De Saigon à l’intelligence artificielle : itinéraire d’une pionnière
Propos recueillis par Pascale Caron
Comment une enfant chinoise ayant grandi dans le tumulte de Saigon devient-elle chercheuse au MIT, pionnière de l’IA, entrepreneure tech et passeuse culturelle entre la France, la Chine et les États-Unis ? L’interview que m’a accordée Thérèse Vien est celle d’une vie traversée par l’exil, la reconstruction, l’innovation, la diplomatie économique et l’engagement sociétal. Une conversation libre et profonde, entre souvenirs et convictions.
Une enfance entre rizières, missionnaires et alertes diplomatiques
Thérèse Vien est chinoise. Son père est originaire de Shanghai, sa mère de Hong Kong. Elle passe ses jeunes années au Vietnam, dans un Saigon encore cosmopolite, où elle reçoit une éducation catholique au Couvent des Oiseaux. Elle garde un souvenir fort du père Paul Richard, missionnaire français au parcours incroyable :
« Il a été chassé du Tibet, de l’Inde, de la Chine… Il avait quitté son Jura natal à 16 ans. Il m’a transmis la rigueur, le courage, et cette idée que le savoir est un passeport. »
En 1973, son père comprend que la chute de Saigon est imminente. La famille part du Vietnam avec une valise chacun. Elle a 13 ans. Beaucoup de ses camarades d’école fuiront plus tard en hélicoptère depuis l’ambassade américaine.
« On est arrivés à Paris sans réseau. Mon père avait plus de 50 ans. Repartir à zéro, c’était un défi. »
Le restaurant Tong Yen et les premières leçons d’indépendance
À leur arrivée à Paris, la famille s’appuie sur un point d’ancrage : un cercle familial déjà installé, propriétaire du restaurant Tong Yen, à deux pas de l’Élysée. L’adresse est connue des habitués du pouvoir. Jacques Chirac y vient en famille, et le Tout-Paris politique et économique y dîne dans une ambiance feutrée.
Thérèse y travaille pendant les vacances scolaires. Elle recevait les clients, les plaçait, s’occupait du vestiaire et vendait des cigarettes et cigares ! : elle apprend à observer, à décoder les jeux d’influence, à flairer les rapports de force.
« Je vendais aussi des cigarettes et des cigares. Je faisais ma marge. J’arrivais à 400 francs de pourboire par soir. »
Les journées sont longues : service de 10 h à 15 h, pause, puis reprise de 18 h à minuit. Elle utilise l’intervalle pour se reposer brièvement, avant de retrouver certains clients dans les clubs huppés, comme l’Elysée Matignon ou Castel. Elle comprend très tôt que l’intelligence sociale est une forme d’intelligence stratégique.
« C’était un poste d’observation, et un test d’endurance. »
Mais elle n’envisage pas d’y rester. Ce monde de velours et de fumée n’est qu’un passage.
« Je voulais étudier. Viser plus haut. Tracer ma route. »
Math sup, Beaux-Arts, MIT : le triptyque formateur
Thérèse Vien intègre la classe de mathématiques supérieures du lycée Saint-Louis à Paris. Elle y côtoie une génération brillante, dont plusieurs deviendront dirigeants de grandes entreprises industrielles françaises. Curieuse, déterminée, elle choisit ensuite d’explorer l’architecture. Elle entre aux Beaux-Arts, où elle découvre l’harmonie entre dessin, espace et pensée structurelle.
C’est là qu’elle rencontre Jean-Marie Charpentier, architecte à la parole libre, qu’elle retrouvera bien plus tard dans un tournant décisif de sa trajectoire.
Très tôt fascinée par la technologie, elle saisit une opportunité rare : une bourse du ministère des Affaires étrangères, pour intégrer le MIT Media Lab, aux États-Unis, en 1983. Elle entre alors dans un monde où l’art, la science et l’informatique dialoguent sans hiérarchie.
« Ma thèse portait sur la création d’un logiciel pour les architectes. Je programmais en LISP, l’ancêtre des langages IA. On pouvait générer des plans, des modélisations 3D, et les intégrer dans l’environnement urbain sous forme de vidéos. »
Son projet intéresse immédiatement les industriels. Son travail est financé par plusieurs partenaires privés. En parallèle, elle a décroché un poste de « Resarch Assistant » et « Teaching Assistant », cumulant deux emplois sur le campus.
« Je gagnais 2 000 dollars par mois, en plus du “tuition waiver” : je n’avais donc pas à payer les frais d’inscription. Aujourd’hui, ils avoisinent les 80 000 dollars. Le MIT avait cette particularité rare, même aux États-Unis : toutes les disciplines y cohabitaient sur un même campus. L’école de médecine, l’ingénierie, les lettres, les arts… Et une fois admise, j’avais aussi accès aux cours d’Harvard.
C’était comme si, en France, on avait HEC, la Sorbonne et Médecine réunies au même endroit. Il nous a fallu quarante ans pour créer un équivalent : Paris-Saclay. »
Le Media Lab devient pour elle un laboratoire d’idées et un catalyseur d’audace.
« C’était un lieu unique. Là où l’art, l’architecture et la tech se rencontraient sans filtre. »
L’effervescence de la Silicon Valley
En 1995, Thérèse rejoint BroadVision, une des premières entreprises à proposer des solutions de personnalisation de la vente en ligne : e-Commerce. En avance sur son temps, la société développe des moteurs de recommandation et des plateformes de commerce électronique dynamiques.
« Je parlais d’algorithmes de recommandation à une France encore sur le Minitel. »
Elle est chargée d’ouvrir la filiale française. Elle incarne la marque, en assure la visibilité, et devient l’ambassadrice de cette révolution technologique dans un écosystème français encore sceptique.
Elle enchaîne ensuite avec iMediation, une startup spécialisée dans l’affiliation et le ciblage publicitaire. Elle y décroche un premier contrat majeur avec Cegetel Entreprises, pour un montant d’un million d’euros. Ce contrat ouvre la voie à plusieurs levées de fonds spectaculaires : 10, puis 40, puis 100 millions d’euros. L’euphorie est palpable. Jusqu’au krach.
« La bulle a explosé. Et tout s’est arrêté. C’était le jeu. Il fallait savoir rebondir. »
Elle rebondit immédiatement. Elle fonde avec son ex-mari EZ Login aux États-Unis, un portail financier dédié à la gestion sécurisée des identifiants. La société est rapidement revendue avec succès, à un moment où le marché redéfinit ses priorités vers la sécurité numérique.
Retour à l’architecture, diplomatie économique et Chine
Revenue à Paris après la vente de sa startup, Thérèse Vien croise par hasard l’architecte Jean-Marie Charpentier à un feu rouge, quai d’Orsay. Une rencontre inattendue, mais symbolique : elle l’avait connu bien plus tôt, alors qu’elle était encore étudiante en architecture, lors d’une visite sur les villes nouvelles autour de Paris. C’est ainsi qu’elle découvre, dans les années 80, les prémices de ce qui deviendra l’un des grands cabinets d’architecture français.
Des années plus tard, il lui lance avec malice :
« L’architecture, c’est comme le vélo. Ça ne s’oublie pas. »
Il lui propose de rejoindre son agence pour développer le marché chinois, lui qui avait réalisé l’opéra de Shanghai. Elle accepte. Elle redevient architecte, mais dans un rôle à sa mesure : elle coordonne les équipes en phase concours, monte des projets stratégiques, négocie les appels d’offres, prépare les dossiers de candidatures.
Elle travaille notamment sur le le Premier Centre de R&D de Saint-Gobain et L’Oréal à Shanghai, la rénovation du siège d’Areva rue Lafayette à Paris ou le siège social de Dassault Systèmes à Vélizy. Elle joue un rôle d’interface entre les partenaires publics et privés, français et chinois. Elle permet également à Charpentier de réintégrer les délégations présidentielles françaises en Chine : Chirac en 2005, Sarkozy en 2007, Hollande en 2015, Macron en 2018.
« J’ai retrouvé dans ces missions le lien entre culture, industrie et diplomatie. »
Jean-Marie Charpentier restera, selon ses mots, la figure la plus inspirante de sa trajectoire professionnelle.
Chasseuse de têtes entre Shanghai et Paris
En 2014, Thérèse Vien rejoint Bo-Le & Associates, un cabinet de recrutement d’origine chinoise implanté à Shanghai, spécialisé dans le placement de profils internationaux pour des groupes industriels et technologiques. Elle y développe le portefeuille client, avec un focus sur les grands comptes européens en Asie.
Elle pilote notamment la relation avec Saint-Gobain Asie-Pacifique ou JC Decaux, Thalès, etc., tout en vivant entre Paris et Shanghai. Ce double ancrage lui permet d’orchestrer des missions de chasse complexes, dans des contextes interculturels exigeants.
« J’avais deux écosystèmes, deux fuseaux horaires, deux styles de management. Et c’était fluide. »
Mais en 2020, la pandémie de Covid-19 interrompt brutalement cette dynamique. Les frontières se ferment, les marchés se replient, la mobilité internationale s’effondre. Le cabinet est racheté, recentré sur le marché domestique chinois, vidé de sa dimension globale.
Thérèse rentre en France, contrainte, mais sans amertume.
« Ce n’était pas la fin d’un cycle. C’était le début d’un autre. »
L’engagement dans la santé mentale et l’IA
Depuis, elle investit dans des startups à impact. Notamment une, qui travaille sur des IRM pour prédire les risques de dégénérescence cognitive.
« Je n’ai pas fondé de startup IA. Mais j’en soutiens qui savent utiliser l’IA au bon endroit. »
Vers une autobiographie, entre mémoire et résilience
Aujourd’hui, Thérèse voyage entre l’Asie du Sud-Est et l’Europe. Elle prépare un livre autobiographique.
« J’ai connu trois moments dans ma vie où j’ai tout perdu : le toit, le réseau, le travail. Et j’ai toujours su rebondir. »
Un livre de chevet ?
Elle recommande The Troublemaker, de Mark Clifford, sur Jimmy Lai, fondateur de Giordano, d’Apple Daily, Next et figure de la dissidence hongkongaise. « Il est resté à Hong Kong alors qu’il pouvait partir. C’est un héros. »
Et quand on lui demande sa devise, elle répond simplement :
« Never give up. Il faut oser. The sky is the limit. »
Pour en savoir plus, regardez son TEDX
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Leïla Ghandi : oser, affirmer, incarner – Le leadership au féminin
Propos recueillis par Pascale Caron
Connue au Maroc comme « la Ibn Batouta au féminin », et à Monaco comme la « Wonder Woman multiculturelle », Leïla Ghandi incarne une figure singulière du paysage médiatique francophone. Photographe, journaliste, réalisatrice de films documentaires et conférencière, elle s’impose par son engagement en faveur du dialogue interculturel et de l’émancipation des femmes. Formée à Sciences Po Paris, elle conjugue une trajectoire atypique marquée par l’audace, l’exigence et la fidélité à ses convictions profondes. Invitée par Patricia Cressot, Présidente du MWF Institute, dans le cadre d’un événement de notre association, Leïla Ghandi a livré un témoignage vibrant sur sa vision du leadership féminin. Une parole libre, émaillée d’expériences personnelles qui, toutes, convergent vers un même credo : le courage de sortir du rang.
Une rencontre en toute simplicité
C’est sans micro, et avec une énergie communicative que Leïla Ghandi s’adresse au public. Elle remercie d’abord les femmes présentes, qu’elle reconnaît comme « modernes », résilientes et actrices de leurs trajectoires. D’emblée, elle désamorce les tensions potentielles sur la question du genre. Elle rappelle qu’aucune opposition n’est fondée entre les femmes et les hommes dans le leadership : « Ce n’est pas en opposition qu’on œuvre, mais en partenariat. » Ce positionnement inclusif trace les contours d’un leadership féminisé, non excluant, à rebours des stéréotypes et des polarités stériles.
Pour Leïla Ghandi, être leader, c’est avant tout savoir sortir du cadre. Aller à contre-courant. Dès ses premières années, elle expérimente cette posture subversive — non par esprit de contradiction, mais par fidélité à une intuition intérieure. « J’ai souvent été à contre-courant de mon école, de mes amis et c’est là qu’il s’est passé de belles choses. » Le récit de ses premiers pas sur scène, lors d’un concert de Dee Dee Bridgewater à 19 ans, donne le ton : dansant dans la fosse elle se retrouve propulsée sur scène, un moment d’audace qui deviendra fondateur.
L’audace comme ligne de conduite
Refusant la voie tracée, Leïla Ghandi raconte comment elle a refusé des stages classiques à Sciences Po pour tenter — et réussir — l’aventure internationale : Chili, Chine, Pérou, Russie, Argentine. À chaque fois, elle choisit l’inconfort, l’ailleurs, l’imprévu. Et à chaque fois, cette audace ouvre un nouveau champ d’expérience : un livre primé, des expositions photographiques, des collaborations avec des médias. Ce qui lui vaut les critiques des uns devient ensuite, pour ces mêmes personnes, une « chance ». À cela, elle rétorque avec humour : « La chance, ça se provoque. »
Résister aux injonctions : un acte politique
Être femme, musulmane, arabe et voyager seule ? Inconcevable pour certains. Mais Leïla Ghandi s’en empare comme d’un levier pour déconstruire les assignations. Elle partage l’exemple marquant de sa séquence filmée à Jénine, en Cisjordanie, où, encerclée par des hommes agressifs lui reprochant de ne pas porter le voile, elle tient tête calmement, affirme son choix et provoque un débat national. Cette séquence, initialement controversée, devient virale et l’impose comme une voix nécessaire. « À partir du moment où j’y crois, j’y vais. »
Écouter son cœur, et agir
L’un des fils conducteurs du témoignage de Leïla Ghandi est sa capacité à écouter son cœur et à passer à l’action sans attendre que toutes les conditions soient réunies. « Le moment parfait n’existe pas. » Elle insiste sur la force du premier pas : ouvrir un document Word, écrire une ligne, partager une idée. À ses yeux, tout commence là. Et c’est souvent ce geste simple, mais radical, qui distingue celles et ceux qui concrétisent leurs rêves de ceux qui se contentent de les imaginer.
La notoriété de Leïla Ghandi naît d’un refus d’obéissance aux formats imposés. Repérée par le PDG de la plus grande chaine télévisée du Maghreb, 2MTV, elle est sollicitée pour créer sa propre émission de télévision, produit ses reportages, réalise ses documentaires. Seule, ou presque. Avec un caméraman, elle sillonne le monde, interroge des chefs d’État, filme dans des zones de conflit. Mais plus encore, elle donne la parole à celles et ceux qu’on entend peu. « Je voulais travailler aux Nations Unies pour changer le monde, mais j’ai découvert que les médias étaient un levier de transformation aussi, voire plus puissant. »
Avec plus de 5 millions de téléspectateurs, ses émissions deviennent des vecteurs d’influence sociétale. Leïla Ghandi y traite des tabous : harcèlement sexuel en Égypte, excision en Tanzanie, place des femmes dans les sociétés musulmanes. Chaque film suscite des réactions, parfois violentes, souvent transformatrices. Elle assume la polémique comme un indicateur de pertinence : « Si personne ne s’indigne, c’est que ça n’a pas touché un nerf. »
Le leadership, c’est aussi désobéir
Dans son parcours, le refus d’obéir aux normes prend de multiples formes. Accepter de présenter un événement mal organisé ? Elle le fait, par conviction, et en tire de nouvelles opportunités. Réaliser une interview en arabe classique avec un Chef d’Etat ? Elle relève le défi malgré ses appréhensions. Gravir le Kilimandjaro sans préparation intensive ? Elle s’y risque et en extrait une séquence inspirante. À chaque fois, elle choisit l’expérience plutôt que la sécurité. Et en fait un manifeste de leadership incarné.
Se réinventer sans cesse
Le parcours de Leïla illustre une agilité entrepreneuriale rare. À Paris, elle crée sa société en d’autoentrepreneur. Au Maroc, elle fonde une société de production. À Monaco, elle développe son activité de conférencière. Chaque lieu, chaque période, chaque conjoncture lui inspire une adaptation. « La vie est une partie d’échecs : il faut sans cesse repositionner ses pions. » Elle refuse l’idée fixe, préfère le mouvement, la transformation continue.
Elle ne gomme pas les difficultés : critiques, menaces, isolement, échecs. Mais elle les replace dans une perspective de croissance. À l’image de la culture anglo-saxonne, elle valorise l’échec comme preuve d’apprentissage. « Ce n’est pas un échec si tu en tires quelque chose. » Ce regard, elle le transmet aussi à ses enfants : apprendre à ne pas avoir peur, apprendre à tenter, apprendre à oser malgré tout.
Inspirer une nouvelle génération
Ce rôle d’inspiratrice, Leïla Ghandi le revendique avec fierté. Lorsqu’on lui dit « je vous regardais enfant, vous m’avez donné envie d’entreprendre, de voyager, vous avez changé ma vie », elle mesure l’impact silencieux, mais puissant de ses choix. Elle multiplie aujourd’hui les conférences dans les écoles, les universités. Elle développe un « one-woman show » pour transmettre autrement. Une forme hybride, sensible et inspirante, entre récit de vie et manifeste de confiance.
Le leadership, dans la bouche de Leïla Ghandi, n’a rien d’un exercice de pouvoir. Il s’ancre dans un alignement intérieur, une cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ce qu’elle appelle « écouter son cœur » est en réalité un processus exigeant de lucidité, d’engagement et d’action. « Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. »
Sortir du rang pour ouvrir des possibles
En filigrane, ce témoignage est un appel à celles et ceux qui doutent, hésitent, attendent. Un plaidoyer pour l’action dans l’incertitude, pour la parole quand elle dérange, pour le pas de côté, comme condition de l’invention de soi. « On ne peut pas faire des choses extraordinaires en faisant des choses ordinaires. » Cette phrase, prononcée presque en confidence, résume l’éthique de Leïla Ghandi : un leadership par l’exemple, nourri par le réel, orienté vers l’impact.
En clôture de son intervention, Leïla Ghandi cite Saint Augustin : « Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche. » Une phrase qui synthétise sa trajectoire. Elle n’a pas suivi un plan tout tracé. Elle a construit sa voie en marchant, souvent seule, toujours debout. Et c’est précisément cette marche, incertaine et volontaire, qui constitue sa plus grande leçon de leadership.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative et secrétaire générale de MWF Institute.
L’influence de la nutrition, de l’IA et de l’art sur le cerveau : une exploration interdisciplinaire
Le 27 février 2025, le Monaco Women in Finance Institute a accueilli une conférence sur l’impact de la nutrition, de l’intelligence artificielle (IA) et de l’art sur le cerveau humain. Animée par Pascale Caron, fondatrice de Yunova Pharma, et Laurence Jenkell, artiste renommée, cette rencontre a offert une plongée approfondie dans les liens qui unissent la biologie, la technologie et la créativité au service du bien-être mental et cognitif.
Nutrition et santé mentale : une approche scientifique et une prise en charge globale
La santé mentale est un enjeu majeur de notre époque, influencée par de nombreux facteurs dont la nutrition et les avancées technologiques comme l’intelligence artificielle (IA). Cet article explore comment ces deux domaines peuvent transformer notre approche de la santé mentale et la prise en charge des douleurs chroniques.
Le lien entre nutrition et santé mentale
La psychiatrie nutritionnelle est un domaine émergent qui étudie l’impact de notre alimentation sur notre humeur et notre bien-être mental. Bien que les « comfort foods » puissent procurer un sentiment de bien-être immédiat en libérant de la dopamine, elles peuvent avoir un effet négatif à long terme sur notre humeur. La recherche montre que la nutrition joue un rôle crucial non seulement dans la régulation de notre humeur, mais aussi dans la gestion des douleurs chroniques.
L’axe intestin-cerveau
L’axe intestin-cerveau est une connexion bidirectionnelle entre notre système digestif et notre cerveau. Des déséquilibres dans notre flore intestinale, appelés dysbioses, sont souvent associés à des troubles de l’humeur. En rétablissant l’équilibre de notre microbiote, nous pouvons soutenir notre santé mentale de manière naturelle.
Les psychobiotiques sont des souches spécifiques de probiotiques capables d’influencer positivement notre santé mentale. En produisant des neurotransmetteurs comme le GABA ou la sérotonine, ils aident à réguler l’humeur et à réduire le stress, agissant comme des anxiolytiques naturels. Leur utilisation offre une approche novatrice pour la prise en charge des troubles mentaux, sans nécessairement recourir aux médicaments traditionnels.
Le cortisol, souvent appelé « hormone du stress », peut avoir des effets néfastes sur le corps et le cerveau lorsque son taux reste élevé sur de longues périodes. Les plantes adaptogènes comme la Rhodiola, le safran ou le ginseng peuvent aider à réguler ce taux en aidant notre corps à s’adapter au stress et en normalisant la production de cortisol.
Alimentation et prévention des troubles de l’humeur
Une alimentation équilibrée peut jouer un rôle préventif contre les troubles de l’humeur. Voici quelques aliments bénéfiques pour la santé mentale :
• Légumes-feuilles : riches en nutriments essentiels pour notre microbiote
• Fruits et légumes colorés : bons pour la mémoire et l’humeur
• Huiles végétales : facilitent l’absorption des nutriments
• Produits de la mer : riches en oméga-3 et vitamine D, bénéfiques pour le cerveau
• Noix, haricots et graines : sources de protéines végétales, fibres, vitamines et minéraux essentiels
• Épices et herbes : aident à réduire l’inflammation et soutiennent la mémoire
• Aliments fermentés : améliorent la diversité du microbiote et réduisent l’inflammation
• Chocolat noir (minimum 70 % de cacao) : associé à un risque réduit de dépression
Gestion des douleurs chroniques
La gestion des douleurs chroniques nécessite une approche multidisciplinaire. La neuro-nutrition offre des solutions prometteuses, notamment :
• Le PEA (Palmitoyléthanolamide) : une molécule naturellement présente dans notre corps
• La Myrrhe : un anti-inflammatoire naturel
Ces substances agissent sur les récepteurs de la douleur qui transmettent l’information au cerveau. En combinant ces approches avec d’autres stratégies comme l’acupuncture, la méditation ou la sophrologie, il est possible de moduler la perception de la douleur, de détendre le corps et l’esprit, et d’améliorer la qualité de vie. Il est important de se fixer des objectifs réalistes, en visant une amélioration de la qualité de vie tout en acceptant de vivre avec une sensation résiduelle.
Prévention du déclin cognitif
Le déclin cognitif peut être accéléré par divers facteurs comme le stress, une mauvaise alimentation ou un manque d’activité physique. Cependant, il est possible de ralentir ce processus en adoptant une alimentation riche en oméga-3 et en antioxydants, et en pratiquant une activité physique régulière. Des substances comme l’homotaurine et l’Huperzine peuvent agir sur les agrégats de protéines qui altèrent la neurotransmission. La phosphatidylsérine, un élément essentiel des membranes cellulaires des neurones, peut améliorer la communication entre ces cellules, favorisant ainsi la mémoire et la concentration.
L’influence de l’IA dans la santé mentale
L’intelligence artificielle (IA) révolutionne notre approche de la santé mentale. Elle permet d’analyser de grandes quantités de données et d’identifier des tendances, ce qui la rend de plus en plus utile pour détecter les troubles mentaux, personnaliser les traitements et surveiller les patients en continu.
Diagnostic précoce des troubles mentaux
L’IA peut analyser des données complexes pour détecter précocement les troubles mentaux :
• Interactions vocales : L’IA peut analyser le ton, la vitesse et le rythme de la voix pour détecter des signes de dépression ou d’anxiété.
• Expressions faciales : En observant des micro-expressions, l’IA peut identifier des émotions non exprimées verbalement.
• Comportement numérique : Les habitudes numériques peuvent révéler des anomalies dans le comportement qui traduisent des troubles mentaux.
Par exemple, Ellipsis Health utilise l’IA et l’analyse vocale pour évaluer et gérer les symptômes de dépression et d’anxiété, facilitant ainsi le diagnostic et le suivi des patients dans les applications de santé et les consultations à distance.
Personnalisation des traitements
L’IA permet d’adapter précisément les soins aux besoins individuels en prenant en compte l’historique médical, les préférences et la réponse aux traitements précédents. Elle peut ajuster les thérapies en temps réel, offrant ainsi une approche plus dynamique et personnalisée du traitement.
L’IA et l’autogestion de la santé mentale
De nombreuses applications utilisent l’IA pour offrir un soutien en santé mentale accessible et autonome :
• Woebot : un chatbot utilisant des techniques de thérapie cognitive comportementale pour aider à gérer le stress et l’anxiété.
• Wysa : un chatbot thérapeutique mettant l’accent sur la psychologie positive.
• Headspace: analyse en temps réel les données comportementales pour fournir un soutien mental personnalisé.
• Kaia Health : utilise l’IA et la thérapie physique pour proposer des programmes de réhabilitation personnalisés contre les douleurs chroniques.
Risques et limites de l’IA en santé mentale
Malgré ses nombreux avantages, l’utilisation de l’IA en santé mentale soulève également des préoccupations :
• Problèmes de confidentialité : les outils d’IA collectent des données sensibles qui peuvent être vulnérables aux violations de confidentialité.
• Biais algorithmiques : peuvent affecter la qualité des diagnostics et des traitements, particulièrement pour les minorités et les groupes sous-représentés.
• Dépendance technologique : l’automatisation des services de santé mentale peut réduire les interactions humaines, essentielles pour une prise en charge globale des patients.
Il est donc crucial de maintenir une supervision humaine dans l’utilisation de ces technologies.
L’influence de l’Art sur le cerveau : une exploration émotionnelle et cognitive
L’artiste Laurence Jenkell a pris le relais en expliquant comment l’art agit directement sur notre cerveau. Elle a rappelé que l’art active plusieurs zones cérébrales, notamment :
• L’amygdale, qui traite les émotions.
• Le cortex préfrontal, impliqué dans l’analyse et la prise de décision.
• Le système de récompense, qui libère de la dopamine, générant du plaisir et réduisant le stress.
Laurence Jenkell a ensuite retracé l’évolution de l’art en lien avec l’histoire de la pensée humaine. Depuis les peintures rupestres, où l’art était un outil de narration et de transmission, jusqu’à l’art contemporain, qui joue sur les perceptions et les émotions, chaque mouvement artistique reflète une part de notre psyché collective.
Elle a particulièrement insisté sur les artistes ayant marqué la psychologie de l’art :
• Van Gogh, dont les œuvres traduisent une forte intensité émotionnelle.
• Yves Klein, qui a exploré l’impact des couleurs sur le ressenti humain.
• Picasso, qui considérait l’art comme un moyen de purification psychique.
Les sculptures bonbon : un art chargé d’émotions
Enfin, elle a présenté son propre travail artistique autour des sculptures bonbon. Selon elle, ces œuvres éveillent un sentiment de nostalgie rassurante, en activant la mémoire autobiographique des spectateurs.
Elle a expliqué comment la torsion, élément clé de ses sculptures, représente la résilience et la transformation, deux notions fondamentales dans le parcours émotionnel de chacun.
Elle a conclu en affirmant que l’art ne se limite pas à l’esthétique : il joue un rôle thérapeutique avéré. Il est utilisé dans l’art-thérapie pour aider les patients atteints de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression. En stimulant la créativité, l’art permet de libérer des émotions, favorisant ainsi le bien-être mental.
Une convergence entre science, technologie et créativité
Cette conférence a mis en lumière les interactions profondes entre la nutrition, l’intelligence artificielle et l’art sur le cerveau humain. Si la neuro-nutrition et l’IA offrent des outils concrets pour améliorer la santé mentale, l’art demeure un vecteur fondamental d’émotions et d’équilibre psychologique. À travers ces trois disciplines, il devient clair que prendre soin de son cerveau nécessite une approche globale, mêlant science, technologie et expression artistique. Un véritable appel à repenser notre rapport à la santé mentale dans une société en perpétuelle évolution.

Vivantes
Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes
MWF Institute, en collaboration avec l’association Nous Les Ambitieuses, le Cinéma Sporting et le Comité du droit des femmes de Monaco, a organisé le 29 novembre 2024 une projection de la pièce de théâtre « Vivantes ». Cette œuvre, écrite et mise en scène par Élie Chouraqui et produite par Alexandra Fechner, s’inspire de témoignages réels pour donner une voix puissante aux femmes victimes de violences, mettant en lumière leur résilience face à l’inacceptable.
Une Œuvre théâtrale engagée
« Vivantes » est une création théâtrale poignante qui aborde la thématique des violences faites aux femmes. Élie Chouraqui, reconnu pour son engagement artistique, a conçu cette pièce en s’inspirant de témoignages authentiques, offrant ainsi une tribune aux femmes qui étaient présentes sur scène, protégées par un masque pour exprimer leurs souffrances et leur force. La production d’Alexandra Fechner, ambassadrice nationale de l’association Nous Les Ambitieuses, apporte une dimension supplémentaire à cette œuvre en la rendant accessible à un large public.
La création théâtrale a déjà été vue par plus de 5 000 spectateurs depuis 2022. Elle a été diffusée sur LCP le 24 novembre 2024, suivie d’un débat entre Élie Chouraqui et Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale.
L’Engagement de « Nous Les Ambitieuses »
Fondée en mars 2020, l’association Nous Les Ambitieuses est un réseau dynamique d’experts issus de la société civile, soutenue par des citoyens engagés. Son objectif est de sensibiliser le public de manière bienveillante et positive sur des sujets cruciaux tels que la préservation des océans et la lutte contre les violences faites aux femmes. L’association utilise des œuvres artistiques et des expériences immersives pour susciter une prise de conscience collective.
Chaque année, Nous Les Ambitieuses initient trois grands projets pour toucher des jeunes aux aînés, avec pour mission de bouger les lignes. La pièce « Vivantes » s’inscrit dans cette démarche, recourant au théâtre comme moyen de sensibilisation et d’éducation.
Témoignages et Perspectives
Lors de l’échange, les intervenants ont partagé des réflexions profondes sur la genèse de « Vivantes » et son impact. Alexandra Fechner a évoqué la collecte des témoignages et la collaboration avec des associations telles qu’Excision, Parlons-en, La Voix de l’Enfant et La Maison des Femmes. Ces vivantes ont permis de donner une dimension authentique et émouvante à la pièce.
Virginie Atlan, présidente de Nous Les Ambitieuses, a rappelé que l’objectif est de sensibiliser de manière bienveillante et positive, en utilisant des œuvres artistiques pour toucher le public et susciter une prise de conscience collective. Il est important pour NLA de rendre la pièce accessible à un large public, y compris les jeunes adultes. Elle a évoqué les efforts pour diffuser « Vivantes » à l’international, avec des sous-titres en anglais, afin d’atteindre un public encore plus vaste.
La projection de « Vivantes » à Monaco a été un moment fort de sensibilisation, réunissant des personnalités engagées et un public attentif. Les retours ont été très positifs, soulignant la puissance de l’œuvre et l’importance de telles initiatives pour combattre les violences faites aux femmes.
En donnant une voix aux victimes et en sensibilisant les spectateurs de manière bienveillante, cette pièce contribue à une prise de conscience collective et a encouragé l’action pour éradiquer ce fléau.
La culture, et en particulier le théâtre est un outil puissant de transformation sociale, capable de toucher les cœurs et les esprits, et de susciter des changements durables dans la société.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Fifty and Fabulous!
Karine Arneodo, fondatrice de COMISK Coaching et du podcast « 50 ans et toutes mes dents »
Propos recueillis par Pascale Caron.
Après des études de commerce et de théâtre, elle a d’abord poursuivi une carrière en marketing dans le secteur du luxe avant de se réinventer comme coach de dirigeants, il y a 10 ans. À travers son podcast, elle met en lumière des femmes de plus de 50 ans qui, comme elle, vivent cette étape de manière épanouie et libérée. Passionnée par le leadership et la communication, Karine partage sa vision inspirée de l’accompagnement et du développement personnel.
J’ai eu le plaisir d’être interviewée dans son podcast et c’est donc tout naturellement que j’ai décidé d’en savoir plus…
Peux-tu nous expliquer ton parcours ?
J’ai grandi dans une famille de médecins, des parents surdiplômés pour qui les études étaient primordiales. J’ai donc suivi une école de commerce à Paris tout en prenant des cours de théâtre au Cours Simon. Une fois mon diplôme en poche, j’ai annoncé à mes parents : « Vous savez quoi ? Je veux être comédienne. » Et je me suis lancée dans cette voie pendant plusieurs années, jusqu’au moment où mon père a été diagnostiqué avec la maladie de Parkinson. J’avais alors 28 ans. À ce moment-là, j’ai décidé de rassurer toute ma famille en reprenant un chemin plus conventionnel. J’ai intégré une agence de communication et ainsi débuté ma carrière dans ce domaine. J’ai notamment fait partie de la première agence spécialisée dans le buzz marketing, à une époque où Facebook n’existait même pas encore. J’ai toujours eu cette capacité à anticiper, à flairer les tendances. Mon rôle était d’évangéliser les marques de luxe sur l’utilisation des réseaux sociaux, ce qui, à l’époque était vraiment rupturiste.
Cependant, je me suis vite rendu compte que je ne voulais pas rester en agence toute ma vie. J’ai donc décidé de faire un Executive MBA à l’ESCP et de passer chez l’annonceur. Par la suite, j’ai travaillé chez LVMH, mais pas uniquement. J’ai occupé plusieurs postes en tant que directrice marketing et communication, dans le secteur du luxe et à l’international, car ce qui me passionne, c’est la diversité culturelle et la complexité humaine.
Arrivée à la quarantaine, j’ai commencé à ressentir une certaine lassitude. J’avais cette conscience que les métiers du marketing et de la communication vieillissaient peut-être plus vite que d’autres. Et surtout, j’avais envie de donner plus de sens à ce que je faisais. Être directrice marketing dans le luxe n’était plus aligné avec mes aspirations profondes, d’autant plus que j’étais issue d’une famille où mon père était chirurgien ophtalmologue et mon grand-père avocat pénaliste. Le contraste était grand.
J’ai dès lors choisi de me former au coaching à HEC, il y a maintenant dix ans et j’ai créé ma société de coaching, COMISK, qui est la contraction de « Communication Is Key ». Pour moi, être un leader influent nécessite de maîtriser sa communication, d’améliorer sa connexion à soi pour mieux se connecter aux autres et de développer son executive presence.
Lorsque j’ai commencé ma formation à HEC, on m’a dit : « Vous ne vivrez jamais du coaching. » J’adore les challenges, cela a réveillé ma détermination et je me suis investie à fond dans cette nouvelle aventure professionnelle et entreprenariale. La suite m’a prouvé que j’avais fait le bon choix et que ce métier me correspond parfaitement. En un an, j’en vivais pleinement et depuis cette confirmation d’être à ma place n’a cesser de se renforcer. Je me sens alignée, puissante et sereine. Mon métier consiste à accompagner les dirigeants dans leur prise de position, leur développement personnel et professionnel, à travailler leur impact et leur influence, ainsi que leur marque personnelle.
Je n’ai jamais eu besoin de chercher des clients, tout est venu naturellement grâce au bouche-à-oreille. Je travaille avec de grandes entreprises comme L’Oréal, Accenture, Carrefour et BNP, mais aussi avec des dirigeants de PME. Je les coache dans des problématiques telles que développer leur présence de leader, établir leur vision stratégique, embarquer leurs équipes, ou encore booster la motivation et l’impact de leur entreprise.
Je fais également du coaching d’équipes, notamment pour les comités de direction des entreprises. J’interviens sur le top management, en alliant mes compétences en marketing et communication avec le coaching, ce qui est assez rare dans ce domaine. Mon rôle est de les aider à booster leur impact.
Parle-nous de ton Poscast : 50 ans et toutes mes dents ?
En parallèle de ma carrière de coach, je voulais également lancer un nouveau projet en résonance avec mon évolution et l’évolution de la société. J’ai donc décidé de créer un podcast pour mettre en lumière des femmes de plus de cinquante ans, parce que je suis convaincue que la cinquantaine n’est pas une fin en soi, bien au contraire. C’est une période où l’on peut véritablement se libérer, tant sur le plan personnel, que professionnel.
J’ai moi-même vécu cette transformation à cinquante ans. À mes 49 ans, j’ai traversé des épreuves difficiles. J’ai perdu mon père, et ma mère, et j’ai divorcé juste avant mes 50 ans. Ça a été une période très douloureuse, mais elle a marqué un tournant décisif dans ma vie. À ce moment-là, je me suis dit qu’il n’était pas question de continuer à porter des poids inutiles, comme ce mariage qui ne fonctionnait plus. J’ai donc entamé ma cinquantaine avec l’envie de vivre plus librement.
Depuis, je n’ai jamais été aussi épanouie. Je suis avec un compagnon plus jeune que moi, je m’éclate dans mon travail. J’ai même choisi de revenir vivre dans le sud après la pandémie de COVID-19. Je fais des choix plus hardis et plus assumés, et je vis ce que j’appelle ma « best life ». À travers mon podcast, je souhaite montrer que la cinquantaine peut être un moment de renouveau, de puissance, et d’amusement. Ce message s’adresse non seulement aux femmes de cinquante ans, mais aussi aux plus jeunes, car tout cela s’anticipe.
Quels sont très prochains challenges ?
Aujourd’hui, mon prochain challenge est de devenir superviseur de coachs. J’ai décidé de suivre une formation spécifique chez Mosaik après 10 ans de pratique. Je crois qu’il est important d’avoir une expérience solide avant d’accompagner d’autres coachs. Cela me permettra aussi d’enrichir ma propre pratique de coach de dirigeants et d’évoluer encore plus dans ma carrière.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Oui je recommande, Stephen Covey et son ouvrage « Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent ». Ce livre est considéré comme un véritable guide pour le développement personnel et le leadership.
Le livre repose sur une idée centrale : il faut travailler sur soi-même en profondeur pour atteindre une efficacité durable. Il explique que les individus et les organisations qui réussissent partagent certains traits et comportements, qu’il nomme « habitudes ». Ces habitudes sont divisées en deux grandes catégories : les habitudes personnelles (centrées sur le développement individuel) et les habitudes interpersonnelles (centrées sur la collaboration avec les autres). Stephen Covey s’est inspiré des travaux de Viktor Frankl, un psychologue autrichien, survivant des camps de concentration, connu pour avoir développé la logothérapie, une thérapie centrée sur la recherche du sens de la vie. Frankl soutenait que même dans les circonstances les plus difficiles, nous avons toujours la liberté de choisir notre réponse. C’est ce principe qui a beaucoup influencé Covey dans sa conception de la proactivité et de la responsabilité personnelle.
L’approche de Covey m’a aidée à structurer mon propre travail en coaching, en particulier avec la notion de cercle de contrôle, d’influence et de préoccupation. Selon cette théorie, il est important de se concentrer sur les choses que nous pouvons contrôler (notre comportement, nos décisions). Il faut identifier les domaines où nous avons une influence (les relations, les collaborations), et de lâcher-prise sur ce qui échappe à notre contrôle (comme la météo par exemple, ou certains événements passés). Cet outil est particulièrement utile pour aider les leaders à gérer leur stress et à canaliser leur énergie de manière efficace.
Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?
Je pense en premier lieu à mon père. Il était un pionnier dans le domaine de la chirurgie ophtalmologique en France. Il a amené les premières techniques de chirurgie de la myopie et de la cataracte et a travaillé en collaboration avec des médecins aux États-Unis. Je me souviens qu’il organisait des colloques, notamment au Forum à Monaco, où il donnait des cours sur la chirurgie de la cataracte. J’étais adolescente à l’époque, et je l’assistais en tant qu’hôtesse. C’était impressionnant de le voir innover et transmettre son savoir.
Je suis une dingue de cinéma, donc une autre source d’inspiration pour moi c’est Sharon Stone. Je l’ai toujours admirée pour sa force et sa résilience. Elle a traversé des épreuves très difficiles, comme une tumeur au cerveau, et est revenue sur le devant de la scène après une traversée du désert de plus de 7ans. C’est une vraie « warrior ». Une résiliente. Elle a su imposer une forme de puissance dans un milieu extrêmement compétitif et sexiste, tout en restant authentique. Sa capacité à renaître de ses cendres, à la manière d’un phœnix, résonne profondément en moi.
Une autre figure qui m’inspire est Simone Veil. C’est une femme d’une solidité remarquable, une survivante qui a traversé des épreuves inimaginables et qui a pourtant marqué l’histoire par son engagement et son humanité. Pour moi, ce genre de personnalité incarne la résilience et la force intérieure. Elles ne sont pas seulement solides, elles sont puissantes, des êtres sensibles qui ont su se densifier face aux difficultés de la vie.
Je mentionnerais également Véronique Morali, que j’ai eu l’occasion d’interviewer récemment. Elle a fondé le Women’s Forum et est une figure influente dans le monde des affaires. C’est une personne exceptionnelle qui a gravi les échelons tout en créant un environnement de soutien et de valorisation pour les femmes dans le milieu professionnel. Elle a monté un fond puissant avec ses enfants et incarne à mes yeux une réussite inspirante.
Pour finir quelle est ta devise ou ton mantra ?
Mon mantra, c’est une citation de Jung que j’adore : « Je ne suis pas ce qui m’arrive, je suis ce que je choisis de devenir. » Cela signifie qu’il y a toujours un espace de liberté, un choix à faire, peu importe les difficultés que l’on rencontre. J’essaie de transmettre cette philosophie à mes clients, notamment à travers des outils comme le « cercle de contrôle » et le « cercle d’influence ». Le but est de les aider à mieux gérer leur stress et à se concentrer sur ce qu’ils peuvent véritablement maîtriser et à développer puissance et sérénité.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Chef d'exception à domicile
Interview de Ama Lhajri, chef à domicile de « Chez Elle » à Bordeaux. Cheffe chez « chefs 4 the Planet ».
« Chez Elle » est un restaurant à domicile : les convives y viennent pour déjeuner ou dîner. Amal sert de deux à six couverts de manière privative. Les groupes de clients ne sont pas mélangés et il n’y a qu’un seul service. Le principe c’est la découverte.
En excluant ce que les gens n’aiment pas, Amal donne libre cours à son imagination pour leur offrir un voyage culinaire, entrée, plat-dessert. Chaque ligne évoque un pays différent. Amal est une personnalité solaire qui m’a séduite dès notre 1re rencontre au Mas de Pierre à Saint-Paul de Vence, lors d’une journée sur la RSE, organisée par CQS.
J’ai senti une force et un feu intérieur et j’ai eu naturellement envie d’en savoir plus.
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amené à te lancer dans la cuisine ?
Mon arrivée dans la cuisine date d’il y a 20 ans. C’est un mal pour un bien qui m’y a poussée. « A blessing in disguise » comme disent les Anglais et à première vue l’issue était dramatique pour moi.
Je souffrais d’une maladie orpheline, une parodontite agressive qui provoque une fonte des os de la mâchoire et donc un déchaussement des dents et qui a également atteint mes sinus. À l’époque je travaillais chez Xerox et j’avais des paralysies qui m’empêchaient de me lever de mon lit.
Les médecins m’ont donné 1 mois à vivre. J’ai résolu que ce ne serait pas un être humain qui déciderait de mon heure de fin et je me suis battue. Cette maladie a entraîné des conséquences dramatiques sur ma santé, avec des infections pouvant se transmettre au cerveau, des risques de crise cardiaque, des problèmes oculaires, mais j’ai tenu bon. Il y a 5 ans j’ai été greffée de la mâchoire inférieure et supérieure et je revis.
Quand la maladie s’est déclarée, j’ai dû m’adapter à elle. Après des études de psycho à Amiens, j’ai décidé en 2008 de rejoindre ma sœur à Bordeaux avec ma fille. Je suis marocaine et on nous apprend à cuisiner avant de savoir marcher ! Je suis gourmande. J’aime le contact avec les autres. Ces deux données additionnées, j’ai conçu mon projet. J’avais pris conseil auprès de mon ami Bruno Oliver chef de « la fabrique by Oliver ».
Je suis autodidacte, mais j’ai beaucoup voyagé, gouté la cuisine de chefs, tel un parcours initiatique. Je me « nourris » de rencontres dans les deux sens du terme.
En 2010 je me suis lancée en démarrant par un repas de presse. Pendant la Covid, j’ai eu la chance d’avoir un reportage de CNEWS, ce qui m’a propulsée sur le plan médiatique. Depuis je vis comme si demain n’existait pas. J’essaye de transmettre cette deuxième vie dans ma cuisine.
Comment a réagi ta fille, fasse à ta maladie ?
Elle avait 4 ans quand elle s’est déclarée. Je ne lui ai jamais rien caché. Je n’avais pas le droit de baisser les bras. Elle a vécu ma résilience, et elle me voit heureuse et épanouie maintenant. Je suis fière d’elle : elle a fait un parcours scolaire exemplaire.
Comment as-tu rejoint « chefs 4 the Planet » ?
La cuisine marocaine est de base très écoresponsable. C’est comme cela que j’ai eu l’occasion d’apprendre à Stéphane Carrade, chef 2 étoiles à préparer un yaourt naturel à base de foin d’artichaut. Il a été séduit et en a parlé à Sébastien Ripari, co-fondateur de « chefs 4 the Planet ». Grâce à cet effet domino, j’ai intégré cette association mondiale.
« chefs 4 the Planet » est un réseau de chefs qui sont soucieux de la planète, de notre santé, et des générations futures. Face à la triple urgence sanitaire, climatique et sociale, l’association rassemble les chefs qui agissent, au quotidien. Leur but est de promouvoir une cuisine saine et responsable, locale, bio et accessible au plus grand nombre — de la fourche à la fourchette pour une gastronomie durable.
C’est grâce à eux que participé au festival de la gastronomie d’Agen, où nous avons cuisiné un repas à 6 mains. Sebastien Ripari est « l’homme qui murmure à l’oreille des chefs ». Il les accompagne notamment dans la quête de l’étoile. J’adhère totalement à cet engagement et j’en parle aux chefs que je rencontre. Je suis une ambassadrice non officielle. Lors de notre réunion au Mas de Pierre, ils ont décidé de nous rejoindre.
Quels sont tes prochains challenges ?
Après mon expérience à Bordeaux où j’ai cuisiné pour des personnalités comme Mr Juppé, à Saint-Barth pour le groupe Bagatelle, j’aimerais m’ouvrir à cette clientèle ultra exigeante de la Riviera. J’en dirais plus à la rentrée.
Quelles sont les personnes qui-t-on inspirée dans ta carrière ?
Tout d’abord ma maman qui a toujours cuisiné bio et naturel. Quand j’ai démarré mon restaurant, je me suis beaucoup inspirée de Cyril Lignac : un homme jovial et chaleureux qui fait une cuisine gouteuse et simple.
Je suis fan de pâtisserie et de Christophe Michalack. J’ai eu la chance de faire un événement avec lui, porte de Versailles.
Cedric Grolet est un chef d’une modestie et d’une bienveillance incroyable. J’ai eu l’opportunité de le rencontrer au Meurice. Et je citerai également Philippe Conticcini : c’est un amour de personne qui partage régulièrement ses recettes sur internet.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
« Les Fleurs du mal » de Charles Baudelaire. « L’amour est une rose, chaque pétale, une illusion, chaque épine, une réalité. ». J’ai réussi à enlever toutes les épines et j’avance !
Sinon je recommanderais un film « Happiness Therapy » réalisé par David O.Russell avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. Il nous montre que la vie réserve parfois quelques surprises et que l’on peut transformer le négatif en rayon de soleil. Rien n’est grave, même pas la mort.
Quel est ta devise ou ton mantra ?
« Vivre comme si demain n’existait pas ».
À méditer.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.







