L’influence et son impact sur l’économie

L’influence et son impact sur l’économie : Une Conférence Organisée par MWFI en collaboration avec MonacoTech
Modéré par Pascale Caron directrice de rédaction de Sowl Initiative by MWF Institute
Le 12 septembre 2024, le Monaco Women in Finance Institute (MWFI) en collaboration avec Monacotech a organisé une conférence fascinante sur « L’influence et son impact sur l’économie ». Cet événement a réuni plusieurs experts pour discuter de la façon dont l’influence, qu’elle soit médiatique, sociale, numérique ou économique, façonne notre société moderne. L’idée était de permettre aux participants de réfléchir sur les nouveaux moteurs de l’économie dans un monde de plus en plus digitalisé, où les influenceurs jouent un rôle central dans la formation des comportements et des décisions économiques.
MWFI. Ce think tank, créé en 2021 par Patricia Cressot et Joanna Damar Flores, se concentre sur le renforcement de la place des femmes dans la finance et les prises de décisions économiques. Le MWFI composé d’une équipe mixte et dynamique de 8 personnes, est un acteur clé du networking à Monaco. Il organise des événements réguliers, abordant des sujets cruciaux, notamment le rôle des femmes dans les marchés financiers, l’économie, et les enjeux de société.
La conférence a été enrichie par des interventions d’experts qui ont apporté des perspectives variées sur l’influence et son impact économique.
- Véronique Jeannot, auteur du roman Les Hivernants, a captivé le public en traçant une ligne historique entre les figures influentes de la Belle Époque et l’ère actuelle. Elle a exploré l’évolution de l’influence, depuis les pionniers du tourisme jusqu’aux stars de cinéma, aux sportifs et aux influenceurs digitaux d’aujourd’hui. Elle a notamment expliqué comment les personnalités publiques ont, au fil du temps, modelé des comportements sociaux et économiques à travers les arts, la mode et le tourisme, créant des mouvements globaux qui ont perduré pendant des décennies.
- Dr Marie-Nathalie Jauffret, chercheuse associée à l’Université Côte d’Azur, a abordé le sujet fascinant de la biodigitalisation. Cette nouvelle frontière de l’influence, où les entités numériques et l’intelligence artificielle jouent un rôle croissant dans la publicité et la communication, interroge sur l’avenir de l’influence invisible. Elle a mis en lumière l’impact des biodigitaux, ces entités numériques qui, bien que non humaines, ont la capacité de simuler des comportements humains, créant ainsi des liens émotionnels avec les consommateurs. L’intervention du Dr Jauffret a ouvert un débat éthique sur la place de l’humain dans un monde où l’intelligence artificielle et les algorithmes déterminent de plus en plus les comportements de consommation.
- Romain Fourel, créateur de The Secret Society, a partagé son expérience dans le marketing d’influence. Ayant créé la plus grande plateforme d’influenceurs au Moyen-Orient, il a offert un regard concret sur l’impact économique direct des influenceurs sur des secteurs tels que la restauration et le luxe. Il a souligné l’importance des influenceurs dans l’économie moderne: ces figures peuvent non seulement orienter les comportements des consommateurs, mais aussi générer une croissance exponentielle pour les entreprises qui adoptent des stratégies d’influence bien pensées.
L’histoire de l’influence
Véronique Jeannot a tracé un parcours captivant des figures d’influence à travers les époques, illustrant comment des personnalités comme Henri Negresco et Auguste Escoffier ont redéfini l’industrie touristique et gastronomique en Europe. Ces figures historiques ont été les premiers à utiliser leur notoriété pour influencer des comportements économiques, un phénomène qui a pris une ampleur mondiale avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux.
Les Pionniers de l’Influence : La Belle Époque et les Années Folles
Véronique Jeannot a ouvert son intervention en revenant sur une période charnière, la Belle Époque (fin du XIXe siècle — début du XXe siècle). Cette période est souvent considérée comme l’une des plus influentes en matière de changements sociaux, culturels et économiques. Durant cette époque, des figures emblématiques ont émergé dans différents secteurs comme le tourisme, la gastronomie, et les arts, et ont su modeler les comportements économiques et sociaux de l’époque.
Elle a mis en lumière le rôle d’entrepreneurs visionnaires comme Cézar Ritz, Henri Negresco et Auguste Escoffier, qui ont influencé l’industrie du tourisme et de la restauration de luxe. Ces personnalités ont contribué à la création de nouveaux standards de confort et d’élégance, en mettant en place des services exceptionnels, que ce soit dans les hôtels ou dans les cuisines. Henri Negresco, par exemple, a fondé l’emblématique hôtel Negresco à Nice, qui est devenu un symbole du luxe et de la haute société, attirant une clientèle prestigieuse. De son côté, Auguste Escoffier, chef renommé, a révolutionné la cuisine en créant des plats devenus des classiques, et en réorganisant les brigades de cuisine.
Les Années 50-70 : L’âge d’or du Cinéma et des Acteurs
La présentation a ensuite exploré l’influence croissante du cinéma dans les années 50 à 70, où les acteurs sont devenus de véritables icônes culturelles et économiques. Véronique Jeannot a évoqué des figures marquantes comme Marilyn Monroe, Audrey Hepburn, ou encore James Dean, qui ont influencé non seulement la mode, mais aussi les tendances de consommation.
Elle a expliqué comment ces stars, grâce à leur notoriété et leur charisme, ont commencé à collaborer avec de grandes marques, devenant les premières égéries modernes. Ces partenariats ont marqué le début d’une relation entre célébrité et consommation, où le cinéma ne se limitait plus à un simple divertissement, mais devenait un puissant moteur de l’économie. Les stars étaient désormais des modèles à suivre, et leur style de vie était largement imité par le grand public.
Les Années 80-90 : L’émergence des Super-modèles et de la Musique
Véronique Jeannot a poursuivi en évoquant les années 80 et 90, marquées par l’émergence des super-modèles et de l’influence croissante de la musique. C’est à cette époque que les mannequins, comme Cindy Crawford, Naomi Campbell, ou Claudia Schiffer, ont atteint un statut de célébrité équivalent à celui des stars du cinéma. Elles ont influencé non seulement les tendances de la mode, mais ont aussi contribué à définir les normes de beauté de toute une génération.
Parallèlement, la musique, et plus particulièrement le mouvement hip-hop et le rock, ont commencé à jouer un rôle crucial dans l’évolution des comportements de consommation. Des figures comme Michael Jackson et Madonna ont non seulement dominé la scène musicale, mais ont aussi influencé les tendances vestimentaires et culturelles à travers leurs clips et leurs apparitions médiatiques.
Les Années 2000 : L’avènement d’Internet et des Réseaux Sociaux
L’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux dans les années 2000, a profondément transformé le paysage de l’influence. Elle a expliqué comment ces nouveaux outils ont démocratisé l’influence, permettant à n’importe qui de devenir une figure publique, à condition de savoir utiliser les plateformes comme Facebook, Instagram, ou YouTube.
Les stars de cinéma et de la mode ont dû partager l’espace médiatique avec une nouvelle génération d’influenceurs digitaux. Ces personnes issues de divers horizons qui, grâce à leur créativité et leur authenticité, ont réussi à capter l’attention d’un public toujours plus large. Des influenceurs comme Kim Kardashian sont devenus des phénomènes mondiaux, capables de générer des millions de dollars grâce à leur présence en ligne et leurs partenariats avec des marques.
Véronique Jeannot a montré que l’influence a toujours existé sous diverses formes, évoluant au fil du temps avec les technologies et les changements culturels.
Cette exploration historique a posé les bases pour comprendre l’influence dans son contexte contemporain. Elle a introduit des réflexions profondes sur la manière dont ces acteurs, qu’ils soient entrepreneurs, artistes ou mannequins, ont participé à la transformation de l’économie mondiale.
L’impact de l’IA et des biodigitaux sur l’influence économique
Dr Jauffret a ensuite plongé l’audience dans un futur qui est aussi actuel, où les biodigitaux redéfinissent la publicité et la communication. Ces entités numériques, combinées à l’intelligence artificielle, simulent des comportements humains complexes pour influencer subtilement les décisions d’achat. L’un des points marquants de son intervention a été l’analyse des risques éthiques associés à cette nouvelle forme d’influence, notamment en termes de collecte de données et de manipulation émotionnelle. L’impact de l’intelligence artificielle (IA) et des biodigitaux sur l’influence économique, est un sujet fascinant qui explore l’évolution de l’influence dans un monde où les technologies numériques jouent un rôle central. L’intervention du Dr Jauffret a abordé la manière dont les entités virtuelles et l’intelligence artificielle redéfinissent les interactions humaines et économiques, en créant de nouvelles dynamiques d’influence.
Qu’est-ce qu’un biodigital et comment fonctionne-t-il ?
Un biodigital est une entité numérique qui simule des comportements humains, souvent si réalistes que les utilisateurs peuvent avoir l’impression d’interagir avec une véritable personne. Grâce à des algorithmes sophistiqués et à l’IA, ces entités peuvent reproduire des émotions, des expressions et des interactions sociales complexes. Ce sont des influenceurs numériques à l'apparence totalement humaine, utilisés de plus en plus dans le marketing et la communication pour influencer les comportements des consommateurs.
Le Dr Jauffret a expliqué que ces entités numériques ne sont pas seulement des outils de communication, mais des vecteurs d’influence puissants. Elles sont capables de capter l’attention des consommateurs de manière plus ciblée et personnalisée, ce qui en fait des acteurs clés dans l’économie moderne. Elles peuvent interagir avec les utilisateurs sur les réseaux sociaux, dans des environnements virtuels, ou même en tant qu’assistants personnalisés dans des interfaces de vente en ligne.
L’intelligence artificielle et la personnalisation de l’influence
L’une des caractéristiques les plus marquantes des biodigitaux est leur capacité à personnaliser leur interaction avec les utilisateurs grâce à l’IA. L’intelligence artificielle permet de collecter et d’analyser des quantités massives de données comportementales sur les consommateurs, ce qui permet de créer des expériences d’interaction sur mesure. Par exemple, un biodigital peut adapter son discours en fonction des préférences de l’utilisateur, ou encore prédire ses besoins futurs en fonction de ses choix passés.
Cette capacité de personnalisation renforce l’efficacité des stratégies marketing. Les entreprises peuvent utiliser les biodigitaux pour influencer subtilement les comportements d’achat, en créant des recommandations qui semblent parfaitement adaptées à chaque individu. Ainsi, l’IA permet aux marques de pousser des contenus et des produits de manière ciblée, ce qui augmente considérablement les chances de conversion.
L’impact sur la publicité et le marketing
L’IA et les biodigitaux modifient profondément le paysage publicitaire. Ces entités numériques peuvent être configurées pour incarner différents personnages, adopter des styles de communication spécifiques, ou même simuler des comportements émotionnels, afin de rendre les interactions plus authentiques et engageantes pour les consommateurs. Cela permet d’exploiter l’attachement émotionnel des utilisateurs, rendant les messages publicitaires plus impactants et plus persuasifs.
Un des exemples donnés par Dr Jauffret concerne l’utilisation de biodigitaux dans la publicité pour des marques de luxe. Ces entités peuvent incarner des ambassadeurs virtuels, qui parlent aux clients de manière personnalisée, avec une esthétique raffinée qui correspond à l’image de la marque. Cela permet non seulement de toucher une audience plus large, mais aussi de créer un lien émotionnel fort, augmentant ainsi la fidélité des consommateurs à la marque.
De plus, l’IA permet aux entreprises de mesurer précisément l’impact de leurs campagnes d’influence en temps réel. Les algorithmes peuvent analyser les réactions des consommateurs, ajuster les stratégies en fonction des retours, et optimiser continuellement les campagnes pour maximiser leur efficacité. Cela crée une boucle de rétroaction continue qui améliore les résultats économiques des campagnes publicitaires.
Les risques éthiques et le libre arbitre des consommateurs
Si l’utilisation de l’IA et des biodigitaux ouvre de nouvelles opportunités pour les entreprises, elle soulève également des questions éthiques importantes, notamment en ce qui concerne le libre arbitre des consommateurs. Dr Jauffret a évoqué la manière dont les biodigitaux peuvent manipuler subtilement les émotions et les perceptions des utilisateurs, créant l’illusion du libre arbitre alors que leurs choix sont en réalité influencés par des algorithmes invisibles.
L’un des risques majeurs est que les consommateurs peuvent perdre de vue leur capacité à prendre des décisions autonomes face à des recommandations si finement personnalisées qu’elles semblent répondre à des besoins intimes. Les entreprises peuvent exploiter ces informations pour diriger les comportements des consommateurs vers des produits ou des services qui ne correspondent pas nécessairement à leurs besoins réels, mais qui servent avant tout les intérêts commerciaux.
En outre, la collecte massive de données personnelles nécessaire pour le bon fonctionnement des biodigitaux et de l’IA soulève des préoccupations en matière de vie privée. Les biodigitaux apprennent de chaque interaction, accumulant des informations sur les préférences, les habitudes et les émotions des utilisateurs, ce qui pourrait être utilisé de manière abusive par certaines entreprises. Il est donc essentiel de réguler cette technologie pour garantir la transparence et protéger les droits des consommateurs.
Le futur de l’influence : vers une économie biodigitale ?
L’impact de l’IA et des biodigitaux ne se limite pas à la publicité et au marketing. Comme l’a souligné Dr Jauffret, ces technologies ont le potentiel de transformer de nombreux secteurs économiques. Dans l’éducation, par exemple, les assistants biodigitaux peuvent personnaliser l’apprentissage pour chaque étudiant. Dans la santé, ils peuvent guider les patients à travers des programmes de soins, en répondant de manière empathique à leurs besoins.
Le développement de cette technologie crée également de nouvelles opportunités économiques. Des start-ups spécialisées dans la création de biodigitaux et des solutions d’IA apparaissent, générant des emplois dans des secteurs émergents comme la bio-ingénierie numérique. Cependant, il y a aussi des risques de concentration des richesses, car les grandes entreprises technologiques (GAFAM) sont en première ligne pour dominer ce marché en plein essor.
L’avenir de l’économie biodigitale semble donc prometteur, mais il dépendra de notre capacité à équilibrer l’innovation technologique avec une régulation éthique rigoureuse.
Le rôle des plateformes d’influence dans l’économie moderne
Romain Fourel a mis en évidence l’évolution du marketing d’influence, passant d’un phénomène marginal à un acteur majeur dans plusieurs secteurs économiques. Sa plateforme The Secret Society est un exemple frappant de la manière dont les influenceurs peuvent impacter directement les industries, notamment en augmentant la visibilité et les ventes de produits ou services.
Le rôle des plateformes d’influence dans l’économie moderne, est crucial et continue de croître à mesure que les influenceurs digitaux deviennent des acteurs clés dans le marketing et les stratégies économiques des entreprises. Ces plateformes, comme The Secret Society fondée par Romain Fourel, permettent aux marques d’accéder à un large public à travers des partenariats avec des influenceurs. Ils sont capables de façonner les comportements des consommateurs et d’influencer directement les décisions d’achat.
Une Expansion Internationale et une Stratégie Révolutionnaire avec les Influenceurs
TSS, sous la direction de Romain Foutel, s'est imposée comme une référence dans le domaine du marketing d'influence à travers plusieurs pays. En combinant innovation, technologie et une approche unique du partenariat avec les influenceurs, l'entreprise a su se démarquer en transformant la manière dont les marques collaborent avec les créateurs de contenu.
Un déploiement international
Démarré au Moyen-Orient, TSS établi à Dubai a rapidement étendu son activité à travers différents pays, notamment l’Asie et l’Europe, ce qui a permis à la société de toucher des audiences variées et d'adapter ses stratégies en fonction des cultures locales. Cette expansion mondiale a permis de renforcer l'image de TSS en tant qu'acteur incontournable dans le secteur du marketing d'influence.
TSS adapte ses campagnes en fonction des particularités de chaque marché, ce qui lui permet de se positionner comme un intermédiaire stratégique entre les marques et les influenceurs.
L'effet de masse avec les influenceurs
Une des forces majeures de TSS réside dans sa capacité à exploiter l’effet de masse en travaillant avec une multitude d’influenceurs, souvent de micro-influenceurs ou de nano-influenceurs, dont l'audience, bien que plus modeste, est extrêmement engagée. Contrairement à la tendance qui vise à travailler avec de grandes célébrités du web, TSS mise sur le volume et l'authenticité, en orchestrant des campagnes avec un large éventail d'influenceurs.
Cette stratégie permet de créer une onde de choc, où la répétition du message à travers divers canaux et profils engendre un impact significatif pour les marques. Ces influenceurs, bien qu’ils ne disposent pas de millions de followers, permettent une pénétration plus profonde et plus authentique dans des communautés ciblées.
Une approche unique des contreparties
Ce qui distingue également TSS, c’est sa manière innovante de gérer les partenariats avec les influenceurs. Contrairement aux pratiques classiques où les influenceurs sont rémunérés pour leur promotion, TSS propose une approche différente : les collaborations ne sont pas monétisées de manière directe. Au lieu de recevoir une compensation financière, les influenceurs bénéficient d'avantages exclusifs, tels que des produits gratuits, des invitations à des événements VIP, ou encore des accès privilégiés aux coulisses des marques.
Cela crée un sentiment d'exclusivité et de privilège pour les influenceurs, qui voient dans ces partenariats une opportunité de s'associer à des marques prestigieuses et de se distinguer auprès de leur audience. Pour les marques, cette approche permet d’obtenir des collaborations authentiques, basées sur un échange de valeur qui ne se réduit pas à une simple transaction financière.
La sélection des influenceurs : un processus simplifié et technologique
L’un des aspectss novateurs de TSS réside dans sa manière de sélectionner les influenceurs. En s'inspirant du modèle des applications de rencontre, la société utilise un système de swiping pour évaluer et sélectionner les influenceurs potentiels. Ce processus simplifié permet aux équipes de TSS d’identifier rapidement les créateurs de contenu qui correspondent aux besoins des marques, en se basant sur des critères spécifiques tels que l’audience, les centres d'intérêt, et le taux d’engagement.
Cette approche technologique et intuitive permet à TSS de travailler de manière efficace avec un grand nombre d’influenceurs, tout en garantissant que chaque collaboration est pertinente et bien alignée avec les objectifs des marques.
Conclusion
Cette conférence a marqué un moment important dans l’exploration de l’influence et de son impact sur l’économie. En réunissant des experts de divers horizons, l’événement a permis de mieux comprendre les enjeux complexes liés à l’influence dans une ère numérique en constante évolution. Que ce soit à travers les figures historiques ou les technologies émergentes, il est clair que l’influence continuera de jouer un rôle prépondérant dans l’économie mondiale.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Women In Tech
I
nterview d’Angela Naser Directrice de Women In Tech France.
Propos recueillis par Pascale Caron.
Angela est une figure influente dans le domaine de la technologie et de la finance, avec une carrière marquée par des rôles de leadership dans diverses organisations internationales. Depuis décembre 2023, elle est Directrice de Women In Tech France, une organisation mondiale, qui promeut l’inclusion, la diversité et l’équité dans les secteurs de la Science, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques. Women In Tech, est active dans 48 pays et compte plus de 200 000 membres, visant à combler l’écart entre les sexes et célébrer les réalisations des femmes et des hommes dans la technologie.
Angela Naser occupe également un poste important aux Nations Unies. Depuis 4 ans, elle y a été CFO, et consultante internationale senior en finance, banque digitale et gestion du changement. Elle a supervisé la coordination des opérations de financement, la gestion de crises, la refonte des écosystèmes numériques et l’amélioration des processus internes et externes.
Elle a auparavant dirigé des équipes chez General Electric Money Bank en tant que COO, et a géré des projets de développement commercial, de transformation digitale et des projets Green Belt Lean Six Sigma.
Angela a également été CMO et COO pour le déploiement européen de la banque digitale et néobanque du Groupe BPCE.
Elle a été impliquée dans des initiatives de transformation digitale et stratégique, pour la Présidence de la République française.
En plus de ses rôles dans le secteur financier, Angela a été nommée pour le Prix de La Femme digitale de l’année en 2019. Elle a aussi contribué au documentaire « Global Thought Leaders » sur CBS, mettant en lumière son expertise et son influence dans le domaine de l’innovation et du changement.
J’ai eu l’occasion de la rencontrer à Vivatech et j’ai immédiatement voulu en savoir plus.
Peux-tu nous expliquer ton parcours ?
Je suis arrivée en France de Syrie quand j’avais 8 ans. Mes 2 parents sont dentistes et ils sont venus en France pour terminer leurs études et pour me soigner, car j’ai eu la polio qui m’a handicapé des jambes. On s’est donc retrouvés en France pour achever mon traitement qui a duré 2 ans. J’ai étudié à l’école irakienne à Paris, un lycée diplomatique qui n’existe plus, pas loin du Trocadéro. J’ai fait toutes mes études en arabe et j’ai appris le français en lisant des livres.
Et puis mes 3 frères sont nés et nous sommes restés. Ils étaient à l’école française et j’ai découvert à travers eux, l’histoire de France. J’ai une citation de Romain Gary que j’aime beaucoup, je la répète souvent, car elle me résume bien : « Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ». Mes parents m’ont eue, très jeunes, ils avaient 21 ans et 20 ans et demi, on a donc grandi ensemble. Quand on est arrivés, on habitait juste en face de la Sorbonne, on a découvert les musées parisiens. Nous étions émerveillés par ce lieu de liberté, car nous venions d’un pays où ce mot n’existait pas.
Mon père est Syrien et ma mère Libanaise. Quand on est venu en France, c’était le début de la guerre au Liban. J’ai vécu mon premier attentat à 5 ans. C’est des souvenirs que je ne souhaite à personne en tant qu’enfant parce que ça nous fait grandir d’un coup. Dieu merci, mes frères n’ont jamais vécu ça.
J’ai eu mon bac à 16 ans, je suis rentrée en médecine à Paris 5, mais j’ai échoué au concours. J’avais une furieuse envie de travailler de retourner en Syrie. Pour financer mes projets, j’avais commencé à faire des petits boulots en usine, en tant que caissière, et pour Pizza Hut. Chez eux, j’ai bossé dans un point de vente, et le manager de l’époque m’a beaucoup inspirée. Il était tellement bienveillant. Il m’a montré qu’on ne travaille pas pour une boite, mais pour une personne. Lorsque j’ai loupé mon concours, mon père l’a su parce qu’il connaît tout le monde à l’université. Dans sa tête, il s’est dit que j’allais recommencer. Au Moyen-Orient, quand on ne fait pas médecine, ingénieur ou droit, c’est qu’on a raté sa vie. Surtout le commerce ! Mais j’ai pris un crédit étudiant et c’est mon manager à Pizza Hut qui a été ma caution. J’ai fait un BTS de commerce international. Mes parents l’ont découvert 6 mois après, j’avais donc une pression très grande pour réussir suite à mes choix personnels. J’ai terminé mes études par un DEESMI (Diplôme Européen d’Études Supérieures en Marketing International).
Mon premier job en tant que manager était à Norwich Union, une entreprise anglaise qui n’existe plus. Mon rôle était d’appeler les clients le jour de leurs 50 ᵉ anniversaire pour leur vendre une assurance obsèques. Après cette expérience, tu peux tout vendre !
Et puis je suis arrivée chez General Electric, Capital Finance, vraiment par hasard. Je ne savais pas ce qu’étaient un décompte et un tableau d’amortissement. Et j’ai eu de la chance de tomber sur une femme extraordinaire qui m’a recrutée. J’avais 23 ans et demi et 6 mois après, j’étais manager de la section la moins cool de la finance : le recouvrement automobile. Dans cette entreprise américaine, on m’a donné ma chance et j’ai gravi les échelons jusqu’à terminer COO.
J’ai toujours refusé d’avoir un bureau afin d’être immergée au sein de mon équipe. Je n’affichais jamais mes Awards, parce que je suis tout à fait consciente qu’on peut être au top un jour et qu’un rien suffit pour que la situation bascule. Et c’est ce qui m’est arrivé. J’ai changé de manager et j’ai vécu sous sa coupe 4 années horribles.
Cette personne m’avait sorti à plusieurs reprises lors de nos réunions : « Tu veux prendre ma place ? » Et un jour, au bout de la septième fois, je lui dis : « Non, j’ai plus de prétentions que cela. » Je ne pouvais pas partir, car je me devais de montrer l’exemple à mon équipe. Je pensais à l’époque que l’on peut avoir des obstacles et des personnes malveillantes dans notre parcours professionnel, mais que l’on doit tenir bon.
C’était une grave erreur et j’en ai payé le prix cher, car j’ai fait un AVC. Quand je me suis réveillée à l’hôpital, mon premier réflexe a été de demander le code wifi à l’infirmière pour pouvoir travailler. C’était mon premier arrêt maladie. J’ai eu tellement honte que je me suis arrêtée 2 mois sans en parler à personne. Ma famille l’a su des années plus tard. J’ai même menti à ma meilleure amie à qui je dis tout. Je suis quand même retournée au bureau et ce n’est que quelques années plus tard que j’ai quitté General Electric. Avec du recul, je me demande encore pourquoi je me suis infligé ça. J’ai géré, sur les 5 dernières années, 4 plans sociaux. Quand je suis partie, j’ai voulu reprendre mes études et me suis inscrite à HEC Paris et à Yale University.
Et c’est à ce moment que tu es devenue entrepreneure ?
Oui, j’ai créé 2 entreprises. La première, je me suis associée à l’ambassade de France et les CCI des émirats et de l’Arabie Saoudite, pour aider les sociétés françaises à s’installer là-bas. J’ai ensuite créé une affaire pour encourager les expatriés français à investir dans les startups et l’immobilier en France. Elles existent toujours, mais je ne m’en occupe plus.
En 2016, un des derniers dossiers que j’avais gérés à General Electric, c’était le rachat d’Alstom par GE. C’est là que j’ai la connaissance du ministre du Budget de l’époque : monsieur Emmanuel Macron. Quand il a lancé le « Mouvement En Marche », ses équipes m’ont contactée. Le QG était juste à côté de chez moi. Ils m’ont demandé au début de vérifier leur stratégie digitale. Et je me suis prise au jeu : j’ai fait la campagne digitale de monsieur Macron, et après, j’ai travaillé pour Gabriel Attal. Je le connais depuis très longtemps, car c’est mon voisin. Je me suis occupée de la campagne législative de monsieur Attal en 2016 et 2022.
Ensuite, Revolut m’a contactée pour leur lancement en France, pour leur stratégie digitale en 2016-2017. Et à la suite de tout ça, je suis rentrée à la BPCE. Je les ai rejoints en tant qu’externe et 3 mois après, ils m’ont proposé de devenir COO et CMO de la nouvelle entité qui s’appelle Ixion. J’ai quitté BPCE quelques semaines avant la COVID : je voulais travailler pour le secours catholique et les Restos du Cœur. Malheureusement, la COVID est arrivée et ils ont dû arrêter les contrats. Je suis toujours bénévole pour eux.
J’ai souvent osé dans la vie : un soir d’insomnie, je postule à une offre de très haut niveau aux Nations Unies. Ils m’ont contactée 8 mois après, mais pas du tout pour être numéro 3 des Nations Unies ! Je travaille depuis pour eux en tant que freelance.
En 2023, j’étais au Sommet global de Women in Tech et j’ai fait la connaissance d’Ayumi Moore Aoki, la CEO et Fondatrice de Women In Tech. On a eu un coup de foudre amical et professionnel. Des mois plus tard Ayumi a eu le désir de lancer Women in Tech en France. J’ai accepté d’en prendre la direction avec un immense honneur. Chez Women in Tech, je souhaite vraiment axer notre travail sur la jeunesse. Après plusieurs essais infructueux avec les lycées, nous avons noué des contacts très prometteurs pendant VivaTech.
Quels sont tes prochains challenges ?
Le premier objectif est de réussir à organiser notre Hackathon, Women in Tech à la rentrée. Nous désirons également orchestrer un programme de mentorat en France. Nous avons mis en place un partenariat avec l’académie de Créteil pour aider les élèves de seconde à trouver des stages. Et, bien sûr, je continue mon contrat avec les Nations Unies.
Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?
J’ai deux bouquins que j’adore : « L’Alchimiste » de Paulo Coelho et, dans un tout autre genre, « Le Parfum » de Patrick Süskind. Ils m’ont profondément marquée, chacun à sa manière.
L’Alchimiste, écrit par Paulo Coelho, est un véritable chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. Coelho s’est inspiré de deux livres emblématiques : Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Le Prophète de Khalil Gibran. À travers l’histoire d’un jeune berger andalou en quête de sa légende personnelle, Coelho nous invite à explorer les profondeurs de notre âme et à suivre nos rêves, malgré les obstacles. « Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme les ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément qu’ils en ont une. ».
« Le Parfum », de Patrick Süskind, est un autre livre qui m’a fascinée. Ce roman sombre et envoûtant nous plonge dans la France du XVIIIe siècle, suivant la vie d’un personnage singulier doté d’un sens olfactif exceptionnel.
Quelles sont les personnes qui-t-on inspirée dans ta carrière ?
J’aurais tellement voulu rencontrer trois personnes dans ma vie. Tout d’abord, Simone Veil, qui incarne à mes yeux la quintessence du phœnix. Sa résilience, son courage et son engagement sont des sources d’inspiration profondes pour moi. Ensuite, Gisèle Halimi, une femme extraordinaire dont le combat pour les droits des femmes résonne encore aujourd’hui. Et enfin, dans un tout autre registre, Jean d’Ormesson. Je suis littéralement amoureuse de ce monsieur. Son esprit, son charme et sa manière de voir le monde me fascinent.
Et puis, plus proche de moi, je pense à ma grand-mère, une femme extraordinaire. C’est elle qui m’a élevée, elle m’a appris la résilience et la persévérance et à toujours voir le bon dans le monde. C’est une sainte à mes yeux, elle me disait toujours : « fonce pour que tu n’aies jamais ni remords ni regrets. »
Mes deux directrices à General Electric (Isabelle Meghnagi et Joséphine Albanese), deux femmes qui ont beaucoup marqué mon parcours professionnel. Elles m’ont donné ma chance, m’ont challengé et surtout fait confiance. Elles ne le savent peut-être pas, mais je parle souvent d’elles. Leur soutien et leur mentorat ont été cruciaux dans mon développement et ma réussite.
Aurais-tu une devise ou un mantra ?
C’est la citation de Nelson Mandela : « Je n’échoue jamais, soit je réussis, soit j’apprends ».

L'équipe Women In Tech à Vivatech
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Les influenceurs de la Belle époque
Interview de Véronique Jeannot, auteure des « Hivernants » sur les influenceurs de la belle époque.
By Pascale Caron
Véronique est une passionnée, elle a eu plusieurs vies en une.
Férue de voyages et d’art, elle a fondé son entreprise, « 8 ᵉ Art », après une formation chez Christie’s. Son parcours l’a ensuite menée au prestigieux hôtel Negresco, où elle a contribué à developper l’événementiel, et au Musée du Sport, où elle a lancé des initiatives novatrices. En parallèle, Véronique a écrit un livre inspiré de la Belle Époque, mettant en lumière des figures influentes de cette période. C’est une personne solaire avec une grande capacité à rebondir et à se réinventer, en restant toujours guidée par ses passions.
Je l’avais rencontrée il y a quelques années lors d’une conférence qu’elle donnait sur les arts de la table à travers les âges. Sa maitrise du « storytelling » nous avait tous fascinés. C’est tout naturellement que j’ai voulu en savoir plus.
Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amené à embrasser plusieurs carrières ?
J’ai obtenu un Master 2 en hôtellerie internationale. Donc forcément, dans la lignée de mes études, j’ai commencé ma vie professionnelle dans le tourisme. J’ai deux grandes passions : les voyages et l’art.
À mes débuts donc, je concevais des voyages sur mesure pour les entreprises. Puis je me suis mariée et j’ai quitté Nice pour aller vivre à Bruxelles et suivre mon époux dans ses pérégrinations. Ensuite à Paris, nous avons eu un premier enfant, une fille, et ensuite un garçon. Pendant ces années où je voulais vraiment rester centrale dans la vie de mes enfants, je ne travaillais plus qu’en free-lance. Et comme je m’ennuyais quand même un peu, j’ai passé un diplôme chez Christie’s, où je me suis immergée dans le monde l’art. J’avais 30 ans. Et là, le grand coup de foudre s’est opéré. Quand je faisais ces études sur l’art et l’histoire de l’art, tout le monde m’enviait dans mon cercle d’amis. Je me suis rendu compte que les gens adoraient apprendre, mais qu’ils n’avaient pas le temps.
Forte de ce constat, je fonde ma première boite, que j’ai toujours considérée comme mon troisième enfant : « 8 ᵉ Art », c’est l’art d’être en phase avec ses compétences. Tout comme Lagardère, et puisque « les gens n’avaient pas le temps d’aller à l’art, j’ai amené l’art aux gens ». J’ai animé des événements d’entreprises internes et externes, sur des sujets autour de l’histoire de l’art. L’aventure a duré une dizaine d’années. J’ai travaillé essentiellement pour les labos pharmaceutiques, et pour les banques. Les thèmes étaient très variés généralement en synergie avec les spectateurs qui venaient m’écouter. Je crois beaucoup au fait d’apprendre en s’amusant et c’est ce que j’ai fait.
Tu avais donné une conférence fascinante sur « L’art de la table, au fil des siècles » pour la société de mon mari.
L’art de la table plait à tout le monde, car les Français sont de fins gourmets : à quel moment on invente la fourchette, pourquoi mange-t-on salé, épicé, pourquoi masque-t-on les goûts ? Pour les laboratoires, j’ai abordé des thèmes comme l’histoire de la peinture, à travers différentes spécialités médicales : la cardiologie, la neurologie, l’évolution du rôle de l’enfant pour les pédiatres. Autrefois l’enfant n’avait pas d’existence sociale, il n’était pas baptisé, et ne recevait pas son prénom avant l’âge d’un an, à cause du fort taux de mortalité. Avant ce cap, il n’existait pas et les parents ne voulaient pas s’attacher. On donnait un même prénom à une fratrie : Vincent Van Gogh par exemple avait le prénom d’un frère aîné mort. Pour les pédiatres, j’ai trouvé intéressant de raconter l’évolution des courants artistiques en illustrant avec l’évolution de la représentation infantile en peinture. J’ai fait aussi bien d’autres sujets mettant en synergie peinture et patients.
Par la suite, j’ai divorcé, et je suis rentrée à Nice, ma région d’origine, avec mes deux enfants. Et là, j’ai continué à travailler trois ans pour 8 ᵉ Art. Mais à distance, les gens ne pensent plus forcément à toi. Je me suis donc dit que c’était peut-être le moment de passer à autre chose, et j’ai rejoint le Negresco.
Et là, nouveau coup de foudre : je tombe amoureuse de cet établissement à la fois désuet, mais en même temps, à la pointe. Au milieu de ces 6 000 œuvres d’art, je trouve l’environnement parfait pour m’épanouir. Je passe de l’autre côté du miroir, et découvre comment courtiser des agences, et leur proposer le lieu qui va convenir à leurs événements. Je deviens l’ambassadrice du Negresco, sur les marchés américains, français, mais aussi je voulais rendre cet hôtel aux Niçois. Dans les périodes creuses, j’ai organisé des mariages avec des couples modestes. Je voyais arriver les futurs mariés, des étoiles pleins les yeux s’écriant : « jamais je n’aurais pu rêver me marier au Negresco ». Et ça me donnait la chair de poule.
Avant que la brasserie de la Rotonde ne soit rénovée, comme elle l’est aujourd’hui, j’ai orchestré avec mes grands comptes, une « demolition party ». J’ai fait venir Faben, notre célèbre graffeur niçois. On a habillé tout le monde avec des combinaisons, des masques, des lunettes, et des surchaussures. On aurait dit qu’on était dans un bloc opératoire ! Faben leur a appris à taguer. Et les gens s’en sont donné à cœur joie sur les murs du Negresco ! Ça reste un de mes souvenirs mémorables. Responsable des marchés français et américain, j’ai pu participer à de nombreux salons et workshops. Je ne suis jamais aussi heureuse que quand je fais une valise. Mais ensuite, il y a eu la Covid, et l’hôtel a fermé, réouvert, à plusieurs reprises. Finalement, ils se sont séparés de toutes les personnes qui voyageaient. J’ai donc fait partie d’un plan social qui m’a sur le coup, beaucoup chagrinée.
Pendant un temps j’ai assuré une mission au sein du Negresco, et j’ai participé à la création d’une boutique « concept store ». C’était un challenge, car je ne connaissais rien au départ à cet univers. Je suis partie benchmarker tous les concept stores de Paris, et je suis revenue avec une proposition sur le thème des cinq sens. La boutique proposait des objets, qui se mangeaient, se buvaient pour illustrer le goût, se sentaient avec des fragrances, des bougies, des parfums pour l’olfactif. Il y en avait que l’on touchait, telle que des foutas fabriquées avec des déchets des océans recyclés. Pour la vue, on vendait des lunettes de soleil et des livres, et même des earpods au logo de l’hôtel pour l’ouïe.
J’ai voulu par la suite étendre mon idée et en faire une entreprise de réalisations de concept-store pour palaces. Mais il n’y a quasiment aucun palace indépendant avec une identité propre, il n’y a que des hôtels de chaines et j’ai dû abandonner l’idée. C’est comme cela que finalement, je suis rentrée au Musée du Sport : avec de nouveau une grande remise en question. Très honnêtement, quand je suis arrivée là-bas, je ne connaissais rien au monde du sport. Je suis sportive, mais il faut se rendre à l’évidence : à part boire des coupes de champagne dans les loges de l’Alliance Riviera, je n’étais pas une experte. J’ai donc décidé de m’immerger dans ce monde en me formant notamment auprès de mes collègues médiateurs. J’allais écouter dès qu’ils faisaient une visite, en absorbant comme une éponge tout ce que je pouvais. Au bout de trois mois, je faisais mes visites avec mes propres clients. J’ai bâti au fur et à mesure un chouette storytelling. L’idée, c’était de faire rêver. Je ne sais pas travailler quelque part sans être passionnée. Quand tu racontes des histoires qui te touchent, tu rends le discours intéressant.
Et tu organises aussi des conférences sur le sport et la santé.
Oui, j’ai eu l’idée de créer des Matinales sport-santé. Le but c’est vraiment de faire prendre conscience aux gens qu’il faut bouger, ne serait-ce que 30 minutes par jour. Avec toutes ces évolutions de technologies, on se demande si on n’a pas fini par oublier que l’on a un corps. L’homme n’est pas fait pour la sédentarité. Le chasseur-cueilleur marchait 16 heures dans la journée pour aller chercher sa nourriture. Dans le musée, on a travaillé avec le ministère des Sports en intégrant des bornes interactives qui proposent des exercices : désormais, le visiteur, en parcourant le musée, peut faire ses 30 minutes d’activité.
C’est dans toute cette mouvance-là, que j’ai eu envie de créer des matinales gratuites. Je fais dialoguer à chaque fois : trois scientifiques et trois personnes expertes du milieu sportif autour d’une thématique. Le fil rouge, c’est l’incidence de l’activité physique sur la santé. On a abordé la dépression, le diabète, le cancer, les maladies cardiovasculaires et les maladies neurodégénératives que sont Parkinson et Alzheimer. J’organise ces conférences en binôme avec le département. J’ai depuis intégré un partenaire supplémentaire qui me permet de faire des captations audios. On va donc les transformer en podcasts pérennes et gratuits pour toucher un plus grand nombre.
Peux-tu nous parler de ton livre, « Les hivernants » ?
Pendant la Covid, j’ai écrit un roman. C’est la synergie de toutes mes expériences. Le héros voyage, puisqu’il part de Bucarest, vit à Paris, Monte-Carlo, Londres et puis revient à Nice. La rencontre avec l’hôtellerie et ce coup de foudre professionnel sont ma grande source d’inspiration. J’ai utilisé une toile de fond historique réelle pour parler de la Belle Époque, de la création de la French Riviera, cette légendaire Côte d’Azur qui se met en place au début du XXe siècle. J’y ai rajouté des personnages fictifs et des personnages réels à qui j’ai ensuite projeté une vie imaginaire. Mon héros, c’est Henri Negresco ; dont on ne connaît vraiment que très peu de choses. Je suis partie sur ses traces, pour raconter cette fameuse période de la Belle Époque et surtout mettre en avant qui étaient les influenceurs, qui sont ses contemporains, qu’il a pu croiser ou pas. Je lui ai fait rencontrer des personnes qui ont existé et marqué leur époque, comme César Ritz, par exemple.Tout est plausible et pourrait avoir existé, mais cela reste une fiction. C’est le parti pris pour dresser un canevas historique. J’ai dépeint de grands influenceurs réels, comme Auguste Escoffier, qu’on appelait « le roi des cuisiniers ou le cuisinier des rois ». Il donnait des noms à ses plats quand il avait été impressionné par une cantatrice ou par une impératrice au gré de ses rencontres : la Poire belle Hélène, la crêpe Suzette, la pêche Melba, etc. viennent de là. On suit donc Henri Negresco pas à pas, du moment où il quitte Bucarest jusqu’à Nice. Tout se précise dans sa tête au fur et à mesure pour arriver jusqu’à la création de ce mythique palace qu'il voulait proposer comme LA référence hôtelière de tous les temps.
En quoi ont-ils influencé leur époque ?
Chacun a été un influenceur à sa manière par exemple, Auguste Escoffier va concevoir la brigade en cuisine, un système hiérarchisé et structuré au sein des cuisines professionnelles. Ritz lui, va mettre en place les grands codes de l’hôtellerie de luxe. Il est le premier à avoir l’idée d’installer l’eau courante dans ses palaces. Tout comme lui, Henry Ruhl, que Negresco va énormément jalouser, a vu l’importance d’intégrer des commodités modernes telles que l’électricité, les salles de bains privées et le chauffage central dans les chambres d’hôtel. Il a aussi inventé des tubes qui permettaient de sa chambre, d’envoyer un message papier qui arrivait directement à la réception. Un influenceur, c’est quelqu’un que l’on a envie de copier, et qui marque sa génération ou en tout cas sa période.
À Monaco quand mon héros rencontre sa logeuse imaginaire chez qui il loue son appartement. Elle va lui raconter la genèse de Monte-Carlo, la création des casinos sous la houlette de François Blanc, un des plus grands influenceurs à retenir dans la vie de Monaco. Quand Henri Negresco rencontre son architecte, c’est pareil : le designer est en train de restaurer l’hôtel de Paris à Monte-Carlo. Naturellement mon héros va absolument vouloir l’employer pour son hôtel. C’est quelqu’un que je considère comme un influenceur, un architecte phare de son époque. L’idée maitresse du livre, c’est vraiment d’avoir de très nombreux storytellings qui marquent parce que tout est plausible et que cela raconte une tranche d’histoire réelle. Du coup on apprend beaucoup d’anecdotes en s’amusant. Je finis avec une réflexion et une dystopie sur l’avenir de la Côte d’Azur dans quelques centaines d’années.
Où peut-on trouver ton livre ?
À Nice, à la librairie Jean Jaurès et la librairie Masséna et sur Amazon. Pour l’anecdote, je réfléchissais à la couverture. En fouillant dans les affaires de mon papa, j’ai retrouvé une photo de ma grand-mère dénudée sur un lit. Ce qui est amusant, c’est qu’elle était extrêmement prude, très réservée, très chaste. Je trouve cette image plutôt osée pour l’époque, mais elle reste très esthétique. Ma grand-mère est née la même année que l’hôtel Negresco, elle était l’incarnation la Belle Époque : c’est tout naturellement que j’ai voulu l’afficher sur ma couverture et mon père a accepté.
Pourquoi ce titre « Les hivernants » ?
C’était le nom que l’on donnait aux touristes qui venaient sur la Côte d’Azur fin XIXe et début XXe. À cette époque on se devait d’avoir une peau diaphane. On se protégeait beaucoup du soleil. On voyageait à Nice pour son climat clément uniquement en hiver.
Quels sont tes prochains challenges ?
Le premier, c’est de faire rayonner ce livre. J’ai eu vraiment de très bons retours, de la part de lecteurs très variés. Cela m’encourage. Et puis, pourquoi ne pas en écrire un deuxième, un jour ?
Quelles personnes t’ont inspirée dans ta carrière ?
Souvent des femmes chefs d’entreprises, car j’ai à maintes reprises travaillé pour des sociétés dirigées par des femmes. Évidemment, je pense à Henri Negresco, mais on connaît tellement peu de choses de lui. Ça sera plutôt l’ancien directeur général de l’hôtel qui était à l’époque Pierre Bord. Il était l’ambassadeur parfait de cet endroit. C’est quelqu’un d’extrêmement élégant, exigeant, très raffiné. Il était en phase avec ce lieu mythique. Et puis, je pense aussi à Madame Augier, qui a racheté l’hôtel en 1957 et qui en a fait ce qu’il est aujourd’hui. Elle était une visionnaire hors norme de son temps : elle était à contrecourant de tout ce qui se faisait. Elle aimait les couleurs acidulées, avait fait dessiner des tenues du XVIIIe pour les grooms. Une dame qui m’a beaucoup inspirée.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
J’apprécie une auteure qui s’appelle Sophie Chauveau. Elle écrit des romans sur les peintres. Je trouve qu’elle permet de s’instruire en s’amusant. C’est un style extrêmement précis : c’est de la belle littérature, mais très facile à lire. Elle a écrit sur Sandro Botticelli, Léonard de Vinci, Raphaël, Jean-Honoré Fragonard.
Quelle est ta devise ou ton mantra ?
J’aime bien une petite devise de Sénèque : « La vie, ce n’est pas attendre que les orages passent, mais d’apprendre à danser sous la pluie ». Tout au long de ma carrière, j’ai toujours rebondi avec un fil rouge qui était de faire plaisir aux gens, de les divertir. Finalement je suis un peu une amuseuse, une ambianceuse.
À méditer…
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Monte-Carlo Fashion week 2024
Symposium MWFI, sur le thème : « Les solutions durables dans l’industrie de la mode », lors de la Fashion week de Monaco 2024 présentée par Johanna Damar Flores et Patricia Cressot. La conférence était introduite pas Federica Nardini Spinetta présidente de la chambre monégasque de la mode.
Propos recueillis par Pascale Caron
Jeudi 25 novembre lors de la Fashion week de Monaco 2024 au Fairmont s’est déroulée une conférence inspirante qui rassemblait des acteurs de la mode écoresponsable :
Runa Ray de Runa Ray de la Fondation Prince Albert II, Norah Luttway et Gaelle Bergeal de Noliju, Nathalie Dionne de Thalie Paris, Serena Benedetti Roy d’Akimba, Giovanna Mandarano et Maria Cristina Rigano d’A'biddikkia et enfin Inès Bensalah d’Inessa Créations.
La conférence a débuté avec l’intervention de Runa Ray : pionnière de la mode durable, elle collabore avec la Fondation Prince Albert II de Monaco.
Runa Ray a présenté une initiative révolutionnaire en collaboration avec la Banque Mondiale et l’Organisation des Nations Unies. Son projet ambitieux vise à utiliser des algues invasives pour créer des textiles durables, s’attaquant ainsi à la fois à des problèmes environnementaux urgents et à l’impact écologique de l’industrie de la mode.
Runa Ray a mis en lumière une méthode durable pour traiter les algues invasives qui menacent les écosystèmes marins. En transformant ces algues en tissus pour ses collections, elle propose ainsi une solution concrète pour réduire leur présence nuisible dans les océans. Ce processus non seulement aide à contrôler ces espèces envahissantes, mais encourage également une industrie de la mode plus verte.
L’implication de la Banque Mondiale et de l’ONU dans ce projet témoigne de son importance et de son potentiel d’impact global. Ces organisations apportent un soutien financier et stratégique, permettant à l’initiative de bénéficier de ressources suffisantes pour son développement et sa mise en œuvre à grande échelle.
Norah Luttway fondatrice de Noliju que nous avons eu l’occasion d’interviewer (voir article) a présenté avec Gaelle Bergeal leur nouvelle initiative Nolipro : la mode écoresponsable pour les Professionnels.
Cette marque, en collaboration avec Noliju, propose des tenues conçues pour développer le bien-être au travail tout en respectant des principes de durabilité.
Nolipro se concentre sur le bien-être des employés, proposant des tenues légères et douces, conçues pour faciliter les mouvements et soutenir les rythmes de travail intenses. La marque met l’accent sur la facilité d’entretien et la modularité des vêtements. Elle vise à améliorer la qualité de vie au travail tout en étant respectueuse de l’environnement.
La marque utilise des tissus certifiés Oeko-Tex, du coton bio, du lyocell, ainsi que du polyamide et du polyester recyclés. Ces matériaux sont choisis pour leur impact réduit sur l’environnement, avec des initiatives comme le recyclage de filets de pêche et de bouteilles en plastique.
Nolipro a notamment été choisie pour créer les uniformes des hôtesses de l’Hôtel Columbus Monte-Carlo. Cette collaboration a été guidée par le souhait de combiner style, confort et respect de l’environnement, reflétant un intérêt croissant pour des pratiques durables dans l’habillement professionnel. Ils ont également lancé une collaboration avec le Novotel de Monte-Carlo.
Nathalie Dionne, CEO de Thalie Paris nous a ensuite présenté sa collection des sacs fabriqués à partir de cuir marin recyclé, mettant en avant des alternatives durables au cuir traditionnel. Les matériaux utilisés sont issus de sources éthiques et durables, comme les tanneries certifiées LWG Gold. L’entreprise a même développé une blockchain, Sorga, pour tracer chaque pièce fabriquée, soulignant son engagement envers la transparence et l’écoresponsabilité.
La fondatrice, Nathalie Dionne, a une carrière riche et diversifiée dans la mode, ayant collaboré avec des marques mondiales de luxe et également de la fast fashion. Son expertise et ses expériences l’ont amenée à fusionner les influences culturelles avec le chic parisien et le minimalisme, pour créer des accessoires qui reflètent un luxe décontracté et conscient.
Chez Thalie Paris, le recyclage est élevé au rang d’art. La Collection Sushi, par exemple, utilise des peaux de saumon recyclées, une démarche qui réduit l’empreinte carbone tout en fournissant une nouvelle vie à des matériaux autrement gaspillés. La marque explore également les textiles innovants, comme le cuir de cactus, offrant ainsi des alternatives écologiques aux consommateurs soucieux de leur impact environnemental.
Ses créations sont disponibles en exclusivité dans de grands magasins comme Bloomingdale’s Middle East et Printemps Haussmann.
Serena Benedetti Roy, fondatrice de la startup monégasque Akimba incubée à Monacotech, a introduit une solution pour les femmes avec sa gamme de sous-vêtements invisibles et anti-transpirants. Akimba s’inscrit dans le mouvement #Femtech.
Destinés à toutes les femmes, les sous-vêtements d’Akimba, offrent une protection contre les marques de transpiration, tout en préservant les vêtements les plus délicats.
Conçus pour être extrêmement discrets et élégants, les sous-vêtements Akimba utilisent des finitions thermocollées pour éviter les coutures visibles sous les vêtements moulants. Les matériaux choisis, incluant des fibres innovantes à base de ricin, ont des propriétés thermorégulatrices et une texture légère et soyeuse, garantissant non seulement le confort, mais aussi une excellente couverture. Le cœur absorbant, situé sous les aisselles, est fabriqué à partir de fibres de bambou, et reste invisible de l’extérieur, une caractéristique unique sur le marché.
La marque A'Biddikkia, fondée par Giovanna Mandarano, est un vibrant hommage à la Sicile et plus précisément aux îles Éoliennes où elle a vu le jour.
« A'biddikkia » qui signifie « la jolie, la belle fille » en dialecte local, évoque la beauté et le charme des îles Éoliennes, et traduit la passion de Mandarano pour sa terre natale. Les collections de A'Biddikkia sont célèbres pour leurs imprimés exclusifs et leurs tissus précieux qui capturent l’essence de l’été sicilien, avec ses parfums envoûtants et ses couleurs éclatantes.
Un des tissus phares utilisés par A'Biddikkia est celui conçu à partir de peau d’orange, un matériau innovant qui incarne l’engagement de la marque envers la durabilité. Ce tissu, provenant de déchets transformés, offre une texture soyeuse et impalpable très similaire à la soie, tout en étant exclusif et résistant. Ce choix illustre l’harmonie entre innovation et respect de l’environnement, caractéristiques essentielles de la philosophie de A'Biddikkia.
Ines Bensalah de Inessa Créations nous a présenté l’engagement de sa marque monégasque au cœur de la mode durable et éthique. Nous avions eu l’occasion de l’interviewer pour Sowl (voir article). Inessa Créations se positionne comme un acteur phare du luxe durable, prônant une approche éthique et écoresponsable de la mode. La marque s’engage à produire des pièces uniques et réalisées à la main, illustrant parfaitement sa vision de la mode durable.
Les produits d’Inessa Créations sont conçus pour une longue durabilité, en utilisant des matériaux soigneusement sélectionnés et des techniques respectueuses de l’environnement. Fabriqués en France, ces articles de luxe mettent en avant le savoir-faire local et soutiennent l’artisanat, valeurs fondamentales de la marque. Cette démarche garantit non seulement une qualité exceptionnelle, mais apporte une vision éthique et locale de la production de mode.
La marque coopère avec des fournisseurs locaux et renommés, assurant des conditions de travail équitables tout au long de la chaîne d’approvisionnement. L’upcycling est au cœur des actions d’Inessa Créations, particulièrement pour ses créations uniques, ce qui souligne son engagement envers une mode plus responsable. Inessa Créations participe activement à des événements et associations qui promeuvent les valeurs durables et éthiques, telles que SERD Monaco, et est engagée dans le Pacte National pour la Transition Énergétique à Monaco. La marque a également été récompensée par le certificat de participation « SERD MONACO, Semaine Zéro Déchet », affirmant son rôle écologique clé dans la Principauté. Dans une démarche complète de durabilité, Inessa Créations expédie ses produits dans des enveloppes 100 % compostables et biodégradables.
Nous remercions infiniment nos intervenantes qui, par leurs innovations, nous permettent d’imaginer la mode de demain et nous guident pour devenir des "consommacteurs" responsables.
Journée de la femme digitale, IA générative, Biodigitaux et Metaverse
Journée de la femme digitale, IA générative, Biodigitaux et Metaverse.
By Pascale Caron
Le 18 avril 2024, dans les locaux d’Extended Monaco, le MWF Institute a organisé une conférence très attendue, la « Journée de la Femme digitale ». Cet événement a rassemblé des professionnels du monde académique et privé pour célébrer et discuter du rôle des femmes dans l’univers de la technologie numérique, un secteur où elles sont historiquement sous-représentées.
Parmi les intervenants, Théo Campana, Dr Yves-Marie Le Bay, Dr Marie-Nathalie Jauffret, Manila Di Giovanni, et Pascale Caron ont apporté leurs perspectives enrichissantes. Chacun a partagé ses recherches et expériences, offrant des aperçus sur l’évolution de la technologie et son impact sociétal. Leurs discussions ont couvert des sujets allant de l’intelligence artificielle générative, des biodigitaux, au métavers, soulignant l’importance croissante de ces technologies dans notre quotidien.
Représentation des Femmes dans la Tech
La conférence a souligné un problème persistant : les femmes représentent seulement 25 à 28 % des employés dans le secteur technologique. Une enquête d’Epitech et Ipsos révèle que les stéréotypes sociétaux influencent encore lourdement les choix de carrière, avec seulement 33 % des filles encouragées à poursuivre des études dans le numérique, contre 61 % des garçons. Les défis ne s’arrêtent pas là ; elles rencontrent également des difficultés majeures à lever des fonds pour les startups technologiques.
Historiquement, elles ont été des pionnières dans le domaine de la Tech. Ada Lovelace, Grace Hopper, et Hedy Lamarr sont des rôles modèles qui ont contribué significativement à son développement. Ces figures illustres démontrent que les femmes ont été un moteur de l’innovation technologique.
Focus sur l’Intelligence Artificielle générative
Le Dr Yves-Marie Le Bay a particulièrement mis en lumière l’intelligence artificielle générative. Cette technologie, qui repose sur le deep learning, permet de produire différents contenus, offrant des possibilités infinies pour la création numérique. Les applications de l’IA générative s’étendent du texte à l’image, et même au développement de logiciels.
Le Dr Le Bay nous a expliqué comment utiliser l’IA générative dans nos entreprises, et comment écrire des prompts pertinents. Il a également abordé les implications managériales liées à l’adoption de l’IA dans les équipes. Il est crucial de se concentrer sur la gestion de la résistance au changement et l’anxiété que peut engendrer l’introduction de l’IA dans les processus de travail. Développer une culture d’innovation est primordial. La création d’un think tank, l’organisation de conférences, la récompense des idées innovantes, et l’établissement d’un cursus de formation sont essentiels pour nourrir une culture d’innovation. Si votre entreprise est plus grande, pourquoi ne pas mettre en place une équipe dédiée à l’évangélisation de l’IA pour garantir une intégration transversale et efficace de cette technologie ?
Il a souligné que l’IA, bien que puissante, doit être gérée avec prudence pour maximiser son potentiel tout en minimisant les risques associés. Il est bien sûr impératif de réviser la qualité des données, de s’assurer de la confidentialité, de vérifier les biais des algorithmes et de prévenir les problèmes éthiques rattachés à l’IA.
Informer et former les clients sur les applications d’IA développées par l’entreprise est essentiel pour leur adoption et leur utilisation correctes. Enfin, il est vital de toujours maintenir un esprit critique envers les réponses fournies par l’IA. L’IA est un assistant qui nécessite une supervision et un contrôle constants.
L’évolution de l’IA générative pose d’importantes questions sur les implications éthiques et les impacts sur l’emploi et la société. La conférence a appelé à une plus grande inclusivité et diversité dans le développement de ces technologies pour éviter les biais et maximiser les bénéfices attendus.
La Biodigitalisation
Dr Marie-Nathalie Jauffret, de l’International University of Monaco, a exploré le concept fascinant de la biodigitalisation. Son intervention a mis en lumière comment l’intégration de ces influenceurs numériques ouvre de nouvelles avenues dans la communication des entreprises.
Le Dr Jauffret a souligné comment l’innovation, particulièrement dans le domaine du marketing, est renforcée par la biodigitalisation. Cela inclut le développement de nouvelles méthodes pour communiquer avec les consommateurs et les marchés de manière plus personnalisée et engageante.
Elle nous a démontré la façon dont la biodigitalisation peut générer des opportunités uniques pour les entreprises, en servant d’ambassadeur ou d’influenceur biodigital. Ces nouveaux acteurs numériques peuvent non seulement porter les valeurs de la marque, mais aussi agir en tant que modèles ou représentants intellectuels et physiques, offrant une nouvelle dimension à l’identité de marque.
Le Metaverse
La conférence c’est ensuite axé sur le Metaverse avec l’intervention très attendue de Manila Di Giovanni, CEO de Dworld. Comment l’IA peut-elle contribuer à l’amélioration des environnements du Metaverse ? Elle a exploré le rôle potentiel de l’intelligence artificielle dans l’amélioration du Metaverse.
Dworld se spécialise dans la création de jumeaux virtuels de haute qualité, pour le Metaverse. Un des projets phares a été la co-création de celui de Monaco. Ce projet a impliqué toutes les parties prenantes locales et visait à produire une réplique virtuelle de la Principauté à la fois réaliste et haut de gamme. L’objectif étant d’aligner cette création numérique avec l’image et les aspirations de Monaco pour renforcer son leadership global et générer une valeur économique tangible pour le pays.
Plus récemment, Dworld a annoncé un autre projet ambitieux : la conception d’un Metaverse dédié à Gênes, qui inclura une renaissance virtuelle de Niccolò Paganini, le célèbre violoniste et compositeur italien. Ce projet illustre la philosophie innovante de l’entreprise, résumée par Di Giovanni elle-même : « Il n’y a aucun risque à créer ou à participer à l’avenir. Cependant, ne pas évoluer ni s’adapter représente un véritable risque de se retrouver à la traîne, incapable de saisir les nouvelles opportunités. »
La « Journée de la Femme digitale » a donc été un moment crucial pour reconnaître et promouvoir le rôle des femmes dans la technologie. L’événement a non seulement servi à éduquer et informer, mais a aussi agi comme un catalyseur pour de futures initiatives visant à renforcer la présence féminine dans ce secteur. L’engagement à continuer de briser les barrières pour les femmes dans la Tech est plus nécessaire que jamais, pour construire un futur où l’innovation bénéficie de toutes les perspectives.
Merci aux participants pour leur questions pertinentes.
Théo Campana, fait partie du Comité pour la promotion et la protection des droits des femmes, Gouvernement Princier.
Yves-marie Le Bay est Docteur Ingénieur en Intelligence Artificielle et consultant en stratégie IA auprès de grandes entreprises et membre de l’institut EuropeIA. Il enseigne aussi en parallèle à l’Université de Nice et à l’EDHEC Business School auprès d’etudiants en Master et en Doctorat.
Yves-Marie Le Bay possède une solide expérience dans le domaine du logiciel, avec plus de 30 ans d'expérience . Récemment, Yves-Marie avait dirigé le Marketing Mondial de la "Génération de prospects" pour Hewlett Packard (HP).
Dr Marie-Nathalie Jauffret est titulaire d’un Doctorat obtenu à l’Universite Nice Côté d’Azur. Elle exerce au sein de l’International University of Monaco. Sémioticienne et spécialiste de la communication non verbale et de l’innovation numérique, elle mène des recherches sur les biodigitaux depuis 2018.
Ses résultats sont publiés à l’international dans des revues scientifiques et elle fait aussi de la vulgarisation dans différents journaux comme TheConversation. Elle travaille à la réalisation de plans de biodigitalisation pour permettre l’innovation sans risque.
Manila Di Giovani, pionnière de la Réalité Virtuelle et du Metaverse, est fondatrice de DWorld. À seulement 23 ans, elle s’est imposée dans un secteur dominé par les hommes dans le monde de la technologie et du metaverse. Elle a établi sa compagnie, DWorld, révolutionnant l’univers du Metaverse. Son travail a été reconnu par de nombreux prix, notamment le « Monte-Carlo Woman of the Year Award » en tant que la plus jeune lauréate. Retrouvez son portrait sur notre site. ICI
Pascale Caron est directrice de rédaction de Sowl Initiative et responsable des partenariat de MWF Institute. Elle est CEO de Yunova Pharma a Monaco. Spécialiste de la Tech, elle était notre maitre de cérémonie.
Sport : durabilité et l’économie circulaire
Interview de Manon Renaudo, fondatrice de Second Relais, une plateforme d’articles de sport de seconde main qui guide les sportifs amateurs et les clubs sportifs dans leur parcours écologique.
By Pascale Caron.
Entre le stylisme, le marketing digital et l’athlétisme, notamment le triathlon, Manon Renaudo incarne la passion pour l’entrepreneuriat. Voici son histoire inspirante et les coulisses de la création de Second Relais.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a poussée à lancer Second Relais ?
Depuis mon enfance, la danse classique a été une partie intégrante de ma vie, m’immergeant ainsi dans le monde du sport. Cependant, mon expérience professionnelle a débuté dans un tout autre domaine : le stylisme et le modélisme. Après cinq ans dans l’industrie de la mode, où j’ai travaillé de la conception à la réalisation de prototypes pour des marques de différentes envergures, j’ai ressenti le besoin de changement. Le désir de travailler dans des structures plus petites, où je pouvais avoir un impact plus direct et être impliquée dans divers aspects de l’entreprise, m’a beaucoup attirée.
L’industrie de la mode m’a laissée perplexe quant à mon évolution de carrière. La perspective de lancer ma propre marque, bien que séduisante, me semblait financièrement intimidante. C’est pourquoi j’ai opéré un virage professionnel vers le marketing digital, un secteur qui m’intéressait profondément. J’ai eu la chance de travailler chez Citygo, une entreprise novatrice proposant des solutions de covoiturage pour améliorer la mobilité urbaine.
L’équipe était top et c’est à cette époque que mon manager m’a lancé le défi de me mettre à la course à pied. C’est une belle personne, très portée sur les valeurs du sport. Moi qui ne courais même pas à part derrière un taxi, je me suis lancée à faire un dix kilomètres !
J’avais 30 ans, j’avais arrêté la danse classique et donc je me suis dit « Fais gaffe à ton corps, reprends une vie un peu plus saine, arrête le dancefloor. ». Pour me motiver, j’ai écouté un youtubeur Running Addict. Il m’a donné un truc que j’ai appliqué : pour faire rentrer une habitude dans ton quotidien, fais-la trois fois par semaine pendant trois semaines. Même si c’est juste t’habiller, claquer la porte de chez toi et courir dix minutes. J’ai écouté ses conseils à la lettre. La 1ere fois, j’ai couru trois kilomètres en 35 minutes et j’ai cru que j’allais crever !
Après le dix kilomètres je me suis lancé le défi de faire un semi, mais malheureusement la date est tombée la veille de l’annonce du confinement. Quand j’ai repris la course à pied, je me suis blessée, et je me suis mise à nager, moi qui détestais ça ! je me faisais faire des mots de médecin à l’école pour éviter la natation. C’est comme cela que j’ai rencontré des gens qui faisaient partie du club de triathlon de Levallois et m’ont motivée à m’inscrire. Pour moi, le triathlon c’était Ironman ! Mais au final, tu as des triathlons S, M, XS, L, XL et tout le monde pouvait y trouver son compte. Je suis donc entrée dans le club.
C’est à cette époque que j’ai dû m’équiper. J’ai tenté de trouver des solutions en seconde main. Et à cette époque-là, il n’y avait pas de communauté de sportifs qui pouvait vraiment nous conseiller pour nous équiper. Un ami très gentiment m’a fait des mails énormes avec les liens Leboncoin. Il avait copié toutes les descriptions en prenant en compte ma taille, mon poids, mon expérience sportive, mes buts sportifs, etc.
Ça a été le déclic pour Second Relais. La difficulté à trouver des équipements sportifs de seconde main fiables et la volonté de proposer une alternative écologique ont été mes principales motivations. Après un an et demi de recherche et un projet pilote sur Instagram, j’ai pu constater un véritable intérêt. Grâce au soutien de la CCI et d’un accompagnement dédié, j’ai franchi le pas pour transformer cette idée en réalité. Le site est en ligne depuis un an.
Quelle est la mission de Second Relais aujourd’hui ?
Second Relais aspire à révolutionner la façon dont les athlètes et les clubs sportifs abordent l’équipement sportif, en promouvant la durabilité et l’économie circulaire. Notre plateforme ne se limite pas à la vente d’équipement de seconde main ; elle vise à éduquer et à encourager une communauté vers des pratiques sportives respectueuses de l’environnement. Nous offrons des outils et des ressources personnalisés pour les clubs désireux d’intégrer ces valeurs dans leur quotidien , avec leur propre plateforme de seconde main privée entre licenciés et un kit de sensibilisation autour du sport durable.
Quels sont tes futurs défis ?
Notre principal défi est d’élargir notre portée et notre impact en consolidant des partenariats avec les institutions sportives et en augmentant le nombre de clubs engagés dans notre démarche. Pour cela, nous recherchons activement des financements pour étoffer notre équipe et intensifier nos campagnes de marketing et de communication.
Quels podcasts t’inspirent et te motivent dans ton aventure ?
Je puise mon inspiration dans une variété de podcasts qui explorent les réussites sportives et entrepreneuriales, comme « Les Baladeurs », « The Other », et « Génération Do It Yourself ». Ces récits me motivent à poursuivre mes objectifs et à continuer d’innover au sein de Second Relais.
Pour finir, quel est ta devise ou ton mantra ?
« Seule, on va plus vite ; mais ensemble, on va plus loin. » Cette maxime résume parfaitement l’esprit d’entrepreneuriat et d’effort collectif qui caractérise Second Relais. Elle souligne l’importance de la collaboration et du partage d’expériences pour atteindre des buts communs.
Voici la page Linkedin de Second Relais https://www.secondrelais.com/
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Du conseil stratégique à l'entrepreneuriat
Interview de Marion Boyadjis, fondatrice et gérante du restaurant Casa Leya et du club sport et bien-être Flexx.
By Pascale Caron
La carrière de Marion est marquée par une transition réussie du conseil en stratégie et de la finance à l’entrepreneuriat dans le secteur du bien-être et de la restauration. Depuis plus de six ans, elle dirige Casa Leya, un établissement à Nice, illustrant sa capacité à identifier et à répondre aux besoins du marché local en matière de restauration. Son nouveau projet, Flexx Nice, sera un club sport et bien-être haut de gamme qui inclura un écosystème bien être avec piscine, Sauna, hammam, un espace de co-working et un restaurant healthy.
J’ai fait sa connaissance lors d’un comité de financement d’Initiative Côte d’Azur et j’ai tout de suite été séduite par ce beau projet et par sa personnalité. J’ai tout naturellement voulu en savoir plus…
Qu’est-ce qui t’a amenée à devenir entrepreneure ?
J’ai fait l’École Centrale Paris après une prépa. Étant à l’époque très intéressée par les matières scientifiques, j’ai découvert à Centrale qu’au final, j’étais plus attirée par les sujets de type business, économie, etc. En sortant de Centrale, les voies qui s’ouvraient, c’était soit la banque, soit le conseil.
J’ai donc commencé par la banque dans les fusions-acquisitions. J’ai travaillé chez Goldman Sachs à Londres, qui était à l’époque ce qui se faisait de mieux dans le domaine. J’ai ensuite rejoint BNP Parisbas à mon retour en France, et assez vite, je me suis rendu compte que je n’étais pas faite pour ça. Je me suis alors dirigée vers le conseil en stratégie. Je suis entrée au Boston Consulting Group, qui est la référence dans le domaine.
J’y suis restée pendant un peu plus de six ans et j’ai gravi les différents échelons jusqu’à être Principal, le grade avant Partner. Je me suis spécialisée en « Consumers Goods » : les biens de grande consommation. J’étais chef de projet senior sur la fin, et je gérais plusieurs clients en parallèle. Si mon travail était passionnant, d’un point de vue personnel, j’avais envie de changement. Avec mon mari, qui est devenu mon ex-mari et mon associé nous étions à la recherche d’une meilleure qualité de vie dans le sud, loin de Paris. On a donc étudié différentes villes de la Côte d’Azur et on est tombé sous le charme de Nice, mais sans connaître spécialement. Nous sommes restés en très bons termes et on continue à faire tous nos projets professionnels ensemble, et ça se passe très bien.
En concrétisant ce projet de vivre sur Nice, on s’est rendu compte que les jobs qu’on exerçait n’existaient pas en province, ils sont vraiment très parisiens. On s’est dit que le plus intéressant serait de monter nos propres boîtes. En partant de ce constat, j’ai fait des recherches. J’apprécie beaucoup le contact direct avec le client. Je suis attirée par le domaine de la nourriture, du sport et du bien-être. Tout cela me parle tant à titre personnel, que professionnel. J’aime les endroits où l’on vient passer un bon moment, où on est heureux d’être là. En partant de ce constat, on a fait une étude de marché pour voir sur quel positionnement monter un restaurant. Nous avons ouvert Casa Leya 1 an après être arrivés sur Nice en 2017. C’est une affaire qui tourne bien : nous avons entre 30 collaborateurs l’hiver et 60 l’été entre la salle et la cuisine. J’ai un petit peu musclé les fonctions supports qu’historiquement je faisais moi-même, comme la communication sur les réseaux sociaux, la réservation de groupes, la partie comptabilité, le contrôle de gestion et la RH. Cela me permet de libérer du temps pour d’autres taches. Je suis la gérante et j’ai 70 % des parts. Mon associé m’a surtout aidé lors de la construction du projet. On se parle régulièrement toutes les semaines. Mais c’est moi qui gère au quotidien. Il a pas mal d’entreprises à gérer de son côté.
Et tu te lances dans une nouvelle aventure qui est le Flexx à Nice. Mais tu vas pouvoir gérer les 2 de front ?
Oui, tout à fait. D’ailleurs, c’est rigolo parce qu’on m’a remonté qu’il y aurait des rumeurs de vente de Casa Leya, alors que pas du tout. On a bien développé le restaurant et on a acheté le fonds de commerce voisin pendant le COVID. On a eu l’autorisation d’avoir la terrasse sous les arcades du cours J.Chirac et ça, c’est super.
C’est un lieu qui est très apprécié des Niçois, au soleil en hiver, et à l’ombre l’été avec un petit air frais. Maintenant, avec l’équipe qui s’est renforcée, j’ai du temps pour me consacrer au moins partiellement à une autre activité. On avait envie de faire quelque chose dans le domaine du fitness. On s’est rendu compte qu’il y avait un manque sur le créneau haut de gamme à Nice en centre-ville et une vraie demande venant d’une clientèle CSP+. Il existe beaucoup de salles low cost, mais ce type d’offre est quasiment absent. On s’est inspirés de ce qui fonctionne bien à Paris ou à Londres. On a voulu créer un lieu de vie où il y a non seulement le côté sportif, mais également la partie bien-être spa et le coworking et aussi le restaurant. Et du coup, pour faire tout ça au même endroit, il nous fallait une belle superficie !
On souhaitait être en plein centre-ville pour toucher cette clientèle qui habite ou travaille dans le secteur. Il n’y avait pas tant de locaux disponibles que ça, à part celui du George qui avait été fermé en 2015, un emplacement absolument magnifique avec une grande hauteur sous plafond. Il est chargé d’histoire. Ça a été la première cuisine ouverte et précédemment un théâtre, un casino. Beaucoup de niçois connaissent cet endroit. On s’est projeté vraiment dans ce local, même si en termes de travaux, il y avait beaucoup de choses à faire. On l’a repris en avril dernier et on a débuté le gros œuvre dans la foulée. L’idée, c’est de proposer une expérience personnalisée à chacun. Le lieu sera un endroit exceptionnel afin de prendre soin de son corps et de son esprit : à la fois sur le côté physique et bien-être. Au niveau sportif, on aura de très beaux équipements en libre-service, en cardio et en musculation. On aura une centaine d’heures de cours collectifs par semaine et du coaching privé, avec des instructeurs, tous diplômés d’État, et que l’on a recrutés avec attention. Nabil Benhaij sera notre directeur d’exploitation. Côté bien-être, on aura une piscine dans laquelle seront organisés des cours aquatiques, un sauna, un hammam, un espace détente, des cabines de consultation, ostéopathe, diététicien et ensuite un espace soins de la marque Algotherm.
Il y aura une zone coworking : tout d’abord des places au niveau du restaurant où chaque membre pourra travailler à son rythme quand il le désire. Et on aura aussi un coworking fermé sur abonnement spécifique où des personnes qui souhaiteraient installer leur entreprise peuvent avoir un bureau qui leur est consacré à l’année. Pour la partie restauration, nous avons créé une autre marque, Foodie avec une salle qui donnera sur l’extérieur, ouverte à tous. Il y aura également une salle dans le Flexx dédiée uniquement aux membres. La cuisine sera ouverte toute la journée de 8 h à 18 h sur un concept brunch et coffee shop avec des options healthy pour la clientèle sportive. En termes de boissons, on aura une carte assez développée : beaucoup de smoothies, de milkshakes et des shakers protéinés.
C’est très impressionnant. Comment vont se passer les liens avec Casa Leya ?
Une partie de l’équipe de Casa Leya va être transférée : le directeur va chapeauter les 2 établissements. Certains collaborateurs de Casa Leya travailleront à Foodie, ce qui créera des synergies. C’est une restauration qui est fermée le soir, avec un service en continu en journée. C’est le Graal pour les collaborateurs. Le reproche le plus fréquent dans la restauration, c’est qu’on travaille le soir, en coupure. Quand on a mis des annonces sur internet, on a eu pas mal de retours, parce que ces jobs sont rares et convoités. On attire du personnel qui potentiellement a des enfants et qui pourra les chercher à la sortie de l’école.
Mais toi, comment gères-tu ?
Je travaille en journée, car je ne suis pas impliquée de manière opérationnelle dans le restaurant. L’expérience acquise avec Casa Leya m’a permis de mettre en place une équipe solide, capable de piloter le quotidien efficacement, me libérant donc pour me consacrer également au Flexx. Le partage de certaines ressources entre les deux établissements crée une synergie bénéfique pour tous. Chez Flexx, il y aura une dizaine de coachs, le même nombre de commerciaux. Ensuite, on aura les équipes du spa et les équipes de blanchisserie et ménage, qui seront externalisées. Au restaurant, nous aurons également une dizaine de collaborateurs.
Quels sont les secrets de ce succès ?
Respect des réglementations, management humain et attentionné, et un engagement profond envers le bien-être de notre équipe. Nous organisons régulièrement des activités de team building, renforçant ainsi le lien et la fidélité de nos collaborateurs. Tous nos responsables sont les mêmes depuis l’ouverture, ce qui est assez rare dans la restauration : on en est très fiers.
Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?
Je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs. Au BCG, j’avais surtout des contacts avec de grosses boîtes du CAC 40, pas vraiment le monde de l’entrepreneuriat. Mais à Nice, j’ai rejoint le CJD, un club où on est tous chefs d’entreprise. Là, ça a été super intéressant parce qu’on peut échanger sur tout : les galères, les succès, comment on avance. Ça aide beaucoup. En plus de ça, il y a le « Réseau Entreprendre » qui me suit et Initiative Côte d’Azur qui m’ont soutenue pour le financement.
Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?
À une époque, je lisais beaucoup sur l’entrepreneuriat pour m’inspirer. Un livre en particulier m’a vraiment marquée : « One to Zero » de Peter Thiel. Il nous explique comment lancer et gérer des startups d’une façon qui sort de l’ordinaire, en mettant l’accent sur l’innovation. Ce livre m’a ouvert les yeux sur l’importance de créer quelque chose de nouveau, de passer de rien à quelque chose. Ça m’a beaucoup aidée à penser différemment à propos de mes propres projets. C’était le genre d’inspiration dont j’avais besoin à ce moment-là.
Est-ce que tu aurais une devise ou un mantra ?
L’entrepreneuriat est un parcours semé d’embûches, mais chaque obstacle surmonté intensifie notre capacité à affronter les suivants. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » est une devise qui résonne profondément avec mon expérience.
Retrouvez le club Fexx sur le site https://www.flexx-club.fr/
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
[Recherche] Santé Mentale
Interview du Professeur Camilla Bellone, Directrice du Centre Synapsy
Par Pascale Caron
Le Centre Synapsy, situé à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève, est une institution dédiée à la recherche en neurosciences et à la santé mentale. Ce centre, unique en son genre en Suisse, en Europe et dans le monde, s’attaque à des maladies mentales telles que la schizophrénie, l’autisme et les troubles de l’humeur.
Camilla Bellone est Professeure associée au « Département des Neurosciences Fondamentales » et coordinatrice du Centre Synapsy de l’UNIGE. Elle apporte une perspective pharmacologique et neurophysiologique sur les fonctions cérébrales impliquées dans les troubles mentaux. Ses recherches se concentrent sur les mécanismes neurobiologiques du comportement social, allant des molécules aux réseaux neuronaux dans lesquels ils évoluent. Elle s’intéresse particulièrement à l’autisme, un trouble connu pour altérer les compétences sociales.
Pouvez-vous nous parler de Synapsy ?
Au Centre Synapsy, nous sommes au cœur d’une fusion révolutionnaire entre neurosciences et psychiatrie. Créé en 2002 par Dominique Muller et Pierre Magistretti, notre centre rassemble neuroscientifiques et psychiatres dans un élan commun : comprendre et traiter les maladies mentales à travers les mystères du cerveau. Cette initiative, encore peu connue par le grand public, vise à connecter ces deux domaines, longtemps restés distincts, pour déchiffrer les bases neuronales des troubles psychiatriques et explorer de nouvelles voies thérapeutiques.
L’essence même de notre travail réside dans la découverte et la compréhension des fonctions et dysfonctions cérébrales. Pendant douze ans, notre attention s’est portée sur des maladies telles que la dépression, la schizophrénie, l’autisme et les troubles liés au stress. Mais, à travers ces recherches, nous avons identifié des dysfonctions cérébrales transversales à diverses pathologies. Par exemple, la motivation, qui joue un rôle crucial dans la prise de décision, se retrouve affectée dans plusieurs conditions, allant de la dépression à l’autisme.
Outre la motivation, les aspects cognitifs comme l’apprentissage et la mémorisation sont essentiels à tous les âges et impactés dans divers troubles mentaux. De même, l’attention, indispensable dans le quotidien, est souvent altérée dans plusieurs maladies.
Mon sujet de recherche se concentre sur les interactions sociales, un domaine fascinant qui révèle la variété de nos comportements. Cette étude des individualités, allant des personnes ouvertes et confiantes à celles à la limite de l’autisme, soulève une question fondamentale : d’où viennent ces différences et pourquoi existent-elles ? Comprendre cela est crucial pour valoriser la diversité dans notre société, sans chercher à normaliser les gens.
Le concept d’intelligence collective est au cœur de nos recherches. Cette approche, qui rassemble différentes personnalités pour générer de nouvelles idées, est encore peu explorée en neurosciences. Chez Synapsy, nous étudions ce phénomène pour mieux comprendre comment notre cerveau gère cette individualité et comment elle influence nos décisions.
Pouvez-vous expliquer votre parcours et ce qui vous a amenée justement à vous passionner pour ce domaine ?
J’ai fait des études classiques au lycée, en Italie, à Milan. Puis, à un moment, j’ai décidé que je voulais être médecin. Malheureusement, je n’ai pas réussi l’examen pour entrer à la faculté de médecine. Alors que j’avais décidé au bout du compte de me diriger vers des études littéraires, j’ai rencontré une amie qui allait étudier à la faculté de pharmacie. Je l’ai accompagnée, totalement par hasard, et je me suis finalement engagée dans 5 ans d’études de pharmacie. Le côté officine ne m’intéressait pas : je voulais vraiment étudier plus la pharmacologie, l’anatomie et la physiologie. Après trois ans d’études, j’ai eu une révélation : j’ai rencontré l’un de mes mentors, la professeure en neurosciences Monica Di Luca, pharmacologue à l’université de Milan. C’est elle qui m’a véritablement inspirée.
Son cours m’a passionnée et j’ai alors demandé à réaliser une thèse sous sa direction. C’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse des neurosciences, fascinée par la compréhension du fonctionnement du cerveau. Pendant mon doctorat, j’ai eu l’opportunité de partir à l’étranger. J’étais convaincue d’aller à Édimbourg, mais lors d’une conférence, j’ai rencontré Christian Lüscher de l’Université de Genève. Sa manière d’expliquer les choses m’a totalement conquise et j’ai demandé si je pouvais passer une année dans son laboratoire. C’est ainsi que je suis arrivée à Genève.
C’était la première fois que je quittais ma maison. J’étais excitée à l’idée de vivre seule et de découvrir de nouveaux horizons. Alors que je devais rentrer en Italie avant d’aller faire un post-doctorat aux États-Unis, j’ai finalement décidé de ne pas partir, car j’étais tombée amoureuse. Christian Lüscher m’avait quand même encouragée à partir pour le bien de ma carrière. J’ai donc réalisé mon post-doctorat aux États-Unis, à l’University of California à San Francisco, où je suis restée deux ans.
À San Francisco, tout se passait bien. Je travaillais sans relâche, car mon objectif était de retourner à Genève le plus rapidement possible pour retrouver mon fiancé. J’ai collaboré avec Roger Nicol, un pionnier dans l’étude de la physiologie neuronale. Bien qu’il ait été déçu de ma décision de quitter son laboratoire de manière précoce , mon désir de trouver un équilibre entre ma vie professionnelle et personnelle était plus fort.
De retour à Genève, j’ai rejoint une nouvelle fois le laboratoire de Christian Lüscher. J’ai eu la chance d’obtenir un poste de professeur assistant à Lausanne, grâce à une bourse du Fonds national suisse, puis à Genève en 2016. En 2020, je suis devenue professeure associée. L’opportunité d’intégrer Synapsy s’est alors présentée. J’étais membre du conseil d’administration et, suite au décès tragique du directeur de l’initiative, j’ai pris sa relève en tant que Directrice de Synapsy. Je me suis entièrement dévouée à ce centre. J’ai toujours mon laboratoire de recherche qui emploie 15 personnes. Récemment, le nouveau doyen m’a demandé de devenir vice-doyenne, ce que j’ai accepté, embarquant dans cette aventure captivante. Cela représente beaucoup de responsabilités, mais c’est extrêmement enrichissant.
Mon engagement dans la recherche et l’enseignement reflète ma passion pour l’apprentissage et l’interaction humaine. Je suis foncièrement positive. Je m’enrichis beaucoup de ces différentes activités et du contact avec les étudiants.
Pouvez-vous nous donner des exemples de vos sujets de recherche ?
Nous nous intéressons particulièrement au processus décisionnel, notamment à la manière dont une personne décide d’interagir avec autrui ou de l’éviter. Ce sujet est spécialement pertinent dans le contexte actuel, comme dans le cas des violences faites aux femmes. Chacun doit apprendre à identifier les situations ou les personnes à éviter, et à choisir avec qui interagir. Chez certains individus, ce processus peut être altéré en raison de pathologies, les empêchant de faire les bons choix, même face à des aspects négatifs.
Dans nos recherches sur le modèle animal, notamment sur les rongeurs, nous avons pu observer le cerveau et comprendre ce qui s’y passe. Nous nous sommes intéressés à la motivation, en particulier à celle qui nous pousse à interagir avec les autres ou à les éviter. Nous avons découvert que les neurones dopaminergiques, qui libèrent le neurotransmetteur dopamine, jouent un rôle crucial dans la motivation. Ces neurones sont également actifs pendant les interactions sociales, caractérisées par une libération de dopamine. Ces observations sont fondamentales pour comprendre les aspects motivationnels de notre comportement.
En particulier, nous avons mené des études sur des souris présentant des gènes associés à l’autisme. Nous avons constaté une altération de ce processus motivationnel, liée à une activité anormale des neurones dopaminergiques et à une libération insuffisante de dopamine. Cela pourrait être à l’origine de dysfonctions sociales, en particulier celles liées au manque de motivation à interagir avec les autres.
Est-ce que vous auriez un livre à nous conseiller ?
Je suis une grande lectrice et j’apprécie particulièrement les livres de neurosciences accessibles au grand public. Je recommanderais « Behave. The biology of humans at our best and worst » de Robert Sapolsky pour son approche captivante de l’être humain. Je recommande également « Sapiens : Une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari, un ouvrage fascinant qui offre une perspective globale sur l’évolution humaine et ses implications.
Je conseille souvent à mes étudiants et étudiantes de ne pas se perdre dans les détails techniques de leur travail et de garder une vision d’ensemble. Les livres sont excellents pour développer notre capacité à voir les choses dans un contexte plus large.
Pour finir, auriez-vous une devise ou un mantra ?
Elle est simple mais puissante : « toujours regarder le verre à moitié plein ». C’est cette vision optimiste qui guide mon approche tant dans la vie personnelle que professionnelle.
Pour contacter le centre Synapsy https://www.unige.ch/medecine/synapsycentre/fr
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
Woman In Tech : Metaverse
Interview de Manila Di Giovanni : Pionnière de la Réalité Virtuelle et du Metaverse, fondatrice de DWorld.
By Pascale Caron
À seulement 23 ans, Manila Di Giovanni Fondatrice de DWorld, s’est imposée dans un secteur dominé par les hommes dans le monde de la technologie et du metaverse.
Elle a établi sa compagnie, DWorld, révolutionnant l’univers de la réalité virtuelle. Son travail a été reconnu par de nombreux prix, notamment le « Monte-Carlo Woman of the Year Award » en tant que la plus jeune lauréate. Elle a collaboré avec le département smart cities de la Principauté de Monaco, ce qui a fait de Monaco le premier pays avec une économie virtuelle.
DWorld, a récemment annoncé un partenariat stratégique avec Impero pour créer le Metaverse des Philippines. Cette collaboration vise à réaliser une version virtuelle des villes de ce pays, offrant une nouvelle dimension au tourisme et à l’économie numérique. Le projet a été présenté lors de l’événement « Ready Marketing One », soulignant l’importance de la technologie dans la promotion du tourisme.
En novembre 2023, elle a été distinguée par l’Oscar de l’innovation ANGI 2023 décerné par Diana Battaggia, le chef de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel. Elle a reçu également le prix Aidda 2023, en Italie, soulignant son rôle de leader dans la création des smart cities dans le metaverse.
D’autres projets sont en cours comme la virtualisation de Genova, sa ville natale, dans le metaverse. L’objectif de DWorld est de fusionner le réel et le virtuel, offrant des expériences immersives et de nouvelles possibilités dans l’économie numérique.
Manila, parle-nous de ton parcours et de ce qui t’a amené à créer ton entreprise ?
Étant moitié italienne, moitié philippine, j’ai toujours eu une mentalité ouverte, un mélange d’Est et d’Ouest. J’évite les stéréotypes et j’embrasse les idées de tout le monde, ce qui m’aide à développer mon équipe.
Mon tout premier rêve était de devenir joueuse de tennis professionnelle jusqu’à l’âge de 16 ans. J’ai passé de nombreux mois, notamment à Barcelone, m’entraînant huit heures par jour, tout en poursuivant mes études secondaires. J’ai participé à de nombreux tournois, jouant même au niveau national en Italie et à l’étranger. Le tennis m’a appris l’importance du sacrifice et de la détermination. Réaliser ses rêves nécessite une volonté de fixer des objectifs clairs et de travailler inlassablement, jour et nuit, pour les atteindre.
Et puis au lycée j’ai dû choisir entre le tennis et les études. Si je gagnais le championnat national, je continuais, sinon je poursuivais mes études et me consacrais à une carrière entrepreneuriale. Je n’ai pas remporté ce tournoi ! Ça a été un moment triste et décisif pour moi, compte tenu de toutes les années de sacrifices que j’avais faits.
Cette expérience m’a inculqué une discipline et une perspective uniques que j’ai ensuite appliquées à mes études universitaires, à mon travail, et dans mes interactions avec mes collègues. Dans le tennis, surtout en double, il faut protéger son partenaire, faire preuve de leadership, et porter l’espoir de gagner. Ces mêmes qualités sont nécessaires en entreprise, notamment dans les startups où maintenir la motivation et afficher constamment des résultats est vital. Les difficultés rencontrées doivent être abordées avec un esprit d’équipe et un leadership fort. La constance et la performance sont cruciales, car sans elles, le moral de l’équipe peut baisser, ce qui affecte la viabilité à long terme de l’entreprise.
J’ai donc poursuivi des études universitaires à l’IUM à Monaco. Un des tournants a été les stages que j’ai effectués à Singapour et en Chine, plongeant dans les dernières technologies, comme la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle. À Shenzhen, j’ai vraiment vu l’innovation en action. C’était un tremplin pour les startups, une expérience qui a radicalement changé ma vision du monde.
J’ai terminé mes études à l’Université de Monaco en 2021. L’idée de DWorld est née de ma passion pour les mondes virtuels, influencée par les mangas et animés japonais. Je voulais créer un espace qui soit l’opposé d’un monde dystopique, un lieu qui pourrait aider les gens. À Singapour, j’ai été fascinée par l’idée des Smart Cities, et cela a renforcé mon désir d’améliorer les infrastructures et les capacités humaines, en particulier dans les nations en développement.
Quelle est la vision derrière DWorld ?
L’objectif de DWORLD est ambitieux : intégrer les entreprises, les services publics, et les résidents dans une économie virtuelle. Cela nécessite une reconnaissance mondiale et beaucoup de lobbying. J’ai présenté mon projet lors de ma deuxième année à l’IUM à Monaco, ce qui a conduit à la création d’un jumeau virtuel de la ville.
Quelle est la différence entre DWorld et d’autres mondes virtuels ?
La différence clé réside dans l’optimisation des polygones et l’intégration des écosystèmes réels. Dans DWorld, contrairement aux jeux virtuels, vous pouvez visiter des endroits avec vos proches dans un environnement multi-utilisateur, intégrant des entreprises réelles et des services publics.
Nous avons commencé avec Monaco, puis étendu aux Philippines grâce à un partenariat important avec le gouvernement. Nous travaillons actuellement sur l’ajout de Gênes, en Italie. Notre modèle économique repose sur des loyers payés par les entreprises pour leur présence dans DWorld et des commissions sur leurs ventes.
Quels sont tes projets pour l’avenir ?
Dans un avenir proche, nous espérons interconnecter au moins quinze villes, créant ainsi une société plus démocratique où les gouvernements et les citoyens peuvent interagir de manière transparente grâce à la blockchain.
Comment envisages-tu de rendre DWorld accessible à tous ?
La technologie doit être adaptée pour tous. Comme Internet il y a 20 ans, l’adaptation à ces nouvelles technologies est essentielle. Nous n’avons pas choisi de Cloud pour l’instant : notre plateforme peut se télécharger sur un ordinateur personnel, et nous travaillons avec des blockchains durables, qui sont utilisées pour les transactions, pour minimiser notre impact environnemental.
Manila, dans cette aventure entrepreneuriale unique, y a-t-il des personnes qui t’ont particulièrement inspirée ?
Souvent, on s’attend à entendre parler de mentors célèbres ou d’entrepreneurs à succès. Mais pour moi, l’inspiration est venue de mes parents. Ils ont été mon modèle ultime d’humilité et d’entrepreneuriat.
Mon père, en particulier, a bâti sa propre entreprise à partir de zéro. Ils m’ont élevée dans un esprit d’indépendance et d’entrepreneuriat, m’incitant à forger mon propre chemin.
Ils ont su trouver l’équilibre parfait entre me donner la liberté de faire mes propres choix et maintenir une certaine rigueur. Ma mère, en particulier, exigeait toujours le meilleur de moi, ce qui m’a inculqué une discipline ferme. Cette combinaison d’autonomie et d’exigence m’a aidée à grandir, tant personnellement que professionnellement : elle a été fondamentale.
Ils ne m’ont jamais poussée dans une direction spécifique. Ils ont respecté mes choix, qu’il s’agisse de ma passion pour le tennis ou mon intérêt pour l’entrepreneuriat. Cette liberté m’a permis de découvrir mes propres passions et de développer les compétences nécessaires pour les poursuivre.
As-tu un livre ou un podcast à recommander ?
Je recommande le podcast « Live Wide Awake - Sustainability & Conscious Leadership » de Steph L Dickson. Elle aborde des sujets cruciaux pour notre génération, notamment l’importance des défis environnementaux que nous devons relever.
Aurais-tu une devise ou un mantra ?
« There’s no risk in creating or taking part in the future. But there’s a risk in not changing and adapting while being left behind and not being able to grasp new opportunities. » Cette phrase est de moi 😉.
Les changements, en particulier dans les domaines scientifiques et technologiques, ne doivent pas être vus comme des risques, mais comme de nouvelles façons de résoudre des problèmes. Il est crucial d’avoir l’esprit ouvert et d’intégrer ces technologies dans notre vie quotidienne.
A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.
[Tourisme] de ville en ville

Interview de Carine de Reymaeker, fondatrice de City Tour Game.
By Pascale Caron
Directrice Commerciale du Palais des Expos à Nice, Carine a une expérience de 16 ans dans le tourisme.
En juin 2022, elle a fondé City Tour Game pour offrir une visite de la ville de Nice à la fois ludique et artistique, en réalité augmentée et en mobilité douce. À travers cette initiative 100 % numérique et inscrite dans la philosophie du slow tourisme, elle promeut la transition écologique et valorise le patrimoine culturel tout au long de l’année.
City Tour Game c’est un escape game urbain et culturel, à travers 10 sites remarquables jalonnés d’énigmes. Certaines seront en réalité augmentée. Il y aura aussi un guide des « vraies » bonnes adresses typiques et/ou originales engagées dans le développement durable, et la possibilité d’explorer les pépites cachées et les meilleurs spots photo de la ville. Carine vise à offrir une expérience de visite alternative, pédagogique, respectueuse de l’environnement, et riche en découvertes et anecdotes locales.
Quel est ton parcours et qu’est-ce qui t’a poussée à créer ton entreprise ?
Je dois remonter à mes 11 ans. J’avais conçu une boite de jardinage où j’avais un seul client : mes parents. Je voulais gagner de l’argent, car j’étais déjà connectée avec la réalité de la vie grâce à eux. J’ai vite compris qu’il fallait se débrouiller par soi-même. C’était aussi le début du marketing, et de la publicité. Je suis de la génération culture pub et j’adorais ça. J’ai donc créé des fiches produits, des tarifs, imaginé un nom d’entreprise. Chaque prestation était à 5 francs ou 10 francs. Je faisais des devis, des factures et surtout, je veillais à me faire payer !
Je ne savais pas si j’avais envie de faire des études longues. Je me suis quand même dit « Fais un diplôme qui t’apportera un bagage. » J’ai opté pour un DUT Techniques de Commercialisation : le côté pratique avec l’intervention de professionnels m’a plu. Je suis ensuite partie à Paris faire une maîtrise sciences de gestion spécialisée en marketing.
Inconsciemment aujourd’hui je pioche dans ce que j’ai pu apprendre à un moment donné sur les bancs de l’école, et notamment pour la méthodologie et la structure. Une entreprise ou un projet, quel qu’il soit, c’est une pieuvre qui a plusieurs tentacules et il faut contrôler au minimum. Il faut être expert dans deux ou trois tentacules, mais les autres, on doit en avoir conscience et savoir les gérer. Le plus important est de s’épauler avec des sachants dignes de ce nom. Aujourd’hui, si City Tour Game réussit, ce que j’espère, ce sera 50 % par rapport à l’idée, mais aussi parce que je serai bien entourée.
Au début de ma carrière, j’ai été responsable marketing chez Renault. Je m’occupais des lancements produits et de l’évènementiel. C’était aussi le commencement du marketing digital avec l’arrivée d’Internet et des web sites. C’était aussi le début des CRMs : j’ai beaucoup appris. Et puis j’ai eu envie de rentrer à Nice pour retrouver une qualité de vie, dans l’idée de fonder une famille. Car même si je suis une acharnée du boulot, ma vie personnelle, fait partie de mon équilibre.
J’ai eu ma première fille et j’ai pris le temps de m’en occuper, mais j’ai tout de suite recherché du travail en parallèle. C’est là où je suis tombée dans le tourisme, il y a 16 ans.
À la base, c’était une société d’autocars. Le patron m’a proposé de créer et de vendre des excursions à destination du tourisme d’affaires et de loisirs. J’ai lancé ce département en ne partant de rien. Je me suis occupée de la production et de la commercialisation de ces produits touristiques.
Cette période de ma vie s’est écoulée de 2007 à 2019. Et puis, j’ai été démarchée par le Palais des congrès de Nice. Ça fait quatre ans que j’y suis. J’étais pleine d’énergie, j’avais carte blanche pour dynamiser l’activité commerciale du Palais des congrès.
Et puis je suis passionnée par les voyages depuis toujours. J’adore organiser les week-ends en famille, en couple, entre amis, les road trips. Une fois qu’on a sélectionné la destination, que ça soit le Costa Rica, les États-Unis ou Bali, je trace le cheminement et j’organise tout, les hôtels, les restos, les programmes journaliers… Déformation professionnelle ! Mais comme ça je voyage déjà en amont, pour vivre une belle aventure sur place avec mes acolytes de voyage. Personnellement, j’ai toujours cherché une activité touristique qui soit en même temps ludique et instructive. Si tu fais 10 000 kilomètres, ce n’est pas pour rien ! Mais ça peut vite être compliqué parce qu’on a tous des intérêts différents. Ça peut être l’histoire, le patrimoine, l’environnement, la biodiversité ou d’autres qui sont beaucoup plus légers, les anecdotes, les petits secrets ou juste s’amuser. Et quand tu te balades avec le guide du routard sous le bras ou avec un guide qui te fait faire une visite, tu subis. Tu n’as qu’une seule source d’information et pas forcément celle que tu cherches.
J’ai petit à petit transformé mes incertitudes professionnelles en tant que salarié, en une réflexion entrepreneuriale. J’ai commencé à monter mon projet, à l’écrire. C’est comme cela que j’ai créé City Tour Game en juin 2022.
Une autre facette de ma personnalité c’est la transmission. Je suis professeure à l’IUP Tourisme. J’ai des Masters 1 et des Masters 2. Entourée de jeunes j’ai réalisé qu’il faut démocratiser, vulgariser la culture et proposer un tourisme différent.
Dans l’offre actuelle soit tu fais du ludique (vélo, Segway), soit des visites guidées en groupe, et tu n’apprends pas forcément ce que tu as envie de connaître. Je voulais créer un tout-en-un, dans une démarche RSE. Les partenaires seront les bars, les restos, les magasins, sélectionnés sur leur authenticité, la mise en valeur le territoire, et/ou leur originalité.
J’y ai mis mon expertise et mes valeurs. C’est mon projet de vie. Parce que d’un côté, tout ce que j’ai appris à l’école, dans l’automobile et dans le tourisme, tout ça a constitué un savoir. Et de l’autre côté, je suis très, très attirée par l’innovation technologique.
Pour la suite, je cible les destinations touristiques qui ont vraiment du potentiel. La prochaine destination est Barcelone, car la taille de la ville est très similaire à Nice que je connais bien. Nous nous attaquerons après aux mastodontes que sont Paris, Londres…
J’externalise le développement à une société niçoise interactive 4D, qui est spécialiste du serious gaming. À la fin du jeu, je reverserai 1 euro par jeu vendu, à une cause environnementale qui œuvre sur le territoire. C’est important pour moi de laisser une empreinte positive et de m’inscrire dans un Tourisme Responsable et vertueux.
Comment trouves-tu le contenu ?
Pour chaque destination, je fais appel à des réseaux de greeters. Ils connaissent les bonnes adresses, les sites remarquables, les pépites. Leur aide est bien sûr couplée avec un travail de recherche, sur les réseaux sociaux, les influenceurs, les offices de tourisme.
Pour la partie culturelle, le nerf de la guerre, c’est Tom Obry, Nicestorique. Il fait des chroniques sur France Bleue. Il démocratise et vulgarise la culture. J’aime beaucoup ce garçon qui est encore étudiant en Histoire et qui explique avec des mots simples tout en supprimant tout ce qui est inutile. Il sait comment s’adresser aux nouvelles générations ! Je lui ai commandé les capsules vidéos : lorsque tu arriveras sur un site, tu auras le choix parmi trois bulles d’information. Les thématiques seront : Histoire & patrimoine, biodiversité & environnement ou petits secrets & anecdotes. Quand tu cliqueras, pendant une minute, tu auras des renseignements très spécifiques et concis par rapport à ta localisation, présentés sous le même format que ce l’on voit sur les réseaux sociaux : ludique et animé.
Quelles sont les personnes qui-t-on inspirées, dans ta carrière ?
Toutes les femmes qui ont contribué à avoir un monde meilleur. Celles notamment qui ont contribué à améliorer des conditions de vie des femmes. Simone Veil, c’est une femme admirable de par son parcours. En plus elle est niçoise ! Marie Curie aussi a été inspirante. Elles ont eu la force de caractère et l’audace malgré leur destin jonché d’épreuves.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Je lis beaucoup en rapport avec l’entrepreneuriat. J’ai un peu lâché les romans ces derniers temps ! Sinon, c’est Simon Sinek « Commencer par le pourquoi ». Ce livre m’a permis de réaliser que c’est comme ça que je fonctionne et qu’à priori je suis sur la bonne voie ! Commencer par « Pourquoi je fais ça ? » explique tout le déroulement de la suite.
Quelle est ta devise ou ton mantra ?
« Le meilleur moyen de prédire le futur c’est de le créer » Abraham Lincoln
Crédit photo @franzchavaroche

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.
Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.











