Women In Tech

Interview d’Angela Naser Directrice de Women In Tech France.

Propos recueillis par Pascale Caron.

Angela est une figure influente dans le domaine de la technologie et de la finance, avec une carrière marquée par des rôles de leadership dans diverses organisations internationales. Depuis décembre 2023, elle est Directrice de Women In Tech France, une organisation mondiale, qui promeut l’inclusion, la diversité et l’équité dans les secteurs de la Science, Technologie, Ingénierie, Arts et Mathématiques. Women In Tech, est active dans 48 pays et compte plus de 200 000 membres, visant à combler l’écart entre les sexes et célébrer les réalisations des femmes et des hommes dans la technologie.

Angela Naser occupe également un poste important aux Nations Unies. Depuis 4 ans, elle y a été CFO, et consultante internationale senior en finance, banque digitale et gestion du changement. Elle a supervisé la coordination des opérations de financement, la gestion de crises, la refonte des écosystèmes numériques et l’amélioration des processus internes et externes.

Elle a auparavant dirigé des équipes chez General Electric Money Bank en tant que COO, et a géré des projets de développement commercial, de transformation digitale et des projets Green Belt Lean Six Sigma.

Angela a également été CMO et COO pour le déploiement européen de la banque digitale et néobanque du Groupe BPCE.

Elle a été impliquée dans des initiatives de transformation digitale et stratégique, pour la Présidence de la République française.

En plus de ses rôles dans le secteur financier, Angela a été nommée pour le Prix de La Femme digitale de l’année en 2019. Elle a aussi contribué au documentaire « Global Thought Leaders » sur CBS, mettant en lumière son expertise et son influence dans le domaine de l’innovation et du changement.

J’ai eu l’occasion de la rencontrer à Vivatech et j’ai immédiatement voulu en savoir plus.

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

Je suis arrivée en France de Syrie quand j’avais 8 ans. Mes 2 parents sont dentistes et ils sont venus en France pour terminer leurs études et pour me soigner, car j’ai eu la polio qui m’a handicapé des jambes. On s’est donc retrouvés en France pour achever mon traitement qui a duré 2 ans. J’ai étudié à l’école irakienne à Paris, un lycée diplomatique qui n’existe plus, pas loin du Trocadéro. J’ai fait toutes mes études en arabe et j’ai appris le français en lisant des livres.

Et puis mes 3 frères sont nés et nous sommes restés. Ils étaient à l’école française et j’ai découvert à travers eux, l’histoire de France. J’ai une citation de Romain Gary que j’aime beaucoup, je la répète souvent, car elle me résume bien : « Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes veines ». Mes parents m’ont eue, très jeunes, ils avaient 21 ans et 20 ans et demi, on a donc grandi ensemble. Quand on est arrivés, on habitait juste en face de la Sorbonne, on a découvert les musées parisiens. Nous étions émerveillés par ce lieu de liberté, car nous venions d’un pays où ce mot n’existait pas.

Mon père est Syrien et ma mère Libanaise. Quand on est venu en France, c’était le début de la guerre au Liban. J’ai vécu mon premier attentat à 5 ans. C’est des souvenirs que je ne souhaite à personne en tant qu’enfant parce que ça nous fait grandir d’un coup. Dieu merci, mes frères n’ont jamais vécu ça.

J’ai eu mon bac à 16 ans, je suis rentrée en médecine à Paris 5, mais j’ai échoué au concours. J’avais une furieuse envie de travailler de retourner en Syrie. Pour financer mes projets, j’avais commencé à faire des petits boulots en usine, en tant que caissière, et pour Pizza Hut. Chez eux, j’ai bossé dans un point de vente, et le manager de l’époque m’a beaucoup inspirée. Il était tellement bienveillant. Il m’a montré qu’on ne travaille pas pour une boite, mais pour une personne. Lorsque j’ai loupé mon concours, mon père l’a su parce qu’il connaît tout le monde à l’université. Dans sa tête, il s’est dit que j’allais recommencer. Au Moyen-Orient, quand on ne fait pas médecine, ingénieur ou droit, c’est qu’on a raté sa vie. Surtout le commerce ! Mais j’ai pris un crédit étudiant et c’est mon manager à Pizza Hut qui a été ma caution. J’ai fait un BTS de commerce international. Mes parents l’ont découvert 6 mois après, j’avais donc une pression très grande pour réussir suite à mes choix personnels. J’ai terminé mes études par un DEESMI (Diplôme Européen d’Études Supérieures en Marketing International).

Mon premier job en tant que manager était à Norwich Union, une entreprise anglaise qui n’existe plus. Mon rôle était d’appeler les clients le jour de leurs 50 ᵉ anniversaire pour leur vendre une assurance obsèques. Après cette expérience, tu peux tout vendre !

Et puis je suis arrivée chez General Electric, Capital Finance, vraiment par hasard. Je ne savais pas ce qu’étaient un décompte et un tableau d’amortissement. Et j’ai eu de la chance de tomber sur une femme extraordinaire qui m’a recrutée. J’avais 23 ans et demi et 6 mois après, j’étais manager de la section la moins cool de la finance : le recouvrement automobile. Dans cette entreprise américaine, on m’a donné ma chance et j’ai gravi les échelons jusqu’à terminer COO.

J’ai toujours refusé d’avoir un bureau afin d’être immergée au sein de mon équipe. Je n’affichais jamais mes Awards, parce que je suis tout à fait consciente qu’on peut être au top un jour et qu’un rien suffit pour que la situation bascule. Et c’est ce qui m’est arrivé. J’ai changé de manager et j’ai vécu sous sa coupe 4 années horribles.

Cette personne m’avait sorti à plusieurs reprises lors de nos réunions : « Tu veux prendre ma place ? » Et un jour, au bout de la septième fois, je lui dis : « Non, j’ai plus de prétentions que cela. » Je ne pouvais pas partir, car je me devais de montrer l’exemple à mon équipe. Je pensais à l’époque que l’on peut avoir des obstacles et des personnes malveillantes dans notre parcours professionnel, mais que l’on doit tenir bon.

C’était une grave erreur et j’en ai payé le prix cher, car j’ai fait un AVC. Quand je me suis réveillée à l’hôpital, mon premier réflexe a été de demander le code wifi à l’infirmière pour pouvoir travailler. C’était mon premier arrêt maladie. J’ai eu tellement honte que je me suis arrêtée 2 mois sans en parler à personne. Ma famille l’a su des années plus tard. J’ai même menti à ma meilleure amie à qui je dis tout. Je suis quand même retournée au bureau et ce n’est que quelques années plus tard que j’ai quitté General Electric. Avec du recul, je me demande encore pourquoi je me suis infligé ça. J’ai géré, sur les 5 dernières années, 4 plans sociaux. Quand je suis partie, j’ai voulu reprendre mes études et me suis inscrite à HEC Paris et à Yale University.

 

Et c’est à ce moment que tu es devenue entrepreneure ?

Oui, j’ai créé 2 entreprises. La première, je me suis associée à l’ambassade de France et les CCI des émirats et de l’Arabie Saoudite, pour aider les sociétés françaises à s’installer là-bas. J’ai ensuite créé une affaire pour encourager les expatriés français à investir dans les startups et l’immobilier en France. Elles existent toujours, mais je ne m’en occupe plus.

En 2016, un des derniers dossiers que j’avais gérés à General Electric, c’était le rachat d’Alstom par GE. C’est là que j’ai la connaissance du ministre du Budget de l’époque : monsieur Emmanuel Macron. Quand il a lancé le « Mouvement En Marche », ses équipes m’ont contactée. Le QG était juste à côté de chez moi. Ils m’ont demandé au début de vérifier leur stratégie digitale. Et je me suis prise au jeu : j’ai fait la campagne digitale de monsieur Macron, et après, j’ai travaillé pour Gabriel Attal. Je le connais depuis très longtemps, car c’est mon voisin. Je me suis occupée de la campagne législative de monsieur Attal en 2016 et 2022.

Ensuite, Revolut m’a contactée pour leur lancement en France, pour leur stratégie digitale en 2016-2017. Et à la suite de tout ça, je suis rentrée à la BPCE. Je les ai rejoints en tant qu’externe et 3 mois après, ils m’ont proposé de devenir COO et CMO de la nouvelle entité qui s’appelle Ixion. J’ai quitté BPCE quelques semaines avant la COVID : je voulais travailler pour le secours catholique et les Restos du Cœur. Malheureusement, la COVID est arrivée et ils ont dû arrêter les contrats. Je suis toujours bénévole pour eux.

J’ai souvent osé dans la vie : un soir d’insomnie, je postule à une offre de très haut niveau aux Nations Unies. Ils m’ont contactée 8 mois après, mais pas du tout pour être numéro 3 des Nations Unies ! Je travaille depuis pour eux en tant que freelance.

En 2023, j’étais au Sommet global de Women in Tech et j’ai fait la connaissance d’Ayumi Moore Aoki, la CEO et Fondatrice de Women In Tech. On a eu un coup de foudre amical et professionnel. Des mois plus tard Ayumi a eu le désir de lancer Women in Tech en France. J’ai accepté d’en prendre la direction avec un immense honneur. Chez Women in Tech, je souhaite vraiment axer notre travail sur la jeunesse. Après plusieurs essais infructueux avec les lycées, nous avons noué des contacts très prometteurs pendant VivaTech.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Le premier objectif est de réussir à organiser notre Hackathon, Women in Tech à la rentrée. Nous désirons également orchestrer un programme de mentorat en France. Nous avons mis en place un partenariat avec l’académie de Créteil pour aider les élèves de seconde à trouver des stages. Et, bien sûr, je continue mon contrat avec les Nations Unies.

 

Est-ce que tu aurais un livre à nous conseiller ?

J’ai deux bouquins que j’adore : « L’Alchimiste » de Paulo Coelho et, dans un tout autre genre, « Le Parfum » de Patrick Süskind. Ils m’ont profondément marquée, chacun à sa manière.

L’Alchimiste, écrit par Paulo Coelho, est un véritable chef-d’œuvre de la littérature contemporaine. Coelho s’est inspiré de deux livres emblématiques : Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Le Prophète de Khalil Gibran. À travers l’histoire d’un jeune berger andalou en quête de sa légende personnelle, Coelho nous invite à explorer les profondeurs de notre âme et à suivre nos rêves, malgré les obstacles. « Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme les ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément qu’ils en ont une. ».

« Le Parfum », de Patrick Süskind, est un autre livre qui m’a fascinée. Ce roman sombre et envoûtant nous plonge dans la France du XVIIIe siècle, suivant la vie d’un personnage singulier doté d’un sens olfactif exceptionnel.

 

Quelles sont les personnes qui-t-on inspirée dans ta carrière ? 

J’aurais tellement voulu rencontrer trois personnes dans ma vie. Tout d’abord, Simone Veil, qui incarne à mes yeux la quintessence du phœnix. Sa résilience, son courage et son engagement sont des sources d’inspiration profondes pour moi. Ensuite, Gisèle Halimi, une femme extraordinaire dont le combat pour les droits des femmes résonne encore aujourd’hui. Et enfin, dans un tout autre registre, Jean d’Ormesson. Je suis littéralement amoureuse de ce monsieur. Son esprit, son charme et sa manière de voir le monde me fascinent.

Et puis, plus proche de moi, je pense à ma grand-mère, une femme extraordinaire. C’est elle qui m’a élevée, elle m’a appris la résilience et la persévérance et à toujours voir le bon dans le monde. C’est une sainte à mes yeux, elle me disait toujours : « fonce pour que tu n’aies jamais ni remords ni regrets. »

Mes deux directrices à General Electric (Isabelle Meghnagi et Joséphine Albanese), deux femmes qui ont beaucoup marqué mon parcours professionnel. Elles m’ont donné ma chance, m’ont challengé et surtout fait confiance. Elles ne le savent peut-être pas, mais je parle souvent d’elles. Leur soutien et leur mentorat ont été cruciaux dans mon développement et ma réussite.

 

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

C’est la citation de Nelson Mandela : « Je n’échoue jamais, soit je réussis, soit j’apprends ».

 

L'équipe Women In Tech à Vivatech

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 


[Auteur], Conférencière

Interview de Caroline Torbey, Auteur, conférencière libanaise, propos recueillis par Patricia Cressot

 

Caroline Torbey fait partie de ces femmes d’orient inspirante. Discrète, sensible, elle écrit et se bat contre les tabous, défend ses valeurs, celle du cœur et contre l’injustice.

Présentée par Géraldine Dhagostine, une autre femme active, l’association dont elle est présidente, fait le pont culturel entre le Liban et la Côte d’Azur en toute discrétion et engagement. La Culture est un des pivots de la connexion intellectuelle qui anime nos deux pays.

 

Auteur, Conférencière, vous avez un parcours atypique, pourriez-vous nous en parler ?

De mère française d’origine vietnamo-allemande et de père libanais, je suis une auteure francophone résidant à Beyrouth. Je possède une licence en Sciences politiques ainsi qu’un master en Information et Communication de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

J’ai commencé par un emploi dans le monde du luxe à Dubaï pendant 4 ans, de 2012 à 2016, tout d’abord au département des Relations publiques chez CHANEL. J’ai été ensuite embauchée par une société de communication dans laquelle j’étais responsable de 9 marques (dont Chloé, Piaget, Baume & Mercier, Zénith). Ma mission tournait autour des relations presse, évènementiel, couverture médiatique, etc. toujours portée vers l’écriture, un rêve d’enfant. C’est durant cette période de ma vie que j’ai rédigé mon premier recueil de nouvelles « Quelle heure est-il chez vous ? » publié en 2017. Depuis, j’ai continué dans cette voie qui s’est avérée être une vocation. Je suis aujourd’hui auteure et conférencière à temps plein. Lauréate du « Trophée des Français de l’Étranger » en 2018 pour ma trilogie intitulée « Dessine-moi un proverbe », j’ai aussi remporté le « Concours de la Nouvelle George Sand » en 2020 grâce à ma nouvelle « Refuge ». Je publie « Éclat d’une vie » en 2021, un témoignage de vie romancé sur l’explosion du port de Beyrouth dont je suis une des nombreuses victimes. « Si j’avais un Cèdre », mon utopie sélectionnée par la célèbre « Fondation Jan Michalski » voit le jour en 2022. J’ai co-écrit plusieurs ouvrages et publie régulièrement dans la presse francophone de mon pays.

 

Quels sont les sujets qui vous animent ?

Je réside dans un pays magnifique dans lequel il y a malheureusement beaucoup d’inégalités et d’injustice. Le Liban baigne dans un contexte perpétuellement tendu, mais qui pourtant, me fait sentir « bien chez-moi ». Cette façon particulière de vivre toujours sur le qui-vive, constamment en alerte, toujours dans la débrouille et l’entraide, anime et motive ma plume. Il me parait important de raconter ce que nous — et en particulier la jeunesse libanaise — vivons au Liban, et comment nous arrivons à évoluer et à envisager un avenir dans un tel chaos. En ce qui concerne les conférences que je donne, c’est une cohésion logique de mon travail. Je trouve un sens à exposer de vive voix les sujets que je traite dans mes ouvrages ou dans mes écrits. Je peux d’une part m’appuyer sur des supports concrets — les miens — et d’autre part je les maitrise sur le bout des doigts puisque pour la plupart je les vis au quotidien. Je peux donc transmettre le message désiré avec sincérité, honnêteté, aisance et efficacité. Parmi ceux que j’affectionne particulièrement se trouve celui de la Femme qui tient une place prépondérante dans mon œuvre. Je suis également sensible à tout ce qui touche l’enfance en général, mais plus particulièrement l’acceptance, la liberté de choix de vie et la tolérance. Cette région du monde dans laquelle je réside est encore chargée de tabous et d’interdits… La résilience fait aussi partie des thèmes que je traite.

 

 

Comment voyez-vous la place de la femme dans la société libanaise sujet de votre dernière conférence ?

En juin dernier, j’ai été invitée à donner une conférence à Nice, portant le thème suivant : « La place de la Femme dans la société civile au Liban ». Cette conférence a été mise en place par l’association Mont Liban D’azur (MLA) présidée par Géraldine Ghostine en collaboration avec le département des Alpes Maritimes et la ville de Nice présidé par C.A Ginesy.

 

La Femme au Liban est forte, épanouie, semble libre et l’égale de l’homme. Mais si on creuse un peu et qu’on se penche sur les lois et la constitution, ce n’est clairement pas la vérité, ni dans les lois ni dans la perception. Elle ne bénéficie pas des mêmes droits et avantages que les hommes. D’ailleurs, lors de ma dernière conférence, je citais quelques paradoxes qui s’avèrent être complètement révoltants, mais qui sont pourtant bien d’actualité. À titre d’exemple, la femme libanaise n’a pas le droit d’ouvrir de compte bancaire à ses enfants sans l’autorisation de son mari. De plus elle ne peut pas transmettre la nationalité ni à son conjoint ni à ses enfants. Il faut cependant savoir que la Femme libanaise a joué et continue de jouer des rôles importants dans et pour la société civile, mais qu’elle l’a très souvent fait dans l’ombre. Depuis quelques années, et encore plus depuis la « Thaoura », la « Rêvolution » (comme j’aime l’écrire) de 2019 la femme s’est imposée comme le véritable pilier du mouvement de contestation. Cette dernière prend de plus en plus de poids au Liban. Le patriarcat est au centre des discours féministes qui se renforcent. Beaucoup de lois ont été modifiées en faveur de la gent féminine qui reste pourtant lésée par rapport aux hommes que ce soit au niveau légal, mais surtout au niveau de la perception. Malheureusement la femme est encore considérée comme secondaire et pas aussi compétente que l’homme au Pays du Cèdre. Je trouve pour ma part que le statut de la Femme progresse, bien que le chemin vers l’égalité soit encore long et sinueux…

 

Comment alliez-vous vie personnelle et professionnelle ?

La quête d’un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie privée est plus que jamais un enjeu aujourd’hui. Je suis de plus maman d’une petite fille de 20 mois, Clara-Carolina, et jongler entre le travail et ma vie privée pour gérer le quotidien n’est pas facile. J’ai l’impression de manquer de temps en permanence et c’est frustrant, car je fonctionne à plein régime. J’ai toujours beaucoup d’idées que je veux concrétiser, plusieurs projets en cours qu’il faut que je termine dans les temps, etc. Sachant qu’une journée ne fait que 24 heures, consacrer plus de temps au travail signifie nécessairement en passer moins avec ma fille, ma famille, mes amis et surtout… avec moi-même ! Heureusement, j’ai la chance d’habiter dans un pays où je bénéficie d’une aide à la maison et des parents. Aussi, la première chose pour laquelle j’ai opté sans me sentir coupable, c’est le fait de DELEGUER. Je délègue souvent ce que je n’ai pas le temps de faire après avoir hiérarchisé mes priorités, bien entendu. J’ai compris que si je n’organisais mes taches, mon travail pouvait vite cannibaliser mon énergie et mon équilibre s’en trouverait déréglé, créant du stress et de la fatigue. Et puis, tout compte fait, je pense qu’accepter d’être fatigué, de se tromper, d’être imparfait est un droit. Pour apprécier les petits moments en famille et les journées au travail, il est obligatoire de prendre son temps. Prendre du temps pour soi, pour se reposer, pour agir, pour être plus disponible pour les autres. C’est ce que j’essaye de faire au quotidien et surtout lors de mes déplacements professionnels au cours lesquels j’essaye toujours d’allier plaisir et travail, pour renouer avec moi-même.

 

 

Quels sont les livres, films et auteurs qui vous inspirent ?

Vivre dans un pays en constante ébullition est, contrairement à toute attente, quelque chose que je trouve inspirant. Il y a toujours quelque chose à dire sur notre quotidien, toujours quelque chose à faire pour aider les autres, et du coup, la vie prend un sens. Je m’inspire beaucoup des souvenirs personnels, des conversations que j’ai avec les gens qui m’entourent, des personnalités que je rencontre et qui me marquent, des voyages que je fais. En fait, il n’y a pas une ou deux, mais une multitudes de sources d’inspiration pour quelqu’un qui fait mon métier. Je m’inspire également des histoires que j’entends, que mes amis ou connaissances me racontent, de scènes dont je suis témoin. Si je devais parler des films ou livres qui m’inspirent, les histoires vraies. Je ne suis pas trop fiction, bien que j’adore les histoires farfelues pour la jeunesse. Étant quelqu’un de très terre à terre, et je suis motivée lorsque je lis ou je regarde des histoires vraies d’expérience de vie. Cela me rassure en un sens sur la condition humaine et sa capacité à encaisser les épreuves de la vie. Le dernier film que j’ai adoré et que j’ai pourtant regardé bien après sa sortie est « Call me by your name » de Luca Guadagnino.

 

Que faudrait-il pour améliorer la situation des femmes aujourd’hui ?

J’insiste beaucoup sur le problème de la perception, en plus de l’égalité devant la loi. Le regard discriminatoire que les hommes portent sur les femmes est à mon sens vraiment difficile à gérer au quotidien et problématique. Aussi, il faudrait tout un remaniement des lois libanaises pour ne plus avoir de système qui se plie aux différentes confessions religieuses. Il faudrait bien un seul et même code civil pour gérer tous les problèmes civils, comme le mariage, le divorce, la garde des enfants, l’héritage, entre autres.


[Architecture] d'exception

Interview de Shirine Zirak, architecte franco-iranienne fondatrice du studio SHIRINE DESIGN.

Après avoir débuté sa carrière au côté de Jacques Garcia durant 11 années, elle a créé son agence en 2007. Passionnée par l’histoire de l’architecture, elle s’en inspire et réécrit ses codes tout en les modernisant. Elle a une affinité toute particulière pour le XVIIIe siècle, et les années 1930. Elle réinterprète et magnifie leurs spécificités dans un style contemporain et raffiné, avec des lignes tendues et graphiques. Elle met l’accent sur le choix des matériaux et des textures. Les maîtres-mots de sa vision de l’architecture sont : unicité, excellence, perfection et luxe.

 

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amenée à voler de tes propres ailes?

Je suis Franco-Iranienne : mes 2 parents viennent du monde médical. Mon père est un chirurgien iranien. Il a rencontré ma mère, française, à la faculté de médecine de Montpellier pendant ses études. Elle était en dentaire. Ils se sont mariés et sont partis en Iran. C’est là-bas qu’elle s’est installée en tant que chirurgien-dentiste. Il y avait une belle communauté française avant la révolution. Ses patients étaient presque exclusivement français. J’ai donc été́ élevée dans deux cultures différentes et j’en suis la synthèse.

J’ai passé mon baccalauréat en Iran. Puis c’est à Paris que j’ai suivi un cursus en École d’Architecture (DPLG).

J’ai par ailleurs souhaité acquérir les compétences ad hoc pour une définition parfaite de l’aménagement intérieur de mes projets. Il était primordial pour moi de proposer des projets esthétiques et fonctionnels correspondant aux besoins et aux attentes de mes clients.

Architecture et architecture d’intérieur sont, intimement liées et complémentaires.

C’est pour cela que j’ai prolongé mon parcours par des études d’architecte d’intérieur à l’École Française d’Enseignement Technique (architecture d’intérieur et design) à Paris.

Mais ma curiosité et ma soif d’apprendre ne se sont pas arrêtées là. Férue de bâtiments historiques et de vieilles pierres, j’ai suivi un enseignement à l’École de Chaillot. Cette école à l’issue d’un concours très sélectif, forme des architectes spécialisés dans la conservation et la restauration architecturale, notamment des bâtiments classés et des monuments historiques. J’ai ainsi obtenu le diplôme d’architecte du Patrimoine.

Ces trois formations me donnent une expertise unique dans mon domaine et en font mon succès. Le fait d’être architecte du Patrimoine me permet d’allier la connaissance de l’architecture classique avec les contraintes des nouvelles technologies pour les mettre au service de ma clientèle et de mes propres exigences. Ce triptyque me permet de réaliser de A à Z des projets tant prestigieux que complexes. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai travaillé́ avec les plus grands tels que Christian de Portzamparc ou encore Jean-Jacques Ory.

L’une des expériences les plus marquantes a été celle de ma collaboration avec Jacques Garcia dont j’ai été́ le bras droit pendant 11 ans. J’ai travaillé sur ses projets les plus prestigieux partout dans le monde. Je peux en citer quelques-uns : Hôtel Mamounia à Marrakech, Hôtels et casinos du groupe Lucien Barriere, bars et restaurants des frères Costes, le Métropole à Monaco…

Et puis j’ai eu envie de m’émanciper et de laisser libre cours à ma créativité. En bref je souhaitais dévoiler ma propre identité en créant mon agence en 2007.

 

 

Peux-tu nous en dire plus?

Mon 1er contrat était un projet pour un couple russe très médiatique dont je ne révèle pas l’identité pour des raisons de confidentialité. Il s’agissait de 2 chalets de 7000 m² à Gstaad (l’un des plus gros projets en Europe). Un projet unique aux dimensions pharaoniques.

Une autre rencontre marquante a été celle avec Karl Lagerfeld avec qui j’ai collaboré très étroitement jusqu’à la fin de sa vie.

La conception du projet Odyssée au sein de l’hôtel Métropole à Monaco fut notre premier projet commun. Vaste complexe, le programme portait sur la création d’une nouvelle piscine avec Spa, salles de réunions, fitness, terrasses et un restaurant/bar pour le chef étoilé Joel Robuchon.

Tous deux passionnés, perfectionnistes et amoureux de l’excellence à la française, nous étions en phase et sur la même longueur d’onde. Notre collaboration a été un réel succès.

Nous avons également collaboré sur de nombreux projets en France et à l’international, notamment son studio de création chez Chanel, deux tours résidentielles très haut de gamme à Taiwan (JUT), avec restaurant, spas, fitness…

 

Notre collaboration allait atteindre son apogée avec un projet de 250 000 m² en plein centre d’Istanbul (hôtels, centre culturel…). Malheureusement le projet n’a pu être concrétisé suite à la disparition de Karl.

Actuellement, deux décennies plus tard, je travaille à nouveau sur la rénovation de l’hôtel et du centre commercial Métropole avec plusieurs architectes et décorateurs de renom dont Jacques Garcia, mais aussi Piu Arch, et Fabrice Notarie.

Comment as-tu pu concilier vie perso et vie pro?

Je me suis séparée de mon mari architecte quand mes filles avaient 4 et 7 ans. Je les ai donc élevées seule.

À l’époque où je travaillais pour Jacques Garcia sur le projet du Métropole à Monaco, je mettais un point d’honneur à faire l’aller-retour dans la journée Paris-Monaco pour voir mes enfants le soir.

Comme le dit mon père, une manière de faire le bilan est de soupeser dans une balance notre vie. Je pense que j’ai fait de mon mieux pour elles et que j’ai plutôt réussi à faire pencher la balance du bon côté. Je suis fière d’elles, car elles ont fait de belles études, l’une est architecte et la cadette est avocate.

 

Entre-temps est-ce que tu t’es remariée?

J’ai rencontré mon ancien compagnon en 2009 avec qui j’ai vécu quelques années de bonheur. Malheureusement il est décédé en 2016 d’un accident de parapente en Argentine. Nous étions très heureux, mais la vie en a décidé autrement. J’ai mis de nombreuses années à faire mon deuil.

Lorsque le Métropole m’a demandé d’intervenir sur leur restauration en 2020, mes filles étaient parties de la maison, rien ne me retenait plus à Paris. Parallèlement je menais 3 projets de villas sur la Côte d’Azur. J’ai donc accepté de m’installer à Monaco pour superviser ce projet de rénovation.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière?

J’ai toujours été fascinée par le personnage de Karl Lagerfeld. Un homme sans cesse à la recherche de la perfection et de la beauté du luxe. Collaborer avec lui a été une immense satisfaction pour moi.

Par ailleurs, à l’instar d’autres professions, dans mon domaine d’activité chaque collaboration est un enrichissement et une source d’inspiration. Cependant, en tant qu’architecte, mon inspiration prend également ses sources dans ma vie personnelle, dans mon vécu.

J’ai grandi dans une famille éduquée et cultivée. Ce sont mes parents qui m’ont inspirée et m’inspirent constamment par leur ouverture d’esprit. Ils m’ont toujours poussée vers l’excellence en respectant mes choix.

 

Quel est ta devise ou ton mantra?

Unicité, excellence, perfection et luxe.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Restauration] Entre la France et le Japon

Interview de Natsuko Perromat du Marais, CEO et co-fondatrice de Furifuri qui commercialise le furifaké, une alternative au sel très usitée au Japon.

By Pascale Caron

Natsuko Perromat du Marais est franco-japonaise et a travaillé plus de quinze ans auprès des plus grands chefs, dont 10 pour Alain Ducasse.
Le furifaké, c’est un condiment à base de graines de sésame et d’algues, très en vogue au Japon, qui remplace le sel et ravive les plats avec des saveurs différentes et que Natsuko apprécie depuis toujours. Avec son associée Julie Renaud, pharmacienne spécialisée en nutrition, elle crée la première marque de furifaké 100 % naturel et fabriqué en France. La marque FURIFURI naît ainsi à Nice en 2020.

Peux-tu nous expliquer ton parcours et ce qui t’a amenée à devenir chef d’entreprise ?

Franco-japonaise, j’ai vécu à Tokyo de 3 à 10 ans et j’y ai passé tous mes étés jusqu’à 18 ans. Je lis, écris et parle le japonais. J’ai ensuite habité 5 ans à Londres puis en France dans mon adolescence. Ce multiculturalisme est la base de ma personnalité. J’ai par la suite fait mes études en Suisse à l’École Hôtelière de Lausanne, poussée par des envies de voyage.

New York était une destination dont je rêvais. Je suis partie à New York en me disant « If you can make it in NYC, you can make it anywhere ». J’ai commencé à travailler pour Alain Ducasse, c’était l’ouverture de son premier restaurant aux US. J’ai débuté en gérant la partie administrative et F&B, et j’ai été plus tard responsable communication et assistante personnelle d’Alain Ducasse pendant 5 ans. Ça a été très « challenging », car le restaurant n’a pas été bien accueilli par les médias new-yorkais au départ. Avec beaucoup de persévérance, nous avons quand même réussi au bout de 3 ans, en obtenant le Graal : 4 étoiles au New York Times ! On a inauguré par la suite un deuxième restaurant à NY.

J’avais un rêve, celui de repartir à Tokyo. Alain Ducasse me propose de superviser l’ouverture de son restaurant en haut de la tour Chanel. J’y suis arrivée 6 mois avant l’ouverture et il a fallu tout mettre en place. Je connaissais le Japon à travers mes yeux d’enfants, et j’ai beaucoup appris sur la culture japonaise dans le monde professionnel. Ça a été 2 années extrêmement intenses. On a ouvert 2 restaurants à Tokyo et à chaque fois, je me disais que ce serait ma dernière ouverture !

 

J’avais rencontré mon futur mari à New York et après 2 ans de relation à distance, nous avons décidé de nous retrouver à Paris. J’ai travaillé alors au siège du groupe Alain Ducasse et j’ai supervisé l’exportation au Japon des franchises « boulangépicerie ».

Et puis l’envie de repartir m’a repris et nous nous sommes installés à Londres où j’ai fait l’ouverture du restaurant Alain Ducasse dans l’hôtel Dorchester.

Au bout de 2 ans, mon époux a eu une proposition à Monaco. C’était en 2010 et ça tombait bien, Alain Ducasse avait pour projet d’ouvrir une école de cuisine à Monaco. Je suis donc partie et cela fait 12 ans que l’on est installés dans le Sud.

Finalement j’ai travaillé pendant 5 ans pour Jean-Claude Messant, le directeur général de l’hôtel Métropole. C’était un projet de restaurant à New York avec Joël Robuchon puis Anne Sophie Pic à New York. Le projet n’a pas abouti, mais la rencontre a été formidable. Ça a également été un bel enseignement de ce qu’il ne fallait pas reproduire !

Avec le recul, chaque ouverture de restaurant était comme la création d’une startup (et j’en ai fait 7 pour Alain Ducasse), tout cela m’a beaucoup appris pour la suite.

C’est ce qui t’a décidée à te lancer ?

Oui, j’avais toujours eu cette envie… je me suis donc lancée dans l’entrepreneuriat en 2016. J’ai rencontré Alexandra Petit, mon associée avec qui nous avons monté un « wine bar » et restaurant à Londres « Clarette », un « town house » sur plusieurs étages, dans le quartier Marylebone. Clarette est aujourd’hui devenu une véritable institution. Notre ambition était d’en ouvrir d’autres, on était en discussion pour un superbe emplacement à Londres et la COVID est arrivée. Ça a été une grande remise en question, et mon projet de vie en a été bouleversé.

On s’est retrouvés mes 3 filles et mon mari, à prendre nos repas tous les jours à la maison pendant le confinement. Je leur servais souvent du furikake japonais et ils en raffolaient. En étudiant les compositions, je me suis rendu compte qu’ils étaient malheureusement tous remplis d’additifs. L’idée de créer des furikakés naturels a donc germé !

Je n’avais pas envie de me lancer seule, et j’en ai très vite parlé à mon amie Julie (elle-même entrepreneure) car je savais que nous étions très complémentaires et qui a été emballée par le produit. Nous avons ensuite demandé à un Chef japonais que je connais et apprécie depuis plusieurs années, Keisuke Matsushima, installé à Nice depuis plus de 20 ans, de créer nos recettes. Il est très concerné par la réduction du sel dans la cuisine et forme les jeunes à mieux manger. Nous avons réalisé 4 saveurs (l’original aux algues, citron, piment fort et curry), et 3 autres sont en cours de création. Nous sommes accompagnées également d’une nutritionniste experte du goût Unami. Il n’y a ni d’additifs, ni conservateurs, ni colorants et seulement 5 % de sel ajouté. La majorité du pouvoir salant est amené par les algues et elles viennent toutes de Bretagne. C’est un condiment très facile à utiliser sur tous les plats du quotidien et rempli de valeurs nutritionnelles (riche en protéines, fibres, minéraux et vitamines). Le packaging de FURIFURI est en kraft, 100 % recyclable. La marque est engagée et soutient l’association « 1% for the Planet ».

En octobre, nous avons lancé une campagne de crowdfunding sur Ullule qui a atteint 1000 % de son objectif avec plus de 5000 sachets vendus en 4 semaines, nous avons dépassé nos objectifs les plus fous ! Nous nous lançons en avant-première du 13 au 26 mars à la grande épicerie de Paris. Nous avons également signé un partenariat avec un grossiste de produits japonais.

 

 

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous allons faire grandir notre communauté, et travailler avec de plus en plus de restaurateurs. Nous croyons beaucoup à l’export, Belgique ou même Japon. Nous avons vendu notre première palette de 2400 produits il y a quelques semaines.

Nous avons trouvé une céramiste à Grasse qui a créé des pots que l’on peut laisser sur table et que l’on rechargera avec des contenants plus grands. Nous avons également le pot B2B de 370 g pour les pros. Nous travaillons sur d’autres alternatives inspirées de produits japonais, les idées innovantes ne manquent pas !

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspiré dans ta carrière ?

Alain Ducasse a été fondateur pour moi, c’est un artiste et un visionnaire. Il m’a appris la perfection : « Il n’y a pas de petits détails, chacun compte ». C’est une exigence au quotidien. Il n’a peur de rien, il m’a donné confiance en moi en me disant « il faut y aller ».

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

« Le dictionnaire amoureux du Japon » de Richard Collasse. C’est l’ancien DG de Chanel au Japon, pour qui j’ai travaillé. C’est un recueil incroyable pour décoder les énigmes de ce pays fascinant et s’éloigner des idées reçues ! Il fournit des clés essentielles pour comprendre les paradoxes de cette culture hyper moderne dans laquelle les traditions et le rituel se mélangent.

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Haut les cœurs ! », en hommage à mon père qui vient de nous quitter, qui me le répétait souvent et qui m’a toujours encouragée et soutenue dans toutes mes décisions.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du comité de MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie.

Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 


[Prix] Femmes inspirantes

Communiqué de presse

Le 26 janvier dernier se déroulait à l’hôtel Hermitage de Monaco, une cérémonie de remise de prix « Femmes inspirantes », organisée par MWF Institute by Sowl Initiative. Lors de cette cérémonie, trois femmes ont été célébrées, chacune représentant un continent différent : l’Afrique, l’Occident et l’Orient.

 

Revenons à la genèse de MWF Institute, association à Monaco.

MWF Institute est né en mars 2021, sous l’impulsion de Patricia Cressot et Johanna Damar Flores. Elles ont été rapidement rejointes par une équipe de passionnées : Louisette Azzoaglio, Jean-Claude Mourad, Pascale Caron, Julie Clémentine Faure, Aude Lefevre Krumenacker et Nelly Montanera.

MWF Institute Institute est un Think Tank ; il s’agit d’une plateforme de networking pour les femmes, et d’un outil de compréhension des marchés financiers, de l’économie, du droit, des enjeux de société. MWF Institute est entouré d’un cercle exceptionnel d’experts, dans des domaines aussi variés que la finance, la philosophie, les smart city, la Tech, l’économie, l’art, etc.

Mais tout a commencé en octobre 2019, lorsque la présidente Patricia Cressot crée le webzine Sowl Initiative. D’origine libanaise, après avoir grandi en suisse, avoir eu une carrière à Paris, Luxembourg, elle s’est établie à Monaco depuis 6 ans. En parcourant 12 pays d’Afrique subsaharienne, elle se rend compte que les femmes ont une place différente selon qu’elles viennent du continent africain, d’occident ou du Moyen-Orient. En effet, l’Afrique est un matriarcat : les femmes gèrent souvent la bourse du ménage, organisent les tontines, se plient en quatre pour vendre et nourrir leur famille. En Europe, les problèmes sont différents. On parle de syndrome de l’imposteur, de patriarcat, de différence salariale, de syndrome de la reine des abeilles. L’approche orientale encore est différente : madame est souvent derrière monsieur, mais porte la famille avec le cœur.

Elle a voulu mettre en valeur ces parcours qui sont un exemple de ces 3 continents.

Elle a commencé ces articles, pendant la covid. Pascale Caron a rejoint depuis ce projet il y a 2 ans et a continué avec brio les interviews, de femmes entrepreneures. Elle en est Directrice de publication. Pascale est très active au sein de MWF et de Sowl Initiative et elle est également cheffe d’entreprise à Monaco : elle a co-fondé Yunova Pharma, laboratoire de compléments alimentaires dans la Neurologie.

 

Le prix des « Femmes inspirantes »

Le 21 décembre, le comité MWF Institute avait sélectionné 12 femmes inspirantes (4 par catégorie) parmi les 140 interviewées de notre webzine, Sowl Initiative. Au terme d’un vote ouvert à tous qui a déchainé les passions, nous avons organisé une soirée à l’hôtel Hermitage à Monaco en partenariat avec le Lions club. Lors de ce diner ont été décernés les prix, Sowl Afrique, Sowl Occident et Sowl Orient.

 Lors de cette cérémonie, chacun des prix a été remis par une personnalité de Monaco.

Prix Sowl Afrique

C’est Laurence Jenk entrepreneure et Artiste à Monaco qui a remis le prix, Sowl Afrique. Créant depuis les années 1990, JENK est connue pour ses sculptures Wrapping Bonbons aux couleurs éclatantes. Elle sculpte des bonbons plus grands que nature, de tailles variées, dans des matériaux tels que le bronze, le plexiglas, l’aluminium, le marbre et le Verre de Murano. En 2019 Laurence JENK est nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres et son travail est présent dans plus de 25 pays. Elle est représentée par de nombreuses galeries et fait partie d’importantes collections privées, publiques et institutionnelles.

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Afrique, étaient : Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani, Katy Marcos, fondatrice Couleur Bois, Adama Ndiaye, fondatrice de la « Dakar Fashion Week » et Diane Binder, fondatrice de REGENOPOLIS.

Le prix Sowl Afrique, a été décerné à Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani une marque de prêt à porter inclusif inspiré de la culture Peuhl. Elle a fondé en parallèle la « Maison de l’Afrique — Berceau de l’Humanité » pour soutenir les artistes et les jeunes startups qui souhaitent se développer entre la France et l’Afrique.

 

Prix Sowl Occident

Le prix Sowl Occident a été remis par Nadine Renaud Cacace, Directrice du Pôle Monaco international de CFM Indosuez Wealth Management. Nadine est banquière avec plus de 30 ans d’expérience. Nous sommes heureux d’avoir eu la banque comme partenaire pour cette soirée dédiée aux femmes inspirantes. CFM Indosuez est en effet la banque leader responsable sur la Principauté avec ses 400 collaborateurs engagés, dont la moitié sont des femmes

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Occident, étaient : Bahia Sharara, cofondatrice de Clean green Monaco, Aïda Meghraoui-Kheddar, fondatrice & CEO d’AMKbiotech, Sophie Chatelier fondatrice de la nouvelle Herboristerie et Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy.

Le prix Sowl Occident, a été décerné à Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy : une entrepreneure sociale, professeure, exploratrice en pédagogie et passionnée par l’éducation et les Ed Tech. Au sein du collège qu’elle a créé, l’équipe pédagogique accompagne les jeunes adolescents à être entrepreneurs de leurs vies. Ils développent des « Soft Skills » afin de comprendre que le savoir-être est plus important que le savoir-faire.

 

Prix Sowl Orient

Le prix, Sowl Orient a été remis par Bouran Hallani, Présidente « Les amis du Liban » à Monaco. Boubou est une Libanaise entrepreneure et fondatrice de l’Association Les Amis du Liban à Monaco. Le but le but est d’offrir des conditions de vie meilleures aux enfants libanais, quel que soit leur milieu, leur religion ou leur statut social. Au cours des années, l’association a étendu son action en venant en aide aux familles d’Haïti, de Nice ou encore d’Ukraine. En 2009, l’engagement de la Présidente des Amis du Liban à Monaco a été officiellement reconnu par les Nations Unies. Ils l’ont nommée « Ambassadrice de Bonne Volonté en Europe de L’Ouest », dans le cadre de l’initiative « Live Lebanon ».

Les candidates pour le prix femmes inspirantes Sowl Orient, étaient : Hala Dahrouge, Fondatrice et Présidente de Liban TROC, Linda Hassan, pour le poème « Liban Soufflé », Ines Baccouche Fondatrice d’Art for Ness, Sophie Leray, pour Women in Leadership.

Le prix Sowl Orient, est décerné à Sophie Leray, pour Women in Leadership. En 2008, elle a fondé le Global WIL Economic Forum (« Women In Leadership »), la première plateforme pour les femmes d’affaires dirigeantes au Moyen-Orient et en Asie. En 2016, elle a co-écrit « Game Changers: How Women in the Arab World Are Changing the Rules and Shaping the Future » sur la place de la femme dans le monde arabe. Elle est rentrée en France depuis peu et a décidé récemment de poser ses valises chez Initiative Côte d’Azur en tant que Directrice afin de soutenir l’entrepreneuriat local.

Remerciements

  • Le Lions club de Monaco, Eric Musumeci, à l’initiative de ce projet et David Sirour le Président qui a mis beaucoup de son temps et son énergie au service de cette Remise de Prix
  • Nos sponsors : le CFM Indosuez, Monaco Sécurité, Continental Invest, et le Comité des droits des femmes pour leur soutien. Ainsi que notre homme du Comité, Jean-Claude Mourad.
  • L’équipe de l’Hermitage, pour leur patience, et leur collaboration. Alexandre Vitre et son équipe.
  • Mme Bubbio responsable de la commission d’insertion des jeunes,
  • Mr Bubbio directeur de l’IMSEE
  • Céline Cottalorda déléguée des droits des femmes de la Principauté de Monaco, Gouvernement Princier,
  • Et l’amitié transfrontalière de Mme Maty Diouf, Déléguée des droits des femmes de Nice.

 


[LIBAN] Troc

Entretien avec Hala Dahrouge, Fondatrice et Présidente de LibanTROC,

By Patricia Cressot.

Liban TROC est un système D créé en décembre 2019, par Hala Dahrouge, suivi par deux femmes. Leur intention commune est de mettre en place des solutions alors que le système libanais est au bord de la faillite et que la population libanaise de classe moyenne est face à de réelles difficultés. LIBAN TROC est en à peine un an, un réseau de 80 000 abonnés et une plate-forme humanitaire.

 Hala, pourrais-tu nous présenter les 3 fondatrices ?

Je suis fondatrice de l’idée principale et du groupe Facebook en 2019 et Présidente de l’association enregistrée en 2021. Je suis une mère libanaise de trois enfants.

J’ai passé plus de 20 ans dans le domaine de la communication, en tant que directrice de création dans une agence de publicité et rédactrice publicitaire.  J’ai été également professeur de communication à l’Université, j’ai écrit plusieurs articles dans différents médias libanais. Ma volonté a toujours été de trouver constamment des solutions. Cet état d’esprit qui m’a poussé en 2019 à créer, développer et diriger LibanTROC, une plate-forme innovante d’entraide sociale qui s’est développée en association à but non lucratif.

 J’ai rencontré les 2 autres co-fondatrices de l’association sur le groupe Facebook LibanTroc, durant les deux premières années de travail humanitaire spontané. On a validé le dicton « qui se ressemble s’assemble » naturellement ! 

Micheline El Kady, était professeur d’anglais et avait son propre institut de beauté. Elle l’a réaménagé en dépôt de donations pour faire les colis alimentaires et trier les habits… Stéphanie Mehanna, est aussi professeur d’Université, spécialisée en biologie, Post doctoral fellow at LAU. 

 Quelle était l’impulsion de LibanTROC ?

LibanTroc est née spontanément en décembre 2019 au début de la crise économique, dans un effort de trouver des solutions pour survivre ensemble et rester au Liban malgré tout. On ne pouvait plus retirer d’argent aux distributeurs, tout le système bancaire était bloqué. Les réseaux sociaux étant entre les mains de tous, et il valait mieux en profiter pour effectuer un vrai changement et éviter de se plaindre en partageant des idées stériles sur nos murs. 

Quelles sont vos actions ? comment gérez vous l’afflux de demandes ?

Nous sommes devenus le centre de réception de tous les cas du Liban, « the hub of all humanitarian requests ». Nous postons au cas par cas, en toute transparence, après vérification complète. Notre façon de collecter les dons est innovatrice et ne laisse aucune place à l’erreur ou à la corruption. 

Notre plate-forme est ouverte pour toutes les offres d’emploi pour essayer d’abord d’améliorer la qualité de vie de la plupart d’entre nous.  

En parallèle, nous aidons nos compatriotes sur tous les besoins : cartons alimentaires, produits d’hygiène, frais de logement et de scolarité, loyers de maisons, couches et lait infantile, couches pour adultes, médicaments, factures d’hôpital… etc. 

 Comment voyez-vous la situation au Liban ?

Écœurante, injuste, inacceptable. Nous sommes victimes et nous essayons de survivre. Mais grâce à notre solidarité, nous avons pu résister jusqu’à présent malgré tout… Je me dis toujours que si cette même situation avait eu lieu dans tout autre pays, ce serait une catastrophe encore plus énorme… 

Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous ?

Je transformerai le Liban en la Suisse du Moyen-Orient à nouveau… Prospérité et beauté… Où plus personne n’aura plus besoin de rien, où on vivra tous en paix, unis pour le meilleur. 

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Mes enfants sont ma principale source d’inspiration, car je fais tout pour essayer de leur offrir un environnement et un pays meilleur, pour qu’ils puissent y vivre et y rester.

Mon autre inspiration au quotidien, ce sont les réactions des personnes que l’on aide, et qui nous donnent la chair de poule avec leurs messages de remerciements et de gratitude. Ils nous poussent à continuer bien que le chemin devienne de plus en plus difficile.

Ils ont la volonté d’offrir à leur tour, parfois, « to pay it forward »… 

Chaque jour, nous vivons une expérience humaine touchante qui nous redonne la force pour continuer malgré le burnout ! 


[Art] Citoyen

[Art] Citoyen

Entretien avec Inès Baccouche, la fondatrice d’ArtforNess.

By Pascale Caron

Après un diplôme d’ingénieur à Grenoble INPG, elle a travaillé successivement chez ST Microelectronics, Infineo et Intel Labs. En 2017, Inès se lance dans un Master 2 de Skema, d’études entrepreneuriales. Elle crée ArtForNess, une galerie d’art en ligne pour ainsi faire le pont entre les deux rives de la Méditerranée. Son objectif principal est la promotion et la mise en valeur d’illustrateurs, de dessinateurs de bandes dessinées et designers d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Quand j’étais petite, je voulais être astrophysicienne : la magie de l’infiniment grand me fascinait, mais j’ai dû me confronter à la dure réalité du marché. Sur les conseils de ma mère, je me suis engagée dans une école de microélectronique. Après les classes prépatoires en Tunisie j’ai intégré l’INPG en France. L’étude de l’infiniment petit, des atomes et des électrons était tout aussi captivante. Pour pousser plus loin, j’ai également fait un master en nanotechnologies. Mon métier me plaisait, mais j’avais le syndrome de l’élève modèle : j’étais à la recherche d’une reconnaissance dans mon domaine et je pensais que mes qualités dans le travail suffiraient. Un de mes collègues m’a dit un jour « il faut que tu ries plus aux blagues du boss », des blagues misogynes et sexistes, non merci. Tout cela m’étouffait : je m’impliquais beaucoup, je sacrifiais ma famille, mais pourquoi ? J’étais à la recherche de sens, je n’apportais rien au monde, juste de nouvelles puces pour pouvoir facturer les téléphones plus chers. Mon fils cadet avait 2 ans et à l’époque présentait un retard de langage. Un matin, mon boss me fait venir et me « passe un savon » pour l’exemple alors que je n’avais rien fait. Dans la journée, la maitresse me convoque concernant mon fils cadet et ses problèmes scolaires.

S’en est trop, je décide de changer de métier. C’est difficile de prendre une telle décision, car tu laisses derrière toi une certaine aisance financière : mais je ne regrette rien, même si je dois l’admettre, c’était très dur la 1re année.

Comme je suis une bonne élève, je m’enrôle dans une formation d’entrepreneuriat à Skema et en parallèle je passe mon certificat de chef de projet PMI (Project Management Institute).

 

D’où t’est venue l’idée d’ArtforNess ?

 Je suis restée une enfant et j’ai un imaginaire très fort, je lis beaucoup de « fantasy ». Au départ, je voulais créer une maison d’édition autour des livres illustrés que j’affectionne tant, mais la complexité du métier m’a obligé à pivoter. Le monde des BD Comics est un art sous-estimé, mais c’est vraiment un art à part entière. Les gens sont prêts à mettre un argent fou pour acheter un croquis signé. J’ai commencé par des dessins et ensuite des artistes dans la peinture et le collage m’ont contactée.

En tant que personne j’aime l’art, et je n’ai pas pour autant fait des études pour cela. Pour moi, l’art véhiculait une image élitiste, inaccessible, chère. J’ai voulu casser ces codes, en montrant la richesse artistique et culturelle du Moyen-Orient. Je présente des artistes émergents à des prix abordables.

Quand j’ai démarré en septembre 2019, j’ai pu participer à 2 événements, mais la crise est passée par là. J’ai dû rebondir et me lancer dans une campagne Ulule de financement participatif. Le B2C n’est pas évident, le nerf de la guerre est la visibilité et cela coute très cher. Cette campagne de crowdfunding m’a beaucoup appris sur le planning, le storytelling, et m’a apporté un petit souffle financier.

Je n’oublie pas pour autant mon premier métier : marier l’ingénierie à l’art me tient à cœur. J’utilise mon esprit d’analyse et des outils inconnus du monde de l’art, c’est ma force. Il m’arrive encore d’avoir le syndrome de l’imposteur, mais ce qui me confirme dans ma certitude c’est la confiance que les autres ont en moi : les artistes et mon mentor qui est au Canada. Le doute est présent, mais je l’ai enfermé dans un placard à double tour !

Je me forme constamment, c’est mon côté ingénieur. SEO, réseaux sociaux, je suis à l’affut des formations en ligne. J’ai pu participer à un programme d’« Artist curation » organisé par le « Goethe’s institute », avec plusieurs pays du monde. Cette formation m’a permis de mettre le doigt dans l’engrenage de l’art classique.

As-tu été accompagnée pour la création ?

 J’ai démarré avec Initiative Terre d’Azur et je suis coachée depuis par les Premières Sud, elles me soutiennent beaucoup. Je suis passée aussi par Orange Femmes entrepreneures et bouge ta boite. Les premières m’ont permis de me rassurer. Je réfléchis beaucoup avant de m’engager et je ne me décide que quand j’ai tout analysé. Grâce à leur soutien, je prends de plus en plus confiance en moi et je me sens plus dans l’action.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je vais faire dans le classique : avec ses contradictions, ses forces et ses faiblesses, ma mère. Elle a sacrifié sa carrière pour nous élever, mais quand nous sommes partis, elle s’est lancée dans la vente à distance. Elle est rapidement devenue directrice commerciale pour la Tunisie. J’aime sa force de caractère, elle m’impressionne.

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

J’en choisirai 2, que je lis à mes enfants, sur les femmes artistes et scientifiques, écrits par Rachel Ignotofsky : je pense à « Women in art – 50 fearless creatives who inspired the world ». Je conseillerai aussi « Women in science – 50 Fearless Pioneers who Changed the World ».

 Aurais-tu une devise ou un mantra ?

J’en ai plusieurs : « you can fail but fail fast », « Keep it simple » et « better done than perfect » !


[Liban] soufflée

Beyrouth, 4 avril 2020, 18h10

Le souffle. Qu’est ce qu’un souffle ? Un râle, une inspiration, un effluve, une émanation. Le souffle, la vie, l’air qui s’échappe, le souffle du vent.On souffle des bougies, on expire, on fait vibrer, vaciller.Le souffle.

Le souffle a tout fait exploser, le port, les vitres, les voitures, les immeubles, la vie mouvementée des beyrouthins, les miettes de dignité . 

Espoir.امل

Elle estassise,nimbée de son peignoirde satin crème, elle prenait un café blanc,khôl noir sur ses paupières diaphanes.

Et le souffle. نفس

Elle a les cheveux tirés enchignoncomme une danseuse de ballet russe, un rouge àlèvres clair sur ses lèvresourléeset le souffle.Elle le connait, ce souffle, il ne cesse de la surprendre depuis des décennies et de défigurer son paysage.

Elle se tient droite, le port de tête digne, les murs, les lampes dorées, les meubles anciens, les tapis persans,dévastés.Combien,encore, de déflagrations dans son ventre,avant de courber l’échine ?

Assez !خلاس

Elle tientsur ses genouxunlivre ouvert,quelques feuilles détachées gisent au sol, jaunies comme les cèdres malades, sous ses pieds nus manucurés, le carrelage en céramique froid, brûlant. Seuls les mots des poètes nourrissent encore son âme, ceux des politiciens ont déjà trop meurtries les chairs.

Rage !الغظب

Une statuette d’angetrônesur un guéridon, survivante du désordre, à quelques pas des décombres, tête baissée. Peut-être lui lit-ildes psaumes,cet envoyé de pierre,peut-être lui soufflet-ilces mots :« L’Eternel brise les cèdres du Liban ».Souffrances, ruines, larmescumulées au travers des siècles sur cette terre d’Orient.

Révolte !.تمرد

Elle ne se retourne pas sur la vieille horloge auxchiffres romains,dont les aiguilles se sont tues, marquant ainsi la dislocationdu temps : dix huit heure dix.

Nouvelle aube.فجر

Elle ne lève pas non plus ses yeux noisettes au ciel : qu’y a t-il au dessus des têtes si ce n’est Dieuet les martyrs? Elle ne regarde pas les beaux lustres à terre derrière elle, ni ne cherche son reflet dans des bouts de miroirs explosés : elle ne voit pas à quel point elle est belle dans les reflets ambrés de la destruction.

www.lilujune.wordpress.com


[Lettre] à sa fille

Dear Daughter,

I am writing this the day before you are due to be born, during one of the worst pandemics in human history.

I hope that by the time you are old enough to read this, coronavirus and the trouble it caused in the year of 2020 will be a distant memory. But I also thought you might like to know what it was like for your mama, being pregnant with you during this strange time.

This letter will be given to you when you are grown up, so you will understand my state of mind while I was carrying you, and the difficult situations I overcame, with ease or not.

We first found out about you when the world was still mostly normal, in January 2020. It was one of the happiest days of my life, to learn that you were on your way and that your big brother Claude would be getting a sibling.

At the time I had just started a job in sales at an import-export company. I might as well tell you that I was never planning to stay there all my life, import-exporting not being my field, but finding work was quite difficult economically speaking at that time already.

By March 2020 we had started to hear a lot about this mysterious illness caused by a new coronavirus, and we had started worrying about it in the UAE too.

The media was full of news of this deadly virus spreading across the world at lightning speed, and pregnant women were classed as vulnerable – no one was sure what would happen if an expectant woman were to fall sick.

I couldn’t risk catching it, so I decided to keep us both safe by confining myself, and I asked my company for permission to work from home, which I was granted.

The months that followed were very difficult at all levels. Here is a glimpse of what my life was like…

Job losses are not good for anyone’s state of mind and, although your daddy was still able to support us and took great care of us and kept us safe, I still suffered from a lot of anxiety. I had big doubts about my life, wondering, “What am I going to do? How am I going to find work again?”

I tried my best to stay healthy, doing yoga every morning and meditation at least three times a week, but I had to stop the exercises all of a sudden because I blocked my back. It was so painful that I couldn’t walk for some time.

The anxiety got so bad at some points that I had paranoid moments where I saw my life fly in front of me, and I argued with my mother – your grandmother – because she couldn’t take the health risk of flying to the UAE to be here for your birth.

But it wasn’t all bad. In many ways our confinement has changed my world view for the better.

I was aware that all my doubts about my life and job could only lead to negativity, and I knew I could not continue on that road, so I had the idea of working on a personal project that has gradually been taking shape, with the help of your father, who has been behind me all the way.

Towards the end of March the UAE locked down almost completely, bringing all kinds of social interactions between families and friends to a total standstill.

But, although we were physically apart and not able to travel due to the virus, I found that the digital world opened up instead. Using video chats and email I ended up getting very close to my girlfriends in France, and I got close to my girlfriends in Abu Dhabi too.

I even got closer to some of my family members. I focused on meditation every day. In many ways, I found myself.

It was a difficult time for everyone, but I was there for many of my friends when they needed me, while many of them were there for me too. My aunt, who is based in the UAE, became my mentor, giving me advice on some important topics.

I became wiser, I think.

I paid attention to what I eat, keeping it healthy for both of us.

I also used this time off from work to focus on your brother, and I taught him to feed himself like a big boy, how to scrub himself in the shower and brush his own teeth. We had so much fun. I even bought him a rabbit to keep him company during the lockdown, and I taught him the names of all the farm animals in French. I played with him and gave him a lot of time, love, laughter and joy.

I learnt how to cook new dishes, and took good care of my family as well as myself, while your daddy took great care of all of us in return.

I gave all the love I could to the people around me.

I have always wanted two children, to be close to each other, which is what I wish for you and your brother.

During this difficult time I have realized that family is everything,

As I wait eagerly for you to be born, I’m now working on my own project in parallel, with plans to run my own business.

I have learnt so much and I hope that you will be proud of me one day.

The most important thing I want you to know is that I love you. You are loved. Your brother and you will always be loved.

Mummy.

Muriel Al Kache Cressot is a French expat living in Abu Dhabi with her husband and little boy. She is due to have a Caesarean section on 14 September 2020.


[Impact] Jordanie

SOCIAL IMPACT

C’est une belle histoire de générosité qui a pris graine auprès de deux femmes en Jordanie Agnès Aistleitner et Raneem Meqbel.

En 2016, la crise des réfugiés commence et la cofondatrice Agnès ne reste pas passive, loin de là, et souhaite contribuer à l’amélioration de la situation des réfugiés syriens et des femmes jordaniennes dans la région du nord de la Jordanie et crée TEENAH.

 

C’est un modèle basé sur l’impact

Le projet prend forme et en 2017, Teenah a constitué une équipe très motivée et créative de 15 réfugiées syriennes et femmes jordaniennes dont la situation de vie s’est remarquablement améliorée grâce à un modèle d’entreprise durable.

Inspirantes, elles sont convaincues que leur modèle d’entreprise peut contribuer à résoudre les problèmes les plus urgents au monde.

Leur objectif est d’offrir de réelles opportunités aux femmes et à leurs familles, tout en renforçant les capacités de production dans les zones rurales de Jordanie et en offrant des emplois durables parallèlement à une formation appropriée.

 

Du soutien collaboratif

S’en suivront de grands supporters qui ont joué un rôle crucial dans la croissance de Teenah.org.

L’UNICEF en Jordanie, a fourni des ressources économiques pour la création de plus d’emplois et l’amélioration de leur capacité de production.

Shamal Start, un incubateur de start-up jordanien, a offert à Teenah ses installations à des fins d’exploitation, ainsi que le monitorat.

 

Environnement, éthique et durable

Elles ne pouvaient pas avoir un impact positif si toute la chaîne n’était pas contrôlée. Le choix des produits de qualité, des fournisseurs respectueux de l’environnement. Tout cela, dans le but de réduire l’empreinte carbone et l’impact environnemental de nos activités de fabrication, de respect de normes éthique.

 

Des thèmes solidaires

Du sac « sending you a hug », « I survived quarantine » au sac solidaires incluant des produits de premières nécessite « d’hygiène  » pour les femmes libanaises touchées par l’explosion, ou au sacs personnalisables pour les entreprises, le site est une jolie vitrine de la créativité de ces femmes et de cette initiative.

site internet: https://teenah.org/