Rencontre avec Isabelle Rome : une parole libre face aux défis de l’égalité femmes-hommes
Novotel Monaco & Lycée Rainier III — 20 novembre
La rencontre organisée par le Comité des droits des femmes de Monaco et modérée par Céline Cottalorda, a proposé un moment d’échanges dense et incarné avec Isabelle Rome: Magistrate, ancienne ministre de l’égalité femmes-hommes, et aujourd’hui ambassadrice pour les droits de l’homme. Son intervention avec les associations le matin, suivie d’une conférence le soir au Lycée Rainier III, a offert un panorama lucide des politiques publiques françaises, mais aussi une plongée sensible dans quarante ans d’engagement au service des plus vulnérables.
Une trajectoire marquée par le terrain
Isabelle Rome ouvre son propos en rappelant l’importance d’un travail collectif entre institutions, associations et acteurs du territoire. Cette approche, dit-elle, est née de son premier poste à 23 ans. Nommée juge d’application des peines dans les prisons lyonnaises, elle découvre la réalité brute des existences cabossées : misère sociale, violences, addictions, troubles psychiatriques, échecs de réinsertion.
Ce choc fondateur installe chez elle une conviction durable : la justice ne peut agir efficacement que si elle coopère avec les acteurs sociaux, médicaux, associatifs et territoriaux.
Elle raconte également sa longue proximité avec les publics en marge : toxicomanes, réfugiés, personnes hospitalisées en psychiatrie. Une question émerge : comment garantir les droits fondamentaux des personnes vulnérables lorsqu’elles n’ont plus les moyens de les revendiquer ?
Cette interrogation guidera l’ensemble de sa carrière.
L’irruption tardive, mais déterminante de la question des violences faites aux femmes
C’est à l’âge de 40 ans qu’Isabelle Rome prend la mesure du fléau des violences faites aux femmes. Présidente de cour d’assises, elle juge des féminicides, des viols, des agressions sexuelles.
Le constat est implacable : la violence envers les femmes est massive, systémique et structurelle.
Elle cite les données françaises : 80 % des victimes de viols sont des femmes ; 80 % des homicides conjugaux visent des femmes. Selon elle, toute politique égalitaire passe par une réduction drastique des violences. Peut-on réellement parler d’égalité lorsque les rapports sociaux restent imprégnés d’une violence séculaire envers les femmes ?
Une lecture structurelle : l’apport de la Convention d’Istanbul
Pour appuyer son propos, Isabelle Rome renvoie au texte fondateur : la Convention d’Istanbul. Son préambule reconnaît explicitement que la violence contre les femmes est un phénomène structurel, ancré dans l’organisation des sociétés. Cette reconnaissance change tout : elle oblige les États à mettre en place des politiques cohérentes, articulant prévention, protection et répression.
Cela pose une question essentielle : comment faire évoluer les mentalités si la société reproduit des modèles violents depuis des siècles ?
Le rôle du droit : quotas, parité et modernisation des pratiques
Isabelle Rome revient longuement sur les avancées législatives françaises. L’introduction des lois sur la parité dans les années 2000 constitue un tournant historique.
Avant ces lois, l’Assemblée nationale ne comptait que 11 % de femmes députées.
Aujourd’hui, elles sont 37 %. Elle rappelle également la loi imposant 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées, positionnant la France parmi les pays les plus avancés. L’arrivée des femmes dans ces sphères n’a pas affaibli les compétences : elle a brisé des cercles d’entre-soi.
Une question souterraine émerge : pourquoi la compétence féminine doit-elle encore être justifiée, quand celle des hommes ne l’est jamais ?
L’égalité professionnelle dans les administrations
La loi de transformation publique de 2019 oblige chaque ministère à élaborer un plan d’égalité femmes-hommes et à mettre en place des cellules d’écoute pour les victimes de discriminations.
Isabelle Rome insiste :
« ce type de politique améliore le fonctionnement global des organisations, au-delà de l’objectif égalitaire. »
Travailler sur l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle bénéficie à tous. Les politiques d’égalité deviennent ainsi des leviers de modernisation.
Cette approche invite à interroger nos modèles managériaux : comment intégrer durablement l’égalité comme critère de qualité organisationnelle ?
Mesurer pour transformer : l’exemple de l’index égalité
L’Index Égalité, obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, impose un score minimal de 75/100 sous peine de sanctions. Là encore, Isabelle Rome insiste sur la logique statistique :
« Ce qui ne se compte pas ne compte pas. »
Elle décrit le plafond de verre observé dans la magistrature : profession féminisée à 70 % mais seulement 30 % de femmes aux plus hauts postes. Le décrochage survient autour de 43 ans et ne se rattrape jamais.
Cette mécanique interroge : comment maintenir les trajectoires professionnelles des femmes lorsqu’elles entrent dans la période où charges familiales et responsabilités professionnelles se cumulent ?
Le plan « Toutes et tous égaux »
Lancé en 2023, ce plan comporte 160 mesures et s’articule autour de quatre axes :
- Égalité professionnelle et économique.
- Lutte contre les violences.
- Santé des femmes.
- Éducation à l’égalité.
Cette architecture reflète une vision globale : l’égalité se construit dans le droit, dans les pratiques, dans les corps et dans les représentations.
Les violences : un chantier majeur
Isabelle Rome revient sur un moment clé : le Grenelle des violences conjugales en 2019.
Cette mobilisation a permis : des lois structurantes ; une amélioration massive des formations pour policiers, gendarmes, magistrats et médecins ; une compréhension nouvelle du phénomène d’emprise.
Elle explique que la psychologie a nourri le droit. La compréhension de l’emprise a transformé la manière d’interpréter les retraits de plaintes et les comportements ambivalents des victimes.
Elle pose une question essentielle : comment protéger une personne qui n’a plus conscience du danger qu’elle encourt ?
L’évolution des lois sur l’emprise et la protection des victimes
Plusieurs avancées majeures ont été obtenues : possibilité pour les médecins de révéler des violences en cas de danger vital ; réduction des délais d’ordonnances de protection (de 40 jours à 6 jours, voire 48 heures) ; mise en place du bracelet antirapprochement ; renforcement des téléphones « grave danger ».
Ces dispositifs incarnent une justice plus réactive et plus connectée aux réalités sociales.
La prise en compte des enfants : un changement de paradigme
Longtemps, les enfants témoins étaient considérés comme extérieurs au conflit conjugal.
Or la recherche montre qu’un enfant exposé à des violences conjugales subit un traumatisme comparable à celui vécu en zone de guerre.
Depuis 2021, ces enfants sont juridiquement reconnus comme victimes. Cette évolution impose de revisiter l’exercice de l’autorité parentale dans ces situations.
Interdiction des médiations en cas de violences
Isabelle Rome rappelle un point clé : la médiation est incompatible avec une relation de domination.
Le déséquilibre psychologique et matériel rend impossible la négociation.
La médiation pénale et la médiation familiale sont désormais interdites dans ces cas.
Le besoin de formations continues
Selon Isabelle Rome, certains juges pensent encore « ne pas avoir besoin de formation après trente ans d’expérience ».
Pourtant, comprendre l’emprise, la domination, les effets sur les enfants, la psychologie du pouvoir violent nécessite une mise à jour régulière.
La spécialisation des cours dédiées aux violences intrafamiliales répond à cette exigence.
Santé des femmes : une dimension trop longtemps négligée
Dans son plan, Isabelle

Rome a défendu un chapitre dédié à la santé des femmes.
Elle évoque plusieurs sujets :
– la précarité menstruelle, encore peu reconnue ;
– le coût des protections ;
– les expérimentations de distribution gratuite dans les universités ;
– le débat sur les congés menstruels en cas de règles incapacitantes ;
– l’endométriose, longtemps invisibilisée, diagnostiquée en moyenne après 7 ans.
Elle insiste sur l’importance d’intégrer les inégalités territoriales, par exemple en facilitant l’accès aux consultations gynécologiques via des structures mobiles en zones rurales.
Cette ouverture invite une question : comment rendre la santé des femmes accessible, continue et non conditionnée à des contraintes territoriales ou sociales ?
Femmes dans la tech : un champ de bataille emblématique
Au fil de son intervention, Isabelle Rome élargit la réflexion à un terrain qui concentre à la fois les espoirs et les résistances : la place des femmes dans la tech. Pour elle, le numérique et les technologies ne sont pas un secteur comme les autres. Ils structurent désormais l’économie, l’emploi, l’information, la démocratie. Laisser ce champ se développer sans les femmes, c’est accepter de construire le monde de demain avec la moitié seulement des talents disponibles.
Elle insiste sur un point clé : les mécanismes à l’œuvre dans les violences, les discriminations ou les plafonds de verre se retrouvent aussi dans les entreprises technologiques, les grandes écoles d’ingénieurs, les start-ups et les géants du numérique. Les biais ne sont pas seulement individuels, ils sont organisationnels, culturels et symboliques. Comment s’étonner alors que les algorithmes reproduisent des stéréotypes, si les équipes qui les conçoivent ne sont ni mixtes ni diversifiées ?
Isabelle Rome rappelle que la question n’est pas seulement celle de l’accès aux métiers tech, mais aussi de la capacité à exercer le pouvoir dans ces secteurs. Si les femmes restent minoritaires dans les comités exécutifs, les boards et les directions produits, leur influence sur les grandes orientations technologiques demeurera limitée. Là encore, les outils juridiques de parité, de transparence et de gouvernance inclusive peuvent jouer un rôle. Mais suffisent-ils à transformer des cultures d’ingénierie encore marquées par l’entre-soi masculin ?
La diplomatie féministe qu’elle défend rejoint ici les préoccupations des femmes engagées dans l’écosystème numérique. Elle souligne l’importance : des modèles féminins visibles dans les métiers de la data, du cloud, de la cybersécurité, de l’IA ; des politiques de recrutement et de promotion qui ne se contentent pas d’afficher des intentions, mais fixent des objectifs mesurables ; de la formation initiale, dès le collège et le lycée, pour lutter contre l’autocensure et les stéréotypes qui éloignent les jeunes filles des filières scientifiques et informatiques.
Pour moi qui évolue dans la tech, ce passage résonne comme un appel. La question n’est plus seulement : comment « ouvrir » les portes des métiers technologiques ? Elle devient : qui programme le monde dans lequel nous allons vivre et selon quelles valeurs ?
Cette réflexion rejoint un combat plus large, porté par de nombreuses professionnelles de la tech : faire de la mixité un principe de conception des technologies, et non un ajustement a posteriori. Comment garantir que les futurs systèmes d’IA, les plateformes numériques, les outils de décision automatisés intègrent dès leur conception les enjeux de mixité, de non-discrimination et de respect des droits fondamentaux ?
En reliant les politiques publiques d’égalité, la lutte contre les violences faites aux femmes et la question de la place des femmes dans la tech, Isabelle Rome trace une ligne de force. Sans femmes aux postes où se décident les architectures numériques, les lois d’aujourd’hui risquent de se heurter aux logiciels de demain.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative. en photo avec de droite à gauche: Patricia Cressot Présidente et Johanna Damar Vice Présidente
MWFI: Intelligence émotionnelle et intelligence artificielle
Le 11 septembre 2025, le MWF Institute a organisé une conférence au One Business Office de Monaco autour d’un thème essentiel : « Quand l’émotion devient votre performance ». Deux regards ont structuré la discussion : celui de Marc Monteil, spécialiste de l’intelligence émotionnelle, auteur de « Beyond the hidden door » et celui de Pascale Caron, experte en IA et co-auteure de « L’EntrepreneurIA : conseils d’entrepreneurs ».
Les émotions comme moteur de l’action
Marc Monteil a rappelé que nous vivons entre 200 et 400 émotions par jour. Elles ne sont pas positives ou négatives, mais agréables ou désagréables, et elles contiennent toutes une information utile. Leur rôle : déclencher ou inhiber l’action.
« La présence vaut mieux que la perfection », a-t-il souligné. Entre un déclencheur et la réponse qu’on lui apporte, il existe un espace. L’intelligence émotionnelle se joue dans cet intervalle.
S’appuyant sur les travaux de Daniel Goleman et sur les recherches de Paul Ekman et Antonio Damasio, Marc Monteil a montré que la performance durable s’appuie sur cinq piliers. Conscience de soi, maîtrise de soi, motivation, empathie et compétences sociales.
L’IA comme amplificateur d’action
En deuxième partie, Pascale Caron a repositionné l’IA dans l’entreprise : « L’IA outille l’action. L’IE donne le cap. »
Elle a montré comment l’IA peut objectiver les signaux faibles et assister les équipes. Exemple avec Edenred : analyse prosodique en temps réel dans les centres d’appel pour détecter frustration et irritation. L’agent humain reçoit les informations et ajuste son discours.
Autre cas : Saas Office, qui combine IoT et IA pour réorganiser les espaces de travail en fonction des usages réels. Ici encore, la donnée éclaire, mais c’est l’humain qui décide.
Sortir du « tunnel algorithmique »
Face à la tentation de tout déléguer à l’IA, Pascale Caron a mis en garde : « Le risque n’est pas seulement pédagogique, il est stratégique. Quand on ne sait plus expliquer, on ne sait plus décider. »
Elle a évoqué la philosophe Laurence Vanin, qui alerte sur l’« entonnoir algorithmique » : suivre aveuglément les suggestions de l’IA réduit l’imaginaire critique.
Une étude du MIT (2025) confirme ce danger : l’usage exclusif d’outils comme ChatGPT crée une dette cognitive qui affaiblit mémoire et raisonnement.
Complémentarité IE–IA : conditions de réussite
Pour les deux intervenants, la performance durable passe par la combinaison des deux intelligences.
Côté IE : instaurer des rituels simples (respiration, cohérence cardiaque, carnet d’émotions).
Côté IA : définir des cas d’usages précis, disposer de données propres, former ses équipes, définir les KPIs, tester en conditions réelles et maintenir un contrôle humain.
« Sans mesure, l’IA reste un gadget. Avec elle, elle devient un levier de marge », a insisté Pascale Caron.
Un message partagé
Les participants ont retenu un enseignement central : l’IA peut accélérer et mesurer, mais elle ne doit pas remplacer la souveraineté de la décision humaine.
Comme le résumait une entrepreneuse à l’issue de la conférence : « Nous repartons avec des clés pour mieux comprendre nos émotions et pour mieux utiliser l’IA. L’un sans l’autre ne suffira pas. »
Références
Goleman, D. (1995). Emotional Intelligence. Bantam Books.
Ekman, P. (2003). Emotions Revealed. Times Books.
Damasio, A. (1994). Descartes’s Error. Putnam.
MIT (2025). Your Brain on ChatGPT. MIT Press.
Capgemini Research Institute (2019). Emotional Intelligence—The Essential Skillset for the Age of AI.
Sophie Arnaud Deromedi : du branding au sens, entre Singapour, Paris et Monaco
Sophie Arnaud Deromedi est fondatrice d’Adstoria, présidente du comité des Conseillers du Commerce Extérieur de Monaco, et membre du Bureau Exécutif au niveau mondial. Une femme de stratégie et de conviction, qui construit depuis plus de vingt ans des passerelles entre storytelling, marques de prestige et attractivité territoriale.
Une passion précoce pour la scène… et l’Asie
L’aventure commence loin de Paris. Sophie a 15 ans quand sa famille part vivre à Singapour. Elle y passe son baccalauréat. De retour à Paris, elle poursuit des études à Dauphine, tout en suivant les cours du soir au Cours Florent. Deux passions se croisent : la communication et le théâtre. Deux formes d’expression qui demandent justesse, écoute et audace.
Elle repart ensuite en Asie, pour y construire les premières fondations de son parcours professionnel. Chez Cartier d’abord, puis chez Publicis en stratégie de marque. Très vite, elle est repérée par Singapore Press Holdings. Elle n’a que 27 ans lorsqu’elle devient directrice de la communication du plus grand groupe de presse d’Asie. Elle dirige alors la stratégie de 11 journaux et 7 magazines.
« À Singapour, si tu fais tes preuves, tu avances vite. J’avais 27 ans… et 27 personnes sous ma responsabilité. »
C’est aussi à cette époque qu’elle conçoit ses premiers grands événements. Elle orchestre le lancement de journaux gratuits pour contrer l’arrivée d’un concurrent. Elle organise des records du monde : marche géante à travers la ville, course de canards en plastique sur la rivière, inaugurée par le président.
« Ce sont des formats originaux, mais à fort impact émotionnel. L’idée, c’est de faire parler. De créer un souvenir. »
Retour en Europe et immersion dans le luxe
Revenue à Paris, elle intègre le siège de Publicis, sur les Champs-Élysées. Elle pilote les stratégies de communication de marques comme L’Oréal Luxe, Helena Rubinstein, Hermès ou encore Perrier-Jouët. Elle rejoint ensuite l’agence de luxe du groupe, où elle accompagne les plus grandes maisons dans leur positionnement international.
En parallèle, elle organise bénévolement un premier événement pour la Fondation du Prince Albert II à Singapour. Ce lien entre causes environnementales, culture et mécénat deviendra un fil rouge.
Naissance d’Adstoria : un choix assumé
C’est un dirigeant de L’Oréal qui la pousse à créer sa propre agence. Elle hésite, puis accepte. Elle monte Adstoria seule, d’abord pour répondre à une mission de refonte stratégique sur six marques de santé et beauté. Elle développe une méthodologie spécifique, construit des matrices de storytelling, et forme les équipes internes.
Peu à peu, Adstoria s’impose comme une agence singulière. Positionnée à l’intersection du branding, du contenu audiovisuel et de la stratégie d’image, elle développe une signature forte. À Paris, Monaco et Singapour, l’agence déploie des narrations cohérentes sur tous les supports : web, presse, vidéo, événementiel.
« Mes clients sont des gens brillants. Ce que je leur apporte, c’est un miroir stratégique, un accompagnement sur-mesure, une dynamique de confiance. »
Avec son associé Stéphane Nicolopoulos, réalisateur et créateur de contenus reconnu, elle imagine des campagnes visuelles d’envergure, comme pour Safran. Le défi ? Mettre en scène un moteur d’avion d’exception, destiné à l’aviation privée haut de gamme. Ils font appel à un photographe de mode, et créent un univers de marque qui conjugue précision industrielle et esthétique de luxe.
Monaco, terre d’innovation et de diplomatie
Depuis sept ans, Sophie partage son temps entre Paris et Monaco. Elle y conseille de nombreuses institutions et entreprises. Elle retravaille notamment l’identité du Musée Océanographique, en partant d’un constat simple : une marque n’existe pas sans une vision partagée. En réalisant des interviews internes, elle révèle un manque de cohérence. Elle reformule alors leur positionnement, redonne sens à leur récit.
Autre projet structurant : le rebranding de la vitrine d’innovation de Monacotech. L’équipe interne voulait l’appeler showroom. Elle propose un autre nom : le Runway. Une idée à double sens — podium et piste de décollage — qui donne à l’initiative une dimension internationale.
Tous les deux ans depuis seize ans, Sophie conçoit et produit le Ball In Monaco, gala caritatif majeur pour la Fondation Prince Albert II. Elle en fait une expérience immersive spectaculaire : 1 800 m² de projection, 46 projecteurs, 4 heures de contenus visuels sur les murs de la salle. Chaque édition est thématisée, repensée, scénarisée.
« L’idée n’est pas seulement de séduire, mais de transmettre. L’innovation n’est jamais gratuite. Elle est au service d’un message. »
Le gala devient un marqueur visuel fort, salué dans la presse internationale, jusqu’en une du New York Times.
Un regard sur le monde, entre littérature et conviction
Quand on lui demande quels livres l’inspirent, elle cite Balzac et Boris Vian. Mais aussi Éric-Emmanuel Schmitt, pour la justesse de ses récits et la densité symbolique de ses histoires. Elle évoque aussi sa passion pour l’écriture. Elle n’exclut pas de publier, un jour.
Et sa devise ?
« When someone says you can’t do it, do it twice and take pictures. »
Une phrase à son image : élégante, tranchante, déterminée.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
« Parlons d’IA » : à Monaco, l’intelligence artificielle se conjugue au féminin et au futur
Propos recueillis pas Pascale Caron
Le 17 avril 2025, le MWF Institute a donné rendez-vous aux acteurs de la tech à Monacotech pour une matinée exceptionnelle consacrée à l’intelligence artificielle. Intitulée « Journée de la femme digitale — Parlons d’IA », la rencontre a réuni, entrepreneures, ingénieures et leaders visionnaires autour d’une ambition commune : penser une IA éthique, inclusive, et porteuse de sens.
Pascale Caron, Secrétaire Générale du MWF Institute, a ouvert la conférence « Nous remercions chaleureusement Monacotech pour son accueil et CMB Monaco pour son précieux soutien à cette initiative. ». Patricia Cressot, Présidente de MWF Institute dans son introduction à rappelé les engagements de l’association et think tank, en faveur de la place des femmes dans les métiers de demain.
Un premier panel mettant à l’honneur les métiers de la tech
Pascale Caron, également co-auteure du livre L’EntrepreneurIA, a ensuite pris la parole en tant que modératrice. L’ouvrage qu’elle a co-écrit avec le Dr Yves-Marie Le Bay rassemble 100 témoignages d’entrepreneurs qui transforment leur secteur par l’intelligence artificielle. Cinq d’entre eux étaient présents ce jour-là à Monaco pour illustrer la diversité des usages, des parcours et des visions de l’IA : trois femmes et deux hommes engagés dans des initiatives résolument innovantes.
Laura Degioanni, responsable IA et Innovation chez Saas Office, a ouvert la discussion. Venue de la finance, elle s’est formée à la data science avant de rejoindre Accenture Labs, où elle a travaillé sur la confidentialité des données et la durabilité de l’IA. Aujourd’hui, elle pilote l’intégration de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux besoins concrets des entreprises, tout en mettant l’accent sur la responsabilité environnementale.
Hala Najmeddine, Directrice de la Recherche chez Active Asset Allocation, incarne la transversalité entre les mondes de l’énergie, de la finance et de l’IA. Après un parcours scientifique dans des institutions telles que le CEA et EDF, elle s’est tournée vers la gestion d’actifs, apportant avec elle une expertise pointue en modélisation des signaux. Sa voix est également forte, dans la défense d’une plus grande représentativité des femmes dans les disciplines scientifiques.
Aïda Meghraoui, fondatrice d’AMKbiotech, incarne quant à elle une vision humaniste et scientifique de l’innovation. Pharmacien et Immunologiste, elle a lancé son entreprise pour accélérer la recherche sur des pathologies lourdes comme le cancer du foie. En combinant imagerie hyperparamétrique et analyse IA, elle ouvre la voie à une médecine personnalisée, plus rapide et plus précise.
Du côté des entrepreneurs de Monacotech, Louis, cofondateur d’Altores, développe des chatbots souverains pour les entreprises, misant sur la protection des données et l’automatisation intelligente. Andréa, cofondateur de Maliz.ai, s’appuie sur des modèles open source pour concevoir des IA personnalisables et souveraines. Leur credo : une IA locale, éthique, décentralisée, au service des utilisateurs.
Une conversation croisée structurée autour de deux grands thèmes
Les intervenants ont été invités à une discussion structurée autour de trois grandes thématiques.
L’IA au service de l’humain et de l’éthique
Tous ont insisté sur la nécessité de concevoir des solutions technologiques en adéquation avec les besoins sociétaux. « l’IA n’a de valeur que si elle répond à un usage utile et respectueux ». Ils ont souligné les enjeux de transparence dans la conception des algorithmes médicaux.
La place des femmes dans l’IA et la tech
L’ensemble du panel a appelé à une politique volontariste pour diversifier les talents dans la tech, dès le plus jeune âge.
Marco Landi : une vision européenne et humaniste de l’IA
Le second temps fort de la matinée a été l’intervention de Marco Landi, ancien COO d’Apple Monde et fondateur de l’Institut EuropIA. Dans un entretien captivant, il a partagé son parcours hors norme, depuis ses débuts chez Texas Instruments jusqu’à son rôle clé au retour de Steve Jobs chez Apple dans les années 1990.
Mais c’est surtout son engagement actuel qui a marqué l’auditoire : « L’Europe a une responsabilité historique : proposer une IA centrée sur l’humain, respectueuse de nos valeurs démocratiques. » À travers le WAICF (World AI Cannes Festival) et le WAiFF (World AI Film Festival), il entend créer des ponts entre technologie, culture et société. Pour lui, « l’IA doit rester un outil au service de la créativité humaine, jamais une fin en soi ».
Une matinée riche en contenus, porteuse d’avenir
Les questions du public, ont confirmé l’intérêt croissant de la communauté MWF Institute pour l’intelligence artificielle.
En conclusion, Pascale Caron a annoncé la prochaine parution du livre l’EntrepreneurIA, Conseils d’entrepreneurs aux éditions Ovadia, une synthèse passionnante des témoignages recueillis sur le terrain.
Cette « Journée de la femme digitale » a démontré qu’il existe une autre manière de penser l’IA : inclusive, éthique, locale, et portée par des talents divers. Dans un contexte de mutation rapide, où l’IA façonne déjà les usages et les imaginaires, ces voix incarnent une vision résolument européenne, lucide et tournée vers l’humain.
Conférence MWFI avec Lionel Beffre : une vision stratégique pour Monaco.
Conférence organisée par MWF Institute (MWFI) et animée par Patricia Cressot, présidente.
Propos recueillis par Pascale Caron
Lionel Beffre, ministre de l’Intérieur de Monaco depuis le 5 août 2024, est un haut fonctionnaire français. Lauréat de l’« Institut d’Études Politiques » de Paris, licencié en droit, ancien élève de l’ENA, il a occupé plusieurs postes de préfet en France, notamment en Lot-et-Garonne, Eure-et-Loir, Pyrénées-Atlantiques, Isère et Seine-et-Marne. Il a également exercé comme Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, une mission qui lui a permis d’aborder des problématiques de gestion territoriale et de sécurité à grande échelle.
Sa nomination à Monaco, illustre l’importance stratégique de son rôle. Contrairement à la France où le ministère de l’Intérieur est centré sur la sécurité et l’administration territoriale, Lionel Beffre administre un spectre bien plus large de responsabilités, incluant l’éducation, la jeunesse et les sports, la culture et les relations institutionnelles avec les Cultes et la Mairie de Monaco.
Lors de la conférence organisée par le Monaco Women in Finance Institute (MWFI), Lionel Beffre a partagé sa vision des défis et des opportunités pour Monaco, notamment en matière de sécurité, d’attractivité, d’éducation et d’événementiel. Ce rendez-vous a permis aux entrepreneurs et aux citoyens d’échanger sur les enjeux actuels et futurs de la Principauté.
Un ministère aux attributions étendues
Le périmètre d’action, du ministre de l’Intérieur de Monaco dépasse largement celui de son homologue français. En plus de la sécurité publique, il supervise :
- L’éducation, la jeunesse et le sport, garantissant un enseignement de qualité et un accès aux infrastructures sportives.
- La culture, en soutenant les événements artistiques et la diversité culturelle.
- Les relations avec les cultes, en assurant un cadre de coexistence harmonieuse entre les différentes confessions.
- Les relations avec la mairie de Monaco, favorisant une gestion cohérente entre les institutions publiques.
Cette polyvalence impose une approche transversale et une collaboration étroite avec les autres ministères monégasques et les partenaires internationaux.
Sécurité : un modèle à pérenniser et à renforcer
Monaco est réputée pour être l’un des États les plus sûrs au monde, grâce à une forte présence policière et un système de vidéosurveillance avancé avec plus de 1 200 caméras couvrant l’ensemble du territoire. Le taux de criminalité y est extrêmement bas : en moyenne, un fait de délinquance par jour sur la voie publique, soit un niveau de sécurité incomparable avec d’autres grandes villes ou d’autres États.
Malgré cet environnement ultra-sécurisé, deux incidents récents ont rappelé la nécessité d’une vigilance constante. Une série de cambriolages, orchestrée par une même équipe de malfaiteurs, interpellée en août 2024. Depuis leur arrestation, les cambriolages ont fortement diminué. Deux braquages de bijouteries, dont l’un en décembre 2024. Le premier braqueur n’a pas encore été interpellé, mais le second a été appréhendé en moins de deux heures à Beausoleil grâce à la coopération policière franco-monégasque.
Face à ces défis, Lionel Beffre a détaillé plusieurs mesures pour renforcer la sécurité :
- Augmentation des effectifs policierssur le terrain en les déchargeant de certaines tâches administratives.
- Amélioration des dispositifs de vidéosurveillance, avec des outils d’intelligence artificielle, en respectant les libertés individuelles, pour mieux détecter les anomalies, en particulier en gare de Monaco, en collaboration étroite avec la SNCF.
- Renforcement des contrôles routiers, notamment en matière d’alcoolémie, avec une réforme législative en préparation.
L’objectif est de préserver le haut niveau de sécurité de Monaco tout en s’adaptant aux nouvelles menaces.
Éducation et attractivité des écoles monégasques
Le système éducatif monégasque est reconnu pour son haut niveau de qualité. Avec un taux de réussite exceptionnel au baccalauréat, les écoles de la Principauté offrent des infrastructures modernes, des classes spacieuses et un encadrement pédagogique performant.
Monaco attire également de nombreux élèves français, notamment des villes voisines comme Beausoleil, Cap d’Ail ou Roquebrune-Cap-Martin. Les demandes de dérogation pour intégrer les écoles monégasques sont nombreuses, mais le nombre de places demeure limité.
Les atouts majeurs du système monégasque sont un enseignement numérique avancé (initié il y a plus de 10 ans), la priorité accordée aux langues étrangères, en particulier l’anglais. Les infrastructures sportives de haut niveau permettent des heures supplémentaires de pratique. Enfin une forte présence de la culture et de la musique est intégrée aux cursus scolaires.
L’Événementiel : un atout économique et un défi logistique
Les événements majeurs organisés à Monaco, un exemple étant le Grand Prix de Formule 1, génèrent jusqu’à 200 millions d’euros de retombées économiques et renforcent la visibilité internationale de la Principauté. D’autres événements, tels que le Monaco Yacht Show, ou le Jumping international de Monte-Carlo ou le Rolex Masters de Tennis, participent également à cette dynamique. Cependant, la gestion du calendrier événementiel pose certains défis comme la congestion urbaine, notamment lors du montage et du démontage des infrastructures, l’impact sur la mobilité des résidents et une coordination complexe entre les différents événements. Le départ de la Vuelta en 2026, qui marquera une première pour Monaco, vient s’ajouter à ce défi de planification.
Attractivité et Résidence : simplifier les démarches administratives
Monaco continue d’attirer des résidents fortunés du monde entier, notamment des Britanniques et des Russes. Cependant, les délais pour l’obtention des titres de résidence restent dans certains cas un peu longs, malgré la dématérialisation des documents, ce qui nuit à l’attractivité économique.
Lionel Beffre a reconnu la nécessité de rendre les démarches plus fluides, en intégrant davantage d’outils numériques et d’automatisation. Une des pistes envisagées est la fusion des démarches administratives pour les résidents et les entrepreneurs, permettant un traitement plus rapide et plus efficace des dossiers.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.
Sur la photo, Pascale Caron, Lionel Beffre, Patricia Cressot présidente de MWF Institute et Ines Bensalah nouvelle ambassadrice MWF Institute.
L’Apport de la Culture à l’Économie : un pilier du rayonnement monégasque
Propos recueillis par Pascale Caron
Le Club Eco Monaco, organisé par le Groupe Nice-Matin et le Monaco Economic Board, a accueilli une table ronde d’exception. Le thème était « L’apport de la Culture à l’Économie », un sujet qui illustre la synergie entre les dynamiques culturelles et économiques de la Principauté.
Modéré par Denis Carreaux, directeur des rédactions de Nice-Matin et Monaco-Matin, des intervenants prestigieux ont partagé leur expertise et leur vision, sur le rôle central de la culture, dans le développement économique de Monaco. Parmi eux, Lionel Beffre, Conseiller de Gouvernement-Ministre de l’Intérieur, Bruno Mantovani, directeur artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo. Egalement Catherine Alestchenkoff, directrice des événements culturels au Grimaldi Forum, Guillaume de Sardes, chargé du développement du Nouveau Musée National de Monaco, Olga de Marzio, directrice d’Artcurial Monaco et Damien Simonnelli, directeur de l’Opéra Gallery. Ce rendez-vous a mis en lumière les investissements significatifs dans la culture et leur impact direct sur l’attractivité, le rayonnement et la prospérité économique de la Principauté.
La Culture, un investissement stratégique pour Monaco
Lionel Beffre, en ouverture, a souligné que la culture représente 4,6 % du budget total de l’État monégasque, une proportion bien supérieure à la moyenne européenne, où elle avoisine souvent 1 %. Cet effort budgétaire traduit une volonté forte de maintenir une offre culturelle diversifiée, accessible et de haute qualité.
« La culture est un levier économique et un vecteur d’identité. Elle contribue à l’attractivité et au prestige de la Principauté », a rappelé le Conseiller de gouvernement, mettant en avant la continuité et la variété de l’offre tout au long de l’année. Concerts, expositions, ballets, opéras, festivals… l’agenda culturel de Monaco s’inscrit dans une logique de qualité et d’excellence qui attire un public international.
Un impact économique et touristique majeur
L’impact de la culture ne se limite pas à l’enrichissement artistique. Il s’agit d’un véritable moteur économique qui génère des retombées significatives pour l’ensemble du tissu monégasque. Bruno Mantovani, directeur du Printemps des Arts de Monte-Carlo, a rappelé l’importance des festivals dans le dynamisme local. Avec des créations d’emplois, techniciens, scénographes, musiciens, agents de sécurité, etc.
L’afflux de visiteurs et de résidents attirés par une programmation exigeante et innovante et la synergie avec l’offre hôtelière et gastronomique. En parallèle, il a insisté la gratuité du festival pour les moins de 25 ans afin de favoriser l’accès à l’art et construire une audience fidèle.
Musées, galeries et maisons de vente : des acteurs économiques de premier plan
La présence d’institutions artistiques majeures comme le Nouveau Musée National de Monaco ou l’Opéra Gallery participe également à cette dynamique. Guillaume de Sardes a mis en avant la dimension stratégique du musée, qui se positionne comme un acteur de l’économie culturelle tout en restant fidèle à une exigence de qualité. La future extension du musée, conçue par Renzo Piano, permettra d’exposer des collections encore peu accessibles au public.
Damien Simonnelli, directeur de l’Opéra Gallery, a souligné le poids du marché de l’art, qui attire de grands collectionneurs et contribue à l’attractivité de Monaco sur la scène artistique mondiale.
Olga de Marzio a mis en lumière le rôle clé d’Artcurial Monaco dans l’écosystème économique, notamment grâce à des ventes aux enchères de prestige et des événements culturels d’envergure comme Monaco Sculptures 2025.
Les retombées concrètes sur l’économie locale
Les événements et expositions génèrent des retombées économiques directes et indirectes. Avec une augmentation de la fréquentation des hôtels et restaurants, le développement du secteur du luxe et de l’art et le renforcement de la visibilité internationale grâce à la médiatisation des manifestations.
Selon une étude du Grimaldi Forum, la consommation moyenne des visiteurs culturels est estimée à 88 euros par jour, ce qui représente plusieurs millions d’euros injectés dans l’économie locale chaque année. Le Grimaldi Forum est un centre culturel et événementiel majeur de Monaco, combinant expositions artistiques, spectacles et congrès internationaux. Il accueille chaque année plus de 120 événements, générant des retombées économiques importantes pour la Principauté, notamment grâce au tourisme d’affaires et aux visiteurs culturels. Les expositions estivales sont le point fort de sa programmation et attirent un large public international. Un projet d’agrandissement est en cours pour étendre les espaces d’exposition et de congrès, positionnant Monaco au premier plan des destinations culturelles et événementielles. L’institution met également en place des initiatives pour rendre la culture accessible : comme des visites nocturnes et privatives, ainsi que la gratuité des expositions pour les moins de 19 ans.
Monaco, un rayonnement culturel international
Dans un contexte de compétition mondiale accrue entre les grandes métropoles culturelles comme Paris, Londres ou Dubaï, Monaco tire son épingle du jeu grâce à un modèle original combinant excellence culturelle et cadre de vie exclusif.
« L’Europe est en léger déclin sur le plan culturel, tandis que de nouvelles puissances émergent. La culture est un moyen essentiel de maintenir notre attractivité », a rappelé Guillaume de Sardes. La présence d’institutions culturelles de premier plan, couplée à une fiscalité attractive et une sécurité importante, incite de nombreux mécènes, artistes et collectionneurs à choisir Monaco plutôt que d’autres destinations.
L’importance du digital et de la communication internationale
Les intervenants ont insisté sur une meilleure visibilité des offres culturelles à l’international. Le lancement récent du portail culturel www.culture.mc vise à centraliser toutes les programmations et à faciliter l’accès aux événements.
Des propositions ont été évoquées pour renforcer la visibilité. Comme développer des expériences exclusives comme des visites privées, intensifier la promotion sur les réseaux sociaux et dans la presse étrangère et multiplier les partenariats public-privé pour des événements innovants. Des initiatives comme le Monaco Art Week ou les collaborations avec les grandes maisons de vente comme Artcurial intensifient cette stratégie de rayonnement.
Tous les acteurs présents ont souligné la nécessité d’innover tout en préservant l’excellence. L’objectif est de maintenir Monaco à la pointe de la scène culturelle mondiale, en intégrant des formes artistiques nouvelles et en attirant des publics toujours plus diversifiés.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.
Sur la photo, Pascale Caron avec Sophie Arnaud Deromedi, présidente des CCEs Monaco
Vivantes
Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes
MWF Institute, en collaboration avec l’association Nous Les Ambitieuses, le Cinéma Sporting et le Comité du droit des femmes de Monaco, a organisé le 29 novembre 2024 une projection de la pièce de théâtre « Vivantes ». Cette œuvre, écrite et mise en scène par Élie Chouraqui et produite par Alexandra Fechner, s’inspire de témoignages réels pour donner une voix puissante aux femmes victimes de violences, mettant en lumière leur résilience face à l’inacceptable.
Une Œuvre théâtrale engagée
« Vivantes » est une création théâtrale poignante qui aborde la thématique des violences faites aux femmes. Élie Chouraqui, reconnu pour son engagement artistique, a conçu cette pièce en s’inspirant de témoignages authentiques, offrant ainsi une tribune aux femmes qui étaient présentes sur scène, protégées par un masque pour exprimer leurs souffrances et leur force. La production d’Alexandra Fechner, ambassadrice nationale de l’association Nous Les Ambitieuses, apporte une dimension supplémentaire à cette œuvre en la rendant accessible à un large public.
La création théâtrale a déjà été vue par plus de 5 000 spectateurs depuis 2022. Elle a été diffusée sur LCP le 24 novembre 2024, suivie d’un débat entre Élie Chouraqui et Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale.
L’Engagement de « Nous Les Ambitieuses »
Fondée en mars 2020, l’association Nous Les Ambitieuses est un réseau dynamique d’experts issus de la société civile, soutenue par des citoyens engagés. Son objectif est de sensibiliser le public de manière bienveillante et positive sur des sujets cruciaux tels que la préservation des océans et la lutte contre les violences faites aux femmes. L’association utilise des œuvres artistiques et des expériences immersives pour susciter une prise de conscience collective.
Chaque année, Nous Les Ambitieuses initient trois grands projets pour toucher des jeunes aux aînés, avec pour mission de bouger les lignes. La pièce « Vivantes » s’inscrit dans cette démarche, recourant au théâtre comme moyen de sensibilisation et d’éducation.
Témoignages et Perspectives
Lors de l’échange, les intervenants ont partagé des réflexions profondes sur la genèse de « Vivantes » et son impact. Alexandra Fechner a évoqué la collecte des témoignages et la collaboration avec des associations telles qu’Excision, Parlons-en, La Voix de l’Enfant et La Maison des Femmes. Ces vivantes ont permis de donner une dimension authentique et émouvante à la pièce.
Virginie Atlan, présidente de Nous Les Ambitieuses, a rappelé que l’objectif est de sensibiliser de manière bienveillante et positive, en utilisant des œuvres artistiques pour toucher le public et susciter une prise de conscience collective. Il est important pour NLA de rendre la pièce accessible à un large public, y compris les jeunes adultes. Elle a évoqué les efforts pour diffuser « Vivantes » à l’international, avec des sous-titres en anglais, afin d’atteindre un public encore plus vaste.
La projection de « Vivantes » à Monaco a été un moment fort de sensibilisation, réunissant des personnalités engagées et un public attentif. Les retours ont été très positifs, soulignant la puissance de l’œuvre et l’importance de telles initiatives pour combattre les violences faites aux femmes.
En donnant une voix aux victimes et en sensibilisant les spectateurs de manière bienveillante, cette pièce contribue à une prise de conscience collective et a encouragé l’action pour éradiquer ce fléau.
La culture, et en particulier le théâtre est un outil puissant de transformation sociale, capable de toucher les cœurs et les esprits, et de susciter des changements durables dans la société.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
[Architecture] d'exception
Interview de Shirine Zirak, architecte franco-iranienne fondatrice du studio SHIRINE DESIGN.
Après avoir débuté sa carrière au côté de Jacques Garcia durant 11 années, elle a créé son agence en 2007. Passionnée par l’histoire de l’architecture, elle s’en inspire et réécrit ses codes tout en les modernisant. Elle a une affinité toute particulière pour le XVIIIe siècle, et les années 1930. Elle réinterprète et magnifie leurs spécificités dans un style contemporain et raffiné, avec des lignes tendues et graphiques. Elle met l’accent sur le choix des matériaux et des textures. Les maîtres-mots de sa vision de l’architecture sont : unicité, excellence, perfection et luxe.
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amenée à voler de tes propres ailes ?
Je suis Franco-Iranienne : mes 2 parents viennent du monde médical. Mon père est un chirurgien iranien. Il a rencontré ma mère, française, à la faculté de médecine de Montpellier pendant ses études. Elle était en dentaire. Ils se sont mariés et sont partis en Iran. C’est là-bas qu’elle s’est installée en tant que chirurgien-dentiste. Il y avait une belle communauté française avant la révolution. Ses patients étaient presque exclusivement français. J’ai donc été́ élevée dans deux cultures différentes et j’en suis la synthèse.
J’ai passé mon baccalauréat en Iran. Puis c’est à Paris que j’ai suivi un cursus en École d’Architecture (DPLG).
J’ai par ailleurs souhaité acquérir les compétences ad hoc pour une définition parfaite de l’aménagement intérieur de mes projets. Il était primordial pour moi de proposer des projets esthétiques et fonctionnels correspondant aux besoins et aux attentes de mes clients.
Architecture et architecture d’intérieur sont, intimement liées et complémentaires.
C’est pour cela que j’ai prolongé mon parcours par des études d’architecte d’intérieur à l’École Française d’Enseignement Technique (architecture d’intérieur et design) à Paris.
Mais ma curiosité et ma soif d’apprendre ne se sont pas arrêtées là. Férue de bâtiments historiques et de vieilles pierres, j’ai suivi un enseignement à l’École de Chaillot. Cette école à l’issue d’un concours très sélectif, forme des architectes spécialisés dans la conservation et la restauration architecturale, notamment des bâtiments classés et des monuments historiques. J’ai ainsi obtenu le diplôme d’architecte du Patrimoine.
Ces trois formations me donnent une expertise unique dans mon domaine et en font mon succès. Le fait d’être architecte du Patrimoine me permet d’allier la connaissance de l’architecture classique avec les contraintes des nouvelles technologies pour les mettre au service de ma clientèle et de mes propres exigences. Ce triptyque me permet de réaliser de A à Z des projets tant prestigieux que complexes.
Au cours de mon parcours professionnel, j’ai travaillé́ avec les plus grands tels que Christian de Portzamparc ou encore Jean-Jacques Ory.
L’une des expériences les plus marquantes a été celle de ma collaboration avec Jacques Garcia dont j’ai été́ le bras droit pendant 11 ans. J’ai travaillé sur ses projets les plus prestigieux partout dans le monde. Je peux en citer quelques-uns : Hôtel Mamounia à Marrakech, Hôtels et casinos du groupe Lucien Barriere, bars et restaurants des frères Costes, le Métropole à Monaco…
Et puis j’ai eu envie de m’émanciper et de laisser libre cours à ma créativité. En bref je souhaitais dévoiler ma propre identité en créant mon agence en 2007.
Peux-tu nous en dire plus ?
Mon 1er contrat était un projet pour un couple russe très médiatique dont je ne révèle pas l’identité pour des raisons de confidentialité. Il s’agissait de 2 chalets de 7000 m² à Gstaad (l’un des plus gros projets en Europe). Un projet unique aux dimensions pharaoniques.
Une autre rencontre marquante a été celle avec Karl Lagerfeld avec qui j’ai collaboré très étroitement jusqu’à la fin de sa vie.
La conception du projet Odyssée au sein de l’hôtel Métropole à Monaco fut notre premier projet commun. Vaste complexe, le programme portait sur la création d’une nouvelle piscine avec Spa, salles de réunions, fitness, terrasses et un restaurant/bar pour le chef étoilé Joel Robuchon.
Tous deux passionnés, perfectionnistes et amoureux de l’excellence à la française, nous étions en phase et sur la même longueur d’onde. Notre collaboration a été un réel succès.
Nous avons également collaboré sur de nombreux projets en France et à l’international, notamment son studio de création chez Chanel, deux tours résidentielles très haut de gamme à Taiwan (JUT), avec restaurant, spas, fitness…
Notre collaboration allait atteindre son apogée avec un projet de 250 000 m² en plein centre d’Istanbul (hôtels, centre culturel…). Malheureusement le projet n’a pu être concrétisé suite à la disparition de Karl.
Actuellement, deux décennies plus tard, je travaille à nouveau sur la rénovation de l’hôtel et du centre commercial Métropole avec plusieurs architectes et décorateurs de renom dont Jacques Garcia, mais aussi Piu Arch, et Fabrice Notarie.

Comment as-tu pu concilier vie perso et vie pro ?
Je me suis séparée de mon mari architecte quand mes filles avaient 4 et 7 ans. Je les ai donc élevées seule.
À l’époque où je travaillais pour Jacques Garcia sur le projet du Métropole à Monaco, je mettais un point d’honneur à faire l’aller-retour dans la journée Paris-Monaco pour voir mes enfants le soir.
Comme le dit mon père, une manière de faire le bilan est de soupeser dans une balance notre vie. Je pense que j’ai fait de mon mieux pour elles et que j’ai plutôt réussi à faire pencher la balance du bon côté. Je suis fière d’elles, car elles ont fait de belles études, l’une est architecte et la cadette est avocate.
Entre-temps est-ce que tu t’es remariée ?
J’ai rencontré mon ancien compagnon en 2009 avec qui j’ai vécu quelques années de bonheur. Malheureusement il est décédé en 2016 d’un accident de parapente en Argentine. Nous étions très heureux, mais la vie en a décidé autrement. J’ai mis de nombreuses années à faire mon deuil.
Lorsque le Métropole m’a demandé d’intervenir sur leur restauration en 2020, mes filles étaient parties de la maison, rien ne me retenait plus à Paris. Parallèlement je menais 3 projets de villas sur la Côte d’Azur. J’ai donc accepté de m’installer à Monaco pour superviser ce projet de rénovation.
Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?
J’ai toujours été fascinée par le personnage de Karl Lagerfeld. Un homme sans cesse à la recherche de la perfection et de la beauté du luxe. Collaborer avec lui a été une immense satisfaction pour moi.
Par ailleurs, à l’instar d’autres professions, dans mon domaine d’activité chaque collaboration est un enrichissement et une source d’inspiration. Cependant, en tant qu’architecte, mon inspiration prend également ses sources dans ma vie personnelle, dans mon vécu.
J’ai grandi dans une famille éduquée et cultivée. Ce sont mes parents qui m’ont inspirée et m’inspirent constamment par leur ouverture d’esprit. Ils m’ont toujours poussée vers l’excellence en respectant mes choix.
Quel est ta devise ou ton mantra ?
Unicité, excellence, perfection et luxe.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.









