2024–2025 : une année de réflexion engagée et d’actions concrètes au sein du MWF Institute

Par Pascale Caron — Directrice de publication, Sowl Initiative

Alors que les lignes de fracture économiques, sociales et technologiques ne cessent de se redessiner, le MWF Institute a poursuivi avec conviction sa mission d’éclairage, de dialogue et d’influence au féminin. L’année 2024–2025 a été marquée par un recentrage stratégique sur des thématiques essentielles : inclusion, durabilité, intelligence artificielle, santé mentale, droit des femmes et leadership. À travers des conférences, des partenariats institutionnels, des prises de parole et des engagements éditoriaux ciblés, notre think tank a affirmé plus que jamais son. Celui de décloisonner les savoirs, renforcer la mixité et promouvoir une vision résolument humaniste de l’innovation.

Une vision : transversale, exigeante, humaine

Dès sa création en 2021, Monaco Women in Finance Institute s’est construit autour d’un idéal : replacer les femmes au cœur des décisions économiques, financières et sociétales. L’exercice écoulé n’a pas dérogé à cette ambition. Au contraire, il l’a renforcée. Le MWF Institute a cultivé une approche transversale de ses thématiques, en veillant à croiser les regards entre chercheuses, dirigeantes, entrepreneures, étudiantes, artistes, juristes et expertes issues de la tech ou de la finance. À travers ce maillage de compétences et de sensibilités, nous avons pu faire émerger des problématiques contemporaines fortes. Nous sommes portées par une ligne éditoriale claire : celle d’un féminisme d’action, ancré dans la réalité économique et ouvert aux mutations du XXIe siècle.

Des conférences qui font sens

Au fil des mois, le MWF Institute a donné corps à sa mission, à travers un cycle de conférences à forte résonance. Plusieurs moments forts ont ponctué cette programmation :

  • En mars 2024, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons apporté notre soutien au Comité des droits des femmes. En siégeant au jury du concours d’éloquence, valorisant la prise de parole engagée des jeunes générations.
  • En février 2024, nous avons proposé une conférence sur « Un nouveau souffle de durabilité », croisant enjeux écologiques et modèles d’entreprise à repenser. La mode responsable, la finance à impact et l’économie circulaire ont été au cœur de nos réflexions en mai, lors d’une rencontre dédiée aux solutions durables, dans l’industrie de la mode.
  • En avril 2024, la Journée de la Femme Digitale a mis en lumière les trajectoires féminines dans la tech. Avec une attention particulière portée à l’intelligence artificielle, au design éthique et à la question du rôle des algorithmes dans la perception genrée du monde.
  • En juin 2024, Michel Santi, économiste iconoclaste, a été l’invité spécial d’un débat stimulant sur les déséquilibres structurels des marchés financiers, interrogeant leurs impacts humains.
  • En novembre 2025, nous avons co-organisé avec la productrice Alexandra Fechner la projection de la pièce Vivantes au cinéma de Monaco. Un événement poignant sur les violences faites aux femmes, en écho à nos engagements de fond.
  • Enfin, en décembre, notre dîner de Noël a posé une question existentielle en résonance avec les transitions actuelles : comment donner un sens à sa vie à l’ère de l’incertitude permanente ?

Une dynamique renouvelée en 2025

L’année 2025 a prolongé cette dynamique par des actions ciblées et une ouverture accrue aux enjeux technologiques. Plusieurs événements phares ont permis de faire dialoguer innovation, émotion et responsabilité :

  • En février, notre conférence sur « L’IA, la nutrition et l’art : quel impact sur le cerveau ? » a offert une approche interdisciplinaire rare. Avec des invitées tels que Laurence Jenkell, artiste engagée, la rencontre a exploré la convergence entre biologie, esthétique et technologie.
  • En mars, le dîner co-organisé avec le Lions Club de Monaco a accueilli Nadalette La Fonta, voix forte du leadership vulnérable, pour une discussion intime sur la résilience et l’identité professionnelle.
  • En avril, nous avons reçu Marco Landi, ex-COO d’Apple, dans le cadre d’une nouvelle édition de la Journée de la Femme Digitale, axée cette fois sur la place des femmes dans la gouvernance technologique.
  • En juin, Leïla Ghandi, autrice et entrepreneure, a apporté son regard singulier sur le leadership féminin au sein de notre cocktail estival.
  • En septembre, notre table ronde « Intelligence émotionnelle et performance » a exploré les liens entre soft skills, IA émotionnelle et nouveaux modèles de management.
  • D’autres conférences ont traité du sexisme en entreprise, de la planification patrimoniale, de l’économie du vin ou encore des investissements alternatifs, ouvrant de nouvelles pistes pour penser l’avenir au prisme de la complexité.

Des engagements concrets : droits des femmes et solidarité

Au-delà des conférences, MWF Institute s’est engagé concrètement sur le terrain des droits humains et de la solidarité. Le 25 novembre 2025, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, nous avons participé à une conférence organisée par le Comité des droits des femmes. L’événement s’est tenu en présence d’Isabelle Rome, ambassadrice pour les droits de l’Homme. La rencontre a permis d’aborder les violences conjugales sous un angle juridique, institutionnel et social. Notre partenariat avec le Lions Club International de Monaco a par ailleurs permis de soutenir des actions en faveur de la Fondation Lenval, engagée pour l’enfance. Une coopération qui traduit notre volonté d’articuler réflexion intellectuelle et impact social tangible.

Un écosystème de partenaires solides

Tout au long de l’année, notre rayonnement s’est appuyé sur des partenariats structurants :

  • MonacoTech, notre allié historique dans l’innovation responsable,
  • Monaco Economic Board,
  • Monte Carlo Fashion Week,
  • Sohn Monaco Investment Conference,
  • One Business Office,
    ainsi que plusieurs institutions publiques et privées. Ces collaborations élargissent notre spectre d’action et renforcent la légitimité du MWF Institute dans l’écosystème local et international.

Une présence accrue sur les réseaux

Notre visibilité s’est également amplifiée via les réseaux sociaux, en particulier sur LinkedIn, qui reste un levier stratégique de diffusion de nos travaux, événements et prises de parole. Les ambassadrices et ambassadeurs du MWF Institute jouent ici un rôle crucial, en incarnant nos valeurs auprès de leurs communautés professionnelles. Grâce à cette dynamique, notre communauté ne cesse de croître, et avec elle, l’écho de nos idées dans les cercles décisionnels.

Un Webzine engagé : Sowl Initiative

Le Webzine Sowl Initiative, dont j’ai l’honneur d’assurer la direction éditoriale, a poursuivi sa mission : documenter les mutations de notre époque à travers des portraits, interviews et dossiers de fond. Parmi les contenus publiés cette année :

  • Un échange avec Daehn Beaumont sur l’éthique du luxe et les diamants de laboratoire,
  • Une tribune d’Isabelle Rome sur les défis contemporains de l’égalité femmes-hommes,
  • Une interview de Leïla Ghandi sur le leadership au féminin,
  • Une chronique visuelle sur l’artiste qui fait fondre le monde, Laurence Jenkell
  • Des dossiers croisant art, IA, blockchain, finance responsable, diplomatie et santé mentale.

Ce Webzine est bien plus qu’un espace d’expression : c’est une plateforme de savoirs et de récits incarnés, au service d’un changement culturel.

Une gouvernance renouvelée et engagée

L’année s’est clôturée par un renouvellement partiel du Conseil d’administration, avec l’élection d’une nouvelle équipe mobilisée pour porter les ambitions du MWF Institute dans un contexte exigeant. J’ai été nommée vice-présidente, et Jean-Claude Mourad a pris le rôle de secrétaire général. Cette nouvelle gouvernance s’inscrit dans la continuité, tout en ouvrant la voie à de nouveaux projets, notamment avec l’ajout du terme « and Tech » à la dénomination de l’Institut.

Vers 2026–2027 : inclusion, technologie, sport

Le prochain exercice s’annonce tout aussi dense. Plusieurs conférences sont d’ores et déjà programmées :

  • L’économie du sport, en février,
  • Réseaux sociaux : moteurs d’innovation ou enjeux de société ?, en mars,
  • La Journée de la Femme Digitale en avril, en collaboration avec MonacoTech,
  • Un dîner-conférence sur l’IA en entreprise, en collaboration avec le Lions Club, à l’hôtel Hermitage.

Un fil conducteur guidera cette nouvelle année : comment attirer davantage de jeunes femmes vers les métiers de la tech ? Un défi crucial pour l’avenir de l’innovation inclusive.

Conclusion

2024–2025 fut une année de densité et de maturité pour le MWF Institute. Elle a confirmé la pertinence de notre approche : allier pensée critique, ouverture interdisciplinaire, engagements concrets et valorisation des talents féminins. Dans un monde en recomposition permanente, notre force collective réside dans notre capacité à bâtir des ponts : entre générations, entre disciplines, entre les sphères économiques et culturelles.

Ce rapport d’activité n’est pas un simple bilan : il est l’expression d’une dynamique collective portée par des femmes et des hommes convaincus que l’avenir se construit dans la nuance, la coopération et l’audace.

 

 

 


Leïla Ghandi : oser, affirmer, incarner – Le leadership au féminin

Propos recueillis par Pascale Caron 

Connue au Maroc comme « la Ibn Batouta au féminin », et à Monaco comme la « Wonder Woman multiculturelle », Leïla Ghandi incarne une figure singulière du paysage médiatique francophone. Photographe, journaliste, réalisatrice de films documentaires et conférencière, elle s’impose par son engagement en faveur du dialogue interculturel et de l’émancipation des femmes. Formée à Sciences Po Paris, elle conjugue une trajectoire atypique marquée par l’audace, l’exigence et la fidélité à ses convictions profondes. Invitée par Patricia Cressot, Présidente du MWF Institute, dans le cadre d’un événement de notre association, Leïla Ghandi a livré un témoignage vibrant sur sa vision du leadership féminin. Une parole libre, émaillée d’expériences personnelles qui, toutes, convergent vers un même credo : le courage de sortir du rang.

Une rencontre en toute simplicité

C’est sans micro, et avec une énergie communicative que Leïla Ghandi s’adresse au public. Elle remercie d’abord les femmes présentes, qu’elle reconnaît comme « modernes », résilientes et actrices de leurs trajectoires. D’emblée, elle désamorce les tensions potentielles sur la question du genre. Elle rappelle qu’aucune opposition n’est fondée entre les femmes et les hommes dans le leadership : « Ce n’est pas en opposition qu’on œuvre, mais en partenariat. » Ce positionnement inclusif trace les contours d’un leadership féminisé, non excluant, à rebours des stéréotypes et des polarités stériles.

Pour Leïla Ghandi, être leader, c’est avant tout savoir sortir du cadre. Aller à contre-courant. Dès ses premières années, elle expérimente cette posture subversive — non par esprit de contradiction, mais par fidélité à une intuition intérieure. « J’ai souvent été à contre-courant de mon école, de mes amis et c’est là qu’il s’est passé de belles choses. » Le récit de ses premiers pas sur scène, lors d’un concert de Dee Dee Bridgewater à 19 ans, donne le ton : dansant dans la fosse elle se retrouve propulsée sur scène, un moment d’audace qui deviendra fondateur.

L’audace comme ligne de conduite

Refusant la voie tracée, Leïla Ghandi raconte comment elle a refusé des stages classiques à Sciences Po pour tenter — et réussir — l’aventure internationale : Chili, Chine, Pérou, Russie, Argentine. À chaque fois, elle choisit l’inconfort, l’ailleurs, l’imprévu. Et à chaque fois, cette audace ouvre un nouveau champ d’expérience : un livre primé, des expositions photographiques, des collaborations avec des médias. Ce qui lui vaut les critiques des uns devient ensuite, pour ces mêmes personnes, une « chance ». À cela, elle rétorque avec humour : « La chance, ça se provoque. »

Résister aux injonctions : un acte politique

Être femme, musulmane, arabe et voyager seule ? Inconcevable pour certains. Mais Leïla Ghandi s’en empare comme d’un levier pour déconstruire les assignations. Elle partage l’exemple marquant de sa séquence filmée à Jénine, en Cisjordanie, où, encerclée par des hommes agressifs lui reprochant de ne pas porter le voile, elle tient tête calmement, affirme son choix et provoque un débat national. Cette séquence, initialement controversée, devient virale et l’impose comme une voix nécessaire. « À partir du moment où j’y crois, j’y vais. »

Écouter son cœur, et agir

L’un des fils conducteurs du témoignage de Leïla Ghandi est sa capacité à écouter son cœur et à passer à l’action sans attendre que toutes les conditions soient réunies. « Le moment parfait n’existe pas. » Elle insiste sur la force du premier pas : ouvrir un document Word, écrire une ligne, partager une idée. À ses yeux, tout commence là. Et c’est souvent ce geste simple, mais radical, qui distingue celles et ceux qui concrétisent leurs rêves de ceux qui se contentent de les imaginer.

La notoriété de Leïla Ghandi naît d’un refus d’obéissance aux formats imposés. Repérée par le PDG de la plus grande chaine télévisée du Maghreb, 2MTV, elle est sollicitée pour créer sa propre émission de télévision, produit ses reportages, réalise ses documentaires. Seule, ou presque. Avec un caméraman, elle sillonne le monde, interroge des chefs d’État, filme dans des zones de conflit. Mais plus encore, elle donne la parole à celles et ceux qu’on entend peu. « Je voulais travailler aux Nations Unies pour changer le monde, mais j’ai découvert que les médias étaient un levier de transformation aussi, voire plus puissant. »

Avec plus de 5 millions de téléspectateurs, ses émissions deviennent des vecteurs d’influence sociétale. Leïla Ghandi y traite des tabous : harcèlement sexuel en Égypte, excision en Tanzanie, place des femmes dans les sociétés musulmanes. Chaque film suscite des réactions, parfois violentes, souvent transformatrices. Elle assume la polémique comme un indicateur de pertinence : « Si personne ne s’indigne, c’est que ça n’a pas touché un nerf. »

Le leadership, c’est aussi désobéir

Dans son parcours, le refus d’obéir aux normes prend de multiples formes. Accepter de présenter un événement mal organisé ? Elle le fait, par conviction, et en tire de nouvelles opportunités. Réaliser une interview en arabe classique avec un Chef d’Etat ? Elle relève le défi malgré ses appréhensions. Gravir le Kilimandjaro sans préparation intensive ? Elle s’y risque et en extrait une séquence inspirante. À chaque fois, elle choisit l’expérience plutôt que la sécurité. Et en fait un manifeste de leadership incarné.

Se réinventer sans cesse

Le parcours de Leïla illustre une agilité entrepreneuriale rare. À Paris, elle crée sa société en d’autoentrepreneur. Au Maroc, elle fonde une société de production. À Monaco, elle développe son activité de conférencière. Chaque lieu, chaque période, chaque conjoncture lui inspire une adaptation. « La vie est une partie d’échecs : il faut sans cesse repositionner ses pions. » Elle refuse l’idée fixe, préfère le mouvement, la transformation continue.

Elle ne gomme pas les difficultés : critiques, menaces, isolement, échecs. Mais elle les replace dans une perspective de croissance. À l’image de la culture anglo-saxonne, elle valorise l’échec comme preuve d’apprentissage. « Ce n’est pas un échec si tu en tires quelque chose. » Ce regard, elle le transmet aussi à ses enfants : apprendre à ne pas avoir peur, apprendre à tenter, apprendre à oser malgré tout.

Inspirer une nouvelle génération

Ce rôle d’inspiratrice, Leïla Ghandi le revendique avec fierté. Lorsqu’on lui dit « je vous regardais enfant, vous m’avez donné envie d’entreprendre, de voyager, vous avez changé ma vie », elle mesure l’impact silencieux, mais puissant de ses choix. Elle multiplie aujourd’hui les conférences dans les écoles, les universités. Elle développe un « one-woman show » pour transmettre autrement. Une forme hybride, sensible et inspirante, entre récit de vie et manifeste de confiance.

Le leadership, dans la bouche de Leïla Ghandi, n’a rien d’un exercice de pouvoir. Il s’ancre dans un alignement intérieur, une cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ce qu’elle appelle « écouter son cœur » est en réalité un processus exigeant de lucidité, d’engagement et d’action. « Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. »

Sortir du rang pour ouvrir des possibles

En filigrane, ce témoignage est un appel à celles et ceux qui doutent, hésitent, attendent. Un plaidoyer pour l’action dans l’incertitude, pour la parole quand elle dérange, pour le pas de côté, comme condition de l’invention de soi. « On ne peut pas faire des choses extraordinaires en faisant des choses ordinaires. » Cette phrase, prononcée presque en confidence, résume l’éthique de Leïla Ghandi : un leadership par l’exemple, nourri par le réel, orienté vers l’impact.

En clôture de son intervention, Leïla Ghandi cite Saint Augustin : « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. » Une phrase qui synthétise sa trajectoire. Elle n’a pas suivi un plan tout tracé. Elle a construit sa voie en marchant, souvent seule, toujours debout. Et c’est précisément cette marche, incertaine et volontaire, qui constitue sa plus grande leçon de leadership.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.


« Parlons d’IA » : à Monaco, l’intelligence artificielle se conjugue au féminin et au futur

Propos recueillis pas Pascale Caron

Le 17 avril 2025, le MWF Institute a donné rendez-vous aux acteurs de la tech à Monacotech pour une matinée exceptionnelle consacrée à l’intelligence artificielle. Intitulée « Journée de la femme digitale — Parlons d’IA », la rencontre a réuni, entrepreneures, ingénieures et leaders visionnaires autour d’une ambition commune : penser une IA éthique, inclusive, et porteuse de sens.

Pascale Caron, Secrétaire Générale du MWF Institute, a ouvert la conférence « Nous remercions chaleureusement Monacotech pour son accueil et CMB Monaco pour son précieux soutien à cette initiative. ». Patricia Cressot, Présidente de MWF Institute dans son introduction à rappelé les engagements de l’association et think tank, en faveur de la place des femmes dans les métiers de demain.

 

Un premier panel mettant à l’honneur les métiers de la tech

Pascale Caron, également co-auteure du livre L’EntrepreneurIA, a ensuite pris la parole en tant que modératrice. L’ouvrage qu’elle a co-écrit avec le Dr Yves-Marie Le Bay rassemble 100 témoignages d’entrepreneurs qui transforment leur secteur par l’intelligence artificielle. Cinq d’entre eux étaient présents ce jour-là à Monaco pour illustrer la diversité des usages, des parcours et des visions de l’IA : trois femmes et deux hommes engagés dans des initiatives résolument innovantes.

Laura Degioanni, responsable IA et Innovation chez Saas Office, a ouvert la discussion. Venue de la finance, elle s’est formée à la data science avant de rejoindre Accenture Labs, où elle a travaillé sur la confidentialité des données et la durabilité de l’IA. Aujourd’hui, elle pilote l’intégration de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux besoins concrets des entreprises, tout en mettant l’accent sur la responsabilité environnementale.

Hala Najmeddine, Directrice de la Recherche chez Active Asset Allocation, incarne la transversalité entre les mondes de l’énergie, de la finance et de l’IA. Après un parcours scientifique dans des institutions telles que le CEA et EDF, elle s’est tournée vers la gestion d’actifs, apportant avec elle une expertise pointue en modélisation des signaux. Sa voix est également forte, dans la défense d’une plus grande représentativité des femmes dans les disciplines scientifiques.

Aïda Meghraoui, fondatrice d’AMKbiotech, incarne quant à elle une vision humaniste et scientifique de l’innovation. Pharmacien et Immunologiste, elle a lancé son entreprise pour accélérer la recherche sur des pathologies lourdes comme le cancer du foie. En combinant imagerie hyperparamétrique et analyse IA, elle ouvre la voie à une médecine personnalisée, plus rapide et plus précise.

Du côté des entrepreneurs de Monacotech, Louis, cofondateur d’Altores, développe des chatbots souverains pour les entreprises, misant sur la protection des données et l’automatisation intelligente. Andréa, cofondateur de Maliz.ai, s’appuie sur des modèles open source pour concevoir des IA personnalisables et souveraines. Leur credo : une IA locale, éthique, décentralisée, au service des utilisateurs.

 

Une conversation croisée structurée autour de deux grands thèmes

Les intervenants ont été invités à une discussion structurée autour de trois grandes thématiques.

L’IA au service de l’humain et de l’éthique

Tous ont insisté sur la nécessité de concevoir des solutions technologiques en adéquation avec les besoins sociétaux. « l’IA n’a de valeur que si elle répond à un usage utile et respectueux ». Ils ont souligné les enjeux de transparence dans la conception des algorithmes médicaux.

La place des femmes dans l’IA et la tech

L’ensemble du panel a appelé à une politique volontariste pour diversifier les talents dans la tech, dès le plus jeune âge.

 

Marco Landi : une vision européenne et humaniste de l’IA

Le second temps fort de la matinée a été l’intervention de Marco Landi, ancien COO d’Apple Monde et fondateur de l’Institut EuropIA. Dans un entretien captivant, il a partagé son parcours hors norme, depuis ses débuts chez Texas Instruments jusqu’à son rôle clé au retour de Steve Jobs chez Apple dans les années 1990.

Mais c’est surtout son engagement actuel qui a marqué l’auditoire : « L’Europe a une responsabilité historique : proposer une IA centrée sur l’humain, respectueuse de nos valeurs démocratiques. » À travers le WAICF (World AI Cannes Festival) et le WAiFF (World AI Film Festival), il entend créer des ponts entre technologie, culture et société. Pour lui, « l’IA doit rester un outil au service de la créativité humaine, jamais une fin en soi ».

 

Une matinée riche en contenus, porteuse d’avenir

Les questions du public, ont confirmé l’intérêt croissant de la communauté MWF Institute pour l’intelligence artificielle.

En conclusion, Pascale Caron a annoncé la prochaine parution du livre l’EntrepreneurIA, Conseils d’entrepreneurs aux éditions Ovadia, une synthèse passionnante des témoignages recueillis sur le terrain.

Cette « Journée de la femme digitale » a démontré qu’il existe une autre manière de penser l’IA : inclusive, éthique, locale, et portée par des talents divers. Dans un contexte de mutation rapide, où l’IA façonne déjà les usages et les imaginaires, ces voix incarnent une vision résolument européenne, lucide et tournée vers l’humain.

 


Conférence MWFI avec Lionel Beffre : une vision stratégique pour Monaco.

Conférence organisée par MWF Institute (MWFI) et animée par Patricia Cressot, présidente.

 Propos recueillis par Pascale Caron

 

Lionel Beffre, ministre de l’Intérieur de Monaco depuis le 5 août 2024, est un haut fonctionnaire français. Lauréat de l’« Institut d’Études Politiques » de Paris, licencié en droit, ancien élève de l’ENA, il a occupé plusieurs postes de préfet en France, notamment en Lot-et-Garonne, Eure-et-Loir, Pyrénées-Atlantiques, Isère et Seine-et-Marne. Il a également exercé comme Haut-Commissaire de la République en Polynésie française, une mission qui lui a permis d’aborder des problématiques de gestion territoriale et de sécurité à grande échelle.

Sa nomination à Monaco, illustre l’importance stratégique de son rôle. Contrairement à la France où le ministère de l’Intérieur est centré sur la sécurité et l’administration territoriale, Lionel Beffre administre un spectre bien plus large de responsabilités, incluant l’éducation, la jeunesse et les sports, la culture et les relations institutionnelles avec les Cultes et la Mairie de Monaco.

Lors de la conférence organisée par le Monaco Women in Finance Institute (MWFI), Lionel Beffre a partagé sa vision des défis et des opportunités pour Monaco, notamment en matière de sécurité, d’attractivité, d’éducation et d’événementiel. Ce rendez-vous a permis aux entrepreneurs et aux citoyens d’échanger sur les enjeux actuels et futurs de la Principauté.

 

Un ministère aux attributions étendues

Le périmètre d’action, du ministre de l’Intérieur de Monaco dépasse largement celui de son homologue français. En plus de la sécurité publique, il supervise :

  • L’éducation, la jeunesse et le sport, garantissant un enseignement de qualité et un accès aux infrastructures sportives.
  • La culture, en soutenant les événements artistiques et la diversité culturelle.
  • Les relations avec les cultes, en assurant un cadre de coexistence harmonieuse entre les différentes confessions.
  • Les relations avec la mairie de Monaco, favorisant une gestion cohérente entre les institutions publiques.

 

Cette polyvalence impose une approche transversale et une collaboration étroite avec les autres ministères monégasques et les partenaires internationaux.

 

Sécurité : un modèle à pérenniser et à renforcer

Monaco est réputée pour être l’un des États les plus sûrs au monde, grâce à une forte présence policière et un système de vidéosurveillance avancé avec plus de 1 200 caméras couvrant l’ensemble du territoire. Le taux de criminalité y est extrêmement bas : en moyenne, un fait de délinquance par jour sur la voie publique, soit un niveau de sécurité incomparable avec d’autres grandes villes ou d’autres États.

Malgré cet environnement ultra-sécurisé, deux incidents récents ont rappelé la nécessité d’une vigilance constante. Une série de cambriolages, orchestrée par une même équipe de malfaiteurs, interpellée en août 2024. Depuis leur arrestation, les cambriolages ont fortement diminué. Deux braquages de bijouteries, dont l’un en décembre 2024. Le premier braqueur n’a pas encore été interpellé, mais le second a été appréhendé en moins de deux heures à Beausoleil grâce à la coopération policière franco-monégasque.

 

Face à ces défis, Lionel Beffre a détaillé plusieurs mesures pour renforcer la sécurité :

  • Augmentation des effectifs policierssur le terrain en les déchargeant de certaines tâches administratives.
  • Amélioration des dispositifs de vidéosurveillance, avec des outils d’intelligence artificielle, en respectant les libertés individuelles, pour mieux détecter les anomalies, en particulier en gare de Monaco, en collaboration étroite avec la SNCF.
  • Renforcement des contrôles routiers, notamment en matière d’alcoolémie, avec une réforme législative en préparation.

L’objectif est de préserver le haut niveau de sécurité de Monaco tout en s’adaptant aux nouvelles menaces.

 

Éducation et attractivité des écoles monégasques

Le système éducatif monégasque est reconnu pour son haut niveau de qualité. Avec un taux de réussite exceptionnel au baccalauréat, les écoles de la Principauté offrent des infrastructures modernes, des classes spacieuses et un encadrement pédagogique performant.

Monaco attire également de nombreux élèves français, notamment des villes voisines comme Beausoleil, Cap d’Ail ou Roquebrune-Cap-Martin. Les demandes de dérogation pour intégrer les écoles monégasques sont nombreuses, mais le nombre de places demeure limité.

Les atouts majeurs du système monégasque sont un enseignement numérique avancé (initié il y a plus de 10 ans), la priorité accordée aux langues étrangères, en particulier l’anglais. Les infrastructures sportives de haut niveau permettent des heures supplémentaires de pratique. Enfin une forte présence de la culture et de la musique est intégrée aux cursus scolaires.

 

L’Événementiel : un atout économique et un défi logistique

Les événements majeurs organisés à Monaco, un exemple étant le Grand Prix de Formule 1, génèrent jusqu’à 200 millions d’euros de retombées économiques et renforcent la visibilité internationale de la Principauté. D’autres événements, tels que le Monaco Yacht Show, ou le Jumping international de Monte-Carlo ou le Rolex Masters de Tennis, participent également à cette dynamique. Cependant, la gestion du calendrier événementiel pose certains défis comme la congestion urbaine, notamment lors du montage et du démontage des infrastructures, l’impact sur la mobilité des résidents et une coordination complexe entre les différents événements. Le départ de la Vuelta en 2026, qui marquera une première pour Monaco, vient s’ajouter à ce défi de planification.

 

Attractivité et Résidence : simplifier les démarches administratives

Monaco continue d’attirer des résidents fortunés du monde entier, notamment des Britanniques et des Russes. Cependant, les délais pour l’obtention des titres de résidence restent dans certains cas un peu longs, malgré la dématérialisation des documents, ce qui nuit à l’attractivité économique.

Lionel Beffre a reconnu la nécessité de rendre les démarches plus fluides, en intégrant davantage d’outils numériques et d’automatisation. Une des pistes envisagées est la fusion des démarches administratives pour les résidents et les entrepreneurs, permettant un traitement plus rapide et plus efficace des dossiers.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.

Sur la photo, Pascale Caron, Lionel Beffre, Patricia Cressot présidente de MWF Institute et Ines Bensalah nouvelle ambassadrice MWF Institute.

 


Élisabeth Moreno : Leadership et Impact au Féminin

Interview d’Elisabeth Moreno pour Sowl Initiative by MWF Institute.

Propos recueillis par Pascale Caron

Est-il besoin de présenter Élisabeth Moreno : ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances de 2020 à 2022. Elle a passé la majeure partie de sa carrière dans le monde de l’entreprise, de cheffe d’entreprise aux multinationales technologiques, sur quatre continents (États-Unis, Asie, Europe, Moyen-Orient et Afrique).
En 2018, elle devient vice-présidente du groupe Hewlett Packard en charge du continent africain. Autant de raisons pour moi de la contacter sur LinkedIn et c’est avec une joie non dissimulée que je vous livre notre discussion passionnée.

Au sein de notre équipe chez Monaco Women In Finance, vous êtes un vrai rôle modèle et je mesure ma chance de pouvoir échanger avec vous.

Je vous remercie Pascale, c’est également un plaisir pour moi d’échanger avec vous depuis Monaco ! J’aime beaucoup encourager les femmes qui me disent : « Je ne suis pas assez importante ou connue pour faire ça. » Je leur réponds toujours : « Arrêtez de penser que votre manque de notoriété vous empêche d’accomplir de grandes choses. Si vous pensez être trop petite pour changer le monde, essayez de dormir avec un moustique dans une chambre et vous verrez l’impact qu’il peut avoir. »

Je tiens à vous féliciter pour la création de Monaco Women in Finance, car nous avons plus que jamais besoin d’unir nos forces, nos compétences et nos expertises pour faire avancer les droits des femmes. Le combat est loin d’être gagné.

D’abord parce que les mouvements masculinistes ne nous laissent aucun répit. Il semblerait que nous perturbions les hommes, en les confrontant aux injustices que nous subissons depuis des siècles. Certains en prennent conscience et agissent pour changer les choses, tandis que d’autres opposent une résistance marquée.

Ensuite parce qu’affirmer aux femmes qu’elles détiennent le pouvoir de transformer leur vie peut représenter une charge considérable. Cela peut être un fardeau lourd à porter, et il est parfois plus aisé de penser que l’on n’a pas de prise sur les événements.

Mon expérience en tant qu’aînée d’une grande famille, m’a convaincue que le succès se multiplie lorsqu’il est partagé. Étant encore trop peu nombreuses à occuper des postes à responsabilités, il est essentiel de nous soutenir mutuellement. Je crois fermement qu’une fois cette solidarité féminine bien ancrée, de nombreux changements s’opéreront.

 

Abordons votre parcours. On connaît votre travail en tant que ministre, mais j’aimerais écouter ce qui vous a amenée à la direction de HP Afrique. Un thème qui nous tient à cœur chez MWF Institute, c’est inspirer les jeunes filles à se tourner vers les métiers de la Tech et vous êtes sans conteste une icône.

C’est essentiel de montrer que la Tech est un domaine accessible à toutes et à tous. Aujourd’hui encore plus que lorsque j’ai démarré il y a 20 ans.

J’ai débuté ma carrière en créant une entreprise dans le secteur du bâtiment à l’âge de 20 ans. Après une décennie, j’ai saisi l’impact transformateur du numérique et décidé de m’y investir pleinement. J’ai donc rejoint France Télécom, sans aucune expertise dans les télécoms, mais convaincue que la technologie et en l’occurrence internet, allaient redéfinir notre manière de travailler, d’étudier, de communiquer et de s’informer. Le poste de manager que j’ai accepté alors était une opportunité d’apprendre et d’explorer un secteur qui m’était étranger.

J’ai ensuite été recrutée par Dell, plus pour mon leadership et ma capacité à construire des équipes performantes que pour mes compétences techniques.

Un moment clé dans mon développement fut lorsque, après avoir âprement défendu mes équipes pour des augmentations salariales, un supérieur m’a dit que je ne réussirais jamais dans ce domaine parce que j’étais « trop humaine ».

Ce commentaire a renforcé ma conviction du management : le respect et la considération pour nos équipes sont essentiels à la réussite. Ce sont eux qui font la réussite d’une organisation. J’ai toujours dirigé en restant fidèle à mes valeurs, et je suis heureuse que l’avenir m’ait donné raison. Le succès vient avant tout des personnes avec qui nous travaillons, nous avons donc tout intérêt à les traiter correctement.

Après 12 ans chez Dell, Lenovo m’a sollicitée, m’offrant l’opportunité de découvrir une entreprise asiatique en pleine expansion. J’ai saisi cette chance, tout en menant un combat pour la parité et la diversité au sein des équipes. J’ai fixé un objectif ambitieux de 50 % de femmes en trois ans, et malgré le scepticisme initial, nous avons attiré des talents en créant un environnement ouvertement inclusif et inspirant.

Quelques années plus tard, HP m’a proposé de diriger leurs activités en Afrique, réalisant ainsi mon rêve de contribuer au développement technologique du continent. La pandémie m’a rapprochée des communautés expatriées, et c’est ainsi qu’à travers un concours de circonstances, mon engagement et mes valeurs m’ont menée à une carrière politique, un chemin que je n’avais jamais envisagé.

 

Pour ma part vous avez m’avez vraiment réconciliée avec la politique, car vous aviez un franc-parler. 

Merci, j’en suis sincèrement honorée, car il faut que nous toutes et tous nous intéressions à la politique si nous voulons que les choses changent.

Vous avez raison de souligner que la sincérité, la spontanéité et la franchise ne correspondent pas aux codes traditionnels de la politique. Mais cela ne m’importait guère, car je n’avais aucune intention de bâtir une carrière politique. Si tel avait été mon objectif, j’aurais certainement dû adapter mon comportement, parce que pour réussir dans un environnement, il est nécessaire d’en accepter les règles. J’aime comparer cela au football : si vous voulez changer les règles du jeu, il faut être sur le terrain, pas rester dans les gradins en spectateur. Il est essentiel de faire ses preuves avant de prétendre pouvoir influencer les choses. En ce qui me concerne, je suis entrée en politique par conviction, et non par ambition. Je m’étais promis de rester fidèle à mes valeurs, sans me conformer pour plaire ou durer. Avec le recul, je me félicite de ce choix : beaucoup de celles et ceux qui me respectent aujourd’hui le font en partie parce que je suis restée fidèle à moi-même tout au long de mon parcours politique.

 

Quelles sont les actions dont vous êtes le plus fière, durant ces deux années au gouvernement ? 

Je suis particulièrement fière d’avoir apporté une approche entrepreneuriale dans un ministère traditionnellement axé sur le militantisme et l’activisme. Forte de mon expérience d’entrepreneure, j’ai voulu introduire une dimension pragmatique. On me disait souvent : « Votre ministère, c’est celui de la parole. » À cela, je répondais : « Je vais en faire un ministère de l’action. » Je n’étais pas là pour simplement parler, bien que la parole soit cruciale, notamment lorsqu’il s’agit de lutter contre des inégalités profondément ancrées. Certes, il fallait exposer et dénoncer, mais je tenais surtout à voir des résultats concrets.

C’est dans cet esprit que j’ai contribué à la loi portée par Marie-Pierre Rixain, visant à instaurer des quotas pour briser les plafonds de verre, dans l’accès aux postes de direction. Grâce à la loi Copé-Zimmermann, des progrès avaient déjà été réalisés au sein des conseils d’administration. Le moment était venu d’étendre ces avancées aux COMEX et CODIR. J’ai donc investi toute mon énergie dans ce projet de loi, et bien qu’il ait fallu partir de très loin, celle-ci a finalement été adoptée.

J’ai également beaucoup travaillé sur les questions de violences sexistes et sexuelles, notamment pour la protection des victimes de violences conjugales, ainsi que leurs enfants. N’oublions pas que tous les 3 jours une femme meurt en France sous les coups de son conjoint ou de son ex. Nous avons mis en place des bracelets antirapprochement, nous avons doublé le nombre de places d’hébergement pour accueillir les victimes… c’est un travail de longue haleine.

Nous avons aussi porté la réforme des pensions alimentaires, un sujet crucial pour les familles monoparentales, dont 85 % sont soutenues par des femmes. Désormais, même en cas de non-paiement par le père, la CAF garantit le versement de la pension et se charge de récupérer les sommes dues. Un autre projet qui me tenait à cœur était l’ouverture de la PMA à toutes. Alors que depuis une décennie, les femmes mariées avaient accès à la procréation médicalement assistée, les femmes célibataires ou lesbiennes en étaient toujours exclues. Je ne comprenais pas comment une telle injustice pouvait persister. Nous avons donc œuvré pour cette loi, et je suis fière du résultat. J’ai également contribué à la gratuité de la pilule contraceptive pour les jeunes femmes jusqu’à 25 ans. Nous avons aussi légiféré contre les thérapies de conversion, pratiques inhumaines qui visaient à « guérir » des jeunes de leur orientation sexuelle, considérée à tort comme une maladie. Parmi les autres mesures concrètes en faveur de l’égalité des chances, j’ai lancé une plateforme de lutte contre les discriminations, en partenariat avec la défenseure des droits, Claire Hedon. Le but était que les personnes maltraitées ne soient pas abandonnées à leur sort.

Ces initiatives ont eu un impact concret dans la vie des gens, ce qui était ma priorité. Bien que mon temps en politique ait été bref, j’ai mené des combats significatifs, qui ont donné du sens à mes engagements de toujours.

Je n’aurais jamais pu obtenir ces résultats sans la coopération des entreprises et associations très engagées. En politique, on ne réussit jamais seul, surtout sur des sujets aussi complexes et vitaux. C’est grâce à ces partenariats que j’ai pu faire progresser tous ces projets qui me tenaient à cœur.

Cette expérience m’a profondément éclairée sur plusieurs sujets ; D’abord les dynamiques du pouvoir au plus haut niveau, et la complexité de la gestion d’un pays comme le nôtre. La France est un grand pays que l’on ne valorise pas toujours à sa juste mesure.

 

Parlez-nous donc de vos challenges actuels.

Je suis arrivée à un moment de ma vie où je veux recentrer mon énergie sur les sujets qui me passionnent le plus. L’un d’eux est l’impact de l’économie sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre époque. C’est pourquoi j’ai rejoint Ring Capital, un fonds d’investissement qui soutient des hommes et des femmes en Europe et en Afrique. Nous sommes tous engagés dans la résolution de problématiques sociales telles que la santé, l’éducation, l’inclusion financière, ainsi que des enjeux cruciaux liés à la transition énergétique et environnementale.

Ces secteurs, bien que fondamentaux, ont souvent du mal à attirer des financements, car les investisseurs traditionnels les perçoivent comme relevant de l’économie sociale et solidaire, donc peu rentables. Pourtant, j’y crois fermement, et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de m’investir pleinement dans ces causes.

En parallèle, j’accompagne également de grandes entreprises sur les enjeux ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Depuis plus d’une décennie, ces sujets gagnent en importance et la réglementation devient de plus en plus complexe. Certaines entreprises sont prêtes à agir, mais ne savent pas toujours comment le faire efficacement. J’interviens donc auprès des CEO, COMEX et CODIR pour les aider à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies ESG concrètes et impactantes. Cela constitue un volet central de mon activité professionnelle.

Je poursuis aussi mes engagements philanthropiques en tant que présidente de la Fondation Femme@numérique et j’ai co-fondé il y a deux ans l’association La Puissance du Lien.

Durant mon expérience politique, j’ai pris conscience de la fragmentation croissante de notre société, exacerbée par de multiples crises. Je suis convaincue que la seule façon de relever nos défis est de travailler ensemble, en intelligence collective. Il est impératif de mobiliser des talents divers et de renforcer la solidarité à tous les niveaux : entre femmes et hommes, entre territoires, et entre générations. C’est précisément ce que nous faisons avec La Puissance du Lien. Nous créons des passerelles et renforçons la cohésion pour affronter les grands défis de notre temps. Nous organisons des conférences ouvertes à tous, nous mettons le mentorat, l’entraide et la solidarité au cœur de nos actions. Nous préparons aussi un événement majeur autour du 8 mars, centré sur la place des femmes, auquel les hommes sont bien entendu invités. Il est crucial qu’ils comprennent le rôle essentiel qu’ils ont à jouer dans la lutte pour l’égalité.

 

Quelles sont les personnes qui vous ont le plus inspirée dans votre carrière ?

Elles sont nombreuses, mais deux figures se distinguent particulièrement : Simone Veil et Nelson Mandela. Ce qui les rend si importants à mes yeux, c’est leur résilience et leur humanité. Tous deux ont traversé des épreuves d’une gravité exceptionnelle, des souffrances à la fois personnelles et historiques, et malgré cela, ils ont su préserver leur humanité et l’utiliser au service du bien commun. Je trouve cela profondément admirable, car peu d’individus possèdent cette capacité. Leur force et leur engagement montrent qu’il est possible de surmonter des obstacles immenses tout en restant fidèle à ses principes.

Simone Veil, avec une carrière remarquable, et Nelson Mandela, qui après 27 ans de prison est devenu le président d’un pays marqué par l’apartheid, incarnent des exemples exceptionnels. Leur parcours prouve qu’en dépit des circonstances les plus adverses, il est possible non seulement de survivre, mais aussi d’apporter un changement profond dans le monde.

Ce qui m’inspire chez eux, c’est autant leur dévouement envers les autres que leur capacité à réaliser des accomplissements extraordinaires. Ils ont démontré que pour atteindre de grands objectifs, il faut à la fois une ténacité inébranlable et un profond respect de l’humanité.

 

Auriez-vous un livre à nous conseiller ?

Je vous recommande « Sapiens » de Yuval Noah Harari. Cet ouvrage captivant explore l’évolution de l’humanité, de nos origines à l’ère moderne. Ce qui le rend particulièrement intéressant, c’est sa capacité à nous éclairer sur les grandes étapes qui ont façonné notre société, tout en nous offrant des clés de lecture à une époque où nous perdons parfois nos repères. Harari nous pousse à réfléchir sur notre passé pour mieux comprendre les défis de notre avenir.

Et je viens de commencer le livre d’Anne Dufourmantelle, « L’Éloge du risque », qui mène une réflexion profonde sur l’importance du risque dans nos vies. La tendance contemporaine est de rechercher la sécurité et d’éviter les dangers à tout prix. À contrario, elle démontre que les différentes formes de prise de risques — dans l’amour, la création, la pensée, sont précisément ce qui nous connecte à notre liberté et nous permettent de vivre pleinement.

 

Quelle est votre devise ou votre mantra ?

J’en ai plusieurs 😊

J’aime beaucoup la citation « Visez toujours la lune, vous atteindrez peut-être les étoiles ». Elle me rappelle que chacun peut aspirer à de grandes choses, et même si nous n’atteignons pas exactement nos objectifs, l’essentiel est de viser constamment plus haut que notre point de départ.

Une autre : « La vie te présentera déjà suffisamment de défis, ne t’en impose pas plus que nécessaire. » Nous avons parfois tendance à être très durs envers nous-mêmes. Il faut être bienveillants à notre égard pour pouvoir surmonter certaines épreuves.

Je crois aussi en cette idée issue de l’écrivaine Toni Morison : « Si tu veux lire un livre qui n’a pas encore été écrit, écris-le toi-même. » Si cela est possible, ne pas attendre que d’autres créent ou réalisent nos souhaits, en d’autres termes, être maîtresses et maîtres de notre destin.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Prix] Femmes inspirantes

Communiqué de presse

Le 26 janvier dernier se déroulait à l’hôtel Hermitage de Monaco, une cérémonie de remise de prix « Femmes inspirantes », organisée par MWF Institute by Sowl Initiative. Lors de cette cérémonie, trois femmes ont été célébrées, chacune représentant un continent différent : l’Afrique, l’Occident et l’Orient.

 

Revenons à la genèse de MWF Institute, association à Monaco.

MWF Institute est né en mars 2021, sous l’impulsion de Patricia Cressot et Johanna Damar Flores. Elles ont été rapidement rejointes par une équipe de passionnées : Louisette Azzoaglio, Jean-Claude Mourad, Pascale Caron, Julie Clémentine Faure, Aude Lefevre Krumenacker et Nelly Montanera.

MWF Institute Institute est un Think Tank ; il s’agit d’une plateforme de networking pour les femmes, et d’un outil de compréhension des marchés financiers, de l’économie, du droit, des enjeux de société. MWF Institute est entouré d’un cercle exceptionnel d’experts, dans des domaines aussi variés que la finance, la philosophie, les smart city, la Tech, l’économie, l’art, etc.

Mais tout a commencé en octobre 2019, lorsque la présidente Patricia Cressot crée le webzine Sowl Initiative. D’origine libanaise, après avoir grandi en suisse, avoir eu une carrière à Paris, Luxembourg, elle s’est établie à Monaco depuis 6 ans. En parcourant 12 pays d’Afrique subsaharienne, elle se rend compte que les femmes ont une place différente selon qu’elles viennent du continent africain, d’occident ou du Moyen-Orient. En effet, l’Afrique est un matriarcat : les femmes gèrent souvent la bourse du ménage, organisent les tontines, se plient en quatre pour vendre et nourrir leur famille. En Europe, les problèmes sont différents. On parle de syndrome de l’imposteur, de patriarcat, de différence salariale, de syndrome de la reine des abeilles. L’approche orientale encore est différente : madame est souvent derrière monsieur, mais porte la famille avec le cœur.

Elle a voulu mettre en valeur ces parcours qui sont un exemple de ces 3 continents.

Elle a commencé ces articles, pendant la covid. Pascale Caron a rejoint depuis ce projet il y a 2 ans et a continué avec brio les interviews, de femmes entrepreneures. Elle en est Directrice de publication. Pascale est très active au sein de MWF et de Sowl Initiative et elle est également cheffe d’entreprise à Monaco : elle a co-fondé Yunova Pharma, laboratoire de compléments alimentaires dans la Neurologie.

 

Le prix des « Femmes inspirantes »

Le 21 décembre, le comité MWF Institute avait sélectionné 12 femmes inspirantes (4 par catégorie) parmi les 140 interviewées de notre webzine, Sowl Initiative. Au terme d’un vote ouvert à tous qui a déchainé les passions, nous avons organisé une soirée à l’hôtel Hermitage à Monaco en partenariat avec le Lions club. Lors de ce diner ont été décernés les prix, Sowl Afrique, Sowl Occident et Sowl Orient.

 Lors de cette cérémonie, chacun des prix a été remis par une personnalité de Monaco.

Prix Sowl Afrique

C’est Laurence Jenk entrepreneure et Artiste à Monaco qui a remis le prix, Sowl Afrique. Créant depuis les années 1990, JENK est connue pour ses sculptures Wrapping Bonbons aux couleurs éclatantes. Elle sculpte des bonbons plus grands que nature, de tailles variées, dans des matériaux tels que le bronze, le plexiglas, l’aluminium, le marbre et le Verre de Murano. En 2019 Laurence JENK est nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres et son travail est présent dans plus de 25 pays. Elle est représentée par de nombreuses galeries et fait partie d’importantes collections privées, publiques et institutionnelles.

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Afrique, étaient : Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani, Katy Marcos, fondatrice Couleur Bois, Adama Ndiaye, fondatrice de la « Dakar Fashion Week » et Diane Binder, fondatrice de REGENOPOLIS.

Le prix Sowl Afrique, a été décerné à Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani une marque de prêt à porter inclusif inspiré de la culture Peuhl. Elle a fondé en parallèle la « Maison de l’Afrique — Berceau de l’Humanité » pour soutenir les artistes et les jeunes startups qui souhaitent se développer entre la France et l’Afrique.

 

Prix Sowl Occident

Le prix Sowl Occident a été remis par Nadine Renaud Cacace, Directrice du Pôle Monaco international de CFM Indosuez Wealth Management. Nadine est banquière avec plus de 30 ans d’expérience. Nous sommes heureux d’avoir eu la banque comme partenaire pour cette soirée dédiée aux femmes inspirantes. CFM Indosuez est en effet la banque leader responsable sur la Principauté avec ses 400 collaborateurs engagés, dont la moitié sont des femmes

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Occident, étaient : Bahia Sharara, cofondatrice de Clean green Monaco, Aïda Meghraoui-Kheddar, fondatrice & CEO d’AMKbiotech, Sophie Chatelier fondatrice de la nouvelle Herboristerie et Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy.

Le prix Sowl Occident, a été décerné à Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy : une entrepreneure sociale, professeure, exploratrice en pédagogie et passionnée par l’éducation et les Ed Tech. Au sein du collège qu’elle a créé, l’équipe pédagogique accompagne les jeunes adolescents à être entrepreneurs de leurs vies. Ils développent des « Soft Skills » afin de comprendre que le savoir-être est plus important que le savoir-faire.

 

Prix Sowl Orient

Le prix, Sowl Orient a été remis par Bouran Hallani, Présidente « Les amis du Liban » à Monaco. Boubou est une Libanaise entrepreneure et fondatrice de l’Association Les Amis du Liban à Monaco. Le but le but est d’offrir des conditions de vie meilleures aux enfants libanais, quel que soit leur milieu, leur religion ou leur statut social. Au cours des années, l’association a étendu son action en venant en aide aux familles d’Haïti, de Nice ou encore d’Ukraine. En 2009, l’engagement de la Présidente des Amis du Liban à Monaco a été officiellement reconnu par les Nations Unies. Ils l’ont nommée « Ambassadrice de Bonne Volonté en Europe de L’Ouest », dans le cadre de l’initiative « Live Lebanon ».

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Orient, étaient : Hala Dahrouge, Fondatrice et Présidente de Liban TROC, Linda Hassan, pour le poème « Liban Soufflé », Ines Baccouche Fondatrice d’Art for Ness, Sophie Leray, pour Women in Leadership.

Le prix Sowl Orient, est décerné à Sophie Leray, pour Women in Leadership. En 2008, elle a fondé le Global WIL Economic Forum (« Women In Leadership »), la première plateforme pour les femmes d’affaires dirigeantes au Moyen-Orient et en Asie. En 2016, elle a co-écrit « Game Changers: How Women in the Arab World Are Changing the Rules and Shaping the Future » sur la place de la femme dans le monde arabe. Elle est rentrée en France depuis peu et a décidé récemment de poser ses valises chez Initiative Côte d’Azur en tant que Directrice afin de soutenir l’entrepreneuriat local.

Remerciements

  • Le Lions club de Monaco, Eric Musumeci, à l’initiative de ce projet et David Sirour le Président qui a mis beaucoup de son temps et son énergie au service de cette Remise de Prix
  • Nos sponsors : le CFM Indosuez, Monaco Sécurité, Continental Invest, et le Comité des droits des femmes pour leur soutien. Ainsi que notre homme du Comité, Jean-Claude Mourad.
  • L’équipe de l’Hermitage, pour leur patience, et leur collaboration. Alexandre Vitre et son équipe.
  • Mme Bubbio responsable de la commission d’insertion des jeunes,
  • Mr Bubbio directeur de l’IMSEE
  • Céline Cottalorda déléguée des droits des femmes de la Principauté de Monaco, Gouvernement Princier,
  • Et l’amitié transfrontalière de Mme Maty Diouf, Déléguée des droits des femmes de Nice.