[Art] Citoyen
[Art] Citoyen
Entretien avec Inès Baccouche, la fondatrice d’ArtforNess.
By Pascale Caron
Après un diplôme d’ingénieur à Grenoble INPG, elle a travaillé successivement chez ST Microelectronics, Infineo et Intel Labs. En 2017, Inès se lance dans un Master 2 de Skema, d’études entrepreneuriales. Elle crée ArtForNess, une galerie d’art en ligne pour ainsi faire le pont entre les deux rives de la Méditerranée. Son objectif principal est la promotion et la mise en valeur d’illustrateurs, de dessinateurs de bandes dessinées et designers d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?
Quand j’étais petite, je voulais être astrophysicienne : la magie de l’infiniment grand me fascinait, mais j’ai dû me confronter à la dure réalité du marché. Sur les conseils de ma mère, je me suis engagée dans une école de microélectronique. Après les classes prépatoires en Tunisie j’ai intégré l’INPG en France. L’étude de l’infiniment petit, des atomes et des électrons était tout aussi captivante. Pour pousser plus loin, j’ai également fait un master en nanotechnologies. Mon métier me plaisait, mais j’avais le syndrome de l’élève modèle : j’étais à la recherche d’une reconnaissance dans mon domaine et je pensais que mes qualités dans le travail suffiraient. Un de mes collègues m’a dit un jour « il faut que tu ries plus aux blagues du boss », des blagues misogynes et sexistes, non merci. Tout cela m’étouffait : je m’impliquais beaucoup, je sacrifiais ma famille, mais pourquoi ? J’étais à la recherche de sens, je n’apportais rien au monde, juste de nouvelles puces pour pouvoir facturer les téléphones plus chers. Mon fils cadet avait 2 ans et à l’époque présentait un retard de langage. Un matin, mon boss me fait venir et me « passe un savon » pour l’exemple alors que je n’avais rien fait. Dans la journée, la maitresse me convoque concernant mon fils cadet et ses problèmes scolaires.
S’en est trop, je décide de changer de métier. C’est difficile de prendre une telle décision, car tu laisses derrière toi une certaine aisance financière : mais je ne regrette rien, même si je dois l’admettre, c’était très dur la 1re année.
Comme je suis une bonne élève, je m’enrôle dans une formation d’entrepreneuriat à Skema et en parallèle je passe mon certificat de chef de projet PMI (Project Management Institute).
D’où t’est venue l’idée d’ArtforNess ?
Je suis restée une enfant et j’ai un imaginaire très fort, je lis beaucoup de « fantasy ». Au départ, je voulais créer une maison d’édition autour des livres illustrés que j’affectionne tant, mais la complexité du métier m’a obligé à pivoter. Le monde des BD Comics est un art sous-estimé, mais c’est vraiment un art à part entière. Les gens sont prêts à mettre un argent fou pour acheter un croquis signé. J’ai commencé par des dessins et ensuite des artistes dans la peinture et le collage m’ont contactée.
En tant que personne j’aime l’art, et je n’ai pas pour autant fait des études pour cela. Pour moi, l’art véhiculait une image élitiste, inaccessible, chère. J’ai voulu casser ces codes, en montrant la richesse artistique et culturelle du Moyen-Orient. Je présente des artistes émergents à des prix abordables.
Quand j’ai démarré en septembre 2019, j’ai pu participer à 2 événements, mais la crise est passée par là. J’ai dû rebondir et me lancer dans une campagne Ulule de financement participatif. Le B2C n’est pas évident, le nerf de la guerre est la visibilité et cela coute très cher. Cette campagne de crowdfunding m’a beaucoup appris sur le planning, le storytelling, et m’a apporté un petit souffle financier.
Je n’oublie pas pour autant mon premier métier : marier l’ingénierie à l’art me tient à cœur. J’utilise mon esprit d’analyse et des outils inconnus du monde de l’art, c’est ma force. Il m’arrive encore d’avoir le syndrome de l’imposteur, mais ce qui me confirme dans ma certitude c’est la confiance que les autres ont en moi : les artistes et mon mentor qui est au Canada. Le doute est présent, mais je l’ai enfermé dans un placard à double tour !
Je me forme constamment, c’est mon côté ingénieur. SEO, réseaux sociaux, je suis à l’affut des formations en ligne. J’ai pu participer à un programme d’« Artist curation » organisé par le « Goethe’s institute », avec plusieurs pays du monde. Cette formation m’a permis de mettre le doigt dans l’engrenage de l’art classique.
As-tu été accompagnée pour la création ?
J’ai démarré avec Initiative Terre d’Azur et je suis coachée depuis par les Premières Sud, elles me soutiennent beaucoup. Je suis passée aussi par Orange Femmes entrepreneures et bouge ta boite. Les premières m’ont permis de me rassurer. Je réfléchis beaucoup avant de m’engager et je ne me décide que quand j’ai tout analysé. Grâce à leur soutien, je prends de plus en plus confiance en moi et je me sens plus dans l’action.
Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Je vais faire dans le classique : avec ses contradictions, ses forces et ses faiblesses, ma mère. Elle a sacrifié sa carrière pour nous élever, mais quand nous sommes partis, elle s’est lancée dans la vente à distance. Elle est rapidement devenue directrice commerciale pour la Tunisie. J’aime sa force de caractère, elle m’impressionne.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
J’en choisirai 2, que je lis à mes enfants, sur les femmes artistes et scientifiques, écrits par Rachel Ignotofsky : je pense à « Women in art – 50 fearless creatives who inspired the world ». Je conseillerai aussi « Women in science – 50 Fearless Pioneers who Changed the World ».
Aurais-tu une devise ou un mantra ?
J’en ai plusieurs : « you can fail but fail fast », « Keep it simple » et « better done than perfect » !
[Impact] Capital
[Impact] Capital
by Pascale Caron
Entretien avec Imène Maharzi fondatrice de OwnYourCash.
Diplômée de HEC en 2000, Imène travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine de l’investissement. Elle a commencé au service de fonds d’investissement chez Arthur Andersen, puis est devenue investisseure à partir de 2006 chez Butler Capital Partners, pendant cinq ans.
Grâce à son expérience dans l’entreprise de son père, de 15 à 19 ans, elle est confrontée très tôt à des questions opérationnelles et commerciales, et décide à son arrivée à HEC de mentorer toutes sortes d’entrepreneurs. Une bonne façon de mettre son expérience à profit dans un monde préinternet… Depuis 2013, elle investit son temps et son argent dans des start-ups et des TPEs, principalement celles à impact social et environnemental positif. Pendant 3 ans, elle a repris une PME, qu’elle a dirigée et développée, dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris.
En 2018, elle crée OwnYourCash : une plateforme dédiée aux femmes, qu’elles soient salariées, entrepreneures ou Business Angels en devenir. Elle part du constat que les projets fondés ou co-fondés par des femmes ont peu d’accès aux financements. Cette plateforme éducative va les aider à prendre en main leur destin économique. Elle les forme aux bases de la finance et de l’économie, leur donne les clés pour gérer leur argent et le faire fructifier, tout en démystifiant les aspects rebutants. Elle forme également une nouvelle génération de Business Angels, afin de fluidifier l’accès au capital des projets fondés par des femmes, et plus largement des projets sous-estimés par les financeurs classiques (projets à impact, etc.). Elle les engage à aller au-delà des préjugés, à apprendre à détecter des opportunités d’investissement sous-estimées.
Elle est aussi à l’origine du collectif #EllesComptent initié début décembre 2019, qui met en avant des entrepreneures à impact social et environnemental positif, en les exposant aux acheteurs potentiels.
Difficile donc de définir Imène, investisseure, mentor, repreneure, entrepreneure, créatrice de collectif et surement bien d’autres encore ? D’ailleurs pourquoi devrait-on lui mettre une étiquette, « on a la liberté d’essayer différentes choses », n’est-ce pas ?
Tout d’abord une première question à l’investisseure : quelle est la première chose que tu regardes quand tu étudies un dossier ?
En tout premier lieu, je rencontre la personne et je vérifie l’alignement entre ce que je comprends de la vision et les fondamentaux personnels de l’équipe fondatrice. Ce qui les met en mouvement. Je suis focalisée sur les sociétés qui résolvent un problème social et environnemental urgent. Leur vision sociale doit leur être chevillée au corps, parce que mener à bien un projet à impact est très difficile, et les pressions pour s’éloigner du projet initial seront nombreuses au fil du temps, des rencontres etc. Je vois une grande différence en les personnes qui se lancent dans un projet de manière théorique, narcissique ou romantique, « to do well because you want to feel good about yourself » et ceux qui seront les garants absolus du projet ; ceux-là ne dériveront pas de leur ligne de conduite. Je pense à une entrepreneure par exemple que j’adore, mais qui est réellement obsessionnelle sur des sujets qui peuvent nous paraitre banals, parce qu’elle sait que c’est fondamental pour ses bénéficiaires. Il s’agit de détecter ce genre de personnes et créer le climat de confiance pour les aider à réaliser de jolies choses.
Que tires-tu de ton expérience de repreneure ?
C’est une voie sous-estimée par les femmes et notamment des ex-dirigeantes/cadres supérieures, qui ont envie de liberté et de construire sur leurs compétences. Lorsqu’elles décident de quitter les structures où elles travaillent, généralement pour chercher plus de sens, les options leur paraissent assez limitées. Entrepreneure ou salariée ou freelance ? Elles se lancent souvent vers le service, car cela semble moins risqué et moins gourmand en capital au départ, et pour certaines ça marche. Mais j’invite le maximum de femmes à aussi considérer l’opportunité de reprise d’une petite entreprise une peu endormie, la redynamiser, y injecter son réseau, ses compétences, ses valeurs. Parce que partir de la feuille blanche avec un projet à soi, ce n’est pas forcément une voie évidente. Mais partir avec une équipe, avec un fonds de commerce, avec des produits existants, et les faire évoluer, les embarquer avec soi, cela peut parler à beaucoup !
Avec la crise actuelle, beaucoup de salarié.e.s sont en recherche de sens. Une reconversion, ce n’est pas que se lancer dans une carrière de Thérapeute ou de coach ! Des chemins différents existent. Et la reprise en fait partie.
C’est ce que j’ai fait de 2014 à 2017 : j’ai repris avec un associé, une entreprise familiale fondée il y a 20 ans dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris. En 3 ans nous sommes passés de 30 à 70 salariés et nous avons triplé le Chiffre d’affaires.
J’ai beaucoup appris de cette expérience. En tant qu’investisseure, je couvrais déjà pas mal de secteurs. J’étais intervenue dans différentes sociétés de transport et je m’intéressais à l’impact sociétal, mais je n’avais jamais eu l’expérience du transport scolaire d’enfants handicapés.
L’entreprise fonctionnait comme une double hélice en matière d’inclusion : on aidait les enfants à accéder à une éducation comme tous les autres enfants, en les accompagnant à l’école. Et on réinsérait aussi des personnes éloignées de l’emploi, ou au RSA, en leur offrant un emploi d’accompagnateur. Dans cette entreprise se focaliser sur la qualité n’était pas une évidence ; mais une forte exigence sur la ponctualité, et l’attention portée aux enfants ont porté leurs fruits !
Cette aventure s’est arrêtée pour moi au bout de 3 ans, mon associé et moi n’étions plus alignés sur la stratégie. Ce départ a été une expérience douloureuse, mais l’expérience au global m’a apporté beaucoup, bien plus que je ne pouvais l’imaginer !
Quel a été le déclencheur pour te lancer avec OwnYourCash ?
Mi 2017, j’ai donc cédé mes parts à mon associée et le choc de ce départ s’est fait sentir même physiquement. J’ai pris beaucoup de poids en quelques semaines : à vrai dire, je porte encore ce poids-là, donc quelque chose me dit que cette histoire n’est pas tout à fait derrière moi. Ce changement m’a forcée à ralentir et à voir les choses différemment. J’ai repris le mentorat de sociétés à l’automne 2017 et mon activité précédente. Quelques mois plus tard, par hasard, je lis 2 articles sur l’accès au financement des entrepreneurEs de la tech. Des écarts ahurissants (de 50 % à l’époque) dans les montants levés entre équipes masculines vs féminines me sautent aux yeux. J’étais prête à le voir à ce moment-là peut-être, en tous les cas j’ai eu un flash !
J’ai fait le lien avec mes années de mentoring d’entrepreneures. Même si je voyais bien que c’était compliqué pour beaucoup de femmes de trouver du financement, je ne pensais pas que le problème était national et était statistiquement représentatif !
La demande de financement d’une femme est régulièrement plus faible qu’un homme. Cela ne se justifie pas uniquement par la nature du projet ou par un potentiel plus modeste : elles annoncent souvent le chiffre magique de 200 k€. Et j’ai pris l’habitude au fil des années, de contrevenir à cette sous-estimation et de les booster : « Que pourriez-vous faire avec 500 k€ voire 1 M€ ? ». Cela leur ouvre des perspectives, un chemin vers d’autres possibles. Et surtout, me permet de sentir l’ambition qu’elles portent réellement en elles, pas l’ambition qu’on a bien voulu leur laisser avoir.
Le sujet fondamental est, le rapport des femmes à l’argent. Pour moi, c’est la « dernière frontière ». Sans égalité économique réelle, l’égalité en droits entre hommes et femmes reste une illusion.
En matière de Business Angel, beaucoup pourraient se lancer, pas besoin d’avoir fait une école de commerce, d’être pro en finance, ni même d’être entrepreneur.e ou dirigeant.e soi-même. Être Business Angel c’est, être en veille, se former, exercer sa curiosité. Et avoir envie de vivre une aventure entrepreneuriale par procuration. Je pense qu’être Business Angel, c’est le nouveau MBA 🙂
Aurais-tu un exemple de pays que tu considères comme modèle pour la réussite des femmes ?
On ne doit pas être naïfs sur ce qui se passe dans d’autres pays progressistes. On ne doit pas plaquer des « trucs et astuces », sans tenir compte du contexte culturel. On peut voir des choses bien partout, mais globalement si l’expression du machisme est différente, elle est bien réelle. Je suis de culture professionnelle anglo-saxonne. Aux USA, par exemple, le sort des femmes même sur les côtes n’est pas idéal: même sur les tabous autour de l’argent ! Je ne crois pas au pays parfait sur ce sujet.
Quels sont tes nouveaux challenges ?
La 2e étape d’OwnYourCash est d’accélérer et d’inciter au passage à l’action : « Be a game changer, the world has enough followers ». C’est le slogan que j’avais choisi pour les premiers goodies fabriqués pour OwnYourCash. Régulièrement, je reçois des messages ou croise des personnes me disent « je lis tes newsletters », « je te suis sur les réseaux », en guise d’encouragement ou de compliment. Clairement ce n’est pas mon but, je voudrais qu’ils/elles passent à l’action. Qu’ils/elles apprennent à investir, déploient leur capital, soutiennent des entrepreneur.e.s à impact, ou osent parler d’argent plus librement.
J’aimerais relancer des contenus de formation sur la partie Business Angel, peut-être encore plus courts, et orientés vers la partie impact. Les projets de type ESS sont nombreux, mais peinent encore à trouver les premiers soutiens financiers, et tout le monde n’a pas d’ami.e.s /famille pour investir !
Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Je suis réservée sur la place prise par le concept des rôles modèles, je ne vois personne à qui j’ai envie de ressembler : le storytelling de parcours me met mal à l’aise. Cependant j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de mentors dans ma vie, souvent des hommes d’ailleurs.
Parlons du fond : Adèle Van Reeth est très inspirante avec ses « chemins de la philosophie » que j’écoute en Podcast. J’aime beaucoup utiliser des métaphores pour expliquer des concepts et ses podcasts me nourrissent beaucoup. Le raisonnement par images m’élève et m’inspire.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Côté pro, je choisis Jason Calacanis, « Angel: how to invest in technology », un Business Angel un peu fou, le meilleur au monde. C’est un p’tit gars de New York d’origine grecque qui se considère toujours comme tel. Quand on pense qu’il a investi au premier tour dans Uber et depuis, dans 8 ou 9 licornes ! J’ai eu la chance de le rencontrer aux USA quand, à peine 3 mois après avoir lancé OwnYourCash. j’avais monté de toutes pièces, une délégation de de 10 Françaises talentueuses pour participer pendant 5 jours à une conférence Women In tech à San Francisco.
Côté perso, il m’est difficile de faire un choix. Je lis beaucoup et je décide généralement de lire un livre, au hasard à la bibliothèque, souvent en fonction de la couverture. Le hasard est très important pour moi.
Francois Cheng est un Académicien français, né en Chine. Ses livres me font penser à une peinture chinoise, tout en délicatesse en poésie et en retenue : je choisirais « L’éternité n’est pas de trop », par exemple. Mais c’est compliqué d’en élire un, c’est toute son œuvre qui me bouleverse.
Amin Maalouf est un auteur franco-libanais. Puisqu’il le faut, je choisis « Samarcande », c’est le premier que j’ai lu, mais toute son œuvre est formidable.
« Winston Churchill », par François Kersaudy. C’est la seule biographie où j’ai littéralement éclaté de rire : le biographe combine un regard critique et un réel attachement pour le personnage.
Pour finir, parlons de la somme « Incerto » de Nassim Nicholas Taleb, qui mène ses recherches sur le hasard. C’est un ancien trader, pointu en statistiques, devenu philosophe. Dans cette série on compte notamment « Black Swan » qui a été très fameux pendant la crise de 2008. Mon préféré c’est « Skin in the game » : je l’ai lu 2 ou 3 fois. C’est comme une discussion autour d’un thé avec lui. C’est également un personnage très particulier.
Pour finir aurais-tu une devise ou un mantra ?
J’en ai 2, un positif et un plus sombre :
« Nothing great was ever achieved without enthusiasm », Ralph W. Emerson.
« Et au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », Albert Camus.
[MonacoTech] Appel à projets
[Start-up] Portrait
by Pascale Caron
Interview de Laure Fagard, Responsable communication et partenariats chez MonacoTech.
Laure gère la stratégie de communication, les relations Presse, et orchestre entre autres, des événements externes comme des ateliers startups avec des experts et des partenaires, des conférences et salons. Elle organise la participation à des événements phares de l’entrepreneuriat et des rencontres avec des partenaires potentiels. Elle fait partie de l’aventure depuis le début en octobre 2017 et s’est tout naturellement que nous l’avons interviewée sur le 6e appel à candidatures de Monacotech.
En quoi consiste ce nouvel appel à projets ?
Nous recherchons des projets innovants, avec au moins un premier prototype, à fort potentiel et impact social pour compléter notre équipe : 32 startups depuis 2017, et 16 actuellement incubées, comme Corialotech, Lanéva, Carlo, Vizua et bien d’autres.
Les candidats devront représenter les valeurs et stratégies économiques de la Principauté : la GreenTech, la CleanTech, la BioTech/MedTech, le Yachting, ainsi que le digital (IA, App.) et la Fintech.
La Principauté de Monaco offre des avantages non négligeables pour les jeunes pousses, car c’est le premier état à être couvert intégralement en 5 G. Certaines, comme Vizua, en profitent déjà pleinement.
Quels sont les atouts de MonacoTech pour les porteurs de projet ?
Une startup qui souhaite s’établir à Monaco reçoit un statut particulier pendant 18 mois, ce qui lui permet de tester son marché et démarrer ses ventes dès le début. Ils peuvent implanter soit le siège social, soit une succursale et bénéficier d’aides de l’expansion économique de Monaco, comme la bourse MonacoTech.
Le gouvernement monégasque a mis en place « le Fond Bleu » (Extended Monaco). Ce fonds permet aux sociétés monégasques de financer des projets de digitalisation jusqu’à 70 % du coût. Certaines de nos startups en ont déjà bénéficié.
Les startups au sein de MonacoTech ont également accès à un programme spécifique, avec un suivi personnalisé et participent à des ateliers animés par des experts. Nous leur donnons une grande visibilité, et les mettons en relation avec les acteurs de l’écosystème que sont des mentors, des investisseurs, des entrepreneurs ainsi que des partenaires locaux et à l’étranger.
Parmi les ateliers cette année nous avons mené du codéveloppement, organisé des conférences concernant la marque, les sites web pour améliorer sa présence en ligne et développer ses ventes. Nous avons traité des données personnelles, de la cybersécurité, du Risk management, des KPIs de suivi financier et bien d’autres.
Avez-vous des startups fondées et co-fondées par des femmes ?
Malheureusement pas assez de femmes porteuses de projet postulent à MonacoTech. J’en profite pour faire un appel ! Nous avons besoin de mixité : j’espère que cet article en motivera certaines.
Vous avez développé des passerelles avec d’autres pays, lesquels ?
Nous avons noué des accords de collaboration avec Capsula de l’Université de Tel-Aviv ainsi qu’avec ACET basé à Sherbrooke au Canada. Nous mettons les startups en relations et par la même offrons des possibilités d’ouverture vers l’international.
En conclusion, les candidats ont jusqu’au 26 avril, pour déposer leur candidature à partir du site www.monacotech.mc. Alors, n’hésitez pas !
[Start-up] Portrait
[Start-up] Portrait
by Pascale Caron
Interview de Priscilla Stanley, fondatrice de la startup Yumma.
Après des études en école de commerce et de management (ESCEM) elle a travaillé dans plusieurs entreprises en France et aux Etats-Unis et exerce encore en tant que chef de Projet en Informatique pour la transformation digitale, au service des entreprises de la région. Vous verrez tout au long de notre entretien que ce mot service a une grande signification pour elle.
En parallèle, elle mène une activité de photographe qui lui permet d’exprimer pleinement son côté créatif. De ses voyages et questionnements personnels sortent des images, qu’elle expose et vend en tirages limités. Elle s’adonne également aux portraits, qu’elle affectionne particulièrement, et aux reportages qui complètent la panoplie de son art. « Je vois ce que la plupart des gens ne remarquent pas. J’observe avec le cœur et ce que je ressens, je le mets en image. J’aime raconter des histoires ».
Elle se passionne par ailleurs pour les projets technologiques qui mettent l’humain au cœur de la réflexion, en s’appuyant sur le potentiel et l’intelligence du collectif. Elle se définit comme activatrice de changement positif. Il y a 3 ans, Priscilla s’est lancée dans l’entrepreneuriat avec YUMMA, un projet technologique et social innovant qu’elle gère grâce à sa longue expérience dans le domaine. « Avec Yumma j’ai donné du sens à ma carrière professionnelle avec un projet qui me tient particulièrement à cœur, car il touche l’essence de la société, la famille et son bien-être. »
Yumma c’est le premier réseau d’entraide dédié à la famille, avant et après l’école. L’application Yumma permet de constituer une communauté de personnes de confiance et d’informer en temps réel ce cercle en cas de besoin urgent de garde des enfants, de trajets à l’école ou d’aide aux devoirs. Yumma gère l’avant et l’après-classe, tout ce qui se passe en dehors du portail. Les parents n’ont plus besoin de multiplier les appels ou les SMS, leurs contacts privilégiés sont connectés en un clic, avec une réponse en temps réel. Dès que la demande est acceptée, Yumma prévient les autres contacts sollicités que la mission est prise en charge.
Le but de Yumma est de donner un coup de pouce aux parents débordés, de l’école primaire jusqu’au collège. La plateforme inclut la possibilité de faire appel à un bénévole voir même à un professionnel avec un système de fiches avec descriptif et photo, mais aussi des avis et des notes. L’appli permet aussi de demander des services à domicile, comme des courses, la cuisine, un vrai plus en ces temps bousculés.
Quel a été le déclencheur pour te lancer dans l’entrepreneuriat ?
Ce n’est pas quelque chose de naturel pour moi : il n’y a aucun exemple dans ma famille ou mon entourage. J’ai dû apprendre et me constituer un réseau « from scratch ». Par contre, je viens du monde du Service, et j’entends par là, apporter un maximum de valeur à autrui au travers de mon travail, quel que soit l’aspect lucratif en jeu. Quand je crois en la valeur d’un projet ou d’une organisation, et par-dessus tout quand je travaille en équipe, ma motivation, mon esprit d’analyse et de création sont décuplés. Dans les grandes entreprises, je me suis parfois sentie bridée ou mal « employée ». Je suis passée par tous les types de ‘out’ en entreprise : Bore-out, Brown- out, et Burn-out. Je ne me suis jamais apitoyée sur mon sort. Et même si psychologiquement ces épreuves m’ont épuisée, elles m’ont permis de me recentrer un peu plus sur mes valeurs et ma véritable mission de vie.
Mon aventure entrepreneuriale a commencé avec la professionnalisation de mon activité de photographe à la suite d’une grosse commande de tirages d’art par le groupe Avantis. Essentiellement des photographies évoquant le voyage et l’industrie aérienne (domaine de mon client). J’avais gagné plusieurs concours photo qui m’avaient donné de la visibilité et offert cette belle opportunité. Une fois la société créée, j’ai développé mon art dans le portrait. Pour cela je suis sortie de ma zone de confort. J’ai dû travailler avec l’autre, entrer dans son intimité. Je suis toujours ébahie de voir mes clients à l’aise devant mon objectif. Leur confiance est très gratifiante. Pour ma part, je déteste être prise en photo, je fais donc mes propres autoportraits. Certains entrent dans le cadre de séries photographiques de type fonction documentaire. Plus récemment, j’ai développé une activité de reporter événementiel, j’ai couvert de nombreux événements sportifs notamment le marathon de Nice, mais aussi des mariages lors desquels je capte des instants de vie presque volés (les préparatifs, les petits gestes, et les regards entre invités et mariés sont mes moments préférés).
Alors que j’avais quitté mon emploi salarié pour me consacrer à mes projets artistiques, Yumma m’est tombée dessus par surprise. Peut-être mon esprit étant plus libre de créer, a-t-il pu plus facilement s’exprimer pour résoudre une problématique qui m’a longtemps chiffonnée. Cette nouvelle idée a fait son chemin sur 3 concours de startups, tous gagnés la même année dont un aux États-Unis. Je l’ai pris comme un signe, il fallait que ce projet aboutisse. J’ai donc dépassé mes appréhensions pour me lancer en tant que « solopreneur » dans l’aventure. Cela a été un catalyseur gigantesque de développement personnel et je me découvre chaque jour un peu plus.
Tu es aussi chef de projet pour un grand groupe, il me semble. Comment fais-tu tout cela?
Effectivement, je mène de front 3 activités professionnelles. Travailler également au sein d’une entreprise avec une équipe d’ingénieurs, de développeurs et de spécialistes métier, me stimule au quotidien. La structure que l’on trouve en entreprise a du bon, et les échanges réguliers avec des profils variés m’enrichissent. J’ai récemment découvert que j’étais une personne « multipotentielle » et cela m’a décomplexée. Toutes ces activités se complètent et nourrissent mes projets personnels. Il n’y en a pas une de trop. Le challenge est de trouver le meilleur équilibre entre chaque activité et honorer leur temporalité, quitte à sacrifier ses week-ends et soirées. Pour moi la ressource la plus importante est le temps, il faut donc que mes projets en vaillent la peine. Je suis très sélective. Et pour me ressourcer, je ne suis pas difficile, une balade en nature, une méditation, ou une séance de yoga et je repars !
Comment vis-tu cette période du COVID ?
Elle me dessert énormément pour Yumma, mais j’apprends à rebondir. Le but de Yumma est de permettre une meilleure organisation familiale en se basant sur un ADN de sécurité, de confiance et de bienveillance autour de l’enfant. Mais il y a actuellement une psychose sur la sécurité sanitaire (que je peux comprendre) qui bouscule sans cesse l’organisation des familles et ralentit le développement de Yumma. La communauté a besoin de s’agrandir pour fonctionner pleinement. Je travaille à de nouveaux partenariats dans ce sens et anticipe la reprise à une vie “normale”.
Un autre projet qui a pris du retard avec la covid, c’est la mise en place d’une exposition photographique permanente avec l’hôpital Simone Veil de Cannes pour le service ambulatoire, sur le thème de l’eau. Au travers d’images rapportées des États-Unis mis en regard avec des images réalisées à Cannes je montre la force et la nécessité de cet élément essentiel à la vie. Mon objectif est de sensibiliser le public à une problématique écologique d’envergure de manière subtile. Les photographies grands formats seront accompagnées d’un texte de ma composition.
Quels sont tes futurs challenges ?
J’ai obtenu une subvention de la BPI l’an dernier pour le développement de l’application. Maintenant, l’objectif est de faire grandir Yumma. Il faut recruter de nouveaux utilisateurs et pérenniser son service gratuit en l’accompagnant de services complémentaires. Pour cela il me faut trouver du soutien tant humain que financier (Business Angel et partenariats commerciaux).
Dans la photographie, j’ai un projet d’exposition photo sur le thème de la résilience. Ce qui m’inspire, c’est le rebond, panser ses blessures, trouver du sens à celles-ci et en faire quelque chose de beau. Comme l’arbrisseau qui pousse sur une terre brûlée, il se nourrit de ces cendres pour grandir. J’ai envie de faire vibrer l’audience en les accompagnant à travers un parcours visuel et sonore qui les plongera dans ces abîmes et qui les fera renaître des images. Ce ne sera pas forcément confortable, mais comme dans la vraie vie, il faut se confronter à ses émotions, quelles qu’elles soient “pour que ça sorte”. Ils finiront leur cheminement intérieur par l’espoir, “une porte ouverte”. Dans ce type de projets créatifs, c’est mon âme qui parle. Dévoiler cela au public est un challenge pour moi.
Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Je n’ai pas UN nom en particulier. Beaucoup de personnes m’ont inspiré dans ma vie et particulièrement celles qui ont une histoire de résilience face aux difficultés “les gueules cassées qui rebondissent malgré tout”. Il y en a bien plus que l’on ne peut imaginer ! Et je trouve cela bon signe. Autrement, parmi les personnalités contemporaines, les biographies de Richard Branson et Elon Musk m’ont fascinée. Ce qui m’inspire chez eux c’est leur capacité de penser en dehors des conventions. On aime ou on n’aime pas, mais ils ont des visions incroyables et l’échec ne semble pas avoir d’effet sur eux. Ils restent fidèles à leur vision et persévèrent.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Il y a un livre que j’ai lu trois fois, c’est le seul, c’est un livre de Mark Divine, « The Unbeatable Mind » d’un ancien de l’US Navy. Il cultive l’esprit du guerrier dans le bon sens du terme. Il nous parle de comment se forger une résilience et de la ténacité mentale. Il décrit notre Radar intérieur, une intuition que tu apprends à écouter qui te permet de décupler ton potentiel. Mais ce qui m’a plu par-dessus tout, c’est que toutes ces capacités sont développées au service d’autrui. Le guerrier n’est pas destructeur, mais protecteur.
En ce moment je lis « Tout le monde ment et vous aussi » de Seth Stephens-Davidowitz sur l’Internet, le Big Data et ce que nos recherches Google (entre autres) disent vraiment de nous. J’ai toujours aimé la sociologie. Le « big data » apporte une nouvelle dimension d’analyse révélant parfois des comportements surprenants !
En conclusion aurais-tu une devise ?
« La seule chose qu’il y a entre moi et ma réussite, c’est moi ! » Cette petite phrase me permet de ne pas oublier que mes objectifs sont toujours à portée de main et qu’il me suffit de faire taire l’auto-saboteur qui est en moi.
Pour des tirages d’art en édition limitée, vous pouvez aller sur le site photo priscillastanley.com
Yumma est une app disponible sur GooglePlay et AppStore
[Start-up] Green
STARTUP GREENTECH
by Pascale Caron
Entretien avec Alice Chougnet, co-fondatrice, et CEO de Geosophy, une startup dans la greentech.
Alice possède un diplôme d’ingénieur ESPCI Paris et un PhD en Physique. Après 12 ans dans l’industrie pétrolière, chez Schlumberger, en tant qu’ingénieur R&D et Chef de projet, elle crée en 2018 avec Quentin Barral une startup, dans un domaine durable, celui de la géo-énergie.
La géo-énergie, consiste à aller puiser dans le sol, quelques mètres sous terre, la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. C’est une énergie locale et décarbonée, neutre pour le paysage.
Geosophy responsabilise les propriétaires d’immeubles en les aidant à définir la meilleure stratégie de valorisation de leurs ressources souterraines. Ils ont développé le premier moteur de recherche du sous-sol : pour une adresse donnée, leurs outils logiciels brevetés permettent de connaître le potentiel géo-énergétique, à la fois technique et financier, et proposer des diagnostics. Ils accompagnent ensuite leurs clients, en tant qu’Assistance Maitrise d’Ouvrage, jusqu’à l’installation.
Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l‘entrepreneuriat ?
Tout au début de ma carrière chez Schlumberger, j’ai commencé par chausser des bottes et un casque et je suis allée sur le terrain travailler à la construction de puits. C’était un parcours intéressant pour un ingénieur R&D de se frotter au réel. C’était physiquement très dur avec beaucoup de « on call ». Après « ce stage ouvrier » de longue durée, je suis partie en R&D et je me suis lancée dans un domaine que j’apprécie : démarrer des projets d’une page blanche.
A la fameuse crise de la quarantaine je me suis posé beaucoup de questions : passer sa vie à extraire du pétrole, est-ce que c’est vraiment pour moi ?
J’avais une soif de sens. Je me sentais concernée par le dérèglement climatique et je me suis retrouvée en déphasage avec mes valeurs.
Avec un groupe de collègues qui partageait le même constat, nous avons présenté à notre management un projet écoresponsable d’intrapreneuriat. Ils nous ont soutenus et nous ont proposé de rejoindre HEC et son programme Challenge+ de création de startup.
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise ?
Dans le programme Challenge+ je suis entrée en tant qu’intrapreneure avec une équipe de Schlumberger et je suis ressortie avec une folle envie d’être entrepreneure. Mais mes collègues ne m’ont pas suivie. J’ai cherché un associé et je me suis rapprochée de Quentin, un ancien de Schlumberger qui avait fait des études complémentaires dans le bâtiment. Il y a eu rapidement un « match » humain, et une complémentarité dans nos parcours.
Qu’est ce que t’a apporté le programme Challenge+ de HEC ?
Ce programme a été fondateur. J’ai pu poser les bonnes questions et avancer petit à petit d’échec en échec, afin de transformer tout cela en réussite. J’ai été accompagnée également par un coach en entrepreneuriat à qui je dois beaucoup. Il m’a dit notamment que je n’aurais « ni problème technique, ni problème d’argent, mais des problèmes humains » et que ce qui restera de cette aventure c’est mon lien avec Quentin. L’association c’est comme un 2e mariage.
D’où est venue l’idée de Geosophy ? Ce nom est très poétique !
Il n’est pas anodin. Nous en avions choisi un autre au départ, mais nous l’avons testé lors du programme HEC et il ne remportait pas l’unanimité !
Geosophy signifie « la sagesse de la terre ». Nous exploitons la terre avec un objectif environnemental et nous prenons le contrepied des technologies qui en « abusent ».
Je suis fan de poésie et de grec et j’ai eu une sorte de flash pour ce nom.
Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?
Nous avons commencé la commercialisation fin 2019 et la crise du COVID nous a obligés à arrêter les chantiers pour toute l’année 2020. Mais nous n’avons pas chômé : nous avons pu continuer notre activité R&D grâce à un financement de l’Agence de transition écologique (ADEME) qui complète notre levée de fonds.
La conjoncture est compliquée, mais nous suscitons l’intérêt. Nous avons de nombreux clients dans le foncier avec un attrait certain pour cette technologie. Nous testons actuellement notre version Beta chez Groupama : ils nous soutiennent et sont des clients de confiance.
Quels sont tes prochains challenges ?
Nous devons tout d’abord finaliser le développement du moteur de recherche et de diagnostics, et on aimerait voir finalisées les installations qui en ont découlé ! Nous souhaitons également étendre nos prédictions à l’international. L’Europe est globalement à la traine dans le domaine de la géo-énergie alors que dans certains pays comme la Suède, un quart des bâtiments sont déjà équipés.
Je nourris également un projet artistique : pour moi, l’art aide au processus créatif et fait émerger des idées. Je suis partie du postulat que notre action sur l’immeuble ne se voit pas, comme la sève des arbres. Je rêve d’une matérialisation, qui permettrait de rendre visible, cet invisible sous-sol. Pour cela je recherche des artistes pour illustrer l’impact de Geosophy sur l’environnement et exposer ces œuvres à l’entrée de nos immeubles.
Avis aux amateurs ! Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Les philosophes en général m’inspirent, et plus particulièrement Edgar Morin, qui est également sociologue. L’approche systémique qui permet de regarder un problème sous tous les angles m’intéresse. Nous avons d’ailleurs pensé notre R&D de cette manière afin d’avoir une approche globale.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
J’aime lire tous les philosophes et je puise également mon inspiration dans la poésie, le théâtre ou l’art en général : c’est très émotionnel.
J’ai beaucoup apprécié « L’ambition ou l’épopée de soi » de Vincent Cespedes. Il m’a amenée à réfléchir sur mon ambition collective, et mon impact sur la société : un sujet qui me parle énormément. Ce qui me porte c’est l’utilité pour le collectif.
J’ai également lu pendant la levée de fonds « Socrate antistress » d’Héloïse Guay de Bellissen, quand la philosophie nous aide à mieux combattre le stress…
En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?
Oui, « On n’a jamais fini d’apprendre ».
[Leadership] Portrait
[Leadership] Portrait
by Pascale Caron
Entretien avec Karine Marro-Guffanti
Karine Marro-Guffanti est la propriétaire de nombreux établissements à Nice passant de l’emblématique Grand Balcon, au Bistro Chic Marcel, à La boulangerie Jeannot et la plage La Vela : une femme d’affaire inspirante qui n’est pas là par hasard et j’ai eu envie de présenter son parcours hors du commun.
Quand je suis allée lui proposer l’interview, sa 1re réaction a été «pourquoi moi ? Je donne juste à manger aux gens ! ». Mais vous verrez vite que je ne m’étais pas trompée.
Karine est issue d’une famille du métier, son grand-père était boulanger (Jeannot), son père (Marcel) était le propriétaire de l’emblématique Moorea. Elle est quasiment née derrière le comptoir d’un restaurant, le Magnan à Nice, à l’époque. À 18 ans, son bac en poche, il a fallu choisir un métier : une grande école de commerce ou bien la restauration. Le choix était ouvert, elle en avait les capacités. Finalement elle choisit en premier, l’école hôtelière Maxime à Paris. Pour parfaire son éducation, elle décide de partir à Lausanne et finit ses études à l’école Bluche en section anglaise. Ses études finies elle devient directrice commerciale de 2 hôtels Hilton à Londres, Park Lane et Terminal 4. Mais quand Marcel lui demande de rentrer en France et de venir le seconder au Moorea, son restaurant de spécialité poissons port de st Laurent du var, elle quitte Londres, les vacances étaient finies !
Pas facile de se faire une place auprès d’un patron aussi emblématique que Marcel, qui peut vous fusiller d’un seul regard. Si elle apprend beaucoup à son contact, à 24 ans elle décide de créer son propre restaurant en association, Le Karina. Cette première aventure se termine par un échec. Mais elle s’en est relevée avec brio et elle a tiré des enseignements fondateurs pour le reste de sa carrière : le travail est la clef de tout.
Comment s’est présentée l’opportunité du Grand Balcon ?
C’est papa qui a trouvé le local à côté de l’opéra pour établir mon restaurant : mais si l’emplacement était prestigieux, l’endroit était totalement à refaire, une ancienne taverne,« un vrai taudis ». Par hasard au Moorea, je discute avec deux clients qui viennent déjeuner avant de prendre l’avion et je leur parle de mon projet de restaurant. Je réfléchissais à haute voix sur la déco : Je voudrais une décoration cosy, j’en ai marre de ces restaurants ouverts, blancs et sans charme, je veux l’hôtel Coste ! Quelle ne fut pas ma surprise quand mon interlocuteur se présenta : enchanté Jacques Garcia, et voici mon bras droit. (NDLR. Jacques Garcia est le décorateur de l’hôtel Coste à Paris !). Ni une ni deux, je leur offre leur addition et je les embarque dans ma voiture direction Nice pour visiter le restaurant et il accepte de me dessiner le projet.
C’était il y a 20 ans, et la décoration n’a pas changé elle est intemporelle. Le restaurant est ultra-cocooning, très bien insonorisé. On a fait un malheur au lancement, le restaurant ne désemplissaient pas, les gens essayaient par tous les moyens d’avoir une table. L’affaire était lancée !
Parle-moi du leadership, comment as-tu appris ton rôle de Leader ?
Essentiellement sur le tas, mais tu dois l’avoir au fond de toi: avoir envie de donner aux autres . Pour moi, la qualité première pour être un vrai leader, c’est aimer donner plutôt que de recevoir. En tant que femme dans ce monde d’homme à 95% il faut avoir une main d’acier dans un gant de velours.
Pour amener l’équipe d’un point A à un point B il faut travailler toute en rondeur et en douceur, mais avec fermeté. Tu te perfectionnes au fil des années.
Moi qui suis allée souvent au Grand Balcon, je vois qu’il y a une constance dans ton équipe : En effet, le directeur travaille depuis 25 ans pour moi, il a démarré comme barman. Le chef est la depuis 12 ans. Svetlana travaille ici depuis 18 ans, elle était rentrée comme commis de salle. Une personne qui connaît ta manière de travailler, qui connait l’entreprise, qui est moulée à ma manière d’être vaut de l’or. Il faut toujours les motiver et les faire progresser : tu ne peux grandir que par le travail et que si tu es bien secondée et si tu arrives à transmettre.
Qu’est ce qui t’a amenée à ouvrir d’autres lieux ?
Tout d’abord le challenge et l’envie de se dépasser et de se prouver que je n’étais pas seulement la fille de.
En 2015 je cherchais un autre restaurant, on était en euphorie, le grand Balcon ne désemplissait pas, on refusait du monde. J’avais adoré le bistrot de Lignac à paris et j’ai décidé d’ouvrir, Marcel, Le bistrot chic, dans le vieux Nice. Je me suis entourée d’une équipe de confiance : Katie travaille avec moi depuis 20 ans ; le chef était un second du grand Balcon. Les process sont rodés et écrits, c’est une petite structure plus facile à gérer.
D’où vient l’idée du projet boulangerie ?
Pour la boulangerie le local se libère, il est bien placé juste à côté du grand Balcon et je décide de l’acheter, mais je n’avais pas encore décidé quoi faire. C’était avant l’attentat de Nice, c’était l’insouciance, les banques nous ont suivis. Mon père me propose de faire une boulangerie. Je n’y connaissais rien, mais je me suis formée. J’ai appliqué les codes de la restauration en ne faisant que du sur place, du frais, de la tradition, la vraie boulangerie. Je lui donne le nom de mon papy : Jeannot, une grande personnalité qui a émigré d’Italie par le col de tende à pieds en 1940 en plein Mussolini.
Donc cet empire n’est déjà pas facile à gérer et en 2020, tu rajoutes un nouveau challenge La Vela, la plage sur l’emblématique promenade des anglais à 2mn du Negresco
La plage c’est un rêve de petite fille. À l’époque, je regardais la série « L’hôtel de la plage » le samedi chez mes grands-parents. La plage c’est l’art de vivre, le bonheur, tu lâches tout, l’ambiance est nonchalante. On a ouvert après le premier confinement et le succès a été au rendez-vous les gens avaient besoin de lâcher-prise. Elle était belle, mais elle a été détruite par la tempête le week-end juste avant la date que j’avais prévue pour le démontage. Heureusement qu’on avait réussi à déménager Totor (NDLR. La sculpture de Stéphane Bolongaro) le jeudi, car il serait surement en Sardaigne. On a sauvé Totor ! On a été rasés, mais ce n’est pas grave, on la reconstruira, elle sera encore plus belle.
Pour gérer ces nouveaux endroits, il faut une équipe ?
On a une personne qui gère le RH. Je mets toujours dans un endroit quelqu’un que je connais en qui j’ai confiance et qui a été formé au Grand Balcon : ma pépinière de talent. Si la personne a envie d’évoluer, elle commence au grand Balcon et pourra être positionnée ensuite sur un autre lieu.
Et après tout ces challenges vient le covid !
Oui le covid c’est l’enfer, d’autant que j’avais démarré un nouveau challenge : depuis peu j’ai repris la restauration du théâtre de Nice, le Petit Balcon, juste avant le second confinement. Finalement mon nouveau challenge est de sortir de cette crise « saine et sauve » et on va y arriver j’en suis sure.
Quelles sont les personnes qui t-on inspirées dans ta carrière ?
Bien sûr, mon grand-père mon père. Sinon je lis beaucoup, sur les chefs d’entreprises et je quand une idée me parait bonne je la range dans un coin de mon cerveau et j’y repense, quand j’en ai besoin, des fois même la nuit.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Je lis de tout, du point à l’express, de Ken Follet à Catherine Pancol et aussi Harlan Coben : son dernier est très bien !
Pour terminer quelle est ta devise ?
Toujours se dépasser, ne jamais abandonner, rien n’est impossible !
[Start-up] Création
[Start-up] Création
by Pascale Caron
Entretien avec Lilie, la fondatrice d’ACTIVELILIE.
Lilie est une passionnée, une wonder woman perchée sur des talons aiguilles, collectionneuse de chapeaux et d’accessoires féminins, qui n’hésite pourtant pas à enfourcher sa moto pour faire le tour de Corse avec son chéri. Elle a créé sa marque ActiveLilie qui propose des sacs personnalisables sur mesure à « ses élégantes » comme elle les appelle : des femmes libres qui veulent en finir avec la recherche perpétuelle du sac idéal.
Quel a été le déclencheur pour créer ta marque ?
J’ai toujours été passionnée par la couture et la mode. Mon plus ancien souvenir remonte à l’âge de mes 7 ans : les remontrances de ma maman quand elle me surprenait devant sa machine à coudre que j’avais investie sans sa surveillance, pour coudre les habits de mes poupées. Je suis passionnément autodidacte, j’ai appris en décousant tout ce qui me passait sous la main, vêtements, sacs et parfois même les ceintures. A l’époque il n’y avait pas de tutos disponibles, maintenant je fouine sur Youtube, pour parfaire mes techniques.
Malgré cette passion dévorante, je n’ai pas franchi la porte des études dans la mode et du business. Issue d’une famille traditionnelle, et avec quelques facilités en math, je ne pouvais faire que des études scientifiques, médecin ou ingénieur. Finalement, je suis devenue ingénieure en informatique !
Quand mes trois garçons ont pris leur indépendance, ils m’ont laissé beaucoup de temps libre. J’ai commencé par créer des sacs ordinateurs, des sacs à main pour moi et mes copines. De fil en aiguille, c’est le cas de le dire, je me suis prise au jeu, j’ai lancé ActiveLilie pour m’amuser, en parallèle de mon activité salariée.
Développer une marque, sa marque, c’est génial. La créativité ne s’exprime pas que dans la production de modèles, mais aussi dans les techniques de marketing, la communication, la relation clientèle, les collections, etc. C’est très complet… J’adore.
Quand je me suis lancée dans l’aventure, je pensais que la couture était ma motivation première. Eh bien non : j’ai découvert que j’aimais créer, imaginer des pièces uniques, de styles très différents. Réaliser deux fois la même pièce m’ennuie profondément.
Quelle est la ta marque de fabrique ?
La création de sac à main sur mesure est ma spécialité : ma mallette de modèles contient plus d’une cinquantaine de patrons, de sacs et de pochettes ; il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, pour tous les goûts. Quand une élégante ne trouve pas son bonheur, je crée un patron spécialement pour elle. Côté look, mes placards renferment plus de deux cents tissus pour l’extérieur et les intérieurs, de quoi varier les styles.
Ma pépite est le « sac d’artiste », il est le faire-valoir de l’œuvre, peinture, dessin ou même photographie d’art. L’œuvre numérisée est imprimée sur le tissu. Je crée le tissu à partir de l’illustration et de la pièce à coudre, pour l’intérieur et/ou l’extérieur du sac. La création de sacs est mon mode d’expression artistique. Créer le tissu permet de laisser libre cours à mon imagination pour faire naître une pièce unique.
Ma démarche artistique passe aussi par une prise de conscience écoresponsable et une volonté d’utiliser des matériaux de filières low-fashion, Française dans la mesure du possible. Mon premier modèle écoresponsable est une lingette lavable et réutilisable, en coton organique et éponge de bambou bio. Et pour rester dans le style artistique ultra féminin, elles sont décorées d’illustrations.
Tu te définis comme une slasheuse, comment concilies-tu une activité salariée dans l’informatique avec la création ?
Soyons réaliste, mon activité salariée avec sa sécurité financière me permet de créer librement sans contrainte, ni pression financière. Mais ce serait trop simpliste de réduire mon travail dans l’industrie de l’informatique à une simple activité lucrative. L’informatique est la technologie du futur depuis plus de 50 ans. Elle ne cesse d’être innovante et c’est passionnant de participer à la construction de notre futur.
Je suis convaincue que la technologie et l’art sont complémentaires. La technologie fait avancer l’art et vice-versa. Prenons l’exemple concret de la couleur bleue : la création industrielle des pigments bleus ne date que du début XVIIIe siècle ; auparavant, les peintres ne pouvaient l’utiliser qu’en très petite quantité, car elle était difficile à synthétiser. De nos jours, le bleu a détrôné toutes les autres couleurs en occident. Bien souvent, l’art est le point de départ de nos réflexions et de notre créativité dans tous les domaines et la technologie en fait partie.
Dans ma vie l’informatique et Art font la paire et je vis à 100% chacune de mes deux activités, chacune alimentant l’autre, c’est mon « think out of the box ».
Qui sont tes rôles modèles ?
Mes influences sont nombreuses. Mes icônes de mode vont de Coco Channel et son iconique petite robe noire, Paco Rabanne et sa mythique robe métal, Chantal Thomas et son style sexy chic, Yves Saint-Laurent et son tailleur pantalon, Christian Louboutin et ses stilettos rouges. Ils ont réinventé la femme. Leurs parcours de vie d’artiste sont riches et m’inspirent.
Mais je m’inspire aussi des artistes autour de moi. Je suis fascinée par l’utilisation de la matière et des objets hors contexte, comme le body painting, le street-art ou les artistes upcycling. D’ailleurs, sur mon site, j’ai créé une rubrique Artiste invités pour le plaisir de les interviewer, de me plonger dans les coulisses de leurs ateliers et leurs univers créatifs. Cette émulation me nourrit : mon fil conducteur est la dualité de la femme, entre rêve et réalité de la vie quotidienne.
Et n’oublions pas mes élégantes ! Imaginer et réaliser des sacs, des pièces uniques, qui correspondent exactement à la femme, qui va les porter, me permet de rencontrer des personnes formidables. La création sur mesure commence toujours par un échange riche avec l’élégante.
Quels sont tes nouveaux challenges ?
Vaste question, j’adooore les challenges ! Ma devise: « vivre d’une activité qui combine la technologie, la création et l’art ».
Plus concrètement, mon prochain challenge est d’interviewer Rachel Bergeret, une artiste plasticienne qui a démarré sa carrière dans le monde de la mode. Ses œuvres reflètent cette dualité féminine qui m’anime. Et mon rêve serait de collaborer avec elle.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
Même si je ne prends pas beaucoup de temps pour lire, la lecture est une évasion qui me permet de me ressourcer, au même titre que la musique et l’opéra. Ma dernière lecture c’est « Usucapion » de Maxent Lisle, un roman poignant dont il est difficile de se détacher, si ce n’est pour créer.
« Technologie, création et art », tout un programme !
[Témoignage] Elobags
[Témoignage] ELOBAGS
by Pascale Caron
PORTRAIT DE FEMME, INTERVIEW D’ELODIE MARGAND
Élodie a créé l’entreprise Elobags, une marque de trousses de toilette en tissus upcyclés et fondatrice du podcast Elocast qui en est à sa saison 3.
Élodie est mère de 2 enfants et a démarré sa carrière dans l’hôtellerie de luxe ce qui lui a permis de voyager dans le monde entier. Mais après 2 enfants, c’est plus compliqué de gravir les échelons. Elle a tout quitté pour créer son entreprise Elobags et s’y est consacrée pleinement pendant 1 an et demi. Mais la voyageuse ne tenait plus en place, elle s’est rapidement sentie coincée dans un seul endroit. Pour progresser, elle a écouté des podcasts pour apprendre comment ces femmes ont réussi : ce qui l’a fait avancer dans mon projet à une vitesse folle !
En arrivant dans la région PACA elle a créé un groupe Facebook de femmes chefs d’entreprises pour échanger des idées et créer du réseau. Par la suite, elle a créé son podcast , Elocast : « Le podcast des femmes chefs d’entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ».
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise ? Tout a commencé par un fort désir de liberté. Être entrepreneur, n’a jamais été une obsession plus jeune. Le podcast m’a permis de rencontrer énormément de personnes et de gagner en maturité, en compétence à vitesse grand V.
Qui sont tes modèles ? Caroline Receveur qui a réussi ce switch télé-réalité et qui est devenue une entrepreneuse hors pair (carolinereceveur). Pauline Laigneau également, avec ses podcasts (legratin) et son entreprise de bijouterie, je suis très fan de son parcours.
Est-ce que tu reviendrais au salariat ? Franchement non, c’est une de mes pires angoisses. Si on pouvait trouver des points positifs au salariat, c’est potentiellement moins de stress de savoir ce qu’on doit faire le lendemain. Mais à côté de cela, tu dois correspondre à un schéma de l’entreprise et tu ne peux pas être toi-même.
En tant qu’entrepreneur, tu peux être toi-même, tu jouis d’une certaine forme de liberté, encore faut-il bien faire le switch, ne plus travailler comme un salarié et ne pas être trop dans le « je fais, je fais… », et s’épuiser.
Aujourd’hui, j’imbrique tout et j’essaye de ne plus avoir de barrière entre ma vie perso et ma vie pro : tout est lié. Si tu es passionnée, cela te procure plus d’émulation…
Quels sont tes nouveaux challenges ?
Avec Elobags et Elocast j’ai allié la beauté féminine avec l’entrepreneuriat. J’ai créé récemment Elopower afin d’aider les femmes à devenir indépendantes financièrement en créant son activité, tout en conservant du temps pour ses enfants. Je me suis lancée dans le marketing de réseau. Pour moi c’est le modèle du futur : avec cette période particulière que nous vivons actuellement, le modèle du salariat s’est érodé et je crois plus à un système de freelance. Avec Elopower je propose une passerelle entre le salariat et l’entrepreneuriat. Créer un produit prend un temps de dingue, et je ne parle pas de la livraison, etc.. Je l’ai bien vécu avec Elobags ! L’idée est de promouvoir un produit super qualitatif, mais sans le gérer de A à Z, et apporter la solution à un client, simplement en en parlant autour de nous. Je suis coach dans cette transition , j’aide les femmes à travailler leur mindset, à évacuer les croyances limitantes, à avoir confiance en elles. Je veux dire aux femmes qu’il y a vraiment une autre réalité possible : on n’a pas à choisir entre ses enfants et son activité pro.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ? Je lis actuellement « Je veux tout », de Natalie Rozborski. Ce livre est le guide pratique de toutes les femmes qui cherchent un bonheur quotidien. Réussir sa vie, s’épanouir, arriver à tout concilier sans rien sacrifier et en premier lieu: faire attention à soi.
[Leadership] Start-up
[LEADER] START-UP
by Pascale Caron
PORTRAIT DE FEMME, INTERVIEW DE YARA KHALIFE
Yara Khalife fondatrice et CEO d’Instoryz est arrivée sur la Côte D’Azur en janvier 2020, auparavant, elle a vécu au Liban, à Dubai, en France et aux États-Unis. Durant les 13 dernières années au Liban, elle dirigeait l’entreprise familiale qui représente une société américaine spécialisée dans la conception d’espaces de travail et de bien-être. Elle était aussi responsable du programme de mentorat de la « Blessing Foundation » qui met en relation des entrepreneuses avec des femmes qui ont eu une excellente carrière dans le monde des affaires. Yara a contribué à l’organisation de plusieurs événements sur le thème de « Women Empowerment » ou encore « Unlocking Human Potential » . Elle fait partie de mon Liban d’azur, active au pôle événementiel dont le but est de rapprocher la Côte d’Azur et Le Liban.
Yara est diplômée de HEC Paris et de UCLA à Los Angeles où elle a eu son Master en « Media and Entertainment Management ». Elle a aussi un certificat en « Design Thinking and Innovation » de MIT et un certificat en « Artist Management » de chez Berklee College of Music. Elle est représentante d’entreprises européennes et américaines au Moyen-Orient. Elle parle 5 langues : Français, Anglais, Arabe, Espagnol, Italien.
Quel CV impressionnant Yara, qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l‘entrepreneuriat ?
J’ai toujours baigné dans une atmosphère entrepreneuriale depuis mon plus jeune âge : mon père est entrepreneur. J’ai eu la chance de rejoindre la société familiale pendant 13 ans, de toucher à tous les métiers de l’entreprise et de diriger des équipes. Je suis convaincue que dans la vie il faut faire ce que l’on a envie de faire et vivre sa passion. Pour moi l’entrepreneuriat a été une façon de transformer ma passion en travail : c’est un chemin que je devais prendre et je me suis lancée afin de me laisser la liberté de créer.
Quel a été le déclencheur pour créer ton entreprise en France ?
La France a toujours eu une relation très spéciale avec le Liban. J’ai eu la chance d’étudier à HEC Paris et j’ai gardé des relations très étroites avec les alumnis. Pour moi, la France était un choix naturel.
Mon mari a créé une startup dans la Fintech et nous avons décidé tous les 2 de postuler à des Programmes French Tech. Son entreprise a été sélectionnée pour un programme d’accompagnement French Tech de 10j à San Francisco, dans la Silicon Valley, et j’ai eu la chance d’y participer: une superbe expérience !
D’où t’es venue l’idée d’Instoryz ?
J’ai toujours été fascinée par les différentes cultures : chacune apporte sa spécificité : j’accorde une grande valeur dans la diversité. J’avais envie de créer un pont entre ces différentes cultures et les entreprises françaises qui ont parfois peur de l’international, car ils ne parlent pas la langue, qu’ils ne connaissent pas la culture, que c’est chronophage ou que c’est coûteux.
Le but d’Instoryz est d’accompagner les marques françaises qui veulent s’implanter au Moyen-Orient, à travers une plateforme innovante associée au marketing d’influence, pour tester l’attractivité du marché, analyser les tendances des consommateurs finaux et définir une stratégie d’accès.
Je suis partie du constat que 70% des entreprises exportatrices abandonnent au bout d’un an. D’après la BPI, ceci est dû au manque d’adaptation aux spécificités du pays ciblé. Mes clients sont des entreprises: PME et ETI, B2C ciblant les Gen Y et/ou Z dans les domaines de la mode, la beauté, et la déco qui veulent s’implanter au Moyen-Orient.
As-tu été accompagnée pour la création ?
Je suis actuellement un programme d’accompagnement par la French Tech Côte D’Azur et les Premières Sud. J’ai d’abord été prise dans la programme prepa et depuis le 1er février j’ai été sélectionnée dans la phase incubation.
Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?
Je n’ai pas de personnes spécifiques chaque personne qui poursuit ses rêves et qui a démontré que l’on peut faire ce que l’on veut et réussir sa passion avec de la confiance en soi tout en ayant un impact positif dans ce monde, m’inspire . Pour moi ma devise est “sky is the limit”.
Aurais-tu un livre à nous conseiller ?
2 livres « Nudge » de Thaler & Sunstein et « Predictably Irrational » de Dan Ariely ne me quittent pas.
J’ai découvert la “Behavioral psychology” dans un cours à UCLA aux USAs qui s’appelait “Thinking on your feet”. Le but c’est de penser différemment pour les prises de décision et dans la résolution des problèmes. Cela m’a permis de développer une certaine aisance dans la résolution des problèmes. Peut-être aussi, c’est parce que je suis Libanaise, on est un peuple résilient.
Aurais-tu des conseils pour penser différemment ? Out of the box ? :
C’est plus un petit exercice qu’un conseil, que j’ai appris durant l’un des ateliers de Thinking outside the box et qui consiste à choisir deux mots qui n’ont rien avoir les uns avec les autres et de penser à une création de produit pour les deux. Cet exercice développe la créativité et je le fais maintenant sans m’en rendre compte : je l’applique dans ma vie de tous les jours pour résoudre les problèmes : je ne laisse jamais tomber. Instoryz est né des 2 extrêmes que sont le marketing d’influence et l’étude de marché : j’ai mixé les 2 pour avoir un retour du terrain via les influenceurs en utilisant les réseaux sociaux.
Alors, sky is the limit!



































