singulière du paysage médiatique francophone. Photographe, journaliste, réalisatrice de films documentaires et conférencière, elle s’impose par son engagement en faveur du dialogue interculturel et de l’émancipation des femmes. Formée à Sciences Po Paris, elle conjugue une trajectoire atypique marquée par l’audace, l’exigence et la fidélité à ses convictions profondes. Invitée par Patricia Cressot, Présidente du MWF Institute, dans le cadre d’un événement de notre association, Leïla Ghandi a livré un témoignage vibrant sur sa vision du leadership féminin. Une parole libre, émaillée d’expériences personnelles qui, toutes, convergent vers un même credo : le courage de sortir du rang.
Une rencontre en toute simplicité
C’est sans micro, et avec une énergie communicative que Leïla Ghandi s’adresse au public. Elle remercie d’abord les femmes présentes, qu’elle reconnaît comme « modernes », résilientes et actrices de leurs trajectoires. D’emblée, elle désamorce les tensions potentielles sur la question du genre. Elle rappelle qu’aucune opposition n’est fondée entre les femmes et les hommes dans le leadership : « Ce n’est pas en opposition qu’on œuvre, mais en partenariat. » Ce positionnement inclusif trace les contours d’un leadership féminisé, non excluant, à rebours des stéréotypes et des polarités stériles.
Pour Leïla Ghandi, être leader, c’est avant tout savoir sortir du cadre. Aller à contre-courant. Dès ses premières années, elle expérimente cette posture subversive — non par esprit de contradiction, mais par fidélité à une intuition intérieure. « J’ai souvent été à contre-courant de mon école, de mes amis et c’est là qu’il s’est passé de belles choses. » Le récit de ses premiers pas sur scène, lors d’un concert de Dee Dee Bridgewater à 19 ans, donne le ton : dansant dans la fosse elle se retrouve propulsée sur scène, un moment d’audace qui deviendra fondateur.
L’audace comme ligne de conduite
Refusant la voie tracée, Leïla Ghandi raconte comment elle a refusé des stages classiques à Sciences Po pour tenter — et réussir — l’aventure internationale : Chili, Chine, Pérou, Russie, Argentine. À chaque fois, elle choisit l’inconfort, l’ailleurs, l’imprévu. Et à chaque fois, cette audace ouvre un nouveau champ d’expérience : un livre primé, des expositions photographiques, des collaborations avec des médias. Ce qui lui vaut les critiques des uns devient ensuite, pour ces mêmes personnes, une « chance ». À cela, elle rétorque avec humour : « La chance, ça se provoque. »
Résister aux injonctions : un acte politique
Être femme, musulmane, arabe et voyager seule ? Inconcevable pour certains. Mais Leïla Ghandi s’en empare comme d’un levier pour déconstruire les assignations. Elle partage l’exemple marquant de sa séquence filmée à Jénine, en Cisjordanie, où, encerclée par des hommes agressifs lui reprochant de ne pas porter le voile, elle tient tête calmement, affirme son choix et provoque un débat national. Cette séquence, initialement controversée, devient virale et l’impose comme une voix nécessaire. « À partir du moment où j’y crois, j’y vais. »
Écouter son cœur, et agir
L’un des fils conducteurs du témoignage de Leïla Ghandi est sa capacité à écouter son cœur et à passer à l’action sans attendre que toutes les conditions soient réunies. « Le moment parfait n’existe pas. » Elle insiste sur la force du premier pas : ouvrir un document Word, écrire une ligne, partager une idée. À ses yeux, tout commence là. Et c’est souvent ce geste simple, mais radical, qui distingue celles et ceux qui concrétisent leurs rêves de ceux qui se contentent de les imaginer.
La notoriété de Leïla Ghandi naît d’un refus d’obéissance aux formats imposés. Repérée par le PDG de la plus grande chaine télévisée du Maghreb, 2MTV, elle est sollicitée pour créer sa propre émission de télévision, produit ses reportages, réalise ses documentaires. Seule, ou presque. Avec un caméraman, elle sillonne le monde, interroge des chefs d’État, filme dans des zones de conflit. Mais plus encore, elle donne la parole à celles et ceux qu’on entend peu. « Je voulais travailler aux Nations Unies pour changer le monde, mais j’ai découvert que les médias étaient un levier de transformation aussi, voire plus puissant. »
Avec plus de 5 millions de téléspectateurs, ses émissions deviennent des vecteurs d’influence sociétale. Leïla Ghandi y traite des tabous : harcèlement sexuel en Égypte, excision en Tanzanie, place des femmes dans les sociétés musulmanes. Chaque film suscite des réactions, parfois violentes, souvent transformatrices. Elle assume la polémique comme un indicateur de pertinence : « Si personne ne s’indigne, c’est que ça n’a pas touché un nerf. »
Le leadership, c’est aussi désobéir
Dans son parcours, le refus d’obéir aux normes prend de multiples formes. Accepter de présenter un événement mal organisé ? Elle le fait, par conviction, et en tire de nouvelles opportunités. Réaliser une interview en arabe classique avec un Chef d’Etat ? Elle relève le défi malgré ses appréhensions. Gravir le Kilimandjaro sans préparation intensive ? Elle s’y risque et en extrait une séquence inspirante. À chaque fois, elle choisit l’expérience plutôt que la sécurité. Et en fait un manifeste de leadership incarné.
Se réinventer sans cesse
Le parcours de Leïla illustre une agilité entrepreneuriale rare. À Paris, elle crée sa société en d’autoentrepreneur. Au Maroc, elle fonde une société de production. À Monaco, elle développe son activité de conférencière. Chaque lieu, chaque période, chaque conjoncture lui inspire une adaptation. « La vie est une partie d’échecs : il faut sans cesse repositionner ses pions. » Elle refuse l’idée fixe, préfère le mouvement, la transformation continue.
Elle ne gomme pas les difficultés : critiques, menaces, isolement, échecs. Mais elle les replace dans une perspective de croissance. À l’image de la culture anglo-saxonne, elle valorise l’échec comme preuve d’apprentissage. « Ce n’est pas un échec si tu en tires quelque chose. » Ce regard, elle le transmet aussi à ses enfants : apprendre à ne pas avoir peur, apprendre à tenter, apprendre à oser malgré tout.
Inspirer une nouvelle génération
Ce rôle d’inspiratrice, Leïla Ghandi le revendique avec fierté. Lorsqu’on lui dit « je vous regardais enfant, vous m’avez donné envie d’entreprendre, de voyager, vous avez changé ma vie », elle mesure l’impact silencieux, mais puissant de ses choix. Elle multiplie aujourd’hui les conférences dans les écoles, les universités. Elle développe un « one-woman show » pour transmettre autrement. Une forme hybride, sensible et inspirante, entre récit de vie et manifeste de confiance.
Le leadership, dans la bouche de Leïla Ghandi, n’a rien d’un exercice de pouvoir. Il s’ancre dans un alignement intérieur, une cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ce qu’elle appelle « écouter son cœur » est en réalité un processus exigeant de lucidité, d’engagement et d’action. « Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. »
Sortir du rang pour ouvrir des possibles
En filigrane, ce témoignage est un appel à celles et ceux qui doutent, hésitent, attendent. Un plaidoyer pour l’action dans l’incertitude, pour la parole quand elle dérange, pour le pas de côté, comme condition de l’invention de soi. « On ne peut pas faire des choses extraordinaires en faisant des choses ordinaires. » Cette phrase, prononcée presque en confidence, résume l’éthique de Leïla Ghandi : un leadership par l’exemple, nourri par le réel, orienté vers l’impact.
En clôture de son intervention, Leïla Ghandi cite Saint Augustin : « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. » Une phrase qui synthétise sa trajectoire. Elle n’a pas suivi un plan tout tracé. Elle a construit sa voie en marchant, souvent seule, toujours debout. Et c’est précisément cette marche, incertaine et volontaire, qui constitue sa plus grande leçon de leadership.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.
[Prix] Femmes inspirantes
Communiqué de presse
Le 26 janvier dernier se déroulait à l’hôtel Hermitage de Monaco, une cérémonie de remise de prix « Femmes inspirantes », organisée par MWF Institute by Sowl Initiative. Lors de cette cérémonie, trois femmes ont été célébrées, chacune représentant un continent différent : l’Afrique, l’Occident et l’Orient.
Revenons à la genèse de MWF Institute, association à Monaco.
MWF Institute est né en mars 2021, sous l’impulsion de Patricia Cressot et Johanna Damar Flores. Elles ont été rapidement rejointes par une équipe de passionnées : Louisette Azzoaglio, Jean-Claude Mourad, Pascale Caron, Julie Clémentine Faure, Aude Lefevre Krumenacker et Nelly Montanera.
MWF Institute Institute est un Think Tank ; il s’agit d’une plateforme de networking pour les femmes, et d’un outil de compréhension des marchés financiers, de l’économie, du droit, des enjeux de société. MWF Institute est entouré d’un cercle exceptionnel d’experts, dans des domaines aussi variés que la finance, la philosophie, les smart city, la Tech, l’économie, l’art, etc.
Mais tout a commencé en octobre 2019, lorsque la présidente Patricia Cressot crée le webzine Sowl Initiative. D’origine libanaise, après avoir grandi en suisse, avoir eu une carrière à Paris, Luxembourg, elle s’est établie à Monaco depuis 6 ans. En parcourant 12 pays d’Afrique subsaharienne, elle se rend compte que les femmes ont une place différente selon qu’elles viennent du continent africain, d’occident ou du Moyen-Orient. En effet, l’Afrique est un matriarcat : les femmes gèrent souvent la bourse du ménage, organisent les tontines, se plient en quatre pour vendre et nourrir leur famille. En Europe, les problèmes sont différents. On parle de syndrome de l’imposteur, de patriarcat, de différence salariale, de syndrome de la reine des abeilles. L’approche orientale encore est différente : madame est souvent derrière monsieur, mais porte la famille avec le cœur.
Elle a voulu mettre en valeur ces parcours qui sont un exemple de ces 3 continents.
Elle a commencé ces articles, pendant la covid. Pascale Caron a rejoint depuis ce projet il y a 2 ans et a continué avec brio les interviews, de femmes entrepreneures. Elle en est Directrice de publication. Pascale est très active au sein de MWF et de Sowl Initiative et elle est également cheffe d’entreprise à Monaco : elle a co-fondé Yunova Pharma, laboratoire de compléments alimentaires dans la Neurologie.
Le prix des « Femmes inspirantes »
Le 21 décembre, le comité MWF Institute avait sélectionné 12 femmes inspirantes (4 par catégorie) parmi les 140 interviewées de notre webzine, Sowl Initiative. Au terme d’un vote ouvert à tous qui a déchainé les passions, nous avons organisé une soirée à l’hôtel Hermitage à Monaco en partenariat avec le Lions club. Lors de ce diner ont été décernés les prix, Sowl Afrique, Sowl Occident et Sowl Orient.
Lors de cette cérémonie, chacun des prix a été remis par une personnalité de Monaco.
Prix Sowl Afrique
C’est Laurence Jenk entrepreneure et Artiste à Monaco qui a remis le prix, Sowl Afrique. Créant depuis les années 1990, JENK est connue pour ses sculptures Wrapping Bonbons aux couleurs éclatantes. Elle sculpte des bonbons plus grands que nature, de tailles variées, dans des matériaux tels que le bronze, le plexiglas, l’aluminium, le marbre et le Verre de Murano. En 2019 Laurence JENK est nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres et son travail est présent dans plus de 25 pays. Elle est représentée par de nombreuses galeries et fait partie d’importantes collections privées, publiques et institutionnelles.
Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Afrique, étaient : Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani, Katy Marcos, fondatrice Couleur Bois, Adama Ndiaye, fondatrice de la « Dakar Fashion Week » et Diane Binder, fondatrice de REGENOPOLIS.
Le prix Sowl Afrique, a été décerné à Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani une marque de prêt à porter inclusif inspiré de la culture Peuhl. Elle a fondé en parallèle la « Maison de l’Afrique — Berceau de l’Humanité » pour soutenir les artistes et les jeunes startups qui souhaitent se développer entre la France et l’Afrique.
Prix Sowl Occident
Le prix Sowl Occident a été remis par Nadine Renaud Cacace, Directrice du Pôle Monaco international de CFM Indosuez Wealth Management. Nadine est banquière avec plus de 30 ans d’expérience. Nous sommes heureux d’avoir eu la banque comme partenaire pour cette soirée dédiée aux femmes inspirantes. CFM Indosuez est en effet la banque leader responsable sur la Principauté avec ses 400 collaborateurs engagés, dont la moitié sont des femmes
Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Occident, étaient : Bahia Sharara, cofondatrice de Clean green Monaco, Aïda Meghraoui-Kheddar, fondatrice & CEO d’AMKbiotech, Sophie Chatelier fondatrice de la nouvelle Herboristerie et Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy.
Le prix Sowl Occident, a été décerné à Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy : une entrepreneure sociale, professeure, exploratrice en pédagogie et passionnée par l’éducation et les Ed Tech. Au sein du collège qu’elle a créé, l’équipe pédagogique accompagne les jeunes adolescents à être entrepreneurs de leurs vies. Ils développent des « Soft Skills » afin de comprendre que le savoir-être est plus important que le savoir-faire.
Prix Sowl Orient
Le prix, Sowl Orient a été remis par Bouran Hallani, Présidente « Les amis du Liban » à Monaco. Boubou est une Libanaise entrepreneure et fondatrice de l’Association Les Amis du Liban à Monaco. Le but le but est d’offrir des conditions de vie meilleures aux enfants libanais, quel que soit leur milieu, leur religion ou leur statut social. Au cours des années, l’association a étendu son action en venant en aide aux familles d’Haïti, de Nice ou encore d’Ukraine. En 2009, l’engagement de la Présidente des Amis du Liban à Monaco a été officiellement reconnu par les Nations Unies. Ils l’ont nommée « Ambassadrice de Bonne Volonté en Europe de L’Ouest », dans le cadre de l’initiative « Live Lebanon ».
Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Orient, étaient : Hala Dahrouge, Fondatrice et Présidente de Liban TROC, Linda Hassan, pour le poème « Liban Soufflé », Ines Baccouche Fondatrice d’Art for Ness, Sophie Leray, pour Women in Leadership.
Le prix Sowl Orient, est décerné à Sophie Leray, pour Women in Leadership. En 2008, elle a fondé le Global WIL Economic Forum (« Women In Leadership »), la première plateforme pour les femmes d’affaires dirigeantes au Moyen-Orient et en Asie. En 2016, elle a co-écrit « Game Changers: How Women in the Arab World Are Changing the Rules and Shaping the Future » sur la place de la femme dans le monde arabe. Elle est rentrée en France depuis peu et a décidé récemment de poser ses valises chez Initiative Côte d’Azur en tant que Directrice afin de soutenir l’entrepreneuriat local.
Remer
ciements
- Le Lions club de Monaco, Eric Musumeci, à l’initiative de ce projet et David Sirour le Président qui a mis beaucoup de son temps et son énergie au service de cette Remise de Prix
- Nos sponsors : le CFM Indosuez, Monaco Sécurité, Continental Invest, et le Comité des droits des femmes pour leur soutien. Ainsi que notre homme du Comité, Jean-Claude Mourad.
- L’équipe de l’Hermitage, pour leur patience, et leur collaboration. Alexandre Vitre et son équipe.
- Mme Bubbio responsable de la commission d’insertion des jeunes,
- Mr Bubbio directeur de l’IMSEE
- Céline Cottalorda déléguée des droits des femmes de la Principauté de Monaco, Gouvernement Princier,
- Et l’amitié transfrontalière de Mme Maty Diouf, Déléguée des droits des femmes de Nice.



