[RSE] Cosmétique

[RSE] Cosmétique

Interview de Candice Colin, CEO et co-fondatrice de BEAUTYLITIC (LITICA) et de OFFICINEA. By Pascale Caron

Candice possède un diplôme de l’institut d’Études Politiques (IEP) de Grenoble. Après une première partie de carrière pendant près de 10 ans dans de grands groupes financiers internationaux, elle s’installe en 2005 en Russie ou elle créé sa première entreprise. À son retour en France, elle crée un laboratoire cosmétique qui sera aussi à l’origine de l’appli CLEAN BEAUTY, la première appli de décryptage des cosmétiques lancée en France. En 2018, elle crée LITICA LABS, un société tech à l’origine de BEAUTYLITIC. C’est la première plateforme Saas BtoB d’analyse des cosmétiques à destination des retailers, e-commerce, marques, fonds d’investissement. Elle vient d’être récompensée par le Prix d’excellence de la beauté connectée par le magazine MARIE CLAIRE.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

J’ai fait une première partie de carrière à Paris dans de grands groupes, principalement en relations investisseurs et en conduite du changement. J’ai aussi fait partie des premiers responsables RSE en France. Je n’avais jamais songé me lancer dans l’entrepreneuriat. C’est la vie qui en a voulu autrement.

En 2005, j’ai dû m’installer en famille à Moscou alors que ce n’était pas vraiment mon choix. J’avais déjà un enfant et j’étais enceinte du 2e. Je savais qu’une expatriation de ce type était peu compatible avec la poursuite de ma vie professionnelle et je voulais plus que tout continuer à travailler. J’éprouvais une urgence de rebondir. Maitriser la langue était devenu obsessionnel, je l’ai appris à marche forcée. Les premiers mois furent très difficiles. Mais au début des années 2000, la Russie était économiquement hallucinante, le pays semblait effervescent, je crois que ça m’a portée. Petit à petit, j’ai commencé à voir les choses sous un autre angle et j’ai commencé à envisager de créer une société. Totalement inconsciente, j’ai alors approché MAGIMIX qui a miraculeusement accepté de me confier sa distribution en CEI. C’était parti.

Qu’as-tu appris lors de cette expérience ?

Ce fut finalement une aventure hors norme et indéniablement cela reste la plus grande aventure de ma vie. J’ai pu pleinement expérimenter le terme « sortir de sa zone de confort », ça fait bateau, mais c’est très vrai. J’ai fait des choses que je n’aurais jamais imaginé faire et j’ai bien compris cette maxime « il faut parfois prendre un gros risque pour aller bien au-delà ». Cette expérience a été un révélateur de moi-même.

Mais nous avons du rentrer… Nous avons choisi de nous installer à Grasse dans notre maison de vacances. Continuer de gérer ma société de France était très compliqué d’autant qu’il a fallu compter avec un imprévu familial.

En effet à cette époque mon fils ainé Noah, a été diagnostiqué avec des troubles cognitifs très sévères : multi dys et hyper actif. S’il a eu une scolarité compliquée dans le primaire, son entrée au collège a été un « game changer » et il aura 18 ans dans un mois. Le sport et la compétition de snowboard au club « Back to back » d’Isola 2000, l’ont également beaucoup aidé.

 Comment est née l’application CLEAN BEAUTY ?

La question d’une exposition aux perturbateurs endocriniens s’est peu à peu posée pour tenter d’expliquer les troubles de Noah puisqu’il n’y avait aucun antécédent familial. Je me suis alors intéressée de plus près à « cette soupe chimique » dans laquelle on était tous baignés, sans le savoir. C’est alors que je me posais beaucoup de questions, que j’ai rencontré l’une de mes associées, docteur en pharmacie industrielle, qui avait commencé à développer des soins ultra-clean. Notre société est née de notre rencontre.

Nous sommes parties du constat que tous les jours, une femme s’applique sur la peau plus de 200 ingrédients d’origine chimiques. Nous avons commencé par concevoir une marque de cosmétiques qui évacuait tous les composants controversés et nous avons choisi de la distribuer par la vente directe. Grâce à nos conseillères de vente, nous étions directement en prise avec le terrain. Nous nous sommes rapidement rendu compte que le questionnement sur les ingrédients était très fort.

C’est à ce moment que l’histoire de la société a basculé. Je me répète souvent, « rien ne se passera comme tu le penses ». Pour répondre à ces questionnements, nous avons décidé de lancer CLEAN BEAUTY une application B2C de décryptage des cosmétiques comme un « side project », pour répondre au besoin de nos clientes. Nous nous sommes lancés en même temps que YUKA (16M d’utilisateurs) et nous avons cartonné. Sans budget, sans marketing, mais avec une attente très forte nous avons recueilli rapidement 1M d’utilisateurs. Je devenais alors la créatrice de CLEAN Beauty et plus la CEO d’OFFICINEA !

Mais l’aventure ne s’arrête pas là : l’industrie de la beauté a commencé à nous contacter. Tout d’abord Guerlain, pour participer à leur comité d’éthique. Quelques mois après, Auchan, car ils s’interrogeaient sur leur démarche RSE et cherchaient une solution pour analyser leurs produits sur de très grands volumes : c’est comme cela que BEAUTYLITIC est née. Grâce à l’alliance de la science et de la tech, BEAUTYLITIC est le premier logiciel dans le cloud d’évaluation et de. Data analytics de la composition des cosmétiques à destination de l’industrie pour répondre aux grands enjeux de durabilité, devenus aujourd’hui des enjeux conso clés. La tech est un levier beaucoup plus fort que les produits, nous avons fait le choix de nous concentrer sur cette activité.

Bravo, pour ce parcours incroyable ! Quels sont tes prochains challenges ?

L’international est dans notre ligne de mire : nous avons conçu notre plateforme directement pour cela. Aux USA il n’y a pas de réglementation : en Europe on a 1300 ingrédients interdits ce qui est plutôt rassurant, contre seulement 30 aux USA. L’inquiétude sur les cosmétiques est mondiale, la nécessité de transformer l’offre aussi. Sur certains marchés, Clean Beauty peut nous servir de poisson-pilote. Nous avons pu évaluer le marché lors du CES, Las Vegas, 2019 et établi des contacts. Nous avons fait également une mission avec Rising Sud (le pôle eco région sud) en Californie.

Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?

Pendant le 1er confinement, tout s’est arrêté, pour une société qui a 2 ans c’est flippant. Mais la santé est une valeur cardinale en beauté, tout est reparti en juin. La crise du COVID accélère aussi les prises de conscience, entraine des changements de consommation et la nécessité de plus en plus pressante de transformer l’offre. Au final, le contexte actuel est un accélérateur.

 Quel a été le rôle d’InnovaGrasse, l’accompagnateur de startup dans ton développement ?

InnovaGrasse a été déterminante. C’est un écosystème entrepreneurial et scientifique génial. Elle héberge un laboratoire de la fac de Chimie de Nice Sophie Antipolis. Nous avons eu accès à des équipements incroyables qui nous ont permis de conduire nos recherches.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Les entrepreneurs en général sont une source d’inspiration. Je n’avais pas cette vision quand j’étais salariée ni en sortant de Science Po Grenoble. Je suis admirative de ceux que se lancent, car c’est une course d’obstacles permanente.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Le réchauffement climatique et l’intelligence artificielle sont pour moi les deux plus grands enjeux auxquelles l’humanité a eu faire face. Je ne peux donc que recommander la lecture d’un livre passionnant sur l’IA « IA La plus Grande Mutation de l’histoire » de Kai-Fu Lee.
Ce Taiwanais raconte comment l’IA bouleverser la planète. Il explique comment la Chine utilise « le pétrole du 21e siècle », c’est-à-dire les données générées par ses centaines de millions d’utilisateurs. Grâce à une nouvelle génération d’entrepreneurs et à une course à l’innovation encouragée par les pouvoirs publics, la Chine invente un monde où l’intelligence artificielle se déploie dans toute la société, les restaurants, les hôpitaux, les salles de classe ou les laboratoires. Kai-Fu Lee nous donne sa vision des choses, mais elle vertigineuse et doit appeler à une plus grande prise de conscience sur les impacts sociaux, économiques et géopolitiques de l’IA.

Dans un autre registre sur le monde des start-ups, « Bad Blood » de John Carreyrou est incroyable. L’histoire hallucinante de la montée et de l’effondrement de Theranos, la biotech de plusieurs milliards de dollars fondée par Elizabeth Holmes.

En 2014, la fondatrice et PDG de Theranos, Elizabeth Holmes, était considérée comme le « Steve Jobs » féminin, dont la start-up promettait de révolutionner l’industrie médicale avec une machine qui rendrait les tests sanguins beaucoup plus rapides et plus faciles. Soutenue par des investisseurs tels que Larry Ellison et Tim Draper, Theranos a vendu des actions lors d’une levée de fonds qui valorisait la société à plus de 9 milliards de dollars, portant la valeur de Holmes à environ 4,7 milliards de dollars. Il y avait juste un problème : la technologie ne fonctionnait pas. C’est un livre passionnant qui se lit comme un thriller.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Oui, elle me correspond bien et elle s’adresse également à mes clients : « Ce n’est pas la plus forte des espèces qui survit, ni la plus intelligente, mais celle qui réagit le mieux au changement. » — Charles Darwin.


[Art] Bleue

[Art] Bleue

Entretien avec Sabine Geraudie par Patricia Cressot

Sabine Géraudie, est l’auteur de « la chaise de SAB »  sur la Promenade des Anglais, au 107 Quai des Etats-Unis, au niveau du Jardin Albert 1er.

Sab est une artiste complète, peintre et plasticienne, solidaire et ancrée dans un monde malgré un contexte qui nous échappe. Entretien avec une femme comme on les admire.

Nous connaissons tous la « chaise bleue » de SAB à Nice, mais nous aimerions en savoir un peu plus, sur vous, Sabine Geraudie, l’artiste.

Je suis avant tout une autodidacte. J’ai commencé par la peinture à l’huile en faisant des répliques de grands maîtres et j’ai peu à peu développé ma technique pour la mettre au service de la création. Mon inspiration vient de la nature, en grands formats, dans un esprit toujours macrophotographique. La peinture à l’huile est restée une véritable passion pour moi. J’ai commencé par peindre des végétaux, puis les galets m’ont inspirée. À Nice ils sont gris du côté de l’Italie, ils sont plus colorés , façonnés par le ressac, limés par le bord de mer. Ils sont une jolie source d’inspiration.

Un jour, à la suite d’une commande, un client  me demande une œuvre qui doit représenter « le bonheur et la difficulté d’y accéder » et d’ajouter : « Je tiens à ce qu’il y ai une touche Niçoise ».  Je crée alors un corps asexué, qui se dresse sur des chaises bleues en quinconce et qui essaie d’attraper le soleil.  Soleil, symbole de lumière, de chaleur, d’aura, de réussite, d’or.  De cette commande est née cette œuvre , la chaise en 2D inspirée des anciennes et des nouvelles chaises mobilier qui jonchent la Promenade des Anglais .

Ce fut le début d’une belle histoire qui m’a portée vers la lumière.

Mais je suis avant tout une plasticienne et une touche à tout qui aime essayer différentes formes et matières. Je façonne les maquettes avant de mettre en forme un projet ou une commande.

Pour moi, être artiste c’est le plus beau métier du monde, car j’ai le pouvoir de tout revisiter. Je regarde encore le monde avec mes yeux d’enfant, il m’émerveille. 

 Des sculptures aux tableaux, vous diversifiez votre travail…

Je suis une véritable boulimique qui aime essayer des projets différents sans se mettre de barrières. Si j’avais une baguette magique, j’adorerais être Léonard de Vinci, soyons fous, pour toucher à tout, sans limites.

Quel a été l’impact de la covid sur votre travail et comment voyez-vous l’après-covid ?

En dehors de l’aspect terrible de la covid et de ses conséquences, j’ai pris cette période comme une opportunité. Pendant le confinement, le temps était suspendu. Ce fut un moment idéal pour me poser les bonnes questions et réfléchir à ce que je souhaitais changer dans mon travail. J’ai pu mettre à plat le côté juridique, les prix, les contrats et les certificats de confidentialité. Je me suis imposée une rigueur qui n’est pas très habituelle pour moi en tant qu’Artiste. Tout ce travail m’a permis de gagner encore plus de temps pour le consacrer à la création.

Puis, j’ai cherché à aider la communauté, à mon humble niveau. Un témoignage de médecin à la radio m’a fait prendre conscience que le corps médical se trouvait dans une sorte de tiers monde et manquait de moyens. J’ai trouvé cela inconcevable, dans une société aussi développée que la nôtre. J’ai alors décidé de mettre en place une campagne et de vendre des masques à un prix raisonnable en faveur du CHU de Nice. En un mois et demi, j’ai pu récolter 4 500 EUR. Je suis heureuse d’avoir pu me sentir utile.

Sensible à la cause des femmes, quel serait votre souhait pour rendre le monde plus égalitaire ?

Pour moi, la complémentarité entre les femmes et les hommes permet la diversité terrestre. Je souhaite juste que la femme soit plus considérée au 21e siècle. Que l’on considère qu’elle est indispensable avec ses multiples activités de femme active, de mère et de chef d’orchestre du foyer. Elle est trop souvent réduite à sa condition sexuée. Mais je suis contre un affrontement hommes/femmes. Cette diversité doit être une force et nous devons regarder au-delà de notre enveloppe humaine.

Quels sont vos prochains projets ?

Je voudrais grandir avant de vieillir. Faire, défaire, refaire et perdre moins de temps. Comme me l’a dit Pascal Coste : « on a le droit de se tromper plein de fois, mais on a pas le droit de commettre deux fois la même erreur ».

Vous êtes très impliquée, et solidaire avec le monde associatif et humanitaire. Qu’est-ce qui vous tient à cœur en ce moment ?

La cause No1, c’est celle des enfants. Leurs souffrances me sont intolérables : leur vie sera conditionnée dès leur plus jeune âge. Nous devrions agir à la racine et s’inspirer de la philosophie asiatique : on devrait faire « de la médecine préventive » au lieu d’agir après, en réparation ; cette façon d’appréhender la vie me plait.

Je suis sensible à la cause des personnes fragiles en général. Quand j’étais enfant dans les Vosges, la mort faisait partie de la vie. De nos jours, on nous parle de la mort comme une maladie honteuse que l’on cache, alors que c’est la nature. Pour de multiples raisons, la vieillesse, la maladie n’ont plus de place dans la société actuelle. On parque les personnes âgées comme des objets, alors qu’elles ont beaucoup à transmettre. On s’efforce de cacher notre vieillesse, nos rides, nos défauts. On devient égocentrique, les réseaux sociaux aggravent ce phénomène, on s’éloigne de la vie humaine.

Où est la solidarité ? Ne devrions-nous pas être plus unis et faire des choses ensemble, oser demander de l’aide pour une génération plus heureuse. Ce qui nous manque c’est une structure et la notion de famille. Il faut peut-être repenser le parcours scolaire. Avant, un enfant allait à l’école et s’il suivait un circuit court avec un brevet professionnel, il rentrait dans la vie active tôt et était fier de devenir un bon ébéniste, un bon boulanger… On est passé  à un système normalisé où tous les enfants doivent faire des études. Tous ceux qui n’y arrivent pas sont considérés comme des cancres. Mais si on leur montrait simplement, sans viser le sommet de la montagne, que l’on peut être curieux, s’éveiller à des métiers manuels ou artistiques, ils pourraient cultiver l’art d’être heureux.

Je suis convaincue que l’Art peut les aider à trouver leur voie et susciter des vocations ou des envies. Nous devons éveiller la curiosité chez l’enfant : ne serait-ce, que la rencontre avec un seul tableau peut stimuler son imaginaire. L’école doit jouer un rôle, mais c’est aussi la responsabilité des parents de prendre du temps avec leurs enfants.

En conclusion je dirai qu’il faut prendre le temps d’avoir du temps.

Retrouvez Sab sur:

Site web http://sab-nice.fr

Facebook https://www.facebook.com/sabinegeraudie/

Instagram @sabpainter


[Lieu] Bien-vivre

[Lieu] Bien-vivre

Interview de Charlotte Walhain-Vibert, fondatrice de « La Parenthèse ».

By Pascale Caron

Charlotte a été notamment responsable des relations presse France et International LVMH pour la marque Tag Heuer, et ensuite directrice de la communication digitale et presse chez L’Oréal pendant 12 ans. Après 20 ans passés en entreprise, elle décide avec sa famille de quitter Paris, changer de vie, et venir s’installer à Nice. En janvier 2020, elle inaugure « La Parenthèse » : un lieu de vie dédié au bien-être et au sport. Elle le conçoit sur le concept : du « Bien bouger, bien manger, bien être et bien vivre ».

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

L’événement déclencheur a été un burn-out. J’ai dû repenser entièrement mon mode de vie et j’ai eu l’idée de créer un tiers lieu dédié au bien-être et au sport, 7 mois après.

J’ai commencé par faire une formation de professeur de yoga en accéléré, pour avoir de la crédibilité dans le domaine. J’ai beaucoup appris et cette formation m’a enrichie spirituellement. Le yoga m’a permis de stopper les fluctuations du mental, de me réaligner avec moi-même et de me recentrer sur l’instant présent. J’ai pu comprendre le vrai sens de cette phrase.

Ce lieu que j’imaginais tournait sur le thème du bien-être, mais aussi sur les valeurs du lien et de la transmission, en réunissant toutes les activités qui m’ont aidée à surmonter ce burn-out. Cela passe par le yoga bien sûr, mais aussi la boxe qui m’a libérée de toutes mes énergies négatives. La sophrologie a été fondamentale, car elle m’a fait prendre conscience que je ne respirais plus et que je vivais totalement en apnée. J’ai également voulu développer des ateliers destinés aux parents et à leurs enfants. Durant cette période sombre, je m’étais coupée de ma famille et j’ai voulu recréer un lien de qualité. Avec nos vies actives, c’est important de garder des « parenthèses », ces moments de « lien » en famille.

Comment est née « La Parenthèse » ?

 Les rencontres sont venues naturellement à moi et je me suis entourée de professionnels du « bien bouger, bien manger, bien être » afin d’ouvrir ce lieu magique.

Pour créer un cocon végétal à deux pas de la « promenade des Anglais », je cherchais un architecte et je l’ai rencontré par un heureux hasard. On a eu tout de suite une vraie connexion entre nous. C’est l’architecte DPLG, Jessica Eisenfeld-Zakine qui a relevé le défi et m’a permis de sortir cet endroit de sa chrysalide à la date promise. Elle a créé un endroit apaisant pour le mental, une oasis de fraicheur : on y lâche ses valises. C’est un tiers lieu, entre chez soi et le bureau, un lieu de vie. On peut venir y travailler également autour d’un café et certains étudiants avaient commencé à s’approprier l’endroit. L’expérience est à haute valeur ajoutée tout en proposant des tarifs abordables.

Pourquoi ce nom ?

 En bonne marketeuse, j’ai fait une étude de marché et un focus group. Je ne réalise que maintenant que j’ai utilisé toutes mes compétences accumulées au fil des années. J’ai constitué un panel de niçoises de 30 à 65 ans. Finalement, c’est la rue du Congres à proximité de la mer, qui a fait l’unanimité : avec le parking très pratique, sa localisation à la lisière du Carré d’or, mais quand même à l’écart de l’effervescence de la ville. Elles ont voté pour « La Parenthèse », qui évoque : s’accorder un temps pour soi et mettre sa journée entre parenthèses.

 Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?

 Nous avons ouvert le 20 janvier 2020 : je savais que l’entrepreneuriat était un chemin truffé d’embuches, mais le COVID, c’est d’une violence extrême pour une société si jeune. Je n’ai pu avoir que 56 jours d’activité avant mars 2020. Le fonds de solidarité est distribué sur la base de janvier et février 2020 : la référence n’était pas suffisante pour bénéficier des aides du gouvernement. Je me suis donc battue pour trouver des solutions afin de ne pas mourir.

Lors du 1er confinement, nous n’avons pas arrêté et avons gardé le lien avec nos clients. Nous en avons recruté d’autres en postant 2 fois par jour. J’ai créé une chaine YouTube de cours en ligne. Nous avons offert tout le savoir-faire de « La Parenthèse » gratuitement. Les périodes de confinement suivantes ont été plus dures. On se raccroche à des « quick wins », car certains peuvent venir faire du Yoga sur prescription médicale. Seuls 25 % d’entre eux sont revenus et nous continuons à recruter 2 clients par semaine. Mais bien sûr, le restaurant est fermé.

 Quels sont tes prochains challenges ?

 Mon challenge est de gagner en notoriété : nous avons 700 clients dans notre base de données, avec 300 clients réguliers. Nous avons l’ambition de devenir le lieu de référence sur le bien être à Nice. Pourquoi pas ensuite ouvrir d’autres lieux avec mes sœurs à Aix-en-Provence ou Bordeaux ? Nous voulons également nous rapprocher des grandes Sociétés de la région qui prônent le bien-être au travail et proposer des packages pour leurs employés.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

 Plutôt qu’une personne c’est surtout une citation qui m’a inspirée tout au long de la création de « La Parenthèse ». Elle vient de Walt Disney : « Entre un rêve et un projet, la différence c’est une date ». J’avais fixé la date d’ouverture de mon projet et nous avons ouvert le jour dit.

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

 Je lis beaucoup, c’est mon moment de détente et d’évasion pour moi. Je conseillerais « Seven sisters » de Lucinda Righley. C’est l’histoire de 7 sœurs en 7 tomes. Nous sommes 3 sœurs et j’ai 2 filles, cette histoire me parle beaucoup.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

J’ai une devise qui vient de Dora l’exploratrice ! « N’abandonne jamais ». J’ai inculqué ce mantra à mes 2 filles. Quoi qu’il en coûte, on se doit d’aller jusqu’au bout, et c’est bien mon intention.


[Blue] Yatching

[Blue] Yachting

Entretien avec Claire Ferandier-Sicard par Sabina Aliyeva de Rosemont pour Sowl Initiative

Claire est dans le monde du yachting depuis plus de 7 ans et elle travaille en tant que Chief Stewardess sur différents yachts. Il y a quelques années suite à un concours JCE qu’elle gagne, elle décide de créer sa société, ETYC. Elle accompagne et forme à Monaco les equipages des yachts aux gestes « Blue ». Elle travaille en partenariat avec la mission énergétique de Monaco et développe de nombreux projets.

 Comment vous est venue cette idée ?

J’ai grandi en Guadeloupe et lorsque je venais en Métropole, vers Bordeaux, je ne me rendais pas compte de l’état de la Méditerranée. J’ai pu constater le niveau de la pollution plus tard en voguant avec les yachts et le premier déclic a été lors d’une traversée pour aller en Grèce.   Je décide alors de noter dans le livre que j’étais en train de lire, les déchets que je voyais dans l’eau tout au long de la croisière. Puis d’autres moments m’ont tout autant surpris : un jour je remplaçais une Stewardesse sur un autre yacht que celui dont j’ai l’habitude et je remarque qu’ils utilisent encore des gobelets en plastique pour le café. Ils ne se rendaient pas compte que c’est un risque de pollution . Sachant qu’un bateau ça bouge, il y a souvent du vent, ces gobelets pourraient tomber dans l’eau par inadvertance, de même pour une bouteille d’eau en plastique.  Or les études pointent des conséquences directes sur l’environnement des yachts.

J’ai donc décidé d’agir. J’ai commencé par faire des recherches sur les formations qui existaient pour les équipages, et s’il y en avait sur les bonnes pratiques à bord en matière d’écologie. Comme cela n’existait pas j’ai décidé de le créé. Je me suis d’abord formée à la norme ISO14001 qui est la plus accessible puis je me suis inspirée du Système de management environnementale pour en créer un spécialement adaptable à l’environnement instable qu’est un yacht. J’ai donc créé un « Système de Management Environnemental ETYC » très facile à mettre en place et adaptable à chaque département du bateau.

Comment avez-vous pu convaincre les propriétaires ? Sont-ils réfractaires ?

Au contraire, il y a plusieurs aspects que nous mettons en avant. D’abord, nos solutions permettent de réduire les coûts à long terme pour les armateurs, ensuite, nous leur faisons également gagner de l’espace à bord car il y a moins de stockage à faire, et enfin le service pour l’armateur reste haut de gamme, et nous leur offrons une nouvelle expérience.  D’un autre côté, l’équipage aussi y gagne notamment du temps, car moins d’achats engendre moins de temps pour aller faire les course, pour les ranger et les stocker. L’avantage que nous avons, est que la nécessité de protéger les océans n’est plus à prouver. Nous savons tous que nous devons changer, nous n’avons pas besoins de les convaincre sur ce sujet. Nous devons simplement leur expliquer que les changements que nous apprenons à l’équipage ne rendra pas le service mauvais ou leur bateau low-cost, bien au contraire. Le luxe green ça existe et nous le prouvons.

Pourquoi personne n’y a pensé avant ?

Mettre en place de nouveau process prend du temps, du moins au départ. Le plus gros travail est celui de recherche, comment remplacer ça ou ça, trouver des solutions. La première réflexion qui se fait à bord est celle-ci « j’aimerais changer ma façon de travailler mais je ne sais pas par quoi commencer ». Nous leur apportons des solutions non seulement concrètes en terme de matériel et technologie mais également en terme d’actions et de réflexions.  Sur le moment, ils n’y pensent pas car ils sont dans le « rush » des priorités, des travaux maintenance du bateau, etc et donc vont vers la facilité, la routine de travail.

Néanmoins, ils comprennent vite le bénéfice, une fois que tout est mis en place, et bien évidemment l’impact positif sur l’environnement et sur la mer.

La plaisance va-t-elle de pair avec l’écologie ?

Il n’y a aucune raison que cela n’aille pas ensemble. Les yachts ne représentent qu’1% des bateaux  et ce ne sont pas les principaux polluants mais ce sont les principaux acteurs financiers de la mer pouvant créer des innovations technologiques impressionnantes et donner l’exemple aux plus petits bateaux. Les grands chantiers type Oceanco ou Lurssen mettent en place des nouveaux procédés, pour des bateaux moins polluant en co2, moins gourmands en énergie et ces installations devraient, selon moi, aller de pair avec le comportement de l’équipage. D’autres sociétés ont développé des initiatives dans ce sens tel que Yacht Carbon offset. Le concept aide l’industrie des super yachts à contrebalancer son impact environnemental : le calcul de CO2 émis par les yachts permet à compenser en développant des énergies non polluantes, c’est la compensation carbone. Dans le Yachting il y a une course à l’innovation et elle va dans le sens de la réduction de la pollution et de l’impact sur l’environnement.

Nous nous devons d’agir ensemble, d’associer la technologie aux comportements humains à bord.

Quel est la prochaine étape au-delà de la formation ?

Je crois en la certification et j’ai créé un PAVILLON ETYC permettant de certifier que le yacht audité respecte les mesures préconisées suite à la formation. De plus en plus de capitaines sont sensibles à cette démarche et nous sommes là pour les accompagner.

 

Retrouver Claire Ferandier-Sicard et son équipe ETYC www.etyc.fr


[Soft] Skills

[Soft] Skills

Entretien avec Solenne Bocquillon-Le Goaziou, fondatrice, et CEO de Soft Kids.

By Pascale Caron.

Solenne possède un master RH de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne 1. Elle a plus de 15 ans d’expérience dans les ressources humaines, dont 10 ans à l’international. Elle a démarré sa carrière dans les groupes français Printemps et Crédit Agricole avant d’entrer chez Shell en 2005. En 2013 elle a géré la stratégie RH d’une des entités de Shell de 15 000 collaborateurs à travers le monde. En février 2019, à la suite d’une restructuration, elle quitte Shell et intègre HEC Challenge+ à destination des créateurs de startups.

En avril 2020, l’application Soft Kids sort sur les stores, avec un premier programme pour cultiver la confiance en soi.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je pense que mon parcours professionnel y est pour beaucoup. Quand j’ai rejoint Shell, un groupe anglo-néerlandais, j’ai découvert une culture d’entreprise où les softs skills étaient plus importants que les diplômes. Généralement dans une grosse société française équivalente, tu rentres sur le classement de ton école et ta carrière est alors toute tracée. Dans cette société en revanche, on favorisait la pensée critique et ta progression pouvait être accélérée en fonction de ta personnalité. J’ai un passif dans les associations et j’ai œuvré pendant 3 ans au niveau national pour l’association « promotion et défense des étudiants ». Cela m’a permis de négocier directement avec les ministères dirigés par des personnalités comme F.Fillon, G.De Robien et L.Ferry et aussi d’être auditionnée au Sénat. Cette expérience m’a permis d’acquérir des softs skills qui ont été déterminants dans l’accélération de ma carrière chez Shell !

Je me suis sentie très à l’aise dans cette équipe internationale. Mes managers hollandais, américains et singapouriens ont laissé mes ailes se déployer et j’ai innové en créant par exemple le premier programme d’accompagnement de Startup chez Shell.

Mais l’envie d’entreprendre était la plus forte. Dans mon enfance mon père a été un exemple entrepreneurial, car il était dirigeant de société. J’ai toujours su depuis toute petite que je deviendrais dirigeante d’entreprise : mais je voulais avoir un impact sur la société, il me fallait une idée. Le déclic vient en 2017, quand on me confie une mission sur les compétences du futur et les métiers de demain. Je réalise que 85 % des professions de 2030 n’existent pas encore, et je prends conscience du fait que les compétences d’aujourd’hui ne sont pas suffisantes pour s’adapter au monde de demain. La solution, pour moi, se trouve dans les softs skills. C’est pour cela qu’en 2019, j’ai créé une application pour accompagner les enfants et leurs parents dans le développement des compétences douces. Mon but était de donner aux jeunes générations les armes afin d’appréhender le marché du travail du futur.

Qu’est-ce que t’a apporté le programme Challenge + de HEC ?

Il t’apporte une structure : tous les mois tu abordes un sujet différent et ton projet est passé au crible par les experts. En 9 mois cela permet de monter ta société. C’est très efficace et j’ai pu commercialiser en avril 2020 en commençant par un programme pour cultiver la confiance en soi en famille.

Comment vois-tu les métiers de demain, les bouleversements en cours, et l’impact sur les jeunes générations ?

Avec l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle, le monde du travail est en pleine mutation. On estime que 65 % des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école exerceront des métiers qui n’existent pas encore. On l’a bien vu avec la crise que nous vivons : la digitalisation des relations avec le télétravail nécessite un plus grand effort dans la collaboration, le rapport à l’autre afin de créer un esprit d’équipe.

Donc pour s’épanouir professionnellement, les nouvelles générations devront posséder des qualités humaines que sont les softs skills, ou compétences douces : comme la capacité à collaborer, l’esprit critique, la créativité, ou l’empathie. Malheureusement, le système éducatif actuel ne met pas en avant ces compétences et valorise à la place le par cœur, le mérite individuel ou l’idée qu’une seule bonne réponse est possible, selon le Rapport OCDE 2030.

J’ai vu que par ailleurs tu es très engagée, peux-tu nous parler de l’association Digital Ladies and Allies dont tu es la secrétaire générale ?

Comme je l’ai déjà dit, je me suis investie très tôt au niveau associatif. Je suis présidente de la crèche parentale de mes jumeaux, je collabore au sein de « The board network ». Son but est de nous entraider entre femmes à trouver des mandats d’administratrices. Digital Ladies and Allies est un « DO tank » dans lequel nous militons pour une meilleure représentativité des femmes dans les domaines technologiques et numériques. Nous avons édité un livre blanc avec 250 propositions concrètes pour accélérer la mixité dans la Tech. Au sein de notre association nous comptons notamment, Aurélie Jean, Docteur en IA qui publie régulièrement dans le point et qui a écrit « De l’autre côté de la Machine — Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes ». Nous avons identifié quatre sujets sur lesquels nous travaillons. Tout d’abord, l’éducation qui ne motive pas les filles vers les professions du numérique, ensuite un déficit de rôle modèle et l’apprentissage à tout moment de ta carrière. Nous devons aider les femmes à réaliser que l’on peut changer de métier au cours de sa vie et se former au codage à tout âge. Pour finir, le recrutement dans les sociétés doit favoriser la diversité dans la Tech.

 As-tu d’autres activités ?

Oui, j’ai développé une petite activité de Business Angel en investissant des tickets dans des entreprises qui me tiennent à cœur. Je suis notamment associée dans le Restaurant de Mory Sacko qui vient de décrocher une étoile, et dans Arquant, une startup de crypto. J’ai également investi et je figure parallèlement au comité stratégique de « Flint le robot ». C’est un outil qui mêle veille et intelligence artificielle et propose des articles de qualité, sélectionnés pour vous, tout en essayant de vous surprendre.

Quel a été l’impact de la crise du COVID pour Softkids ?

Le premier confinement a été pour ainsi dire, une opportunité. J’ai publié sur mon blog sur le thème du télétravail avec des enfants et l’un d’entre eux a été repris par Maddyness. Cela m’a permis de constituer ma communauté. Lors du lancement de l’application en avril 2020, j’ai eu beaucoup de traction. Je continue depuis les newsletters et pour le 3e confinement je propose certains des exercices gratuitement pour affronter cette période difficile.

 Quels sont tes prochains challenges ?

J’ai commencé à contacter les écoles et je me lance dans le B2B avec en établissement privé. Je développe avec eux un programme sur la diversité et l’inclusion : l’acceptation de l’autre permet de lutter contre le harcèlement scolaire.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Pendant ma période chez Shell, Sheryl Sandberg me fascinait : elle est l’actuelle directrice des opérations de Facebook et a écrit un livre « Lean in » que je recommande. Elle nous motive à enfoncer les portes et y aller ! J’aime ce genre de femmes comme Pauline Laigneau, Aurélie Jean qui saisissent les opportunités, font avancer les choses et les mettent à la portée de tous. Je suis également beaucoup les entrepreneures, je pense, à Céline Lazorthes de la plateforme Leetchi.

Certains hommes m’inspirent également, comme Christophe André, qui a popularisé la méditation : je la pratique depuis 2013 et j’ai commencé avec lui.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Dans mon domaine de prédilection : « How children succeed » de Paul Tough. C’est une compilation des recherches sur le succès des enfants, j’en recommande la lecture.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« À tout problème, une solution », c’est une phrase qui me fait prendre du recul.


[Art] Citoyen

[Art] Citoyen

Entretien avec Inès Baccouche, la fondatrice d’ArtforNess.

By Pascale Caron

Après un diplôme d’ingénieur à Grenoble INPG, elle a travaillé successivement chez ST Microelectronics, Infineo et Intel Labs. En 2017, Inès se lance dans un Master 2 de Skema, d’études entrepreneuriales. Elle crée ArtForNess, une galerie d’art en ligne pour ainsi faire le pont entre les deux rives de la Méditerranée. Son objectif principal est la promotion et la mise en valeur d’illustrateurs, de dessinateurs de bandes dessinées et designers d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Quand j’étais petite, je voulais être astrophysicienne : la magie de l’infiniment grand me fascinait, mais j’ai dû me confronter à la dure réalité du marché. Sur les conseils de ma mère, je me suis engagée dans une école de microélectronique. Après les classes prépatoires en Tunisie j’ai intégré l’INPG en France. L’étude de l’infiniment petit, des atomes et des électrons était tout aussi captivante. Pour pousser plus loin, j’ai également fait un master en nanotechnologies. Mon métier me plaisait, mais j’avais le syndrome de l’élève modèle : j’étais à la recherche d’une reconnaissance dans mon domaine et je pensais que mes qualités dans le travail suffiraient. Un de mes collègues m’a dit un jour « il faut que tu ries plus aux blagues du boss », des blagues misogynes et sexistes, non merci. Tout cela m’étouffait : je m’impliquais beaucoup, je sacrifiais ma famille, mais pourquoi ? J’étais à la recherche de sens, je n’apportais rien au monde, juste de nouvelles puces pour pouvoir facturer les téléphones plus chers. Mon fils cadet avait 2 ans et à l’époque présentait un retard de langage. Un matin, mon boss me fait venir et me « passe un savon » pour l’exemple alors que je n’avais rien fait. Dans la journée, la maitresse me convoque concernant mon fils cadet et ses problèmes scolaires.

S’en est trop, je décide de changer de métier. C’est difficile de prendre une telle décision, car tu laisses derrière toi une certaine aisance financière : mais je ne regrette rien, même si je dois l’admettre, c’était très dur la 1re année.

Comme je suis une bonne élève, je m’enrôle dans une formation d’entrepreneuriat à Skema et en parallèle je passe mon certificat de chef de projet PMI (Project Management Institute).

 

D’où t’est venue l’idée d’ArtforNess ?

 Je suis restée une enfant et j’ai un imaginaire très fort, je lis beaucoup de « fantasy ». Au départ, je voulais créer une maison d’édition autour des livres illustrés que j’affectionne tant, mais la complexité du métier m’a obligé à pivoter. Le monde des BD Comics est un art sous-estimé, mais c’est vraiment un art à part entière. Les gens sont prêts à mettre un argent fou pour acheter un croquis signé. J’ai commencé par des dessins et ensuite des artistes dans la peinture et le collage m’ont contactée.

En tant que personne j’aime l’art, et je n’ai pas pour autant fait des études pour cela. Pour moi, l’art véhiculait une image élitiste, inaccessible, chère. J’ai voulu casser ces codes, en montrant la richesse artistique et culturelle du Moyen-Orient. Je présente des artistes émergents à des prix abordables.

Quand j’ai démarré en septembre 2019, j’ai pu participer à 2 événements, mais la crise est passée par là. J’ai dû rebondir et me lancer dans une campagne Ulule de financement participatif. Le B2C n’est pas évident, le nerf de la guerre est la visibilité et cela coute très cher. Cette campagne de crowdfunding m’a beaucoup appris sur le planning, le storytelling, et m’a apporté un petit souffle financier.

Je n’oublie pas pour autant mon premier métier : marier l’ingénierie à l’art me tient à cœur. J’utilise mon esprit d’analyse et des outils inconnus du monde de l’art, c’est ma force. Il m’arrive encore d’avoir le syndrome de l’imposteur, mais ce qui me confirme dans ma certitude c’est la confiance que les autres ont en moi : les artistes et mon mentor qui est au Canada. Le doute est présent, mais je l’ai enfermé dans un placard à double tour !

Je me forme constamment, c’est mon côté ingénieur. SEO, réseaux sociaux, je suis à l’affut des formations en ligne. J’ai pu participer à un programme d’« Artist curation » organisé par le « Goethe’s institute », avec plusieurs pays du monde. Cette formation m’a permis de mettre le doigt dans l’engrenage de l’art classique.

As-tu été accompagnée pour la création ?

 J’ai démarré avec Initiative Terre d’Azur et je suis coachée depuis par les Premières Sud, elles me soutiennent beaucoup. Je suis passée aussi par Orange Femmes entrepreneures et bouge ta boite. Les premières m’ont permis de me rassurer. Je réfléchis beaucoup avant de m’engager et je ne me décide que quand j’ai tout analysé. Grâce à leur soutien, je prends de plus en plus confiance en moi et je me sens plus dans l’action.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je vais faire dans le classique : avec ses contradictions, ses forces et ses faiblesses, ma mère. Elle a sacrifié sa carrière pour nous élever, mais quand nous sommes partis, elle s’est lancée dans la vente à distance. Elle est rapidement devenue directrice commerciale pour la Tunisie. J’aime sa force de caractère, elle m’impressionne.

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

J’en choisirai 2, que je lis à mes enfants, sur les femmes artistes et scientifiques, écrits par Rachel Ignotofsky : je pense à « Women in art – 50 fearless creatives who inspired the world ». Je conseillerai aussi « Women in science – 50 Fearless Pioneers who Changed the World ».

 Aurais-tu une devise ou un mantra ?

J’en ai plusieurs : « you can fail but fail fast », « Keep it simple » et « better done than perfect » !


[Ville] Régénérative

[Ville] Régénérative

par Patricia Cressot

Entretien avec Diane Binder, fondatrice de REGENOPOLIS.

Anciennement directrice adjointe du Développement International chez SUEZ en charge de l’Afrique, membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique créé par le Président Macron, co-fondatrice et présidente d’Action Emploi Réfugiés, membre du conseil d’administration de Women in Africa, Young Global Leader du World Economic Forum.

 

  • Co-fondatrice de Regenopolis, vous êtes convaincue d’une nouvelle conception de la ville, comment êtes-vous arrivée à la naissance de ce projet ?

J’ai été directrice du développement en Afrique pour les différents métiers de SUEZ, dans la gestion de l’eau et du traitement des déchets, sillonnant le continent africain pendant 10 ans pour développer des projets avec les gouvernements et créer des alliances entre secteur public et secteur privé. Puis en 2019, je suis devenue Directrice des relations internationales du groupe dans l’objectif de créer « Suez Impact », afin de proposer de nouveaux business  modèles et de nouvelles modalités d’action : force a été de constater que ce n’était pas une priorité pour la direction générale.

 J’ai donc décidé de quitter le Groupe,  pour créer Regenopolis, initiative internationale et pan-africaine qui identifie, structure et finance des projets en lien avec ce que j’’apelle la « ville régénérative », pour contribuer au développement des villes de manière plus harmonieuse avec la nature, cassant ainsi les silos entre climat et biodiversité, développement urbain et développement rural,  innovations locales et projets internationaux de grande envergure. Regenopolis est né comme une réponse à une somme de constats que j’avais eu l’occasion de faire au travers de mes activités chez Suez et comme membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA).

1er constat : la manière dont les projets émergent font trop souvent fi des solutions locales portées par des entrepreneurs locaux – ils sont généralement à l’initiative des Etats, des bailleurs de fond internationaux, des grandes entreprises, au lieu de privilégier d’abord les écosystèmes locaux d’innovation. Ou alors les projets sont à l’initiative d’ONG ou de petites PME, qui n’ont pas les moyens de développer des projets à fort impact.

2ème constat :  des financements existent, publics comme privés, avec une attente forte d’impact et de rentabilité : des banques de développement, des fonds d’investissement, des fondations privées, des family office (surtout une nouvelle génération qui est plus sensible à la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation du capital naturel). Mais ils peinent à trouver des projets bancables, suffisamment matures pour attirer ces capitaux : le besoin de structuration et d’accompagnement est fort.

3ème constat : Enfin, le système de l’aide au développement qui s’appuie d’abord sur des consultants internationaux aux coûts exorbitants est à bout de souffle : c’est sans considérer d’’une part que l’expertise existe au niveau local, et d’autres part que de nombreux acteurs sont prêts à s’impliquer sous forme de mécénat de compétence pour aider des projets porteurs de sens.

 Le sens de notre démarche justement est de proposer du « reverse engineering » pour des projets de villes régénératives en Afrique, car :

–  l’aide au développement qui est un système à bout de souffle, nécessite de changer de prisme pour identifier, consolider, financer des solutions durables aux principaux défis des pays en développement – davantage de pragmatisme et d’humilité, davantage d’écoute de ceux qui, sur le terrain, connaissent les enjeux, les difficultés et les espoirs ;

– l’importance de ce qui se joue sur le continent africain, véritable laboratoire d’innovation et porteur de nombreuses leçons – le rapport au temps, le rapport à la nature, le rapport à l’autre – ; 

– la centralité des villes, qui sont le choix que nous faisons de faire société, et de développer nos civilisations; l’importance de cet enjeu particulièrement en Afrique où la population urbaine va doubler dans les 20 prochaines années, et où les villes peuvent encore être construites dans le respect de la nature qui les féconde. 

 L’idée de Regenopolis prend aussi racine dans la crise brutale que nous avons vécue depuis 2020. Ce monde qui soudain s’est mis à l’arrêt, les plus grandes démocraties ligotées par un insaisissable virus, les plus grandes économies mises à terre par un rappel que peut-être, l’hubris collectif nous a conduit à ne pas voir que l’économie ne pouvait croître sans fin, de cette manière-là, sur une planète aux ressources limitées, et à confondre croissance et progrès, développement des pays et bien-être des sociétés, fondé sur des principes d’inclusion et de justice sociale.

  • Quelle est la prochaine étape ?

Nous sommes en train de lancer les activités de nos hubs en Côte d’Ivoire, Sénégal, Maroc et Ethiopie ; nous avons récemment initié un programme dédié à la Grande Muraille Verte, pour identifier et structurer les projets mais aussi développer les chaînes de valeur agro-écologiques au Sahel ; nous accompagnons quelques « regen tech » sélectionnées pour les aider à développer des projets sur le continent africain ; nous travaillons dans la perspective des prochaines grandes échéances internationales – G7, Sommet Afrique-France, COP26, etc.

Nous sommes une start-up, et la prochaine étape est essentiellement de poursuivre l’opérationalisation de notre vision de manière très pragmatique, et de lever des fonds pour nous accompagner dans une démarche et un positionnement validés par de nombreux acteurs et partenaires !

Qu’Est ce qu’une ville régénérative ? Quelle différence avec le concept de ville durable ?

Une ville régénératrice est un développement urbain bâti sur une relation écologique et réparatrice avec les systèmes naturels dont la ville puise des ressources pour sa subsistance.

Elle  entretient une relation mutuellement bénéfique avec son arrière-pays environnant, non seulement en minimisant son impact environnemental, mais en améliorant et régénérant activement la capacité de production des écosystèmes dont elle dépend.

Une ville régénérative est aussi un contrat social qui permet à ses diverses communautés de vivre ensemble dans l’harmonie, le respect et la solidarité. Il est fondé sur le principe de la justice sociale et de l’égalité d’accès aux opportunités et aux services universels.

La ville régénérative va au-delà de la durabilité (résilience, inclusion, faibles émissions de CO2). Elle se pense comme en lien avec la nature environnante, où elle puise l’essentiel de ses ressources pour se nourrir, se loger, se déplacer, etc. Comment allier développement urbain et préservation de la nature et de la biodiversité ? Comment allier développement économique et sauvegarde de la planète et de

ses écosystèmes naturels ? Certains pays ont su le faire, comme le Costa Rica que j’ai eu la chance de découvrir l’année dernière : un PNB multiplié par 4 en 30 ans alors même que la surface de forêts doublait. 

Les villes sont un acteur central de cette régénération : elles représentent 40% du PNB mondial, et sont responsables de 30% de la perte de la biodiversité. Elles sont aussi un réservoir d’innovations pour des projets d’économie d’eau, d’économie circulaire,  d’énergies renouvelables, etc.

  • Charte et certification, un engagement des villes ?

Nous travaillons en effet sur un projet de charte des villes régénératives qui s’engagent : cela permet non seulement de catalyser un mouvement, en Afrique et au-delà, des villes régénératives, mais aussi de proposer à ces villes, par-delà l’alternance politique, de les aider à identifier des projets les aidant à atteindre leurs engagements en matière de climat, de biodiversité, de parité notamment.  

  • Vous êtes impliquée dans le projet de la Grande muraille verte à travers le CPA et Regenopolis, un projet ambitieux en Afrique…

La Grande Muraille Verte est un projet porté par l’Union Africaine, né il y a une quinzaine d’années, avec pour objectif de lutter contre la désertification au Sahel. C’est un semi-échec,  puisqu’il ne suffit pas de planter des arbres, mais de susciter l’intérêt des communautés locales en leur permettant de nouveaux moyens de subsistance grâce aux produits qu’il est possible de valoriser : baobab, café, karité, moringa, dattier du désert, etc. Il faut donc développer ces chaînes de valeur agro-écologiques. C’est le sens de l’engagement pris par la communauté internationale lors du One Planet Summit organisé par. Le Président de la République en janvier 2021, en mobilisant 14 milliards de dollars sur la GMV. Mais comment s’assurer que ces financements puissent bénéficier aux PME locales, qui transforment, et les coopératives – souvent de femmes – qui produisent ? Eux ont besoin de petits montants, alors que les bailleurs ne savent pas financer de petits projets. Là encore, nous pouvons aider à identifier et structurer des projets pour leur passage à l’échelle.

Le CPA, à la demande du Président Macron, continue à faciliter la mise en œuvre des engagements pris, notamment dans la perspective du Nouveau Sommet Afrique-France qui se tiendra en juillet à Montpellier.

 Vous êtes membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique, dites-nous en quelques mots

Nous sommes une dizaine de personnalités issues de la société civile, qui travaillons avec l’Afrique ou les diasporas africaines en France. Notre rôle est de mettre en œuvre les engagements pris par le Président de la République, Emmanuel Macron, à l’université de Ouagadougou au Burkina Faso le 28 novembre 2017, présentant les axes de la relation qu’il veut fonder entre la France et le continent africain. Pour ma part, j’y porte depuis 3 ans et demi les thématiques en lien avec le développement du secteur privé, l’entrepreunariat, la ville durable et plus récemment la biodiversité – autant de sujets qui à mon sens sont essentiels pour les jeunes africains, et donc  sur lesquels nous pouvons, peut-être, apporter notre contribution.

  • Vous êtes membre des Young Global Leaders du World Economic Forum, et dans le cadre de ce programme, vous avez effectué un voyage qui semble-t-il a changé votre vie…

Oui, j’ai la chance de faire parti de ce programme extraordinaire qui réunit des personnes de moins de 40 ans qui partagent une même passion, une même vision, une même capacité, une même envie, de changer le monde : c’est inspirant, galvanisant, et donne lieu à de formidables rencontres.

C’est ainsi par exemple que j’ai rencontré Mustapha Mokass, avec qui j’ai décidé de fonder Regenopolis : nous partagions les mêmes constats et nos expériences complémentaires sont une force pour ce projet. Et c’est vrai que cette communauté de YGL est aussi un facteur de confiance, clé de la réussite pour tout projet entrepreneurial !

Ma première expérience au sein des YGL a été un voyage en Groenland, en mai 2019 : oui, ce voyage a changé ma vie. Prendre conscience, en voyant des glaciers s’effondrer, de la réalité et de l’urgence du dérèglement climatique ; mêler cette émotion à des connaissances scientifiques auxquelles nous avons été confrontées, et à des possibilités de collaboration avec d’autres qui partagent convictions et idées : c’est un mélange très puissant qui conduit à l’action, et à une responsabilité pour agir, ensemble. La pandémie depuis 2020 n’a fait que renforcer cette urgence : la fonte de permafrost, et la perte de la biodiversité qui s’est accélérée de manière vertigineuse ces dernières décennies, sont des catalyseurs pour libérer des virus qui se rapprochent dangereusement de l’Homme…  

 Un dernier mot sur votre engagement auprès des femmes ?

Je crois profondément au rôle transformateur des femmes dans les sociétés – que ce soit par la politique, l’économie, ou tout autre forme d’engagement. C’est d’autant plus vrai en Afrique, où les femmes sont puissantes et jouent un rôle primordial dans le développement. C’est avec cette conviction que j’ai été membre dès sa création du Conseil d’administration de WOMEN IN AFRICA, qui fait un formidable travail depuis 5 ans pour identifier et soutenir des femmes qui ont le pouvoir, ou la capacité, d’impulser un changement nécessaire et des innovations.

 

 

*Diane Binder Dirigeant d’affaires international expérimenté et entrepreneur social dans des environnements d’entreprise, des organisations de développement et des ONG | Focus sur le climat et le développement du secteur privé en Afrique.

Senior VP chez SUEZ (International Development, Africa; Group International Relations), leader mondial des services environnementaux essentiels aux communes (gestion de l’eau, assainissement, valorisation des déchets).

Membre du Conseil Présidentiel Consultatif Français sur l’Afrique créé par le Président Macron.

Ancien consultant climat, conseiller les institutions de financement du développement (Banque mondiale, Agence française de développement, OCDE, etc.) et les gouvernements sur les PPP dans les secteurs de l’eau et de l’énergie.

Co-fondateur et président d’Action Emploi Réfugiés en France; Membre du conseil d’administration de Women in Africa.

Forum économique mondial «Young Global Leader», Institut Choiseul «Leaders économiques de demain», Forum des femmes «Rising Talent», Amis de l’Europe «European Young Leader».

Diplômé de l’E.M. Lyon avec Mme en Finance & Management, de l’Université de Georgetown avec – MSc in Foreign Service et un certificat d’honneur en diplomatie des affaires internationales.

 


[Impact] Capital

[Impact] Capital

by Pascale Caron

Entretien avec Imène Maharzi fondatrice de OwnYourCash.

Diplômée de HEC en 2000, Imène travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine de l’investissement. Elle a commencé au service de fonds d’investissement chez Arthur Andersen, puis est devenue investisseure à partir de 2006 chez Butler Capital Partners, pendant cinq ans.

Grâce à son expérience dans l’entreprise de son père, de 15 à 19 ans, elle est confrontée très tôt à des questions opérationnelles et commerciales, et décide à son arrivée à HEC de mentorer toutes sortes d’entrepreneurs. Une bonne façon de mettre son expérience à profit dans un monde préinternet… Depuis 2013, elle investit son temps et son argent dans des start-ups et des TPEs, principalement celles à impact social et environnemental positif. Pendant 3 ans, elle a repris une PME, qu’elle a dirigée et développée, dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris.

En 2018, elle crée OwnYourCash : une plateforme dédiée aux femmes, qu’elles soient salariées, entrepreneures ou Business Angels en devenir. Elle part du constat que les projets fondés ou co-fondés par des femmes ont peu d’accès aux financements. Cette plateforme éducative va les aider à prendre en main leur destin économique. Elle les forme aux bases de la finance et de l’économie, leur donne les clés pour gérer leur argent et le faire fructifier, tout en démystifiant les aspects rebutants. Elle forme également une nouvelle génération de Business Angels, afin de fluidifier l’accès au capital des projets fondés par des femmes, et plus largement des projets sous-estimés par les financeurs classiques (projets à impact, etc.). Elle les engage à aller au-delà des préjugés, à apprendre à détecter des opportunités d’investissement sous-estimées.

Elle est aussi à l’origine du collectif #EllesComptent initié début décembre 2019, qui met en avant des entrepreneures à impact social et environnemental positif, en les exposant aux acheteurs potentiels.

Difficile donc de définir Imène, investisseure, mentor, repreneure, entrepreneure, créatrice de collectif et surement bien d’autres encore ? D’ailleurs pourquoi devrait-on lui mettre une étiquette, « on a la liberté d’essayer différentes choses », n’est-ce pas ?

Tout d’abord une première question à l’investisseure : quelle est la première chose que tu regardes quand tu étudies un dossier ?

En tout premier lieu, je rencontre la personne et je vérifie l’alignement entre ce que je comprends de la vision et les fondamentaux personnels de l’équipe fondatrice. Ce qui les met en mouvement. Je suis focalisée sur les sociétés qui résolvent un problème social et environnemental urgent. Leur vision sociale doit leur être chevillée au corps, parce que mener à bien un projet à impact est très difficile, et les pressions pour s’éloigner du projet initial seront nombreuses au fil du temps, des rencontres etc. Je vois une grande différence en les personnes qui se lancent dans un projet de manière théorique, narcissique ou romantique, « to do well because you want to feel good about yourself » et ceux qui seront les garants absolus du projet ; ceux-là ne dériveront pas de leur ligne de conduite. Je pense à une entrepreneure par exemple que j’adore, mais qui est réellement obsessionnelle sur des sujets qui peuvent nous paraitre banals, parce qu’elle sait que c’est fondamental pour ses bénéficiaires. Il s’agit de détecter ce genre de personnes et créer le climat de confiance pour les aider à réaliser de jolies choses.

Que tires-tu de ton expérience de repreneure ?

C’est une voie sous-estimée par les femmes et notamment des ex-dirigeantes/cadres supérieures, qui ont envie de liberté et de construire sur leurs compétences. Lorsqu’elles décident de quitter les structures où elles travaillent, généralement pour chercher plus de sens, les options leur paraissent assez limitées. Entrepreneure ou salariée ou freelance ? Elles se lancent souvent vers le service, car cela semble moins risqué et moins gourmand en capital au départ, et pour certaines ça marche. Mais j’invite le maximum de femmes à aussi considérer l’opportunité de reprise d’une petite entreprise une peu endormie, la redynamiser, y injecter son réseau, ses compétences, ses valeurs. Parce que partir de la feuille blanche avec un projet à soi, ce n’est pas forcément une voie évidente.  Mais partir avec une équipe, avec un fonds de commerce, avec des produits existants, et les faire évoluer, les embarquer avec soi, cela peut parler à beaucoup !

Avec la crise actuelle, beaucoup de salarié.e.s sont en recherche de sens. Une reconversion, ce n’est pas que se lancer dans une carrière de Thérapeute ou de coach ! Des chemins différents existent. Et la reprise en fait partie.

C’est ce que j’ai fait de 2014 à 2017 : j’ai repris avec un associé, une entreprise familiale fondée il y a 20 ans dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris. En 3 ans nous sommes passés de 30 à 70 salariés et nous avons triplé le Chiffre d’affaires.

J’ai beaucoup appris de cette expérience. En tant qu’investisseure, je couvrais déjà pas mal de secteurs. J’étais intervenue dans différentes sociétés de transport et je m’intéressais à l’impact sociétal, mais je n’avais jamais eu l’expérience du transport scolaire d’enfants handicapés.

L’entreprise fonctionnait comme une double hélice en matière d’inclusion : on aidait les enfants à accéder à une éducation comme tous les autres enfants, en les accompagnant à l’école. Et on réinsérait aussi des personnes éloignées de l’emploi, ou au RSA, en leur offrant un emploi d’accompagnateur. Dans cette entreprise se focaliser sur la qualité n’était pas une évidence ; mais une forte exigence sur la ponctualité, et l’attention portée aux enfants ont porté leurs fruits !

Cette aventure s’est arrêtée pour moi au bout de 3 ans, mon associé et moi n’étions plus alignés sur la stratégie. Ce départ a été une expérience douloureuse, mais l’expérience au global m’a apporté beaucoup, bien plus que je ne pouvais l’imaginer !

Quel a été le déclencheur pour te lancer avec OwnYourCash ?

 Mi 2017, j’ai donc cédé mes parts à mon associée et le choc de ce départ s’est fait sentir même physiquement. J’ai pris beaucoup de poids en quelques semaines : à vrai dire, je porte encore ce poids-là, donc quelque chose me dit que cette histoire n’est pas tout à fait derrière moi. Ce changement m’a forcée à ralentir et à voir les choses différemment. J’ai repris le mentorat de sociétés à l’automne 2017 et mon activité précédente. Quelques mois plus tard, par hasard, je lis 2 articles sur l’accès au financement des entrepreneurEs de la tech. Des écarts ahurissants (de 50 % à l’époque) dans les montants levés entre équipes masculines vs féminines me sautent aux yeux. J’étais prête à le voir à ce moment-là peut-être, en tous les cas j’ai eu un flash !

J’ai fait le lien avec mes années de mentoring d’entrepreneures. Même si je voyais bien que c’était compliqué pour beaucoup de femmes de trouver du financement, je ne pensais pas que le problème était national et était statistiquement représentatif !

La demande de financement d’une femme est régulièrement plus faible qu’un homme. Cela ne se justifie pas uniquement par la nature du projet ou par un potentiel plus modeste : elles annoncent souvent le chiffre magique de 200 k€. Et j’ai pris l’habitude au fil des années, de contrevenir à cette sous-estimation et de les booster : « Que pourriez-vous faire avec 500 k€ voire 1 M€ ? ». Cela leur ouvre des perspectives, un chemin vers d’autres possibles. Et surtout, me permet de sentir l’ambition qu’elles portent réellement en elles, pas l’ambition qu’on a bien voulu leur laisser avoir.

Le sujet fondamental est, le rapport des femmes à l’argent. Pour moi, c’est la « dernière frontière ». Sans égalité économique réelle, l’égalité en droits entre hommes et femmes reste une illusion.

En matière de Business Angel, beaucoup pourraient se lancer, pas besoin d’avoir fait une école de commerce, d’être pro en finance, ni même d’être entrepreneur.e ou dirigeant.e soi-même. Être Business Angel c’est, être en veille, se former, exercer sa curiosité. Et avoir envie de vivre une aventure entrepreneuriale par procuration. Je pense qu’être Business Angel, c’est le nouveau MBA 🙂

Aurais-tu un exemple de pays que tu considères comme modèle pour la réussite des femmes ?

On ne doit pas être naïfs sur ce qui se passe dans d’autres pays progressistes. On ne doit pas plaquer des « trucs et astuces », sans tenir compte du contexte culturel. On peut voir des choses bien partout, mais globalement si l’expression du machisme est différente, elle est bien réelle. Je suis de culture professionnelle anglo-saxonne. Aux USA, par exemple, le sort des femmes même sur les côtes n’est pas idéal: même sur les tabous autour de l’argent ! Je ne crois pas au pays parfait sur ce sujet.

 Quels sont tes nouveaux challenges ?

La 2e étape d’OwnYourCash est d’accélérer et d’inciter au passage à l’action : « Be a game changer, the world has enough followers ». C’est le slogan que j’avais choisi pour les premiers goodies fabriqués pour OwnYourCash. Régulièrement, je reçois des messages ou croise des personnes me disent « je lis tes newsletters », « je te suis sur les réseaux », en guise d’encouragement ou de compliment. Clairement ce n’est pas mon but, je voudrais qu’ils/elles passent à l’action. Qu’ils/elles apprennent à investir, déploient leur capital, soutiennent des entrepreneur.e.s à impact, ou osent parler d’argent plus librement.

J’aimerais relancer des contenus de formation sur la partie Business Angel, peut-être encore plus courts, et orientés vers la partie impact. Les projets de type ESS sont nombreux, mais peinent encore à trouver les premiers soutiens financiers, et tout le monde n’a pas d’ami.e.s /famille pour investir !

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je suis réservée sur la place prise par le concept des rôles modèles, je ne vois personne à qui j’ai envie de ressembler : le storytelling de parcours me met mal à l’aise. Cependant j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de mentors dans ma vie, souvent des hommes d’ailleurs.

Parlons du fond : Adèle Van Reeth est très inspirante avec ses « chemins de la philosophie » que j’écoute en Podcast. J’aime beaucoup utiliser des métaphores pour expliquer des concepts et ses podcasts me nourrissent beaucoup. Le raisonnement par images m’élève et m’inspire.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Côté pro, je choisis Jason Calacanis, « Angel: how to invest in technology », un Business Angel un peu fou, le meilleur au monde. C’est un p’tit gars de New York d’origine grecque qui se considère toujours comme tel. Quand on pense qu’il a investi au premier tour dans Uber et depuis, dans 8 ou 9 licornes ! J’ai eu la chance de le rencontrer aux USA quand, à peine 3 mois après avoir lancé OwnYourCash. j’avais monté de toutes pièces, une délégation de de 10 Françaises talentueuses pour participer pendant 5 jours à une conférence Women In tech à San Francisco.

Côté perso, il m’est difficile de faire un choix. Je lis beaucoup et je décide généralement de lire un livre, au hasard à la bibliothèque, souvent en fonction de la couverture. Le hasard est très important pour moi.

Francois Cheng est un Académicien français, né en Chine. Ses livres me font penser à une peinture chinoise, tout en délicatesse en poésie et en retenue : je choisirais « L’éternité n’est pas de trop », par exemple. Mais c’est compliqué d’en élire un, c’est toute son œuvre qui me bouleverse.

Amin Maalouf est un auteur franco-libanais. Puisqu’il le faut, je choisis « Samarcande », c’est le premier que j’ai lu, mais toute son œuvre est formidable.

« Winston Churchill », par François Kersaudy. C’est la seule biographie où j’ai littéralement éclaté de rire : le biographe combine un regard critique et un réel attachement pour le personnage.

Pour finir, parlons de la somme « Incerto » de Nassim Nicholas Taleb, qui mène ses recherches sur le hasard. C’est un ancien trader, pointu en statistiques, devenu philosophe. Dans cette série on compte notamment « Black Swan » qui a été très fameux pendant la crise de 2008. Mon préféré c’est « Skin in the game » : je l’ai lu 2 ou 3 fois. C’est comme une discussion autour d’un thé avec lui. C’est également un personnage très particulier.

 Pour finir aurais-tu une devise ou un mantra ?

 J’en ai 2, un positif et un plus sombre :

« Nothing great was ever achieved without enthusiasm », Ralph W. Emerson.

« Et au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », Albert Camus.


[MonacoTech] Appel à projets

[Start-up] Portrait

by Pascale Caron

Interview de Laure Fagard, Responsable communication et partenariats chez MonacoTech.

Laure gère la stratégie de communication, les relations Presse, et orchestre entre autres, des événements externes comme des ateliers startups avec des experts et des partenaires, des conférences et salons. Elle organise la participation à des événements phares de l’entrepreneuriat et des rencontres avec des partenaires potentiels. Elle fait partie de l’aventure depuis le début en octobre 2017 et s’est tout naturellement que nous l’avons interviewée sur le 6e appel à candidatures de Monacotech.

En quoi consiste ce nouvel appel à projets ?

Nous recherchons des projets innovants, avec au moins un premier prototype, à fort potentiel et impact social pour compléter notre équipe : 32 startups depuis 2017, et 16 actuellement incubées, comme Corialotech, Lanéva, Carlo, Vizua et bien d’autres.  

Les candidats devront représenter les valeurs et stratégies économiques de la Principauté : la GreenTech, la CleanTech, la BioTech/MedTech, le Yachting, ainsi que le digital (IA, App.) et la Fintech.

La Principauté de Monaco offre des avantages non négligeables pour les jeunes pousses, car c’est le premier état à être couvert intégralement en 5 G. Certaines, comme Vizua, en profitent déjà pleinement.

Quels sont les atouts de MonacoTech pour les porteurs de projet ?

Une startup qui souhaite s’établir à Monaco reçoit un statut particulier pendant 18 mois, ce qui lui permet de tester son marché et démarrer ses ventes dès le début. Ils peuvent implanter soit le siège social, soit une succursale et bénéficier d’aides de l’expansion économique de Monaco, comme la bourse MonacoTech.

Le gouvernement monégasque a mis en place « le Fond Bleu » (Extended Monaco). Ce fonds permet aux sociétés monégasques de financer des projets de digitalisation jusqu’à 70 % du coût. Certaines de nos startups en ont déjà bénéficié.

Les startups au sein de MonacoTech ont également accès à un programme spécifique, avec un suivi personnalisé et participent à des ateliers animés par des experts. Nous leur donnons une grande visibilité, et les mettons en relation avec les acteurs de l’écosystème que sont des mentors, des investisseurs, des entrepreneurs ainsi que des partenaires locaux et à l’étranger.

Parmi les ateliers cette année nous avons mené du codéveloppement, organisé des conférences concernant la marque, les sites web pour améliorer sa présence en ligne et développer ses ventes. Nous avons traité des données personnelles, de la cybersécurité, du Risk management, des KPIs de suivi financier et bien d’autres.

Avez-vous des startups fondées et co-fondées par des femmes ?

Malheureusement pas assez de femmes porteuses de projet postulent à MonacoTech. J’en profite pour faire un appel ! Nous avons besoin de mixité : j’espère que cet article en motivera certaines.

Vous avez développé des passerelles avec d’autres pays, lesquels ?

Nous avons noué des accords de collaboration avec Capsula de l’Université de Tel-Aviv ainsi qu’avec ACET basé à Sherbrooke au Canada. Nous mettons les startups en relations et par la même offrons des possibilités d’ouverture vers l’international.

En conclusion, les candidats ont jusqu’au 26 avril, pour déposer leur candidature à partir du site www.monacotech.mc. Alors, n’hésitez pas !