Women In Tech

Interview d’Angela Naser Directrice de Women In Tech France.

Propos recueillis par Pascale Caron.

Angela est une figure influente dans le domaine de la technologie et de la finance, avec une carrière marquée par des rôles de leadership dans diverses organisations internationales. Depuis décembre 2023, elle est Directrice de Women In Tech France, une organisation mondiale, qui promeut l’inclusion, la diversité et l’équité dans les secteurs de la Science, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques. Women In Tech, est active dans 48 pays et compte plus de 200 000 membres, visant à combler l’écart entre les sexes et célébrer les réalisations des femmes et des hommes dans la technologie.

Angela Naser occupe également un poste important aux Nations Unies. Depuis 4 ans, elle y a été CFO, et consultante internationale senior en finance, banque digitale et gestion du changement. Elle a supervisé la coordination des opérations de financement, la gestion de crises, la refonte des écosystèmes numériques et l’amélioration des processus internes et externes.

Elle a auparavant dirigé des équipes chez General Electric Money Bank en tant que COO, et a géré des projets de développement commercial, de transformation digitale et des projets Green Belt Lean Six Sigma.

Angela a également été CMO et COO pour le déploiement européen de la banque digitale et néobanque du Groupe BPCE.

Elle a été impliquée dans des initiatives de transformation digitale et stratégique, pour la Présidence de la République française.

En plus de ses rôles dans le secteur financier, Angela a été nommée pour le Prix de La Femme digitale de l’année en 2019. Elle a aussi contribué au documentaire « Global Thought Leaders » sur CBS, mettant en lumière son expertise et son influence dans le domaine de l’innovation et du changement.

J’ai eu l’occasion de la rencontrer à Vivatech et j’ai immédiatement voulu en savoir plus.

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

Je suis arrivée en France de Syrie quand j’avais 8 ans. Mes 2 parents sont dentistes et ils sont venus en France pour terminer leurs études et pour me soigner, car j’ai eu la polio qui m’a handicapé des jambes. On s’est donc retrouvés en France pour achever mon traitement qui a duré 2 ans. J’ai étudié à l’école irakienne à Paris, un lycée diplomatique qui n’existe plus, pas loin du Trocadéro. J’ai fait toutes mes études en arabe et j’ai appris le français en lisant des livres.

Et puis mes 3 frères sont nés et nous sommes restés. Ils étaient à l’école française et j’ai découvert à travers eux, l’histoire de France. J’ai une citation de Romain Gary que j’aime beaucoup, je la répète souvent, car elle me résume bien : « Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ». Mes parents m’ont eue, très jeunes, ils avaient 21 ans et 20 ans et demi, on a donc grandi ensemble. Quand on est arrivés, on habitait juste en face de la Sorbonne, on a découvert les musées parisiens. Nous étions émerveillés par ce lieu de liberté, car nous venions d’un pays où ce mot n’existait pas.

Mon père est Syrien et ma mère Libanaise. Quand on est venu en France, c’était le début de la guerre au Liban. J’ai vécu mon premier attentat à 5 ans. C’est des souvenirs que je ne souhaite à personne en tant qu’enfant parce que ça nous fait grandir d’un coup. Dieu merci, mes frères n’ont jamais vécu ça.

J’ai eu mon bac à 16 ans, je suis rentrée en médecine à Paris 5, mais j’ai échoué au concours. J’avais une furieuse envie de travailler de retourner en Syrie. Pour financer mes projets, j’avais commencé à faire des petits boulots en usine, en tant que caissière, et pour Pizza Hut. Chez eux, j’ai bossé dans un point de vente, et le manager de l’époque m’a beaucoup inspirée. Il était tellement bienveillant. Il m’a montré qu’on ne travaille pas pour une boite, mais pour une personne. Lorsque j’ai loupé mon concours, mon père l’a su parce qu’il connaît tout le monde à l’université. Dans sa tête, il s’est dit que j’allais recommencer. Au Moyen-Orient, quand on ne fait pas médecine, ingénieur ou droit, c’est qu’on a raté sa vie. Surtout le commerce ! Mais j’ai pris un crédit étudiant et c’est mon manager à Pizza Hut qui a été ma caution. J’ai fait un BTS de commerce international. Mes parents l’ont découvert 6 mois après, j’avais donc une pression très grande pour réussir suite à mes choix personnels. J’ai terminé mes études par un DEESMI (Diplôme Européen d’Études Supérieures en Marketing International).

Mon premier job en tant que manager était à Norwich Union, une entreprise anglaise qui n’existe plus. Mon rôle était d’appeler les clients le jour de leurs 50 ᵉ anniversaire pour leur vendre une assurance obsèques. Après cette expérience, tu peux tout vendre !

Et puis je suis arrivée chez General Electric, Capital Finance, vraiment par hasard. Je ne savais pas ce qu’étaient un décompte et un tableau d’amortissement. Et j’ai eu de la chance de tomber sur une femme extraordinaire qui m’a recrutée. J’avais 23 ans et demi et 6 mois après, j’étais manager de la section la moins cool de la finance : le recouvrement automobile. Dans cette entreprise américaine, on m’a donné ma chance et j’ai gravi les échelons jusqu’à terminer COO.

J’ai toujours refusé d’avoir un bureau afin d’être immergée au sein de mon équipe. Je n’affichais jamais mes Awards, parce que je suis tout à fait consciente qu’on peut être au top un jour et qu’un rien suffit pour que la situation bascule. Et c’est ce qui m’est arrivé. J’ai changé de manager et j’ai vécu sous sa coupe 4 années horribles.

Cette personne m’avait sorti à plusieurs reprises lors de nos réunions : « Tu veux prendre ma place ? » Et un jour, au bout de la septième fois, je lui dis : « Non, j’ai plus de prétentions que cela. » Je ne pouvais pas partir, car je me devais de montrer l’exemple à mon équipe. Je pensais à l’époque que l’on peut avoir des obstacles et des personnes malveillantes dans notre parcours professionnel, mais que l’on doit tenir bon.

C’était une grave erreur et j’en ai payé le prix cher, car j’ai fait un AVC. Quand je me suis réveillée à l’hôpital, mon premier réflexe a été de demander le code wifi à l’infirmière pour pouvoir travailler. C’était mon premier arrêt maladie. J’ai eu tellement honte que je me suis arrêtée 2 mois sans en parler à personne. Ma famille l’a su des années plus tard. J’ai même menti à ma meilleure amie à qui je dis tout. Je suis quand même retournée au bureau et ce n’est que quelques années plus tard que j’ai quitté General Electric. Avec du recul, je me demande encore pourquoi je me suis infligé ça. J’ai géré, sur les 5 dernières années, 4 plans sociaux. Quand je suis partie, j’ai voulu reprendre mes études et me suis inscrite à HEC Paris et à Yale University.

 

Et c’est à ce moment que tu es devenue entrepreneure ?

Oui, j’ai créé 2 entreprises. La première, je me suis associée à l’ambassade de France et les CCI des émirats et de l’Arabie Saoudite, pour aider les sociétés françaises à s’installer là-bas. J’ai ensuite créé une affaire pour encourager les expatriés français à investir dans les startups et l’immobilier en France. Elles existent toujours, mais je ne m’en occupe plus.

En 2016, un des derniers dossiers que j’avais gérés à General Electric, c’était le rachat d’Alstom par GE. C’est là que j’ai la connaissance du ministre du Budget de l’époque : monsieur Emmanuel Macron. Quand il a lancé le « Mouvement En Marche », ses équipes m’ont contactée. Le QG était juste à côté de chez moi. Ils m’ont demandé au début de vérifier leur stratégie digitale. Et je me suis prise au jeu : j’ai fait la campagne digitale de monsieur Macron, et après, j’ai travaillé pour Gabriel Attal. Je le connais depuis très longtemps, car c’est mon voisin. Je me suis occupée de la campagne législative de monsieur Attal en 2016 et 2022.

Ensuite, Revolut m’a contactée pour leur lancement en France, pour leur stratégie digitale en 2016-2017. Et à la suite de tout ça, je suis rentrée à la BPCE. Je les ai rejoints en tant qu’externe et 3 mois après, ils m’ont proposé de devenir COO et CMO de la nouvelle entité qui s’appelle Ixion. J’ai quitté BPCE quelques semaines avant la COVID : je voulais travailler pour le secours catholique et les Restos du Cœur. Malheureusement, la COVID est arrivée et ils ont dû arrêter les contrats. Je suis toujours bénévole pour eux.

J’ai souvent osé dans la vie : un soir d’insomnie, je postule à une offre de très haut niveau aux Nations Unies. Ils m’ont contactée 8 mois après, mais pas du tout pour être numéro 3 des Nations Unies ! Je travaille depuis pour eux en tant que freelance.

En 2023, j’étais au Sommet global de Women in Tech et j’ai fait la connaissance d’Ayumi Moore Aoki, la CEO et Fondatrice de Women In Tech. On a eu un coup de foudre amical et professionnel. Des mois plus tard Ayumi a eu le désir de lancer Women in Tech en France. J’ai accepté d’en prendre la direction avec un immense honneur. Chez Women in Tech, je souhaite vraiment axer notre travail sur la jeunesse. Après plusieurs essais infructueux avec les lycées, nous avons noué des contacts très prometteurs pendant VivaTech.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Le premier objectif est de réussir à organiser notre Hackathon, Women in Tech à la rentrée. Nous désirons également orchestrer un programme de mentorat en France. Nous avons mis en place un partenariat avec l’académie de Créteil pour aider les élèves de seconde à trouver des stages. Et, bien sûr, je continue mon contrat avec les Nations Unies.

 

Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?

J’ai deux bouquins que j’adore : « L’Alchimiste » de Paulo Coelho et, dans un tout autre genre, « Le Parfum » de Patrick Süskind. Ils m’ont profondément marquée, chacun à sa manière.

L’Alchimiste, écrit par Paulo Coelho, est un véritable chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. Coelho s’est inspiré de deux livres emblématiques : Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Le Prophète de Khalil Gibran. À travers l’histoire d’un jeune berger andalou en quête de sa légende personnelle, Coelho nous invite à explorer les profondeurs de notre âme et à suivre nos rêves, malgré les obstacles. « Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme les ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément qu’ils en ont une. ».

« Le Parfum », de Patrick Süskind, est un autre livre qui m’a fascinée. Ce roman sombre et envoûtant nous plonge dans la France du XVIIIe siècle, suivant la vie d’un personnage singulier doté d’un sens olfactif exceptionnel.

 

Quelles sont les personnes qui-t-on inspirée dans ta carrière ? 

J’aurais tellement voulu rencontrer trois personnes dans ma vie. Tout d’abord, Simone Veil, qui incarne à mes yeux la quintessence du phœnix. Sa résilience, son courage et son engagement sont des sources d’inspiration profondes pour moi. Ensuite, Gisèle Halimi, une femme extraordinaire dont le combat pour les droits des femmes résonne encore aujourd’hui. Et enfin, dans un tout autre registre, Jean d’Ormesson. Je suis littéralement amoureuse de ce monsieur. Son esprit, son charme et sa manière de voir le monde me fascinent.

Et puis, plus proche de moi, je pense à ma grand-mère, une femme extraordinaire. C’est elle qui m’a élevée, elle m’a appris la résilience et la persévérance et à toujours voir le bon dans le monde. C’est une sainte à mes yeux, elle me disait toujours : « fonce pour que tu n’aies jamais ni remords ni regrets. »

Mes deux directrices à General Electric (Isabelle Meghnagi et Joséphine Albanese), deux femmes qui ont beaucoup marqué mon parcours professionnel. Elles m’ont donné ma chance, m’ont challengé et surtout fait confiance. Elles ne le savent peut-être pas, mais je parle souvent d’elles. Leur soutien et leur mentorat ont été cruciaux dans mon développement et ma réussite.

 

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

C’est la citation de Nelson Mandela : « Je n’échoue jamais, soit je réussis, soit j’apprends ».

 

L'équipe Women In Tech à Vivatech

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 


Les influenceurs de la Belle époque

Interview de Véronique Jeannot, auteure des « Hivernants » sur les influenceurs de la belle époque.

 By Pascale Caron

 

Véronique est une passionnée, elle a eu plusieurs vies en une.

Férue de voyages et d’art, elle a fondé son entreprise, « 8 ᵉ Art », après une formation chez Christie’s. Son parcours l’a ensuite menée au prestigieux hôtel Negresco, où elle a contribué à developper l’événementiel, et au Musée du Sport, où elle a lancé des initiatives novatrices. En parallèle, Véronique a écrit un livre inspiré de la Belle Époque, mettant en lumière des figures influentes de cette période. C’est une personne solaire avec une grande capacité à rebondir et à se réinventer, en restant toujours guidée par ses passions.

Je l’avais rencontrée il y a quelques années lors d’une conférence qu’elle donnait sur les arts de la table à travers les âges. Sa maitrise du « storytelling » nous avait tous fascinés. C’est tout naturellement que j’ai voulu en savoir plus.

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amené à embrasser plusieurs carrières ?

 J’ai obtenu un Master 2 en hôtellerie internationale. Donc forcément, dans la lignée de mes études, j’ai commencé ma vie professionnelle dans le tourisme. J’ai deux grandes passions : les voyages et l’art.

À mes débuts donc, je concevais des voyages sur mesure pour les entreprises. Puis je me suis mariée et j’ai quitté Nice pour aller vivre à Bruxelles et suivre mon époux dans ses pérégrinations. Ensuite à Paris, nous avons eu un premier enfant, une fille, et ensuite un garçon. Pendant ces années où je voulais vraiment rester centrale dans la vie de mes enfants, je ne travaillais plus qu’en free-lance. Et comme je m’ennuyais quand même un peu, j’ai passé un diplôme chez Christie’s, où je me suis immergée dans le monde l’art. J’avais 30 ans. Et là, le grand coup de foudre s’est opéré. Quand je faisais ces études sur l’art et l’histoire de l’art, tout le monde m’enviait dans mon cercle d’amis. Je me suis rendu compte que les gens adoraient apprendre, mais qu’ils n’avaient pas le temps.

Forte de ce constat, je fonde ma première boite, que j’ai toujours considérée comme mon troisième enfant : « 8 ᵉ Art », c’est l’art d’être en phase avec ses compétences. Tout comme Lagardère, et puisque « les gens n’avaient pas le temps d’aller à l’art, j’ai amené l’art aux gens ». J’ai animé des événements d’entreprises internes et externes, sur des sujets autour de l’histoire de l’art. L’aventure a duré une dizaine d’années. J’ai travaillé essentiellement pour les labos pharmaceutiques, et pour les banques. Les thèmes étaient très variés généralement en synergie avec les spectateurs qui venaient m’écouter. Je crois beaucoup au fait d’apprendre en s’amusant et c’est ce que j’ai fait.

 

Tu avais donné une conférence fascinante sur « L’art de la table, au fil des siècles » pour la société de mon mari.

L’art de la table plait à tout le monde, car les Français sont de fins gourmets : à quel moment on invente la fourchette, pourquoi mange-t-on salé, épicé, pourquoi masque-t-on les goûts ? Pour les laboratoires, j’ai abordé des thèmes comme l’histoire de la peinture, à travers différentes spécialités médicales : la cardiologie, la neurologie, l’évolution du rôle de l’enfant pour les pédiatres. Autrefois l’enfant n’avait pas d’existence sociale, il n’était pas baptisé, et ne recevait pas son prénom avant l’âge d’un an, à cause du fort taux de mortalité. Avant ce cap, il n’existait pas et les parents ne voulaient pas s’attacher. On donnait un même prénom à une fratrie : Vincent Van Gogh par exemple avait le prénom d’un frère aîné mort. Pour les pédiatres, j’ai trouvé intéressant de raconter l’évolution des courants artistiques en illustrant avec l’évolution de la représentation infantile en peinture. J’ai fait aussi bien d’autres sujets mettant en synergie peinture et patients.

Par la suite, j’ai divorcé, et je suis rentrée à Nice, ma région d’origine, avec mes deux enfants. Et là, j’ai continué à travailler trois ans pour 8 ᵉ Art. Mais à distance, les gens ne pensent plus forcément à toi. Je me suis donc dit que c’était peut-être le moment de passer à autre chose, et j’ai rejoint le Negresco.

Et là, nouveau coup de foudre : je tombe amoureuse de cet établissement à la fois désuet, mais en même temps, à la pointe. Au milieu de ces 6 000 œuvres d’art, je trouve l’environnement parfait pour m’épanouir. Je passe de l’autre côté du miroir, et découvre comment courtiser des agences, et leur proposer le lieu qui va convenir à leurs événements. Je deviens l’ambassadrice du Negresco, sur les marchés américains, français, mais aussi je voulais rendre cet hôtel aux Niçois. Dans les périodes creuses, j’ai organisé des mariages avec des couples modestes. Je voyais arriver les futurs mariés, des étoiles pleins les yeux s’écriant : « jamais je n’aurais pu rêver me marier au Negresco ». Et ça me donnait la chair de poule.

Avant que la brasserie de la Rotonde ne soit rénovée, comme elle l’est aujourd’hui, j’ai orchestré avec mes grands comptes, une « demolition party ». J’ai fait venir Faben, notre célèbre graffeur niçois. On a habillé tout le monde avec des combinaisons, des masques, des lunettes, et des surchaussures. On aurait dit qu’on était dans un bloc opératoire ! Faben leur a appris à taguer. Et les gens s’en sont donné à cœur joie sur les murs du Negresco ! Ça reste un de mes souvenirs mémorables. Responsable des marchés français et américain, j’ai pu participer à de nombreux salons et workshops. Je ne suis jamais aussi heureuse que quand je fais une valise. Mais ensuite, il y a eu la Covid, et l’hôtel a fermé, réouvert, à plusieurs reprises. Finalement, ils se sont séparés de toutes les personnes qui voyageaient. J’ai donc fait partie d’un plan social qui m’a sur le coup, beaucoup chagrinée.

Pendant un temps j’ai assuré une mission au sein du Negresco, et j’ai participé à la création d’une boutique « concept store ». C’était un challenge, car je ne connaissais rien au départ à cet univers. Je suis partie benchmarker tous les concept stores de Paris, et je suis revenue avec une proposition sur le thème des cinq sens. La boutique proposait des objets, qui se mangeaient, se buvaient pour illustrer le goût, se sentaient avec des fragrances, des bougies, des parfums pour l’olfactif. Il y en avait que l’on touchait, telle que des foutas fabriquées avec des déchets des océans recyclés. Pour la vue, on vendait des lunettes de soleil et des livres, et même des earpods au logo de l’hôtel pour l’ouïe.

J’ai voulu par la suite étendre mon idée et en faire une entreprise de réalisations de concept-store pour palaces. Mais il n’y a quasiment aucun palace indépendant avec une identité propre, il n’y a que des hôtels de chaines et j’ai dû abandonner l’idée. C’est comme cela que finalement, je suis rentrée au Musée du Sport : avec de nouveau une grande remise en question. Très honnêtement, quand je suis arrivée là-bas, je ne connaissais rien au monde du sport. Je suis sportive, mais il faut se rendre à l’évidence : à part boire des coupes de champagne dans les loges de l’Alliance Riviera, je n’étais pas une experte. J’ai donc décidé de m’immerger dans ce monde en me formant notamment auprès de mes collègues médiateurs. J’allais écouter dès qu’ils faisaient une visite, en absorbant comme une éponge tout ce que je pouvais. Au bout de trois mois, je faisais mes visites avec mes propres clients. J’ai bâti au fur et à mesure un chouette storytelling. L’idée, c’était de faire rêver. Je ne sais pas travailler quelque part sans être passionnée. Quand tu racontes des histoires qui te touchent, tu rends le discours intéressant.

 

Et tu organises aussi des conférences sur le sport et la santé.

Oui, j’ai eu l’idée de créer des Matinales sport-santé. Le but c’est vraiment de faire prendre conscience aux gens qu’il faut bouger, ne serait-ce que 30 minutes par jour. Avec toutes ces évolutions de technologies, on se demande si on n’a pas fini par oublier que l’on a un corps. L’homme n’est pas fait pour la sédentarité. Le chasseur-cueilleur marchait 16 heures dans la journée pour aller chercher sa nourriture. Dans le musée, on a travaillé avec le ministère des Sports en intégrant des bornes interactives qui proposent des exercices : désormais, le visiteur, en parcourant le musée, peut faire ses 30 minutes d’activité.

C’est dans toute cette mouvance-là, que j’ai eu envie de créer des matinales gratuites. Je fais dialoguer à chaque fois : trois scientifiques et trois personnes expertes du milieu sportif autour d’une thématique. Le fil rouge, c’est l’incidence de l’activité physique sur la santé. On a abordé la dépression, le diabète, le cancer, les maladies cardiovasculaires et les maladies neurodégénératives que sont Parkinson et Alzheimer. J’organise ces conférences en binôme avec le département. J’ai depuis intégré un partenaire supplémentaire qui me permet de faire des captations audios. On va donc les transformer en podcasts pérennes et gratuits pour toucher un plus grand nombre.

 

Peux-tu nous parler de ton livre, « Les hivernants » ?

Pendant la Covid, j’ai écrit un roman. C’est la synergie de toutes mes expériences. Le héros voyage, puisqu’il part de Bucarest, vit à Paris, Monte-Carlo, Londres et puis revient à Nice. La rencontre avec l’hôtellerie et ce coup de foudre professionnel sont ma grande source d’inspiration. J’ai utilisé une toile de fond historique réelle pour parler de la Belle Époque, de la création de la French Riviera, cette légendaire Côte d’Azur qui se met en place au début du XXe siècle. J’y ai rajouté des personnages fictifs et des personnages réels à qui j’ai ensuite projeté une vie imaginaire. Mon héros, c’est Henri Negresco ; dont on ne connaît vraiment que très peu de choses. Je suis partie sur ses traces, pour raconter cette fameuse période de la Belle Époque et surtout mettre en avant qui étaient les influenceurs, qui sont ses contemporains, qu’il a pu croiser ou pas. Je lui ai fait rencontrer des personnes qui ont existé et marqué leur époque, comme César Ritz, par exemple.Tout est plausible et pourrait avoir existé, mais cela reste une fiction. C’est le parti pris pour dresser un canevas historique. J’ai dépeint de grands influenceurs réels, comme Auguste Escoffier, qu’on appelait « le roi des cuisiniers ou le cuisinier des rois ». Il donnait des noms à ses plats quand il avait été impressionné par une cantatrice ou par une impératrice au gré de ses rencontres : la Poire belle Hélène, la crêpe Suzette, la pêche Melba, etc. viennent de là. On suit donc Henri Negresco pas à pas, du moment où il quitte Bucarest jusqu’à Nice. Tout se précise dans sa tête au fur et à mesure pour arriver jusqu’à la création de ce mythique palace qu'il voulait proposer comme LA référence hôtelière de tous les temps.

 

En quoi ont-ils influencé leur époque ?

Chacun a été un influenceur à sa manière par exemple, Auguste Escoffier va concevoir la brigade en cuisine, un système hiérarchisé et structuré au sein des cuisines professionnelles. Ritz lui, va mettre en place les grands codes de l’hôtellerie de luxe. Il est le premier à avoir l’idée d’installer l’eau courante dans ses palaces. Tout comme lui, Henry Ruhl, que Negresco va énormément jalouser, a vu l’importance d’intégrer des commodités modernes telles que l’électricité, les salles de bains privées et le chauffage central dans les chambres d’hôtel. Il a aussi inventé des tubes qui permettaient de sa chambre, d’envoyer un message papier qui arrivait directement à la réception. Un influenceur, c’est quelqu’un que l’on a envie de copier, et qui marque sa génération ou en tout cas sa période.

À Monaco quand mon héros rencontre sa logeuse imaginaire chez qui il loue son appartement. Elle va lui raconter la genèse de Monte-Carlo, la création des casinos sous la houlette de François Blanc, un des plus grands influenceurs à retenir dans la vie de Monaco. Quand Henri Negresco rencontre son architecte, c’est pareil : le designer est en train de restaurer l’hôtel de Paris à Monte-Carlo. Naturellement mon héros va absolument vouloir l’employer pour son hôtel. C’est quelqu’un que je considère comme un influenceur, un architecte phare de son époque. L’idée maitresse du livre, c’est vraiment d’avoir de très nombreux storytellings qui marquent parce que tout est plausible et que cela raconte une tranche d’histoire réelle. Du coup on apprend beaucoup d’anecdotes en s’amusant. Je finis avec une réflexion et une dystopie sur l’avenir de la Côte d’Azur dans quelques centaines d’années.

 

Où peut-on trouver ton livre ?

À Nice, à la librairie Jean Jaurès et la librairie Masséna et sur Amazon. Pour l’anecdote, je réfléchissais à la couverture. En fouillant dans les affaires de mon papa, j’ai retrouvé une photo de ma grand-mère dénudée sur un lit. Ce qui est amusant, c’est qu’elle était extrêmement prude, très réservée, très chaste. Je trouve cette image plutôt osée pour l’époque, mais elle reste très esthétique. Ma grand-mère est née la même année que l’hôtel Negresco, elle était l’incarnation la Belle Époque : c’est tout naturellement que j’ai voulu l’afficher sur ma couverture et mon père a accepté.

 

Pourquoi ce titre « Les hivernants » ?

C’était le nom que l’on donnait aux touristes qui venaient sur la Côte d’Azur fin XIXe et début XXe. À cette époque on se devait d’avoir une peau diaphane. On se protégeait beaucoup du soleil. On voyageait à Nice pour son climat clément uniquement en hiver.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Le premier, c’est de faire rayonner ce livre. J’ai eu vraiment de très bons retours, de la part de lecteurs très variés. Cela m’encourage. Et puis, pourquoi ne pas en écrire un deuxième, un jour ?

 

Quelles personnes t’ont inspirée dans ta carrière ?

Souvent des femmes chefs d’entreprises, car j’ai à maintes reprises travaillé pour des sociétés dirigées par des femmes. Évidemment, je pense à Henri Negresco, mais on connaît tellement peu de choses de lui. Ça sera plutôt l’ancien directeur général de l’hôtel qui était à l’époque Pierre Bord. Il était l’ambassadeur parfait de cet endroit. C’est quelqu’un d’extrêmement élégant, exigeant, très raffiné. Il était en phase avec ce lieu mythique. Et puis, je pense aussi à Madame Augier, qui a racheté l’hôtel en 1957 et qui en a fait ce qu’il est aujourd’hui. Elle était une visionnaire hors norme de son temps : elle était à contrecourant de tout ce qui se faisait. Elle aimait les couleurs acidulées, avait fait dessiner des tenues du XVIIIe pour les grooms. Une dame qui m’a beaucoup inspirée.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

J’apprécie une auteure qui s’appelle Sophie Chauveau. Elle écrit des romans sur les peintres. Je trouve qu’elle permet de s’instruire en s’amusant. C’est un style extrêmement précis : c’est de la belle littérature, mais très facile à lire. Elle a écrit sur Sandro Botticelli, Léonard de Vinci, Raphaël, Jean-Honoré Fragonard.

 

Quelle est ta devise ou ton mantra ?

J’aime bien une petite devise de Sénèque : « La vie, ce n’est pas attendre que les orages passent, mais d’apprendre à danser sous la pluie ». Tout au long de ma carrière, j’ai toujours rebondi avec un fil rouge qui était de faire plaisir aux gens, de les divertir. Finalement je suis un peu une amuseuse, une ambianceuse.

À méditer…

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


Monte-Carlo Fashion week 2024

Symposium MWFI, sur le thème : « Les solutions durables dans l’industrie de la mode », lors de la Fashion week de Monaco 2024 présentée par Johanna Damar Flores et Patricia Cressot. La conférence était introduite pas Federica Nardini Spinetta présidente de la chambre monégasque de la mode.

Propos recueillis par Pascale Caron

 

Jeudi 25 novembre lors de la Fashion week de Monaco 2024 au Fairmont s’est déroulée une conférence inspirante qui rassemblait des acteurs de la mode écoresponsable :
Runa Ray de Runa Ray de la Fondation Prince Albert II, Norah Luttway et Gaelle Bergeal de Noliju, Nathalie Dionne de Thalie Paris, Serena Benedetti Roy d’Akimba, Giovanna Mandarano et Maria Cristina Rigano d’A'biddikkia et enfin Inès Bensalah d’Inessa Créations.

La conférence a débuté avec l’intervention de Runa Ray : pionnière de la mode durable, elle collabore avec la Fondation Prince Albert II de Monaco.
Runa Ray a présenté une initiative révolutionnaire en collaboration avec la Banque Mondiale et l’Organisation des Nations Unies. Son projet ambitieux vise à utiliser des algues invasives pour créer des textiles durables, s’attaquant ainsi à la fois à des problèmes environnementaux urgents et à l’impact écologique de l’industrie de la mode.
Runa Ray a mis en lumière une méthode durable pour traiter les algues invasives qui menacent les écosystèmes marins. En transformant ces algues en tissus pour ses collections, elle propose ainsi une solution concrète pour réduire leur présence nuisible dans les océans. Ce processus non seulement aide à contrôler ces espèces envahissantes, mais encourage également une industrie de la mode plus verte.
L’implication de la Banque Mondiale et de l’ONU dans ce projet témoigne de son importance et de son potentiel d’impact global. Ces organisations apportent un soutien financier et stratégique, permettant à l’initiative de bénéficier de ressources suffisantes pour son développement et sa mise en œuvre à grande échelle.

Norah Luttway fondatrice de Noliju que nous avons eu l’occasion d’interviewer (voir article) a présenté avec Gaelle Bergeal leur nouvelle initiative Nolipro : la mode écoresponsable pour les Professionnels.
Cette marque, en collaboration avec Noliju, propose des tenues conçues pour développer le bien-être au travail tout en respectant des principes de durabilité.
Nolipro se concentre sur le bien-être des employés, proposant des tenues légères et douces, conçues pour faciliter les mouvements et soutenir les rythmes de travail intenses. La marque met l’accent sur la facilité d’entretien et la modularité des vêtements. Elle vise à améliorer la qualité de vie au travail tout en étant respectueuse de l’environnement.
La marque utilise des tissus certifiés Oeko-Tex, du coton bio, du lyocell, ainsi que du polyamide et du polyester recyclés. Ces matériaux sont choisis pour leur impact réduit sur l’environnement, avec des initiatives comme le recyclage de filets de pêche et de bouteilles en plastique.
Nolipro a notamment été choisie pour créer les uniformes des hôtesses de l’Hôtel Columbus Monte-Carlo. Cette collaboration a été guidée par le souhait de combiner style, confort et respect de l’environnement, reflétant un intérêt croissant pour des pratiques durables dans l’habillement professionnel. Ils ont également lancé une collaboration avec le Novotel de Monte-Carlo.

Nathalie Dionne, CEO de Thalie Paris nous a ensuite présenté sa collection des sacs fabriqués à partir de cuir marin recyclé, mettant en avant des alternatives durables au cuir traditionnel. Les matériaux utilisés sont issus de sources éthiques et durables, comme les tanneries certifiées LWG Gold. L’entreprise a même développé une blockchain, Sorga, pour tracer chaque pièce fabriquée, soulignant son engagement envers la transparence et l’écoresponsabilité.
La fondatrice, Nathalie Dionne, a une carrière riche et diversifiée dans la mode, ayant collaboré avec des marques mondiales de luxe et également de la fast fashion. Son expertise et ses expériences l’ont amenée à fusionner les influences culturelles avec le chic parisien et le minimalisme, pour créer des accessoires qui reflètent un luxe décontracté et conscient.
Chez Thalie Paris, le recyclage est élevé au rang d’art. La Collection Sushi, par exemple, utilise des peaux de saumon recyclées, une démarche qui réduit l’empreinte carbone tout en fournissant une nouvelle vie à des matériaux autrement gaspillés. La marque explore également les textiles innovants, comme le cuir de cactus, offrant ainsi des alternatives écologiques aux consommateurs soucieux de leur impact environnemental.
Ses créations sont disponibles en exclusivité dans de grands magasins comme Bloomingdale’s Middle East et Printemps Haussmann.

Serena Benedetti Roy, fondatrice de la startup monégasque Akimba incubée à Monacotech, a introduit une solution pour les femmes avec sa gamme de sous-vêtements invisibles et anti-transpirants. Akimba s’inscrit dans le mouvement #Femtech.
Destinés à toutes les femmes, les sous-vêtements d’Akimba, offrent une protection contre les marques de transpiration, tout en préservant les vêtements les plus délicats.
Conçus pour être extrêmement discrets et élégants, les sous-vêtements Akimba utilisent des finitions thermocollées pour éviter les coutures visibles sous les vêtements moulants. Les matériaux choisis, incluant des fibres innovantes à base de ricin, ont des propriétés thermorégulatrices et une texture légère et soyeuse, garantissant non seulement le confort, mais aussi une excellente couverture. Le cœur absorbant, situé sous les aisselles, est fabriqué à partir de fibres de bambou, et reste invisible de l’extérieur, une caractéristique unique sur le marché.

 

La marque A'Biddikkia, fondée par Giovanna Mandarano, est un vibrant hommage à la Sicile et plus précisément aux îles Éoliennes où elle a vu le jour.
« A'biddikkia » qui signifie « la jolie, la belle fille » en dialecte local, évoque la beauté et le charme des îles Éoliennes, et traduit la passion de Mandarano pour sa terre natale. Les collections de A'Biddikkia sont célèbres pour leurs imprimés exclusifs et leurs tissus précieux qui capturent l’essence de l’été sicilien, avec ses parfums envoûtants et ses couleurs éclatantes.
Un des tissus phares utilisés par A'Biddikkia est celui conçu à partir de peau d’orange, un matériau innovant qui incarne l’engagement de la marque envers la durabilité. Ce tissu, provenant de déchets transformés, offre une texture soyeuse et impalpable très similaire à la soie, tout en étant exclusif et résistant. Ce choix illustre l’harmonie entre innovation et respect de l’environnement, caractéristiques essentielles de la philosophie de A'Biddikkia.

Ines Bensalah de Inessa Créations nous a présenté l’engagement de sa marque monégasque au cœur de la mode durable et éthique. Nous avions eu l’occasion de l’interviewer pour Sowl (voir article). Inessa Créations se positionne comme un acteur phare du luxe durable, prônant une approche éthique et écoresponsable de la mode. La marque s’engage à produire des pièces uniques et réalisées à la main, illustrant parfaitement sa vision de la mode durable.
Les produits d’Inessa Créations sont conçus pour une longue durabilité, en utilisant des matériaux soigneusement sélectionnés et des techniques respectueuses de l’environnement. Fabriqués en France, ces articles de luxe mettent en avant le savoir-faire local et soutiennent l’artisanat, valeurs fondamentales de la marque. Cette démarche garantit non seulement une qualité exceptionnelle, mais apporte une vision éthique et locale de la production de mode.
La marque coopère avec des fournisseurs locaux et renommés, assurant des conditions de travail équitables tout au long de la chaîne d’approvisionnement. L’upcycling est au cœur des actions d’Inessa Créations, particulièrement pour ses créations uniques, ce qui souligne son engagement envers une mode plus responsable. Inessa Créations participe activement à des événements et associations qui promeuvent les valeurs durables et éthiques, telles que SERD Monaco, et est engagée dans le Pacte National pour la Transition Énergétique à Monaco. La marque a également été récompensée par le certificat de participation « SERD MONACO, Semaine Zéro Déchet », affirmant son rôle écologique clé dans la Principauté. Dans une démarche complète de durabilité, Inessa Créations expédie ses produits dans des enveloppes 100 % compostables et biodégradables.

Nous remercions infiniment nos intervenantes qui, par leurs innovations, nous permettent d’imaginer la mode de demain et nous guident pour devenir des "consommacteurs" responsables.


Journée de la femme digitale, IA générative, Biodigitaux et Metaverse

Journée de la femme digitale, IA générative, Biodigitaux et Metaverse.

By Pascale Caron

Le 18 avril 2024, dans les locaux d’Extended Monaco, le MWF Institute a organisé une conférence très attendue, la « Journée de la Femme digitale ». Cet événement a rassemblé des professionnels du monde académique et privé pour célébrer et discuter du rôle des femmes dans l’univers de la technologie numérique, un secteur où elles sont historiquement sous-représentées.

Parmi les intervenants, Théo Campana, Dr Yves-Marie Le Bay, Dr Marie-Nathalie Jauffret, Manila Di Giovanni, et Pascale Caron ont apporté leurs perspectives enrichissantes. Chacun a partagé ses recherches et expériences, offrant des aperçus sur l’évolution de la technologie et son impact sociétal. Leurs discussions ont couvert des sujets allant de l’intelligence artificielle générative, des biodigitaux, au métavers, soulignant l’importance croissante de ces technologies dans notre quotidien.

Représentation des Femmes dans la Tech

La conférence a souligné un problème persistant : les femmes représentent seulement 25 à 28 % des employés dans le secteur technologique. Une enquête d’Epitech et Ipsos révèle que les stéréotypes sociétaux influencent encore lourdement les choix de carrière, avec seulement 33 % des filles encouragées à poursuivre des études dans le numérique, contre 61 % des garçons. Les défis ne s’arrêtent pas là ; elles rencontrent également des difficultés majeures à lever des fonds pour les startups technologiques.

Historiquement, elles ont été des pionnières dans le domaine de la Tech. Ada Lovelace, Grace Hopper, et Hedy Lamarr sont des rôles modèles qui ont contribué significativement à son développement. Ces figures illustres démontrent que les femmes ont été un moteur de l’innovation technologique.

Focus sur l’Intelligence Artificielle générative

Le Dr Yves-Marie Le Bay a particulièrement mis en lumière l’intelligence artificielle générative. Cette technologie, qui repose sur le deep learning, permet de produire différents contenus, offrant des possibilités infinies pour la création numérique. Les applications de l’IA générative s’étendent du texte à l’image, et même au développement de logiciels.
Le Dr Le Bay nous a expliqué comment utiliser l’IA générative dans nos entreprises, et comment écrire des prompts pertinents. Il a également abordé les implications managériales liées à l’adoption de l’IA dans les équipes. Il est crucial de se concentrer sur la gestion de la résistance au changement et l’anxiété que peut engendrer l’introduction de l’IA dans les processus de travail. Développer une culture d’innovation est primordial. La création d’un think tank, l’organisation de conférences, la récompense des idées innovantes, et l’établissement d’un cursus de formation sont essentiels pour nourrir une culture d’innovation. Si votre entreprise est plus grande, pourquoi ne pas mettre en place une équipe dédiée à l’évangélisation de l’IA pour garantir une intégration transversale et efficace de cette technologie ?

Il a souligné que l’IA, bien que puissante, doit être gérée avec prudence pour maximiser son potentiel tout en minimisant les risques associés. Il est bien sûr impératif de réviser la qualité des données, de s’assurer de la confidentialité, de vérifier les biais des algorithmes et de prévenir les problèmes éthiques rattachés à l’IA.
Informer et former les clients sur les applications d’IA développées par l’entreprise est essentiel pour leur adoption et leur utilisation correctes. Enfin, il est vital de toujours maintenir un esprit critique envers les réponses fournies par l’IA. L’IA est un assistant qui nécessite une supervision et un contrôle constants.

L’évolution de l’IA générative pose d’importantes questions sur les implications éthiques et les impacts sur l’emploi et la société. La conférence a appelé à une plus grande inclusivité et diversité dans le développement de ces technologies pour éviter les biais et maximiser les bénéfices attendus.

 

La Biodigitalisation

Dr Marie-Nathalie Jauffret, de l’International University of Monaco, a exploré le concept fascinant de la biodigitalisation. Son intervention a mis en lumière comment l’intégration de ces influenceurs numériques ouvre de nouvelles avenues dans la communication des entreprises.

Le Dr Jauffret a souligné comment l’innovation, particulièrement dans le domaine du marketing, est renforcée par la biodigitalisation. Cela inclut le développement de nouvelles méthodes pour communiquer avec les consommateurs et les marchés de manière plus personnalisée et engageante.

Elle nous a démontré la façon dont la biodigitalisation peut générer des opportunités uniques pour les entreprises, en servant d’ambassadeur ou d’influenceur biodigital. Ces nouveaux acteurs numériques peuvent non seulement porter les valeurs de la marque, mais aussi agir en tant que modèles ou représentants intellectuels et physiques, offrant une nouvelle dimension à l’identité de marque.

Le Metaverse

La conférence c’est ensuite axé sur le Metaverse avec l’intervention très attendue de Manila Di Giovanni, CEO de Dworld. Comment l’IA peut-elle contribuer à l’amélioration des environnements du Metaverse ? Elle a exploré le rôle potentiel de l’intelligence artificielle dans l’amélioration du Metaverse.

Dworld se spécialise dans la création de jumeaux virtuels de haute qualité, pour le Metaverse. Un des projets phares a été la co-création de celui de Monaco. Ce projet a impliqué toutes les parties prenantes locales et visait à produire une réplique virtuelle de la Principauté à la fois réaliste et haut de gamme. L’objectif étant d’aligner cette création numérique avec l’image et les aspirations de Monaco pour renforcer son leadership global et générer une valeur économique tangible pour le pays.

Plus récemment, Dworld a annoncé un autre projet ambitieux : la conception d’un Metaverse dédié à Gênes, qui inclura une renaissance virtuelle de Niccolò Paganini, le célèbre violoniste et compositeur italien. Ce projet illustre la philosophie innovante de l’entreprise, résumée par Di Giovanni elle-même : « Il n’y a aucun risque à créer ou à participer à l’avenir. Cependant, ne pas évoluer ni s’adapter représente un véritable risque de se retrouver à la traîne, incapable de saisir les nouvelles opportunités. »

La « Journée de la Femme digitale » a donc été un moment crucial pour reconnaître et promouvoir le rôle des femmes dans la technologie. L’événement a non seulement servi à éduquer et informer, mais a aussi agi comme un catalyseur pour de futures initiatives visant à renforcer la présence féminine dans ce secteur. L’engagement à continuer de briser les barrières pour les femmes dans la Tech est plus nécessaire que jamais, pour construire un futur où l’innovation bénéficie de toutes les perspectives.

Merci aux participants pour leur questions pertinentes.

 

Théo Campana, fait partie du Comité pour la promotion et la protection des droits des femmes, Gouvernement Princier.

Yves-marie Le Bay  est Docteur Ingénieur en Intelligence Artificielle et consultant en stratégie IA auprès de grandes entreprises et membre de l’institut EuropeIA. Il enseigne aussi en parallèle à l’Université de Nice  et à l’EDHEC Business School auprès d’etudiants en Master et en Doctorat.
 Yves-Marie Le Bay possède une solide expérience dans le domaine du logiciel, avec plus de 30 ans d'expérience .  Récemment, Yves-Marie avait dirigé le Marketing Mondial de la "Génération de prospects" pour Hewlett Packard (HP).

Dr Marie-Nathalie Jauffret est titulaire d’un Doctorat obtenu  à l’Universite Nice Côté d’Azur. Elle exerce au sein de l’International University of Monaco. Sémioticienne et spécialiste de la communication non verbale et de l’innovation numérique, elle mène des recherches sur les biodigitaux depuis 2018.
Ses résultats sont publiés à l’international dans des revues scientifiques et elle fait aussi de la vulgarisation dans différents journaux comme TheConversation. Elle travaille  à la réalisation de plans de biodigitalisation pour permettre l’innovation sans risque.

Manila Di Giovani, pionnière de la Réalité Virtuelle et du Metaverse, est fondatrice de DWorld. À seulement 23 ans, elle s’est imposée dans un secteur dominé par les hommes dans le monde de la technologie et du metaverse. Elle a établi sa compagnie, DWorld, révolutionnant l’univers du Metaverse. Son travail a été reconnu par de nombreux prix, notamment le « Monte-Carlo Woman of the Year Award » en tant que la plus jeune lauréate. Retrouvez son portrait sur notre site. ICI

Pascale Caron est directrice de rédaction de Sowl Initiative et responsable des partenariat de MWF Institute. Elle est CEO de Yunova Pharma a Monaco. Spécialiste de la Tech, elle était notre maitre de cérémonie.


Sport : durabilité et l’économie circulaire

Interview de Manon Renaudo, fondatrice de Second Relais, une plateforme d’articles de sport de seconde main qui guide les sportifs amateurs et les clubs sportifs dans leur parcours écologique.
By Pascale Caron.

Entre le stylisme, le marketing digital et l’athlétisme, notamment le triathlon, Manon Renaudo incarne la passion pour l’entrepreneuriat. Voici son histoire inspirante et les coulisses de la création de Second Relais.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a poussée à lancer Second Relais ?

Depuis mon enfance, la danse classique a été une partie intégrante de ma vie, m’immergeant ainsi dans le monde du sport. Cependant, mon expérience professionnelle a débuté dans un tout autre domaine : le stylisme et le modélisme. Après cinq ans dans l’industrie de la mode, où j’ai travaillé de la conception à la réalisation de prototypes pour des marques de différentes envergures, j’ai ressenti le besoin de changement. Le désir de travailler dans des structures plus petites, où je pouvais avoir un impact plus direct et être impliquée dans divers aspects de l’entreprise, m’a beaucoup attirée.

L’industrie de la mode m’a laissée perplexe quant à mon évolution de carrière. La perspective de lancer ma propre marque, bien que séduisante, me semblait financièrement intimidante. C’est pourquoi j’ai opéré un virage professionnel vers le marketing digital, un secteur qui m’intéressait profondément. J’ai eu la chance de travailler chez Citygo, une entreprise novatrice proposant des solutions de covoiturage pour améliorer la mobilité urbaine.
L’équipe était top et c’est à cette époque que mon manager m’a lancé le défi de me mettre à la course à pied. C’est une belle personne, très portée sur les valeurs du sport. Moi qui ne courais même pas à part derrière un taxi, je me suis lancée à faire un dix kilomètres !

J’avais 30 ans, j’avais arrêté la danse classique et donc je me suis dit « Fais gaffe à ton corps, reprends une vie un peu plus saine, arrête le dancefloor. ». Pour me motiver, j’ai écouté un youtubeur Running Addict. Il m’a donné un truc que j’ai appliqué : pour faire rentrer une habitude dans ton quotidien, fais-la trois fois par semaine pendant trois semaines. Même si c’est juste t’habiller, claquer la porte de chez toi et courir dix minutes. J’ai écouté ses conseils à la lettre. La 1ere fois, j’ai couru trois kilomètres en 35 minutes et j’ai cru que j’allais crever !

Après le dix kilomètres je me suis lancé le défi de faire un semi, mais malheureusement la date est tombée la veille de l’annonce du confinement. Quand j’ai repris la course à pied, je me suis blessée, et je me suis mise à nager, moi qui détestais ça ! je me faisais faire des mots de médecin à l’école pour éviter la natation. C’est comme cela que j’ai rencontré des gens qui faisaient partie du club de triathlon de Levallois et m’ont motivée à m’inscrire. Pour moi, le triathlon c’était Ironman ! Mais au final, tu as des triathlons S, M, XS, L, XL et tout le monde pouvait y trouver son compte. Je suis donc entrée dans le club.

C’est à cette époque que j’ai dû m’équiper. J’ai tenté de trouver des solutions en seconde main. Et à cette époque-là, il n’y avait pas de communauté de sportifs qui pouvait vraiment nous conseiller pour nous équiper. Un ami très gentiment m’a fait des mails énormes avec les liens Leboncoin. Il avait copié toutes les descriptions en prenant en compte ma taille, mon poids, mon expérience sportive, mes buts sportifs, etc.
Ça a été le déclic pour Second Relais. La difficulté à trouver des équipements sportifs de seconde main fiables et la volonté de proposer une alternative écologique ont été mes principales motivations. Après un an et demi de recherche et un projet pilote sur Instagram, j’ai pu constater un véritable intérêt. Grâce au soutien de la CCI et d’un accompagnement dédié, j’ai franchi le pas pour transformer cette idée en réalité. Le site est en ligne depuis un an.

 

Quelle est la mission de Second Relais aujourd’hui ?

Second Relais aspire à révolutionner la façon dont les athlètes et les clubs sportifs abordent l’équipement sportif, en promouvant la durabilité et l’économie circulaire. Notre plateforme ne se limite pas à la vente d’équipement de seconde main ; elle vise à éduquer et à encourager une communauté vers des pratiques sportives respectueuses de l’environnement. Nous offrons des outils et des ressources personnalisés pour les clubs désireux d’intégrer ces valeurs dans leur quotidien , avec leur propre plateforme de seconde main privée entre licenciés et un kit de sensibilisation autour du sport durable.

 

Quels sont tes futurs défis ?

Notre principal défi est d’élargir notre portée et notre impact en consolidant des partenariats avec les institutions sportives et en augmentant le nombre de clubs engagés dans notre démarche. Pour cela, nous recherchons activement des financements pour étoffer notre équipe et intensifier nos campagnes de marketing et de communication.

 

Quels podcasts t’inspirent et te motivent dans ton aventure ?

Je puise mon inspiration dans une variété de podcasts qui explorent les réussites sportives et entrepreneuriales, comme « Les Baladeurs », « The Other », et « Génération Do It Yourself ». Ces récits me motivent à poursuivre mes objectifs et à continuer d’innover au sein de Second Relais.

 

Pour finir, quel est ta devise ou ton mantra ?

« Seule, on va plus vite ; mais ensemble, on va plus loin. » Cette maxime résume parfaitement l’esprit d’entrepreneuriat et d’effort collectif qui caractérise Second Relais. Elle souligne l’importance de la collaboration et du partage d’expériences pour atteindre des buts communs.

Voici la page Linkedin de Second Relais https://www.secondrelais.com/

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


Du conseil stratégique à l'entrepreneuriat

Interview de Marion Boyadjis, fondatrice et gérante du restaurant Casa Leya et du club sport et bien-être Flexx.

By Pascale Caron

La carrière de Marion est marquée par une transition réussie du conseil en stratégie et de la finance à l’entrepreneuriat dans le secteur du bien-être et de la restauration. Depuis plus de six ans, elle dirige Casa Leya, un établissement à Nice, illustrant sa capacité à identifier et à répondre aux besoins du marché local en matière de restauration. Son nouveau projet, Flexx Nice, sera un club sport et bien-être haut de gamme qui inclura un écosystème bien être avec piscine, Sauna, hammam, un espace de co-working et un restaurant healthy.

J’ai fait sa connaissance lors d’un comité de financement d’Initiative Côte d’Azur et j’ai tout de suite été séduite par ce beau projet et par sa personnalité. J’ai tout naturellement voulu en savoir plus…

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à devenir entrepreneure ?

J’ai fait l’École Centrale Paris après une prépa. Étant à l’époque très intéressée par les matières scientifiques, j’ai découvert à Centrale qu’au final, j’étais plus attirée par les sujets de type business, économie, etc. En sortant de Centrale, les voies qui s’ouvraient, c’était soit la banque, soit le conseil.

J’ai donc commencé par la banque dans les fusions-acquisitions. J’ai travaillé chez Goldman Sachs à Londres, qui était à l’époque ce qui se faisait de mieux dans le domaine. J’ai ensuite rejoint BNP Parisbas à mon retour en France, et assez vite, je me suis rendu compte que je n’étais pas faite pour ça. Je me suis alors dirigée vers le conseil en stratégie. Je suis entrée au Boston Consulting Group, qui est la référence dans le domaine.

J’y suis restée pendant un peu plus de six ans et j’ai gravi les différents échelons jusqu’à être Principal, le grade avant Partner. Je me suis spécialisée en « Consumers Goods » : les biens de grande consommation. J’étais chef de projet senior sur la fin, et je gérais plusieurs clients en parallèle. Si mon travail était passionnant, d’un point de vue personnel, j’avais envie de changement. Avec mon mari, qui est devenu mon ex-mari et mon associé nous étions à la recherche d’une meilleure qualité de vie dans le sud, loin de Paris. On a donc étudié différentes villes de la Côte d’Azur et on est tombé sous le charme de Nice, mais sans connaître spécialement. Nous sommes restés en très bons termes et on continue à faire tous nos projets professionnels ensemble, et ça se passe très bien.

En concrétisant ce projet de vivre sur Nice, on s’est rendu compte que les jobs qu’on exerçait n’existaient pas en province, ils sont vraiment très parisiens. On s’est dit que le plus intéressant serait de monter nos propres boîtes. En partant de ce constat, j’ai fait des recherches. J’apprécie beaucoup le contact direct avec le client. Je suis attirée par le domaine de la nourriture, du sport et du bien-être. Tout cela me parle tant à titre personnel, que professionnel. J’aime les endroits où l’on vient passer un bon moment, où on est heureux d’être là. En partant de ce constat, on a fait une étude de marché pour voir sur quel positionnement monter un restaurant. Nous avons ouvert Casa Leya 1 an après être arrivés sur Nice en 2017. C’est une affaire qui tourne bien : nous avons entre 30 collaborateurs l’hiver et 60 l’été entre la salle et la cuisine. J’ai un petit peu musclé les fonctions supports qu’historiquement je faisais moi-même, comme la communication sur les réseaux sociaux, la réservation de groupes, la partie comptabilité, le contrôle de gestion et la RH. Cela me permet de libérer du temps pour d’autres taches. Je suis la gérante et j’ai 70 % des parts. Mon associé m’a surtout aidé lors de la construction du projet. On se parle régulièrement toutes les semaines. Mais c’est moi qui gère au quotidien. Il a pas mal d’entreprises à gérer de son côté.

 

Et tu te lances dans une nouvelle aventure qui est le Flexx à Nice. Mais tu vas pouvoir gérer les 2 de front ?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, c’est rigolo parce qu’on m’a remonté qu’il y aurait des rumeurs de vente de Casa Leya, alors que pas du tout. On a bien développé le restaurant et on a acheté le fonds de commerce voisin pendant le COVID. On a eu l’autorisation d’avoir la terrasse sous les arcades du cours J.Chirac et ça, c’est super.

C’est un lieu qui est très apprécié des Niçois, au soleil en hiver, et à l’ombre l’été avec un petit air frais. Maintenant, avec l’équipe qui s’est renforcée, j’ai du temps pour me consacrer au moins partiellement à une autre activité. On avait envie de faire quelque chose dans le domaine du fitness. On s’est rendu compte qu’il y avait un manque sur le créneau haut de gamme à Nice en centre-ville et une vraie demande venant d’une clientèle CSP+. Il existe beaucoup de salles low cost, mais ce type d’offre est quasiment absent. On s’est inspirés de ce qui fonctionne bien à Paris ou à Londres. On a voulu créer un lieu de vie où il y a non seulement le côté sportif, mais également la partie bien-être spa et le coworking et aussi le restaurant. Et du coup, pour faire tout ça au même endroit, il nous fallait une belle superficie !

On souhaitait être en plein centre-ville pour toucher cette clientèle qui habite ou travaille dans le secteur. Il n’y avait pas tant de locaux disponibles que ça, à part celui du George qui avait été fermé en 2015, un emplacement absolument magnifique avec une grande hauteur sous plafond. Il est chargé d’histoire. Ça a été la première cuisine ouverte et précédemment un théâtre, un casino. Beaucoup de niçois connaissent cet endroit. On s’est projeté vraiment dans ce local, même si en termes de travaux, il y avait beaucoup de choses à faire. On l’a repris en avril dernier et on a débuté le gros œuvre dans la foulée. L’idée, c’est de proposer une expérience personnalisée à chacun. Le lieu sera un endroit exceptionnel afin de prendre soin de son corps et de son esprit : à la fois sur le côté physique et bien-être. Au niveau sportif, on aura de très beaux équipements en libre-service, en cardio et en musculation. On aura une centaine d’heures de cours collectifs par semaine et du coaching privé, avec des instructeurs, tous diplômés d’État, et que l’on a recrutés avec attention. Nabil Benhaij sera notre directeur d’exploitation. Côté bien-être, on aura une piscine dans laquelle seront organisés des cours aquatiques, un sauna, un hammam, un espace détente, des cabines de consultation, ostéopathe, diététicien et ensuite un espace soins de la marque Algotherm.

Il y aura une zone coworking : tout d’abord des places au niveau du restaurant où chaque membre pourra travailler à son rythme quand il le désire. Et on aura aussi un coworking fermé sur abonnement spécifique où des personnes qui souhaiteraient installer leur entreprise peuvent avoir un bureau qui leur est consacré à l’année. Pour la partie restauration, nous avons créé une autre marque, Foodie avec une salle qui donnera sur l’extérieur, ouverte à tous. Il y aura également une salle dans le Flexx dédiée uniquement aux membres. La cuisine sera ouverte toute la journée de 8 h à 18 h sur un concept brunch et coffee shop avec des options healthy pour la clientèle sportive. En termes de boissons, on aura une carte assez développée : beaucoup de smoothies, de milkshakes et des shakers protéinés.

 

C’est très impressionnant. Comment vont se passer les liens avec Casa Leya ?

 Une partie de l’équipe de Casa Leya va être transférée : le directeur va chapeauter les 2 établissements. Certains collaborateurs de Casa Leya travailleront à Foodie, ce qui créera des synergies. C’est une restauration qui est fermée le soir, avec un service en continu en journée. C’est le Graal pour les collaborateurs. Le reproche le plus fréquent dans la restauration, c’est qu’on travaille le soir, en coupure. Quand on a mis des annonces sur internet, on a eu pas mal de retours, parce que ces jobs sont rares et convoités. On attire du personnel qui potentiellement a des enfants et qui pourra les chercher à la sortie de l’école.

 

Mais toi, comment gères-tu ?

Je travaille en journée, car je ne suis pas impliquée de manière opérationnelle dans le restaurant. L’expérience acquise avec Casa Leya m’a permis de mettre en place une équipe solide, capable de piloter le quotidien efficacement, me libérant donc pour me consacrer également au Flexx. Le partage de certaines ressources entre les deux établissements crée une synergie bénéfique pour tous. Chez Flexx, il y aura une dizaine de coachs, le même nombre de commerciaux. Ensuite, on aura les équipes du spa et les équipes de blanchisserie et ménage, qui seront externalisées. Au restaurant, nous aurons également une dizaine de collaborateurs.

 

Quels sont les secrets de ce succès ?

Respect des réglementations, management humain et attentionné, et un engagement profond envers le bien-être de notre équipe. Nous organisons régulièrement des activités de team building, renforçant ainsi le lien et la fidélité de nos collaborateurs. Tous nos responsables sont les mêmes depuis l’ouverture, ce qui est assez rare dans la restauration : on en est très fiers.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?

Je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs. Au BCG, j’avais surtout des contacts avec de grosses boîtes du CAC 40, pas vraiment le monde de l’entrepreneuriat. Mais à Nice, j’ai rejoint le CJD, un club où on est tous chefs d’entreprise. Là, ça a été super intéressant parce qu’on peut échanger sur tout : les galères, les succès, comment on avance. Ça aide beaucoup. En plus de ça, il y a le « Réseau Entreprendre » qui me suit et Initiative Côte d’Azur qui m’ont soutenue pour le financement.

 

Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?

À une époque, je lisais beaucoup sur l’entrepreneuriat pour m’inspirer. Un livre en particulier m’a vraiment marquée : « One to Zero » de Peter Thiel. Il nous explique comment lancer et gérer des startups d’une façon qui sort de l’ordinaire, en mettant l’accent sur l’innovation. Ce livre m’a ouvert les yeux sur l’importance de créer quelque chose de nouveau, de passer de rien à quelque chose. Ça m’a beaucoup aidée à penser différemment à propos de mes propres projets. C’était le genre d’inspiration dont j’avais besoin à ce moment-là.

 

Est-ce que tu aurais une devise ou un mantra ?

L’entrepreneuriat est un parcours semé d’embûches, mais chaque obstacle surmonté intensifie notre capacité à affronter les suivants. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » est une devise qui résonne profondément avec mon expérience.

 

Retrouvez le club Fexx sur le site https://www.flexx-club.fr/

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Recherche] Santé Mentale

Interview du Professeur Camilla Bellone, Directrice du Centre Synapsy

Par Pascale Caron

 

Le Centre Synapsy, situé à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève, est une institution dédiée à la recherche en neurosciences et à la santé mentale. Ce centre, unique en son genre en Suisse, en Europe et dans le monde, s’attaque à des maladies mentales telles que la schizophrénie, l’autisme et les troubles de l’humeur.

Camilla Bellone est Professeure associée au « Département des Neurosciences Fondamentales » et coordinatrice du Centre Synapsy de l’UNIGE. Elle apporte une perspective pharmacologique et neurophysiologique sur les fonctions cérébrales impliquées dans les troubles mentaux. Ses recherches se concentrent sur les mécanismes neurobiologiques du comportement social, allant des molécules aux réseaux neuronaux dans lesquels ils évoluent. Elle s’intéresse particulièrement à l’autisme, un trouble connu pour altérer les compétences sociales.

 

Pouvez-vous nous parler de Synapsy ?

Au Centre Synapsy, nous sommes au cœur d’une fusion révolutionnaire entre neurosciences et psychiatrie. Créé en 2002 par Dominique Muller et Pierre Magistretti, notre centre rassemble neuroscientifiques et psychiatres dans un élan commun : comprendre et traiter les maladies mentales à travers les mystères du cerveau. Cette initiative, encore peu connue par le grand public, vise à connecter ces deux domaines, longtemps restés distincts, pour déchiffrer les bases neuronales des troubles psychiatriques et explorer de nouvelles voies thérapeutiques.

L’essence même de notre travail réside dans la découverte et la compréhension des fonctions et dysfonctions cérébrales. Pendant douze ans, notre attention s’est portée sur des maladies telles que la dépression, la schizophrénie, l’autisme et les troubles liés au stress. Mais, à travers ces recherches, nous avons identifié des dysfonctions cérébrales transversales à diverses pathologies. Par exemple, la motivation, qui joue un rôle crucial dans la prise de décision, se retrouve affectée dans plusieurs conditions, allant de la dépression à l’autisme.

Outre la motivation, les aspects cognitifs comme l’apprentissage et la mémorisation sont essentiels à tous les âges et impactés dans divers troubles mentaux. De même, l’attention, indispensable dans le quotidien, est souvent altérée dans plusieurs maladies.

Mon sujet de recherche se concentre sur les interactions sociales, un domaine fascinant qui révèle la variété de nos comportements. Cette étude des individualités, allant des personnes ouvertes et confiantes à celles à la limite de l’autisme, soulève une question fondamentale : d’où viennent ces différences et pourquoi existent-elles ? Comprendre cela est crucial pour valoriser la diversité dans notre société, sans chercher à normaliser les gens.

Le concept d’intelligence collective est au cœur de nos recherches. Cette approche, qui rassemble différentes personnalités pour générer de nouvelles idées, est encore peu explorée en neurosciences. Chez Synapsy, nous étudions ce phénomène pour mieux comprendre comment notre cerveau gère cette individualité et comment elle influence nos décisions.

 

Pouvez-vous expliquer votre parcours et ce qui vous a amenée justement à vous passionner pour ce domaine ?

J’ai fait des études classiques au lycée, en Italie, à Milan. Puis, à un moment, j’ai décidé que je voulais être médecin. Malheureusement, je n’ai pas réussi l’examen pour entrer à la faculté de médecine. Alors que j’avais décidé au bout du compte de me diriger vers des études littéraires, j’ai rencontré une amie qui allait étudier à la faculté de pharmacie. Je l’ai accompagnée, totalement par hasard, et je me suis finalement engagée dans 5 ans d’études de pharmacie. Le côté officine ne m’intéressait pas : je voulais vraiment étudier plus la pharmacologie, l’anatomie et la physiologie. Après trois ans d’études, j’ai eu une révélation : j’ai rencontré l’un de mes mentors, la professeure en neurosciences Monica Di Luca, pharmacologue à l’université de Milan. C’est elle qui m’a véritablement inspirée.

Son cours m’a passionnée et j’ai alors demandé à réaliser une thèse sous sa direction. C’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse des neurosciences, fascinée par la compréhension du fonctionnement du cerveau. Pendant mon doctorat, j’ai eu l’opportunité de partir à l’étranger. J’étais convaincue d’aller à Édimbourg, mais lors d’une conférence, j’ai rencontré Christian Lüscher de l’Université de Genève. Sa manière d’expliquer les choses m’a totalement conquise et j’ai demandé si je pouvais passer une année dans son laboratoire. C’est ainsi que je suis arrivée à Genève.

C’était la première fois que je quittais ma maison. J’étais excitée à l’idée de vivre seule et de découvrir de nouveaux horizons. Alors que je devais rentrer en Italie avant d’aller faire un post-doctorat aux États-Unis, j’ai finalement décidé de ne pas partir, car j’étais tombée amoureuse. Christian Lüscher m’avait quand même encouragée à partir pour le bien de ma carrière. J’ai donc réalisé mon post-doctorat aux États-Unis, à l’University of California à San Francisco, où je suis restée deux ans.

À San Francisco, tout se passait bien. Je travaillais sans relâche, car mon objectif était de retourner à Genève le plus rapidement possible pour retrouver mon fiancé. J’ai collaboré avec Roger Nicol, un pionnier dans l’étude de la physiologie neuronale. Bien qu’il ait été déçu de ma décision de quitter son laboratoire de manière précoce , mon désir de trouver un équilibre entre ma vie professionnelle et personnelle était plus fort.

De retour à Genève, j’ai rejoint une nouvelle fois le laboratoire de Christian Lüscher. J’ai eu la chance d’obtenir un poste de professeur assistant à Lausanne, grâce à une bourse du Fonds national suisse, puis à Genève en 2016. En 2020, je suis devenue professeure associée. L’opportunité d’intégrer Synapsy s’est alors présentée. J’étais membre du conseil d’administration et, suite au décès tragique du directeur de l’initiative, j’ai pris sa relève en tant que Directrice de Synapsy. Je me suis entièrement dévouée à ce centre. J’ai toujours mon laboratoire de recherche qui emploie 15 personnes. Récemment, le nouveau doyen m’a demandé de devenir vice-doyenne, ce que j’ai accepté, embarquant dans cette aventure captivante. Cela représente beaucoup de responsabilités, mais c’est extrêmement enrichissant.

Mon engagement dans la recherche et l’enseignement reflète ma passion pour l’apprentissage et l’interaction humaine. Je suis foncièrement positive. Je m’enrichis beaucoup de ces différentes activités et du contact avec les étudiants.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples de vos sujets de recherche ?

Nous nous intéressons particulièrement au processus décisionnel, notamment à la manière dont une personne décide d’interagir avec autrui ou de l’éviter. Ce sujet est spécialement pertinent dans le contexte actuel, comme dans le cas des violences faites aux femmes. Chacun doit apprendre à identifier les situations ou les personnes à éviter, et à choisir avec qui interagir. Chez certains individus, ce processus peut être altéré en raison de pathologies, les empêchant de faire les bons choix, même face à des aspects négatifs.

Dans nos recherches sur le modèle animal, notamment sur les rongeurs, nous avons pu observer le cerveau et comprendre ce qui s’y passe. Nous nous sommes intéressés à la motivation, en particulier à celle qui nous pousse à interagir avec les autres ou à les éviter. Nous avons découvert que les neurones dopaminergiques, qui libèrent le neurotransmetteur dopamine, jouent un rôle crucial dans la motivation. Ces neurones sont également actifs pendant les interactions sociales, caractérisées par une libération de dopamine. Ces observations sont fondamentales pour comprendre les aspects motivationnels de notre comportement.

En particulier, nous avons mené des études sur des souris présentant des gènes associés à l’autisme. Nous avons constaté une altération de ce processus motivationnel, liée à une activité anormale des neurones dopaminergiques et à une libération insuffisante de dopamine. Cela pourrait être à l’origine de dysfonctions sociales, en particulier celles liées au manque de motivation à interagir avec les autres.

 

Est-ce que vous auriez un livre à nous conseiller ?

Je suis une grande lectrice et j’apprécie particulièrement les livres de neurosciences accessibles au grand public. Je recommanderais « Behave. The biology of humans at our best and worst » de Robert Sapolsky pour son approche captivante de l’être humain. Je recommande également « Sapiens : Une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari, un ouvrage fascinant qui offre une perspective globale sur l’évolution humaine et ses implications.

Je conseille souvent à mes étudiants et étudiantes de ne pas se perdre dans les détails techniques de leur travail et de garder une vision d’ensemble. Les livres sont excellents pour développer notre capacité à voir les choses dans un contexte plus large.

 

Pour finir, auriez-vous une devise ou un mantra ?

Elle est simple mais puissante : « toujours regarder le verre à moitié plein ». C’est cette vision optimiste qui guide mon approche tant dans la vie personnelle que professionnelle.

Pour contacter le centre Synapsy https://www.unige.ch/medecine/synapsycentre/fr

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


Woman In Tech : Metaverse

 

Interview de Manila Di Giovanni : Pionnière de la Réalité Virtuelle et du Metaverse, fondatrice de DWorld.

By Pascale Caron

À seulement 23 ans, Manila Di Giovanni Fondatrice de DWorld, s’est imposée dans un secteur dominé par les hommes dans le monde de la technologie et du metaverse.

Elle a établi sa compagnie, DWorld, révolutionnant l’univers de la réalité virtuelle. Son travail a été reconnu par de nombreux prix, notamment le « Monte-Carlo Woman of the Year Award » en tant que la plus jeune lauréate. Elle a collaboré avec le département smart cities de la Principauté de Monaco, ce qui a fait de Monaco le premier pays avec une économie virtuelle.

DWorld, a récemment annoncé un partenariat stratégique avec Impero pour créer le Metaverse des Philippines. Cette collaboration vise à réaliser une version virtuelle des villes de ce pays, offrant une nouvelle dimension au tourisme et à l’économie numérique. Le projet a été présenté lors de l’événement « Ready Marketing One », soulignant l’importance de la technologie dans la promotion du tourisme.

En novembre 2023, elle a été distinguée par l’Oscar de l’innovation ANGI 2023 décerné par Diana Battaggia, le chef de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel. Elle a reçu également le prix Aidda 2023, en Italie, soulignant son rôle de leader dans la création des smart cities dans le metaverse.

D’autres projets sont en cours comme la virtualisation de Genova, sa ville natale, dans le metaverse. L’objectif de DWorld est de fusionner le réel et le virtuel, offrant des expériences immersives et de nouvelles possibilités dans l’économie numérique.

 

Manila, parle-nous de ton parcours et de ce qui t’a amené à créer ton entreprise ?

Étant moitié italienne, moitié philippine, j’ai toujours eu une mentalité ouverte, un mélange d’Est et d’Ouest. J’évite les stéréotypes et j’embrasse les idées de tout le monde, ce qui m’aide à développer mon équipe.

Mon tout premier rêve était de devenir joueuse de tennis professionnelle jusqu’à l’âge de 16 ans. J’ai passé de nombreux mois, notamment à Barcelone, m’entraînant huit heures par jour, tout en poursuivant mes études secondaires. J’ai participé à de nombreux tournois, jouant même au niveau national en Italie et à l’étranger. Le tennis m’a appris l’importance du sacrifice et de la détermination. Réaliser ses rêves nécessite une volonté de fixer des objectifs clairs et de travailler inlassablement, jour et nuit, pour les atteindre.

Et puis au lycée j’ai dû choisir entre le tennis et les études. Si je gagnais le championnat national, je continuais, sinon je poursuivais mes études et me consacrais à une carrière entrepreneuriale. Je n’ai pas remporté ce tournoi ! Ça a été un moment triste et décisif pour moi, compte tenu de toutes les années de sacrifices que j’avais faits.

Cette expérience m’a inculqué une discipline et une perspective uniques que j’ai ensuite appliquées à mes études universitaires, à mon travail, et dans mes interactions avec mes collègues. Dans le tennis, surtout en double, il faut protéger son partenaire, faire preuve de leadership, et porter l’espoir de gagner. Ces mêmes qualités sont nécessaires en entreprise, notamment dans les startups où maintenir la motivation et afficher constamment des résultats est vital. Les difficultés rencontrées doivent être abordées avec un esprit d’équipe et un leadership fort. La constance et la performance sont cruciales, car sans elles, le moral de l’équipe peut baisser, ce qui affecte la viabilité à long terme de l’entreprise.

J’ai donc poursuivi des études universitaires à l’IUM à Monaco. Un des tournants a été les stages que j’ai effectués à Singapour et en Chine, plongeant dans les dernières technologies, comme la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle. À Shenzhen, j’ai vraiment vu l’innovation en action. C’était un tremplin pour les startups, une expérience qui a radicalement changé ma vision du monde.

J’ai terminé mes études à l’Université de Monaco en 2021. L’idée de DWorld est née de ma passion pour les mondes virtuels, influencée par les mangas et animés japonais. Je voulais créer un espace qui soit l’opposé d’un monde dystopique, un lieu qui pourrait aider les gens. À Singapour, j’ai été fascinée par l’idée des Smart Cities, et cela a renforcé mon désir d’améliorer les infrastructures et les capacités humaines, en particulier dans les nations en développement.

 

Quelle est la vision derrière DWorld ?

L’objectif de DWORLD est ambitieux : intégrer les entreprises, les services publics, et les résidents dans une économie virtuelle. Cela nécessite une reconnaissance mondiale et beaucoup de lobbying. J’ai présenté mon projet lors de ma deuxième année à l’IUM à Monaco, ce qui a conduit à la création d’un jumeau virtuel de la ville.

 

Quelle est la différence entre DWorld et d’autres mondes virtuels ?

La différence clé réside dans l’optimisation des polygones et l’intégration des écosystèmes réels. Dans DWorld, contrairement aux jeux virtuels, vous pouvez visiter des endroits avec vos proches dans un environnement multi-utilisateur, intégrant des entreprises réelles et des services publics.

Nous avons commencé avec Monaco, puis étendu aux Philippines grâce à un partenariat important avec le gouvernement. Nous travaillons actuellement sur l’ajout de Gênes, en Italie. Notre modèle économique repose sur des loyers payés par les entreprises pour leur présence dans DWorld et des commissions sur leurs ventes.

 

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Dans un avenir proche, nous espérons interconnecter au moins quinze villes, créant ainsi une société plus démocratique où les gouvernements et les citoyens peuvent interagir de manière transparente grâce à la blockchain.

 

Comment envisages-tu de rendre DWorld accessible à tous ?

La technologie doit être adaptée pour tous. Comme Internet il y a 20 ans, l’adaptation à ces nouvelles technologies est essentielle. Nous n’avons pas choisi de Cloud pour l’instant : notre plateforme peut se télécharger sur un ordinateur personnel, et nous travaillons avec des blockchains durables, qui sont utilisées pour les transactions, pour minimiser notre impact environnemental.

 

Manila, dans cette aventure entrepreneuriale unique, y a-t-il des personnes qui t’ont particulièrement inspirée ?

Souvent, on s’attend à entendre parler de mentors célèbres ou d’entrepreneurs à succès. Mais pour moi, l’inspiration est venue de mes parents. Ils ont été mon modèle ultime d’humilité et d’entrepreneuriat.

Mon père, en particulier, a bâti sa propre entreprise à partir de zéro. Ils m’ont élevée dans un esprit d’indépendance et d’entrepreneuriat, m’incitant à forger mon propre chemin.

Ils ont su trouver l’équilibre parfait entre me donner la liberté de faire mes propres choix et maintenir une certaine rigueur. Ma mère, en particulier, exigeait toujours le meilleur de moi, ce qui m’a inculqué une discipline ferme. Cette combinaison d’autonomie et d’exigence m’a aidée à grandir, tant personnellement que professionnellement : elle a été fondamentale.

Ils ne m’ont jamais poussée dans une direction spécifique. Ils ont respecté mes choix, qu’il s’agisse de ma passion pour le tennis ou mon intérêt pour l’entrepreneuriat. Cette liberté m’a permis de découvrir mes propres passions et de développer les compétences nécessaires pour les poursuivre.

 

As-tu un livre ou un podcast à recommander ?

Je recommande le podcast « Live Wide Awake - Sustainability & Conscious Leadership » de Steph L Dickson. Elle aborde des sujets cruciaux pour notre génération, notamment l’importance des défis environnementaux que nous devons relever.

 

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

« There’s no risk in creating or taking part in the future. But there’s a risk in not changing and adapting while being left behind and not being able to grasp new opportunities. » Cette phrase est de moi 😉.

Les changements, en particulier dans les domaines scientifiques et technologiques, ne doivent pas être vus comme des risques, mais comme de nouvelles façons de résoudre des problèmes. Il est crucial d’avoir l’esprit ouvert et d’intégrer ces technologies dans notre vie quotidienne.

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Tourisme] de ville en ville

Interview de Carine de Reymaeker, fondatrice de City Tour Game.

By Pascale Caron

Directrice Commerciale du Palais des Expos à Nice, Carine a une expérience de 16 ans dans le tourisme.

En juin 2022, elle a fondé City Tour Game pour offrir une visite de la ville de Nice à la fois ludique et artistique, en réalité augmentée et en mobilité douce. À travers cette initiative 100 % numérique et inscrite dans la philosophie du slow tourisme, elle promeut la transition écologique et valorise le patrimoine culturel tout au long de l’année.

City Tour Game c’est un escape game urbain et culturel, à travers 10 sites remarquables jalonnés d’énigmes. Certaines seront en réalité augmentée. Il y aura aussi un guide des « vraies » bonnes adresses typiques et/ou originales engagées dans le développement durable, et la possibilité d’explorer les pépites cachées et les meilleurs spots photo de la ville. Carine vise à offrir une expérience de visite alternative, pédagogique, respectueuse de l’environnement, et riche en découvertes et anecdotes locales.

 

Quel est ton parcours et qu’est-ce qui t’a poussée à créer ton entreprise ?

Je dois remonter à mes 11 ans. J’avais conçu une boite de jardinage où j’avais un seul client : mes parents. Je voulais gagner de l’argent, car j’étais déjà connectée avec la réalité de la vie grâce à eux. J’ai vite compris qu’il fallait se débrouiller par soi-même. C’était aussi le début du marketing, et de la publicité. Je suis de la génération culture pub et j’adorais ça. J’ai donc créé des fiches produits, des tarifs, imaginé un nom d’entreprise. Chaque prestation était à 5 francs ou 10 francs. Je faisais des devis, des factures et surtout, je veillais à me faire payer !

Je ne savais pas si j’avais envie de faire des études longues. Je me suis quand même dit « Fais un diplôme qui t’apportera un bagage. » J’ai opté pour un DUT Techniques de Commercialisation : le côté pratique avec l’intervention de professionnels m’a plu. Je suis ensuite partie à Paris faire une maîtrise sciences de gestion spécialisée en marketing.

Inconsciemment aujourd’hui je pioche dans ce que j’ai pu apprendre à un moment donné sur les bancs de l’école, et notamment pour la méthodologie et la structure. Une entreprise ou un projet, quel qu’il soit, c’est une pieuvre qui a plusieurs tentacules et il faut contrôler au minimum. Il faut être expert dans deux ou trois tentacules, mais les autres, on doit en avoir conscience et savoir les gérer. Le plus important est de s’épauler avec des sachants dignes de ce nom. Aujourd’hui, si City Tour Game réussit, ce que j’espère, ce sera 50 % par rapport à l’idée, mais aussi parce que je serai bien entourée.

Au début de ma carrière, j’ai été responsable marketing chez Renault. Je m’occupais des lancements produits et de l’évènementiel. C’était aussi le commencement du marketing digital avec l’arrivée d’Internet et des web sites. C’était aussi le début des CRMs : j’ai beaucoup appris. Et puis j’ai eu envie de rentrer à Nice pour retrouver une qualité de vie, dans l’idée de fonder une famille. Car même si je suis une acharnée du boulot, ma vie personnelle, fait partie de mon équilibre.

J’ai eu ma première fille et j’ai pris le temps de m’en occuper, mais j’ai tout de suite recherché du travail en parallèle. C’est là où je suis tombée dans le tourisme, il y a 16 ans.

À la base, c’était une société d’autocars. Le patron m’a proposé de créer et de vendre des excursions à destination du tourisme d’affaires et de loisirs. J’ai lancé ce département en ne partant de rien. Je me suis occupée de la production et de la commercialisation de ces produits touristiques.

Cette période de ma vie s’est écoulée de 2007 à 2019. Et puis, j’ai été démarchée par le Palais des congrès de Nice. Ça fait quatre ans que j’y suis. J’étais pleine d’énergie, j’avais carte blanche pour dynamiser l’activité commerciale du Palais des congrès.

Et puis je suis passionnée par les voyages depuis toujours. J’adore organiser les week-ends en famille, en couple, entre amis, les road trips. Une fois qu’on a sélectionné la destination, que ça soit le Costa Rica, les États-Unis ou Bali, je trace le cheminement et j’organise tout, les hôtels, les restos, les programmes journaliers… Déformation professionnelle ! Mais comme ça je voyage déjà en amont, pour vivre une belle aventure sur place avec mes acolytes de voyage. Personnellement, j’ai toujours cherché une activité touristique qui soit en même temps ludique et instructive. Si tu fais 10 000 kilomètres, ce n’est pas pour rien ! Mais ça peut vite être compliqué parce qu’on a tous des intérêts différents. Ça peut être l’histoire, le patrimoine, l’environnement, la biodiversité ou d’autres qui sont beaucoup plus légers, les anecdotes, les petits secrets ou juste s’amuser. Et quand tu te balades avec le guide du routard sous le bras ou avec un guide qui te fait faire une visite, tu subis. Tu n’as qu’une seule source d’information et pas forcément celle que tu cherches.

J’ai petit à petit transformé mes incertitudes professionnelles en tant que salarié, en une réflexion entrepreneuriale. J’ai commencé à monter mon projet, à l’écrire. C’est comme cela que j’ai créé City Tour Game en juin 2022.

Une autre facette de ma personnalité c’est la transmission. Je suis professeure à l’IUP Tourisme. J’ai des Masters 1 et des Masters 2. Entourée de jeunes j’ai réalisé qu’il faut démocratiser, vulgariser la culture et proposer un tourisme différent.

Dans l’offre actuelle soit tu fais du ludique (vélo, Segway), soit des visites guidées en groupe, et tu n’apprends pas forcément ce que tu as envie de connaître. Je voulais créer un tout-en-un, dans une démarche RSE. Les partenaires seront les bars, les restos, les magasins, sélectionnés sur leur authenticité, la mise en valeur le territoire, et/ou leur originalité.

J’y ai mis mon expertise et mes valeurs. C’est mon projet de vie. Parce que d’un côté, tout ce que j’ai appris à l’école, dans l’automobile et dans le tourisme, tout ça a constitué un savoir. Et de l’autre côté, je suis très, très attirée par l’innovation technologique.

Pour la suite, je cible les destinations touristiques qui ont vraiment du potentiel. La prochaine destination est Barcelone, car la taille de la ville est très similaire à Nice que je connais bien. Nous nous attaquerons après aux mastodontes que sont Paris, Londres…

J’externalise le développement à une société niçoise interactive 4D, qui est spécialiste du serious gaming. À la fin du jeu, je reverserai 1 euro par jeu vendu, à une cause environnementale qui œuvre sur le territoire. C’est important pour moi de laisser une empreinte positive et de m’inscrire dans un Tourisme Responsable et vertueux.

 

Comment trouves-tu le contenu ?

Pour chaque destination, je fais appel à des réseaux de greeters. Ils connaissent les bonnes adresses, les sites remarquables, les pépites. Leur aide est bien sûr couplée avec un travail de recherche, sur les réseaux sociaux, les influenceurs, les offices de tourisme.

Pour la partie culturelle, le nerf de la guerre, c’est Tom Obry, Nicestorique. Il fait des chroniques sur France Bleue. Il démocratise et vulgarise la culture. J’aime beaucoup ce garçon qui est encore étudiant en Histoire et qui explique avec des mots simples tout en supprimant tout ce qui est inutile. Il sait comment s’adresser aux nouvelles générations ! Je lui ai commandé les capsules vidéos : lorsque tu arriveras sur un site, tu auras le choix parmi trois bulles d’information. Les thématiques seront : Histoire & patrimoine, biodiversité & environnement ou petits secrets & anecdotes. Quand tu cliqueras, pendant une minute, tu auras des renseignements très spécifiques et concis par rapport à ta localisation, présentés sous le même format que ce l’on voit sur les réseaux sociaux : ludique et animé.

 

Quelles sont les personnes qui-t-on inspirées, dans ta carrière ?

Toutes les femmes qui ont contribué à avoir un monde meilleur. Celles notamment qui ont contribué à améliorer des conditions de vie des femmes. Simone Veil, c’est une femme admirable de par son parcours. En plus elle est niçoise ! Marie Curie aussi a été inspirante. Elles ont eu la force de caractère et l’audace malgré leur destin jonché d’épreuves.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je lis beaucoup en rapport avec l’entrepreneuriat. J’ai un peu lâché les romans ces derniers temps ! Sinon, c’est Simon Sinek « Commencer par le pourquoi ». Ce livre m’a permis de réaliser que c’est comme ça que je fonctionne et qu’à priori je suis sur la bonne voie ! Commencer par « Pourquoi je fais ça ? » explique tout le déroulement de la suite.

 

Quelle est ta devise ou ton mantra ?

« Le meilleur moyen de prédire le futur c’est de le créer » Abraham Lincoln

Crédit photo @franzchavaroche

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


Du Théatre au Cinéma

Interview de Valérie Piola Caselli, fondatrice de Com’Media Conseil, Form’actrice chez Violette et Garance, Consultante en scénarios, scénariste et réalisatrice.

By Pascale Caron

Il est difficile de mettre Valérie dans une case. J’ai eu l’opportunité de la croiser dans plusieurs événements dans son rôle de Violette, vêtue de sa robe à pois. Son assurance et son énergie débordante m’ont beaucoup inspirée. C’est naturellement que j’ai voulu en savoir plus et je n’ai pas été déçue !

Peux-tu nous expliquer ta trajectoire et ce qui t’a amenée à créer ton entreprise ?

C’est un parcours de slasheuse. Atypique, multiple, avec comme dénominateur commun la compréhension de l’humain dans sa diversité et sa singularité et le plaisir d’écrire et de créer.

Je me suis toujours intéressée à la Psychologie. Mais à 18 ans, j’avais l’impression fausse qu’étudier cette discipline me conduirait forcément vers des face-à-face avec des patients aux histoires douloureuses. Trop difficile pour une hypersensible comme moi. J’ai donc choisi de faire une maîtrise en gestion d’entreprise et ensuite un DESS de marketing pour creuser véritablement l’aspect plus psychologique du consommateur. Il y avait 24 places pour 500 postulants. Pour me démarquer, j’ai décidé de faire un stage. Le hasard de la vie (si tant est qu’il existe !) m’a amenée au Figaro Méditerranée. C’est là que j’ai découvert le journalisme et à travers lui, le bonheur de rencontrer des gens intéressants et inspirants sans leur demander de chèque à la fin de l’entretien !

Je suis tombée sur une rédactrice en chef incroyable, Marie-Clémente Barbé-Conti, ma marraine de plume. C’était magique parce que mes petits articles devenaient de plus en plus grands. J’interviewais des gens connus, ou pas. Cette expérience m’a permis de relativiser la notion de célébrité, de m’enlever toute inhibition pour échanger avec quiconque sans gêne et avec authenticité.

Au bout de trois mois de stage, Marie-Clémence m’a même proposé de créer une rubrique, Campus, dans laquelle j’avais toute liberté. Je me suis essayée à tous les sports extrêmes. J’ai sauté en parachute, fait de la voltige aérienne… Et surtout, j’étais déjà très attirée par la culture et le théâtre et ne manquais jamais une occasion de relayer ce type d’infos ou de faire des portraits d’artistes. Au bout d’un an, j’ai eu mon DESS de marketing et ma carte de presse 15 jours après.

Je me suis rendu-compte que mon projet était de découvrir et d’apprendre des choses et que le journalisme allait me le permettre davantage. Après 5 ans au Figaro, j’ai rejoint Europe 2, ou je faisais des billets d’humeur et des chroniques. J’ai travaillé ensuite 9 ans à Télé Monte-Carlo pour le magazine Sud en réalisant des sujets de 9-10 minutes (dont certains étaient revendus à Arte). Là aussi, j’ai eu la chance d’avoir un rédacteur en chef, inspirant et bienveillant, Jean-Robert Cherfils.

Mes plus beaux souvenirs ? Un reportage au milieu des baleines sur un petit bateau du Musée océanographique au large de la Corse. Je pense aussi à 3 rencontres émotionnellement fortes avec Henri Salvador, des portraits d’artistes comme le sculpteur Nicolas Lavarenne, ces gens qui œuvrent à rendre le monde plus beau. Je pense à Michèle Ramin fondatrice de l’arboretum de Roure ou encore ce moment particulier où des SDF m’ont proposé de m’assoir avec eux par terre et d’observer le non-regard des passants…

Côtoyer toutes ces personnes a été un vrai enrichissement et aussi une source de questionnement. En situation d’interview, je croisais des gens merveilleux qui parfois ne savaient pas parler d’eux et d’autres, peut-être plus aguerris aux techniques de com’ qui communiquaient très bien, mais avaient-ils quelque chose à dire ? Une sorte de grande injustice relationnelle. Cela m’a interrogée et j’ai voulu creuser le sujet. J’ai repris six ans d’études à l’Université pour devenir Psychologue. Tout en continuant à être journaliste, j’ai travaillé sur l’impact de la caméra sur le comportement humain, les bouleversements pulsionnels quand on passe dans la lumière. J’ai étudié surtout ce que le stress peut amener de négatif dans la communication et comment le contrer.

Télé-Monte-Carlo a été mon laboratoire, parce que j’y menais mes « expériences » avec l’aval de mon rédacteur en chef qui me disait « La Piole, c’est quoi encore vos conneries ? Bon OK, allez-y. » C’était vraiment un très joli moment de vie.

Et puis toute histoire a une fin. Télé-Monte-Carlo a été racheté par TFI et AB production. Il n’était plus possible d’y faire du magazine. J’avais 15 ans de journalisme, un titre de Psy, 2 enfants, un mari, de fortes racines azuréennes… et avec tout ça, qu’est-ce qu’on fait ?

Aucune envie d’intégrer une entreprise et d’avoir un manager. Je tiens farouchement à ma liberté ! J’ai alors décidé de créer ma boite et fondé « Com’Media Conseil » autour du coaching, de la formation professionnelle (prise de parole en public et média training) et de cours à l’Université Côte d’Azur. J’ai affiné ma pratique en devenant Synergologue (experte en communication non verbale). Depuis 18 ans, j’accompagne des CODIR, des managers, des femmes et hommes politiques, des artistes aussi… Si les objectifs sont différents, la quête est toujours la même : aider la personne à être la meilleure version d’elle-même. C’est même la clé du charisme d’ailleurs.

Comment es-tu devenue Violette ?

L’aventure « Violette et Garance » est née il y a 10 ans d’une rencontre avec Muriel Cauvin, qui est également coach, intervenante, à l’EDHEC Business School. Elle est comédienne comme moi (je fais du théâtre depuis l’âge de 12 ans).

Nous sommes parties du constat que la formation ne suffisait pas à ancrer véritablement de nouveaux comportements. Il nous paraissait fondamental de créer des mises en situation, de les jouer, les faire ressentir en travaillant sur l’intelligence émotionnelle. On a un background similaire, et surtout les mêmes valeurs humaines, l’envie de faire bouger les lignes. Au départ on se nommait « AlterAction ». Notre but, c’était d’éviter les altercations. On s’est aperçu rapidement que nos personnages étaient devenus plus forts que nous et que tout le monde nous appelait « Violette et Garance ».

En temps normal, le Théâtre Forum est plutôt sociétal. Il vient du Brésil et a été créé par Augusto Boal sous le nom de Théâtre de l’Opprimé. Nous l’avons aménagé pour les entreprises, et déposé cette variante à l’INPI. Nos champs d’action sont entre autres le harcèlement, le sexisme, la diversité, le vivre ensemble, le handicap. Nous couvrons des thèmes très vastes comme le management, le recrutement, l’insertion professionnelle. Nous travaillons également dans le domaine médical sur l’empathie et l’annonce des mauvaises nouvelles aux patients. Nos clients, vont de la PME à la grosse entreprise, secteur public comme privé (Thales, la SNCF, le CNRS pour en citer quelques-unes) partout en France et même parfois au-delà (Belgique, Portugal).

Nous écrivons des saynètes sur mesure qui collent au quotidien des participants pour que les gens qui sont en face aient vraiment l’impression que l’on fait partie de leur univers. On joue une mauvaise pratique et ensuite nous invitons des personnes du public à prendre la place de la form’actrice en difficulté. Le but est de montrer qu’en changeant sa posture, on peut modifier sa relation à l’autre.

Nous sommes toujours habillées en noir à pois blanc, c’est notre dress code pour dire qu’on est des personnages. Même si nous réalisons un théâtre de la réalité.

Avec le Covid, l’histoire aurait pu s’arrêter là, mais cette contrainte nous a au contraire permis de nous démultiplier. Nous avons appris par la force des choses à faire du théâtre forum en visio. Aujourd’hui, nos clients nous demandent du présentiel et du distanciel. Nous faisons également du théâtre forum en vidéo.

Bref, je suis une « slasheuse », et heureuse de l’être ! Loin de m’éparpiller, je cumule les activités que j’aime et dans lesquelles j’ai une plus-value à apporter. L’objectif reste le même. En psycho existentielle, on demande aux gens leur « verbe de vie ». J’en ai deux. Le premier, c’est « contribuer » et le deuxième c’est « créer ». Avec le coaching, je « contribue » en accompagnant les personnes dans leur développement (développement du charisme, de l’affirmation de soi…). Idem avec le Théâtre Forum où nous déclenchons aussi parfois des déclics salutaires.

Et en innovant sans cesse sans jamais faire 2 fois la même chose, je crée.

Quels sont tes prochains challenges ?

Justement, me rapprocher plus encore du verbe « créer ». J’ai repris la plume par passion. Depuis deux ans, j’écris des scénarios de documentaires et des courts métrages. Seule, en groupe et de temps en temps en famille. Nous avons monté avec mes deux enfants « Bleu Cactus », un groupement d’indépendants qui réalise des vidéos de fiction, mais également qui offre ses services de média training, scénarios, de réalisation et de montage aux entreprises, formateurs, influenceurs. J’ai la chance d’avoir une fille Nina Calori, réalisatrice, scénariste et monteuse et un fils Noé Caselli, comédien et monteur.

Cerise sur le gâteau, notre dernière production « Roman », un court métrage contre les violences sexuelles totalise déjà 5 sélections en festival en France, Italie et Espagne. Il a même été dans le trio gagnant du prix « droits humains » et remporté le prix du public devant 1800 films au Femifilms de Stiges (festival espagnol sur le droit des femmes). Moi qui ai eu la chance de ne jamais avoir vécu ce type de drame, je me suis mise à la place des femmes victimes. Le but est de déclencher des prises de conscience sur le déni et sur la honte (qui devrait concerner uniquement celui qui perpétue l’acte). Toujours cette double envie de contribuer et de créer.

Ce petit film qui était là comme un don à ceux qui en avaient besoin me prodigue beaucoup de bonheur en retour. Ça a été un vrai kif pour moi d’interpréter la mère de « Roman ». De partager cette expérience en famille et surtout de recevoir autant d’avis positifs.

La machine est lancée. À tous les sens du terme. Bien sûr j’utilise un ordinateur, mais j’ai une vieille Remington qui me surveille à côté de mon bureau !

Enfin, je me suis lancée dans un tout nouveau défi. Forte de mes compétences de psychologie, de synergologie et d’écriture de scénarios, je propose dorénavant aux boites de production mes services de consulting. L’idée est de les aider sur leurs projets à développer les caractéristiques psychologiques des personnages, à mieux qualifier leur gestuelle et leur vocabulaire pour trouver une congruence, les rendre plus authentiques et toucher le public. On ne pose pas ses lunettes de la même manière si on a une tendance maniaque ou histrionique !

Mon idéal serait de travailler à 50 % comme scénariste ou consultante en scénario, et le reste sur Violette et Garance et le coaching.

Au total, déclencher l’intelligence émotionnelle du public ou des interlocuteurs qu’il s’agisse de fiction ou de réalité, c’est la même « histoire ».

 

Est-ce que tu aurais un livre, ou un podcast à nous suggérer ?

Je conseillerai « Novecento » d’Alessandro Baricco. C’est le récit d’un pianiste qui est né dans un bateau sur la mer. J’adore l’écriture de Baricco. Pour moi, elle se rapproche de la musique. Et surtout, le personnage rassemble tout ce que j’aime : l’authenticité, la poésie et un regard décalé sur la vie.

 

Aurais-tu une citation ou un mantra ?

« Un oiseau sur un arbre n’a pas peur que la branche casse, parce qu’il n’a pas mis sa confiance dans la branche, mais dans ses propres ailes ».

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.