[Start-up] Green
STARTUP GREENTECH
by Pascale Caron
Entretien avec Alice Chougnet, co-fondatrice, et CEO de Geosophy, une startup dans la greentech.
Alice possède un diplôme d’ingénieur ESPCI Paris et un PhD en Physique. Après 12 ans dans l’industrie pétrolière, chez Schlumberger, en tant qu’ingénieur R&D et Chef de projet, elle crée en 2018 avec Quentin Barral une startup, dans un domaine durable, celui de la géo-énergie.
La géo-énergie, consiste à aller puiser dans le sol, quelques mètres sous terre, la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. C’est une énergie locale et décarbonée, neutre pour le paysage.
Geosophy responsabilise les propriétaires d’immeubles en les aidant à définir la meilleure stratégie de valorisation de leurs ressources souterraines. Ils ont développé le premier moteur de recherche du sous-sol : pour une adresse donnée, leurs outils logiciels brevetés permettent de connaître le potentiel géo-énergétique, à la fois technique et financier, et proposer des diagnostics. Ils accompagnent ensuite leurs clients, en tant qu’Assistance Maitrise d’Ouvrage, jusqu’à l’installation.
Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l‘entrepreneuriat ?
Tout au début de ma carrière chez Schlumberger, j’ai commencé par chausser des bottes et un casque et je suis allée sur le terrain travailler à la construction de puits. C’était un parcours intéressant pour un ingénieur R&D de se frotter au réel. C’était physiquement très dur avec beaucoup de « on call ». Après « ce stage ouvrier » de longue durée, je suis partie en R&D et je me suis lancée dans un domaine que j’apprécie : démarrer des projets d’une page blanche.
A la fameuse crise de la quarantaine je me suis posé beaucoup de questions : passer sa vie à extraire du pétrole, est-ce que c’est vraiment pour moi ?
J’avais une soif de sens. Je me sentais concernée par le dérèglement climatique et je me suis retrouvée en déphasage avec mes valeurs.
Avec un groupe de collègues qui partageait le même constat, nous avons présenté à notre management un projet écoresponsable d’intrapreneuriat. Ils nous ont soutenus et nous ont proposé de rejoindre HEC et son programme Challenge+ de création de startup.
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise ?
Dans le programme Challenge+ je suis entrée en tant qu’intrapreneure avec une équipe de Schlumberger et je suis ressortie avec une folle envie d’être entrepreneure. Mais mes collègues ne m’ont pas suivie. J’ai cherché un associé et je me suis rapprochée de Quentin, un ancien de Schlumberger qui avait fait des études complémentaires dans le bâtiment. Il y a eu rapidement un « match » humain, et une complémentarité dans nos parcours.
Qu’est ce que t’a apporté le programme Challenge+ de HEC ?
Ce programme a été fondateur. J’ai pu poser les bonnes questions et avancer petit à petit d’échec en échec, afin de transformer tout cela en réussite. J’ai été accompagnée également par un coach en entrepreneuriat à qui je dois beaucoup. Il m’a dit notamment que je n’aurais « ni problème technique, ni problème d’argent, mais des problèmes humains » et que ce qui restera de cette aventure c’est mon lien avec Quentin. L’association c’est comme un 2e mariage.
D’où est venue l’idée de Geosophy ? Ce nom est très poétique !
Il n’est pas anodin. Nous en avions choisi un autre au départ, mais nous l’avons testé lors du programme HEC et il ne remportait pas l’unanimité !
Geosophy signifie « la sagesse de la terre ». Nous exploitons la terre avec un objectif environnemental et nous prenons le contrepied des technologies qui en « abusent ».
Je suis fan de poésie et de grec et j’ai eu une sorte de flash pour ce nom.
Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?
Nous avons commencé la commercialisation fin 2019 et la crise du COVID nous a obligés à arrêter les chantiers pour toute l’année 2020. Mais nous n’avons pas chômé : nous avons pu continuer notre activité R&D grâce à un financement de l’Agence de transition écologique (ADEME) qui complète notre levée de fonds.
La conjoncture est compliquée, mais nous suscitons l’intérêt. Nous avons de nombreux clients dans le foncier avec un attrait certain pour cette technologie. Nous testons actuellement notre version Beta chez Groupama : ils nous soutiennent et sont des clients de confiance.
Quels sont tes prochains challenges ?
Nous devons tout d’abord finaliser le développement du moteur de recherche et de diagnostics, et on aimerait voir finalisées les installations qui en ont découlé ! Nous souhaitons également étendre nos prédictions à l’international. L’Europe est globalement à la traine dans le domaine de la géo-énergie alors que dans certains pays comme la Suède, un quart des bâtiments sont déjà équipés.
Je nourris également un projet artistique : pour moi, l’art aide au processus créatif et fait émerger des idées. Je suis partie du postulat que notre action sur l’immeuble ne se voit pas, comme la sève des arbres. Je rêve d’une matérialisation, qui permettrait de rendre visible, cet invisible sous-sol. Pour cela je recherche des artistes pour illustrer l’impact de Geosophy sur l’environnement et exposer ces œuvres à l’entrée de nos immeubles.
Avis aux amateurs ! Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Les philosophes en général m’inspirent, et plus particulièrement Edgar Morin, qui est également sociologue. L’approche systémique qui permet de regarder un problème sous tous les angles m’intéresse. Nous avons d’ailleurs pensé notre R&D de cette manière afin d’avoir une approche globale.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
J’aime lire tous les philosophes et je puise également mon inspiration dans la poésie, le théâtre ou l’art en général : c’est très émotionnel.
J’ai beaucoup apprécié « L’ambition ou l’épopée de soi » de Vincent Cespedes. Il m’a amenée à réfléchir sur mon ambition collective, et mon impact sur la société : un sujet qui me parle énormément. Ce qui me porte c’est l’utilité pour le collectif.
J’ai également lu pendant la levée de fonds « Socrate antistress » d’Héloïse Guay de Bellissen, quand la philosophie nous aide à mieux combattre le stress…
En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?
Oui, « On n’a jamais fini d’apprendre ».
Sowl Initiative co-organise BLUE AND SUSTAINABLE FINANCE
Dans le cadre de la Monaco Ocean Week, le Centre Scientifique de
Monaco, Rosemont International et Sowl Initiative organisent une aprèsmidi
de conférences sur la « Blue and Sustainable Finance » le mercredi
24 Mars 2021.
L’objectif est d’impliquer le secteur privé face aux changements
climatiques et à la vulnérabilité de nos écosystèmes. En effet, le secteur
financier peut avoir un rôle primordial à jouer pour réunir les fonds et
mieux les distribuer pour sauvegarder notre planète. En plein pendant la
Monaco Ocean Week, la discussion sera axée sur Monaco, précurseur
dans sa «politique Blue ».
Suivez le live sur https://www.monacooceanweek.org/
[Leadership] Portrait
[Leadership] Portrait
by Pascale Caron
Entretien avec Karine Marro-Guffanti
Karine Marro-Guffanti est la propriétaire de nombreux établissements à Nice passant de l’emblématique Grand Balcon, au Bistro Chic Marcel, à La boulangerie Jeannot et la plage La Vela : une femme d’affaire inspirante qui n’est pas là par hasard et j’ai eu envie de présenter son parcours hors du commun.
Quand je suis allée lui proposer l’interview, sa 1re réaction a été «pourquoi moi ? Je donne juste à manger aux gens ! ». Mais vous verrez vite que je ne m’étais pas trompée.
Karine est issue d’une famille du métier, son grand-père était boulanger (Jeannot), son père (Marcel) était le propriétaire de l’emblématique Moorea. Elle est quasiment née derrière le comptoir d’un restaurant, le Magnan à Nice, à l’époque. À 18 ans, son bac en poche, il a fallu choisir un métier : une grande école de commerce ou bien la restauration. Le choix était ouvert, elle en avait les capacités. Finalement elle choisit en premier, l’école hôtelière Maxime à Paris. Pour parfaire son éducation, elle décide de partir à Lausanne et finit ses études à l’école Bluche en section anglaise. Ses études finies elle devient directrice commerciale de 2 hôtels Hilton à Londres, Park Lane et Terminal 4. Mais quand Marcel lui demande de rentrer en France et de venir le seconder au Moorea, son restaurant de spécialité poissons port de st Laurent du var, elle quitte Londres, les vacances étaient finies !
Pas facile de se faire une place auprès d’un patron aussi emblématique que Marcel, qui peut vous fusiller d’un seul regard. Si elle apprend beaucoup à son contact, à 24 ans elle décide de créer son propre restaurant en association, Le Karina. Cette première aventure se termine par un échec. Mais elle s’en est relevée avec brio et elle a tiré des enseignements fondateurs pour le reste de sa carrière : le travail est la clef de tout.
Comment s’est présentée l’opportunité du Grand Balcon ?
C’est papa qui a trouvé le local à côté de l’opéra pour établir mon restaurant : mais si l’emplacement était prestigieux, l’endroit était totalement à refaire, une ancienne taverne,« un vrai taudis ». Par hasard au Moorea, je discute avec deux clients qui viennent déjeuner avant de prendre l’avion et je leur parle de mon projet de restaurant. Je réfléchissais à haute voix sur la déco : Je voudrais une décoration cosy, j’en ai marre de ces restaurants ouverts, blancs et sans charme, je veux l’hôtel Coste ! Quelle ne fut pas ma surprise quand mon interlocuteur se présenta : enchanté Jacques Garcia, et voici mon bras droit. (NDLR. Jacques Garcia est le décorateur de l’hôtel Coste à Paris !). Ni une ni deux, je leur offre leur addition et je les embarque dans ma voiture direction Nice pour visiter le restaurant et il accepte de me dessiner le projet.
C’était il y a 20 ans, et la décoration n’a pas changé elle est intemporelle. Le restaurant est ultra-cocooning, très bien insonorisé. On a fait un malheur au lancement, le restaurant ne désemplissaient pas, les gens essayaient par tous les moyens d’avoir une table. L’affaire était lancée !
Parle-moi du leadership, comment as-tu appris ton rôle de Leader ?
Essentiellement sur le tas, mais tu dois l’avoir au fond de toi: avoir envie de donner aux autres . Pour moi, la qualité première pour être un vrai leader, c’est aimer donner plutôt que de recevoir. En tant que femme dans ce monde d’homme à 95% il faut avoir une main d’acier dans un gant de velours.
Pour amener l’équipe d’un point A à un point B il faut travailler toute en rondeur et en douceur, mais avec fermeté. Tu te perfectionnes au fil des années.
Moi qui suis allée souvent au Grand Balcon, je vois qu’il y a une constance dans ton équipe : En effet, le directeur travaille depuis 25 ans pour moi, il a démarré comme barman. Le chef est la depuis 12 ans. Svetlana travaille ici depuis 18 ans, elle était rentrée comme commis de salle. Une personne qui connaît ta manière de travailler, qui connait l’entreprise, qui est moulée à ma manière d’être vaut de l’or. Il faut toujours les motiver et les faire progresser : tu ne peux grandir que par le travail et que si tu es bien secondée et si tu arrives à transmettre.
Qu’est ce qui t’a amenée à ouvrir d’autres lieux ?
Tout d’abord le challenge et l’envie de se dépasser et de se prouver que je n’étais pas seulement la fille de.
En 2015 je cherchais un autre restaurant, on était en euphorie, le grand Balcon ne désemplissait pas, on refusait du monde. J’avais adoré le bistrot de Lignac à paris et j’ai décidé d’ouvrir, Marcel, Le bistrot chic, dans le vieux Nice. Je me suis entourée d’une équipe de confiance : Katie travaille avec moi depuis 20 ans ; le chef était un second du grand Balcon. Les process sont rodés et écrits, c’est une petite structure plus facile à gérer.
D’où vient l’idée du projet boulangerie ?
Pour la boulangerie le local se libère, il est bien placé juste à côté du grand Balcon et je décide de l’acheter, mais je n’avais pas encore décidé quoi faire. C’était avant l’attentat de Nice, c’était l’insouciance, les banques nous ont suivis. Mon père me propose de faire une boulangerie. Je n’y connaissais rien, mais je me suis formée. J’ai appliqué les codes de la restauration en ne faisant que du sur place, du frais, de la tradition, la vraie boulangerie. Je lui donne le nom de mon papy : Jeannot, une grande personnalité qui a émigré d’Italie par le col de tende à pieds en 1940 en plein Mussolini.
Donc cet empire n’est déjà pas facile à gérer et en 2020, tu rajoutes un nouveau challenge La Vela, la plage sur l’emblématique promenade des anglais à 2mn du Negresco
La plage c’est un rêve de petite fille. À l’époque, je regardais la série « L’hôtel de la plage » le samedi chez mes grands-parents. La plage c’est l’art de vivre, le bonheur, tu lâches tout, l’ambiance est nonchalante. On a ouvert après le premier confinement et le succès a été au rendez-vous les gens avaient besoin de lâcher-prise. Elle était belle, mais elle a été détruite par la tempête le week-end juste avant la date que j’avais prévue pour le démontage. Heureusement qu’on avait réussi à déménager Totor (NDLR. La sculpture de Stéphane Bolongaro) le jeudi, car il serait surement en Sardaigne. On a sauvé Totor ! On a été rasés, mais ce n’est pas grave, on la reconstruira, elle sera encore plus belle.
Pour gérer ces nouveaux endroits, il faut une équipe ?
On a une personne qui gère le RH. Je mets toujours dans un endroit quelqu’un que je connais en qui j’ai confiance et qui a été formé au Grand Balcon : ma pépinière de talent. Si la personne a envie d’évoluer, elle commence au grand Balcon et pourra être positionnée ensuite sur un autre lieu.
Et après tout ces challenges vient le covid !
Oui le covid c’est l’enfer, d’autant que j’avais démarré un nouveau challenge : depuis peu j’ai repris la restauration du théâtre de Nice, le Petit Balcon, juste avant le second confinement. Finalement mon nouveau challenge est de sortir de cette crise « saine et sauve » et on va y arriver j’en suis sure.
Quelles sont les personnes qui t-on inspirées dans ta carrière ?
Bien sûr, mon grand-père mon père. Sinon je lis beaucoup, sur les chefs d’entreprises et je quand une idée me parait bonne je la range dans un coin de mon cerveau et j’y repense, quand j’en ai besoin, des fois même la nuit.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Je lis de tout, du point à l’express, de Ken Follet à Catherine Pancol et aussi Harlan Coben : son dernier est très bien !
Pour terminer quelle est ta devise ?
Toujours se dépasser, ne jamais abandonner, rien n’est impossible !
[Start-up] Création
[Start-up] Création
by Pascale Caron
Entretien avec Lilie, la fondatrice d’ACTIVELILIE.
Lilie est une passionnée, une wonder woman perchée sur des talons aiguilles, collectionneuse de chapeaux et d’accessoires féminins, qui n’hésite pourtant pas à enfourcher sa moto pour faire le tour de Corse avec son chéri. Elle a créé sa marque ActiveLilie qui propose des sacs personnalisables sur mesure à « ses élégantes » comme elle les appelle : des femmes libres qui veulent en finir avec la recherche perpétuelle du sac idéal.
Quel a été le déclencheur pour créer ta marque ?
J’ai toujours été passionnée par la couture et la mode. Mon plus ancien souvenir remonte à l’âge de mes 7 ans : les remontrances de ma maman quand elle me surprenait devant sa machine à coudre que j’avais investie sans sa surveillance, pour coudre les habits de mes poupées. Je suis passionnément autodidacte, j’ai appris en décousant tout ce qui me passait sous la main, vêtements, sacs et parfois même les ceintures. A l’époque il n’y avait pas de tutos disponibles, maintenant je fouine sur Youtube, pour parfaire mes techniques.
Malgré cette passion dévorante, je n’ai pas franchi la porte des études dans la mode et du business. Issue d’une famille traditionnelle, et avec quelques facilités en math, je ne pouvais faire que des études scientifiques, médecin ou ingénieur. Finalement, je suis devenue ingénieure en informatique !
Quand mes trois garçons ont pris leur indépendance, ils m’ont laissé beaucoup de temps libre. J’ai commencé par créer des sacs ordinateurs, des sacs à main pour moi et mes copines. De fil en aiguille, c’est le cas de le dire, je me suis prise au jeu, j’ai lancé ActiveLilie pour m’amuser, en parallèle de mon activité salariée.
Développer une marque, sa marque, c’est génial. La créativité ne s’exprime pas que dans la production de modèles, mais aussi dans les techniques de marketing, la communication, la relation clientèle, les collections, etc. C’est très complet… J’adore.
Quand je me suis lancée dans l’aventure, je pensais que la couture était ma motivation première. Eh bien non : j’ai découvert que j’aimais créer, imaginer des pièces uniques, de styles très différents. Réaliser deux fois la même pièce m’ennuie profondément.
Quelle est la ta marque de fabrique ?
La création de sac à main sur mesure est ma spécialité : ma mallette de modèles contient plus d’une cinquantaine de patrons, de sacs et de pochettes ; il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, pour tous les goûts. Quand une élégante ne trouve pas son bonheur, je crée un patron spécialement pour elle. Côté look, mes placards renferment plus de deux cents tissus pour l’extérieur et les intérieurs, de quoi varier les styles.
Ma pépite est le « sac d’artiste », il est le faire-valoir de l’œuvre, peinture, dessin ou même photographie d’art. L’œuvre numérisée est imprimée sur le tissu. Je crée le tissu à partir de l’illustration et de la pièce à coudre, pour l’intérieur et/ou l’extérieur du sac. La création de sacs est mon mode d’expression artistique. Créer le tissu permet de laisser libre cours à mon imagination pour faire naître une pièce unique.
Ma démarche artistique passe aussi par une prise de conscience écoresponsable et une volonté d’utiliser des matériaux de filières low-fashion, Française dans la mesure du possible. Mon premier modèle écoresponsable est une lingette lavable et réutilisable, en coton organique et éponge de bambou bio. Et pour rester dans le style artistique ultra féminin, elles sont décorées d’illustrations.
Tu te définis comme une slasheuse, comment concilies-tu une activité salariée dans l’informatique avec la création ?
Soyons réaliste, mon activité salariée avec sa sécurité financière me permet de créer librement sans contrainte, ni pression financière. Mais ce serait trop simpliste de réduire mon travail dans l’industrie de l’informatique à une simple activité lucrative. L’informatique est la technologie du futur depuis plus de 50 ans. Elle ne cesse d’être innovante et c’est passionnant de participer à la construction de notre futur.
Je suis convaincue que la technologie et l’art sont complémentaires. La technologie fait avancer l’art et vice-versa. Prenons l’exemple concret de la couleur bleue : la création industrielle des pigments bleus ne date que du début XVIIIe siècle ; auparavant, les peintres ne pouvaient l’utiliser qu’en très petite quantité, car elle était difficile à synthétiser. De nos jours, le bleu a détrôné toutes les autres couleurs en occident. Bien souvent, l’art est le point de départ de nos réflexions et de notre créativité dans tous les domaines et la technologie en fait partie.
Dans ma vie l’informatique et Art font la paire et je vis à 100% chacune de mes deux activités, chacune alimentant l’autre, c’est mon « think out of the box ».
Qui sont tes rôles modèles ?
Mes influences sont nombreuses. Mes icônes de mode vont de Coco Channel et son iconique petite robe noire, Paco Rabanne et sa mythique robe métal, Chantal Thomas et son style sexy chic, Yves Saint-Laurent et son tailleur pantalon, Christian Louboutin et ses stilettos rouges. Ils ont réinventé la femme. Leurs parcours de vie d’artiste sont riches et m’inspirent.
Mais je m’inspire aussi des artistes autour de moi. Je suis fascinée par l’utilisation de la matière et des objets hors contexte, comme le body painting, le street-art ou les artistes upcycling. D’ailleurs, sur mon site, j’ai créé une rubrique Artiste invités pour le plaisir de les interviewer, de me plonger dans les coulisses de leurs ateliers et leurs univers créatifs. Cette émulation me nourrit : mon fil conducteur est la dualité de la femme, entre rêve et réalité de la vie quotidienne.
Et n’oublions pas mes élégantes ! Imaginer et réaliser des sacs, des pièces uniques, qui correspondent exactement à la femme, qui va les porter, me permet de rencontrer des personnes formidables. La création sur mesure commence toujours par un échange riche avec l’élégante.
Quels sont tes nouveaux challenges ?
Vaste question, j’adooore les challenges ! Ma devise: « vivre d’une activité qui combine la technologie, la création et l’art ».
Plus concrètement, mon prochain challenge est d’interviewer Rachel Bergeret, une artiste plasticienne qui a démarré sa carrière dans le monde de la mode. Ses œuvres reflètent cette dualité féminine qui m’anime. Et mon rêve serait de collaborer avec elle.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Même si je ne prends pas beaucoup de temps pour lire, la lecture est une évasion qui me permet de me ressourcer, au même titre que la musique et l’opéra. Ma dernière lecture c’est « Usucapion » de Maxent Lisle, un roman poignant dont il est difficile de se détacher, si ce n’est pour créer.
« Technologie, création et art », tout un programme !
[8 Mars] Virginie Broquet
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[Témoignage] Elobags
[Témoignage] ELOBAGS
by Pascale Caron
PORTRAIT DE FEMME, INTERVIEW D’ELODIE MARGAND
Élodie a créé l’entreprise Elobags, une marque de trousses de toilette en tissus upcyclés et fondatrice du podcast Elocast qui en est à sa saison 3.
Élodie est mère de 2 enfants et a démarré sa carrière dans l’hôtellerie de luxe ce qui lui a permis de voyager dans le monde entier. Mais après 2 enfants, c’est plus compliqué de gravir les échelons. Elle a tout quitté pour créer son entreprise Elobags et s’y est consacrée pleinement pendant 1 an et demi. Mais la voyageuse ne tenait plus en place, elle s’est rapidement sentie coincée dans un seul endroit. Pour progresser, elle a écouté des podcasts pour apprendre comment ces femmes ont réussi : ce qui l’a fait avancer dans mon projet à une vitesse folle !
En arrivant dans la région PACA elle a créé un groupe Facebook de femmes chefs d’entreprises pour échanger des idées et créer du réseau. Par la suite, elle a créé son podcast , Elocast : « Le podcast des femmes chefs d’entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ».
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise ? Tout a commencé par un fort désir de liberté. Être entrepreneur, n’a jamais été une obsession plus jeune. Le podcast m’a permis de rencontrer énormément de personnes et de gagner en maturité, en compétence à vitesse grand V.
Qui sont tes modèles ? Caroline Receveur qui a réussi ce switch télé-réalité et qui est devenue une entrepreneuse hors pair (carolinereceveur). Pauline Laigneau également, avec ses podcasts (legratin) et son entreprise de bijouterie, je suis très fan de son parcours.
Est-ce que tu reviendrais au salariat ? Franchement non, c’est une de mes pires angoisses. Si on pouvait trouver des points positifs au salariat, c’est potentiellement moins de stress de savoir ce qu’on doit faire le lendemain. Mais à côté de cela, tu dois correspondre à un schéma de l’entreprise et tu ne peux pas être toi-même.
En tant qu’entrepreneur, tu peux être toi-même, tu jouis d’une certaine forme de liberté, encore faut-il bien faire le switch, ne plus travailler comme un salarié et ne pas être trop dans le « je fais, je fais… », et s’épuiser.
Aujourd’hui, j’imbrique tout et j’essaye de ne plus avoir de barrière entre ma vie perso et ma vie pro : tout est lié. Si tu es passionnée, cela te procure plus d’émulation…
Quels sont tes nouveaux challenges ?
Avec Elobags et Elocast j’ai allié la beauté féminine avec l’entrepreneuriat. J’ai créé récemment Elopower afin d’aider les femmes à devenir indépendantes financièrement en créant son activité, tout en conservant du temps pour ses enfants. Je me suis lancée dans le marketing de réseau. Pour moi c’est le modèle du futur : avec cette période particulière que nous vivons actuellement, le modèle du salariat s’est érodé et je crois plus à un système de freelance. Avec Elopower je propose une passerelle entre le salariat et l’entrepreneuriat. Créer un produit prend un temps de dingue, et je ne parle pas de la livraison, etc.. Je l’ai bien vécu avec Elobags ! L’idée est de promouvoir un produit super qualitatif, mais sans le gérer de A à Z, et apporter la solution à un client, simplement en en parlant autour de nous. Je suis coach dans cette transition , j’aide les femmes à travailler leur mindset, à évacuer les croyances limitantes, à avoir confiance en elles. Je veux dire aux femmes qu’il y a vraiment une autre réalité possible : on n’a pas à choisir entre ses enfants et son activité pro.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ? Je lis actuellement « Je veux tout », de Natalie Rozborski. Ce livre est le guide pratique de toutes les femmes qui cherchent un bonheur quotidien. Réussir sa vie, s’épanouir, arriver à tout concilier sans rien sacrifier et en premier lieu: faire attention à soi.
[Leadership] Start-up
[LEADER] START-UP
by Pascale Caron
PORTRAIT DE FEMME, INTERVIEW DE YARA KHALIFE
Yara Khalife fondatrice et CEO d’Instoryz est arrivée sur la Côte D’Azur en janvier 2020, auparavant, elle a vécu au Liban, à Dubai, en France et aux États-Unis. Durant les 13 dernières années au Liban, elle dirigeait l’entreprise familiale qui représente une société américaine spécialisée dans la conception d’espaces de travail et de bien-être. Elle était aussi responsable du programme de mentorat de la « Blessing Foundation » qui met en relation des entrepreneuses avec des femmes qui ont eu une excellente carrière dans le monde des affaires. Yara a contribué à l’organisation de plusieurs événements sur le thème de « Women Empowerment » ou encore « Unlocking Human Potential » . Elle fait partie de mon Liban d’azur, active au pôle événementiel dont le but est de rapprocher la Côte d’Azur et Le Liban.
Yara est diplômée de HEC Paris et de UCLA à Los Angeles où elle a eu son Master en « Media and Entertainment Management ». Elle a aussi un certificat en « Design Thinking and Innovation » de MIT et un certificat en « Artist Management » de chez Berklee College of Music. Elle est représentante d’entreprises européennes et américaines au Moyen-Orient. Elle parle 5 langues : Français, Anglais, Arabe, Espagnol, Italien.
Quel CV impressionnant Yara, qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l‘entrepreneuriat ?
J’ai toujours baigné dans une atmosphère entrepreneuriale depuis mon plus jeune âge : mon père est entrepreneur. J’ai eu la chance de rejoindre la société familiale pendant 13 ans, de toucher à tous les métiers de l’entreprise et de diriger des équipes. Je suis convaincue que dans la vie il faut faire ce que l’on a envie de faire et vivre sa passion. Pour moi l’entrepreneuriat a été une façon de transformer ma passion en travail : c’est un chemin que je devais prendre et je me suis lancée afin de me laisser la liberté de créer.
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise en France ?
La France a toujours eu une relation très spéciale avec le Liban. J’ai eu la chance d’étudier à HEC Paris et j’ai gardé des relations très étroites avec les alumnis. Pour moi, la France était un choix naturel.
Mon mari a créé une startup dans la Fintech et nous avons décidé tous les 2 de postuler à des Programmes French Tech. Son entreprise a été sélectionnée pour un programme d’accompagnement French Tech de 10j à San Francisco, dans la Silicon Valley, et j’ai eu la chance d’y participer: une superbe expérience !
D’où t’es venue l’idée d’Instoryz ?
J’ai toujours été fascinée par les différentes cultures : chacune apporte sa spécificité : j’accorde une grande valeur dans la diversité. J’avais envie de créer un pont entre ces différentes cultures et les entreprises françaises qui ont parfois peur de l’international, car ils ne parlent pas la langue, qu’ils ne connaissent pas la culture, que c’est chronophage ou que c’est coûteux.
Le but d’Instoryz est d’accompagner les marques françaises qui veulent s’implanter au Moyen-Orient, à travers une plateforme innovante associée au marketing d’influence, pour tester l’attractivité du marché, analyser les tendances des consommateurs finaux et définir une stratégie d’accès.
Je suis partie du constat que 70% des entreprises exportatrices abandonnent au bout d’un an. D’après la BPI, ceci est dû au manque d’adaptation aux spécificités du pays ciblé. Mes clients sont des entreprises: PME et ETI, B2C ciblant les Gen Y et/ou Z dans les domaines de la mode, la beauté, et la déco qui veulent s’implanter au Moyen-Orient.
As-tu été accompagnée pour la création ?
Je suis actuellement un programme d’accompagnement par la French Tech Côte D’Azur et les Premières Sud. J’ai d’abord été prise dans la programme prepa et depuis le 1er février j’ai été sélectionnée dans la phase incubation.
Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Je n’ai pas de personnes spécifiques chaque personne qui poursuit ses rêves et qui a démontré que l’on peut faire ce que l’on veut et réussir sa passion avec de la confiance en soi tout en ayant un impact positif dans ce monde, m’inspire . Pour moi ma devise est “sky is the limit”.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
2 livres « Nudge » de Thaler & Sunstein et « Predictably Irrational » de Dan Ariely ne me quittent pas.
J’ai découvert la “Behavioral psychology” dans un cours à UCLA aux USAs qui s’appelait “Thinking on your feet”. Le but c’est de penser différemment pour les prises de décision et dans la résolution des problèmes. Cela m’a permis de développer une certaine aisance dans la résolution des problèmes. Peut-être aussi, c’est parce que je suis Libanaise, on est un peuple résilient.
Aurais-tu des conseils pour penser différemment ? Out of the box ? :
C’est plus un petit exercice qu’un conseil, que j’ai appris durant l’un des ateliers de Thinking outside the box et qui consiste à choisir deux mots qui n’ont rien avoir les uns avec les autres et de penser à une création de produit pour les deux. Cet exercice développe la créativité et je le fais maintenant sans m’en rendre compte : je l’applique dans ma vie de tous les jours pour résoudre les problèmes : je ne laisse jamais tomber. Instoryz est né des 2 extrêmes que sont le marketing d’influence et l’étude de marché : j’ai mixé les 2 pour avoir un retour du terrain via les influenceurs en utilisant les réseaux sociaux.
Alors, sky is the limit!
[Leapfrog] Digital
« LEAPFROG » DIGITAL EN AFRIQUE
Un petit pas pour les femmes,
un grand pas pour la croissance ?
par Julie Clémentine Faure
La digitalisation et les récentes avancées des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) offrent aux pays en cours de développement l’opportunité de rattraper le retard sur d’autres pays dans la révolution numérique. En investissant dans l’innovation et les technologies de pointe, ces pays peuvent maintenant se permettre de « sauter » certaines étapes coûteuses vers le développement. C’est ce que l’on appelle le « leapfrog » (saut de grenouille) digital. La promotion de la croissance économique via le numérique est une alternative qui s’avère très attrayante pour certains pays, particulièrement en Afrique.
DES OBSTACLES AU DEVELOPPEMENT
En Afrique Subsaharienne, la répartition inégale de la population et la présence de nombreuses zones isolées et difficiles d’accès ont depuis longtemps constitué des obstacles majeurs au développement. La surface que les infrastructures (réseaux routiers, électriques, hôpitaux, écoles, etc.) devraient couvrir pour être efficaces et les frais d’entretien qui y sont associés en font un investissement particulièrement coûteux et dissuasif.
DES SOLUTIONS INNOVANTES
De nombreuses innovations adaptées aux déficits d’infrastructure ont vu le jour en Afrique. Récemment, des systèmes d’énergie décentralisée « mini-grid » et « off-grid », tel que les kits solaires hors-réseaux prépayés, se sont développés dans les zones rurales. Ils sont considérés comme une solution viable pour électrifier entièrement le continent d’ici 2030[i].
Autre exemple dans les milieux de la santé et de l’agriculture, l’utilisation de drones tant pour approvisionner les régions éloignées en plasma[ii] que pour l’agriculture de précision.
| L’essor du mobile money
La démocratisation des TIC en Afrique remonte au début des années 2000, avec l’expansion rapide et inattendue du téléphone portable, passant de 25 millions d’utilisateurs en 2001 à 650 millions en 2012[iii]. Plusieurs innovations mobiles ont suivi cet élan pour capitaliser sur les demandes de la population. L’argent mobile (« mobile money »), par exemple, a vu le jour au Kenya avec le lancement de M-PESA en 2007. Le service pallie l’absence de services bancaires formels et permet aux utilisateurs non bancarisés de transférer de l’argent directement depuis leur téléphone portable. Facile d’utilisation et ne nécessitant pas de technologie coûteuse, il permet aux Kenyans de transférer rapidement de l’argent à leur famille dans les zones reculées. Aujourd’hui, les pays d’Afrique Subsaharienne sont les plus gros consommateurs d’argent mobile dans le monde. |
TIC, OUTILS DE CONNAISSANCE ET DE COOPERATION …
Il n’y a pas si longtemps, les TIC étaient encore considérées comme un luxe, loin d’être perçues comme des services d’utilité publique. Aujourd’hui, le rôle de la technologie et de l’innovation dans la croissance économique et le développement humain ne fait plus aucun doute.
Beaucoup d’études ont démontré leurs retombées positives sur le secteur de la finance, de l’éducation, de l’agriculture, de l’énergie et de la gouvernance. Dans un environnement favorable, elles contribuent à la productivité d’autres secteurs, créent des emplois, fournissent des connaissances, et améliorent les interactions le long de la chaîne de valeur[iv]. Elles facilitent également la participation aux affaires communautaires et politiques (e-gouvernement, réseaux sociaux), et augmentent l’efficacité des réseaux d’entraide que la majorité des africains utilisent pour compenser l’absence de certains services.
En facilitant l’accès à l’information et à la communication, les TIC jouent un rôle clé dans le développement d’une économie du savoir, fondée sur la connaissance et la coopération.
… MAIS DES PROGRES À REALISER
L’impact des TIC sur l’économie africaine demeure décevant comparé à celui observé dans d’autres régions du monde. L’Afrique de l’Ouest, en particulier, présente des taux élevés de pauvreté et d’inégalité, ainsi que de faibles niveaux d’accès aux soins et d’enrôlement scolaire. Pourtant, le niveau d’utilisation des TIC y est relativement élevé. Ce phénomène peut s’expliquer par un manque de stratégie sectorielle claire et par la difficulté des gouvernements à tirer parti de la révolution digitale[v].
Au Rwanda, où le gouvernement s’est engagé en faveur du digital en 2000 et a mené des réformes strictes ces 20 dernières années, le pays jouit d’un fort taux de croissance économique, de nombreuses perspectives commerciales et d’une meilleure qualité de vie. En favorisant l’innovation et le développement technologique et grâce à des réglementations appropriées et à des investissements dans les infrastructures Internet et l’apprentissage, l’Afrique de l’Ouest pourrait elle aussi parvenir à un leapfrog digital.
UN PETIT PAS POUR LES FEMMES
En attendant, les TIC se sont avéré énormément utiles pour développer l’autonomie des femmes. En Afrique, la situation maritale, le nombre d’enfants, le nombre d’emplois disponibles dans l’agriculture (où les femmes représentent le gros des forces de travail), l’insécurité, le niveau d’éducation et les normes sociales déterminent la plupart de leurs opportunités économiques.
Les secteurs où la main-d’œuvre est historiquement féminine sont souvent dominés par les hommes, qui possèdent les terres, l’infrastructure nécessaire à la transformation de certains produits primaires et les entreprises. Rares sont les femmes engagées dans les étapes plus commerciales de la chaîne de valeur, qui sont aussi les plus rentables; et celles qui y parviennent ne font guère concurrence aux grandes entreprises.
Les femmes ont longuement été mises à l’écart des sources d’information et de connaissance en raison de restrictions sociétales, culturelles et commerciales. L’information étant aujourd’hui le principal moteur de la société, les TIC offrent ainsi aux femmes l’opportunité de s’émanciper. En utilisant les informations et les connaissances qu’elles fournissent, elles peuvent identifier des opportunités d’emploi et de travail indépendant, créer leur entreprise, acquérir de nouvelles compétences, et améliorer leur qualité de vie.
QUELQUES EXEMPLES
| Des avocats pour les agricultrices
En Ouganda, où les pratiques coutumières s’efforcent de conserver la terre entre les mains des hommes, l’accès des femmes à la propriété est difficile. En 2017, la start-up L4F (Lawyers4Farmers) lance une plateforme numérique avec service de SMS, services juridiques subventionnés, et partage d’informations juridiques sur WhatsApp et Facebook. Pour moins d’un euro par SMS, des agricultrices peuvent bénéficier de conseils juridiques pour mieux connaître leurs droits[vi]. En franchissant l’écart géographique entre zones rurales et prestataires de services situés en ville, L4F propose une alternative bon marché et pratique, incitant les agricultrices à utiliser l’application pour s’informer sur leurs droits.
Le beurre et l’argent du beurre Au sein de la vaste « ceinture du karité » qui s’étend de la Gambie à l’Éthiopie, près de 4 millions de femmes participent à la chaîne de valeur mondiale du beurre de karité. La commercialisation de ce produit de subsistance a permis à de nombreuses femmes de générer des revenus supplémentaires pour le bien-être de leur ménage, et constitue un filet de sécurité en période de récession. Cependant, la majorité d’entre elles est déconnectée des chaînes d’approvisionnement mondiales : la collecte des noix, leur traitement, et l’extraction du beurre sont des activités exclusivement féminines tandis que les étapes les plus rentables de la chaîne sont dominées par les hommes. Ces femmes ont une vision floue des normes de qualité exigées par les acheteurs internationaux, des techniques d’extraction et de stockage optimales, et du juste prix. En conséquence, elles ratent de nombreuses opportunités de transformer ces emplois de subsistance en activités plus rentables. Dans le secteur du karité, les TIC permettent aux femmes qui le désirent d’accéder aux informations sur le marché et à du contenu éducatif axé sur les compétences commerciales. Elles peuvent aussi être utilisées pour faciliter la transmission des connaissances entre cultivatrices et faciliter l’action collective et la création de coopératives de femmes. Utilisées ainsi, les TIC peuvent réduire l’écart entre les initiatives des femmes et les grands commerçants, en les aidant à s’insérer dans une partie de la chaîne de valeur traditionnellement contrôlée par les hommes[vii]. |
Il est difficile de prévoir si les TIC seront correctement assimilées par la population et si celle-ci se montrera assez opportuniste pour les utiliser à leur plein potentiel. La rapide expansion des services mobiles et son utilisation à des fins innovantes nous a déjà prouvé l’ingéniosité de la population africaine et la rapidité avec laquelle elle peut intégrer ces technologies et les utiliser pour améliorer sa qualité de vie. Aujourd’hui, le plus gros obstacle à l’absorption des TIC sur le continent africain demeure le manque d’investissement dans les infrastructures télécom et le taux d’analphabétisme. Les TIC ont tout le potentiel pour devenir un grand pas vers une croissance inclusive.
[i] Technology and Innovation Report 2018: Harnessing Frontier Technologies for Sustainable Development. United Nations publication, Sales No. E.18.II.D.3, New York and Geneva
[ii] Lee Seok Hwai (2020) Africa’s Drone Medical Delivery Service Saves Lives in Lockdown. INSEAD 2021
[iii] Njoh, A. J. (2018) The relationship between modern Information and Communications Technologies (ICTs) and development in Africa. Utilities Policy, 50(April 2017), 83–90
[iv] Jeremiah O. Ejemeyovwi & Evans S. Osabuohien (2020) Investigating the relevance of mobile technology adoption on inclusive growth in West Africa, Contemporary Social Science, 15:1, 48-61
[v] World Bank Group; China Development Bank (2017) Leapfrogging : The Key to Africa’s Development?. World Bank, Washington, DC. © World Bank
[vi] Busani Bafana (2019) En Ouganda, avocates et agricultrices communiquent par SMS, Digitaliser l’agriculture – Réduire les inégalités hommes-femmes, Spore, Issue 192
[vii] Bello, Julia & Lovett, Peter & Pittendrigh, Barry. (2015). The Evolution of Shea Butter’s « Paradox of paradoxa » and the Potential Opportunity for Information and Communication Technology (ICT) to Improve Quality, Market Access and Women’s Livelihoods across Rural Africa. Sustainability.




































